‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 5)Chapitre 269 sur 336 · FRAUDE DU LÉGAT · texte numérisé non relu

FRAUDE DU LÉGAT

dans la Langue-doc. C'était un de cescardinaux sans Conscience , vendu à la cause de Montfort. Il parut d’abord favorable à la vieille race des seigneurs provençaux ’. Il les réconcilia tous avec l’église, sans en excepter même le comte de Toulouse *; mais c'était pour donner le temps à de nombreux pèlerins francs, convoqués par la prédication d’une nouvelle croisade, d'arriver dans la terre des hérétiques.

« O pieuse fraude! 6 piété frauduleuse du légat ! » s'écrie dans son enthousiasme Pierre de Vaulx-Cernay, il amusait ainsi les ennemus de la foi, et le comte de Montfort put passer par cet heureux subterfuge dans le Quercy et l’Agenois, avec les hommes qui étaient venus de France sous la bannière du vicomte de Châteaudun ‘. Les croisés soumirent ces provinces, et le légat en fit don à Montfort pour les tenir en fief du pape.

Celui-ci recut l'hommage du comté de Ro-

1 Catel, Mémoires sur les comtes de Toulouse, p. 300 et suiv.

+ 2 Toutes les villes de la Langue-doc, Toulouse, Narbonne, furent °1° 7 LA . ° . t A réconciliées avec l’Église. L’abjuration des comtes se trouve au trésor des chartes de Toulouse, sac 5, n° 52. e

3 Pierre de Vaulx-Cernay, ch. 78.

530 CONCILE A MONTPELLIER, dez; le vicomte de Nîmes et d'Agde lu céda aussi ces deux seigneuries en toute propriété. | Rien ne manquait plus à Montfort qu'une sentence qui, en dépouillant le comte de Toulouse et les autres anciens possesseurs de la Langue-doc, lui donnerait enfin la pleine et légale domination sur les terres conquises. Le cardinal Robert de Courcon, de son propre mouvement, convoqua un concile dont le motif apparent était d'examiner les questions d'hérésie *, mais dont le seul objet était de déférer, selon le droit, la seigneurie du sol au comte de Montfort.

Le concile se réunit à Montpellier. Il se composait des archevêques de Bourges, Narbonne, Auch, Bordeaux, auxquels s'étaient joints les évêques, les abbés mitrés de ces provincesecclésiastiques. Le comte de Montfort auraithien désiréentrerdanslaville,maisiesbourgeoisne vourlurent point le permettre. Cela n’empêcha pas que le comte n’eût de fréquentes conférences avec les clercs dans laimaison destempliers où il

1 Baluze, Concil. Narbonens., province. p. 38 et seq. Pierre de Vaulx-Cernay, ch. 80.

PRIVILÉGES DES BOURGEOIS. 591 s'était étabh , et située en dehors des murs. Enfin le concile prononca. Ses premiers canons avaient pour objet la réforme des mœurs cléricales dans la Langue-doc, l'abolition des péages, et particulièrement l’extermination des hérétiques , qu’on devait poursuivre de toutes les manières par les prédications et par le feu ; lorsque ces articles furent arrêtés, les conférences devinrent plus actives et plus fréquentes entre Simon de Montfort et les prélats, de sorte qu’on pouvait dire qu'il était l'âme du concile. un jour même par fraude et trompant la vigilance dés bourgeois, on introduisit le comte dans l'assemblée qui se tenait en l'église de Notre-Dame. Lorsque les citoyens l'apprirent, ils coururent aux armes, entourèrent le chœur et voulaient s'emparer du comte pour lui faire un mauvais parti; Simon fut obligé de se sauver par un chemin dérobé, et les bourgeois furieux ne purent le jomdre. Les prélats se : rassemblèrent ensuite pour statuer sur l’état politique de la Langue-doc. Le cardinal de Courcen, entièrement dévoué aux intérêts de Montfort, posa la question en ces termes : « Je

1 Pierre de Vaulx-Cernay, tbid., ch. 80. Baluze, ibid,

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