‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 5)Chapitre 323 sur 336 · PÉRIODE DU RÈGNE DE PHILIPPE-AUGUSTE · texte numérisé non relu

PÉRIODE DU RÈGNE DE PHILIPPE-AUGUSTE

Caractères généraux de cette époque. — Esprit de la guerre des Albigeois.—Le comte de Montfort.—Le comte de Toulouse, — Pierre de Castelnau. — St.-Dominique. — Puissance papale en Angleterre. — Le catholicisme.— Bataille de Bouvine. — Biographie littéraire. |

L'ÉPOQUE que nous venons de retracer comprend les événemens du règne de Philippe- Auguste, depuis la conquête de la Normandie Jusqu'à la soumission de la Langue-doc au

comte de Montfort (de 1204 à 1216. ) Ces douze années en forment la période la plus importante.

Trois grands faits dominent le commencement du XII: siècle : la guerre des Albigeois, la bataille de Bouvine, la sounussion féodale de l'Angleterre au pape; ils remplissent tellement les esprits que toutes ces émotions de pèlerinages à la Terre-Sainte, de mouvemens armés des nations d'Occident contre l'Orient ne sont plus que des accidens dans la vie générale de la société. La féodalité est absorbée par ses propres intérêts; car elle est engagée dans une lutte décisive. Aussi le théâtre de presque tous les événemens se .trouve- t-il toujours dans le territoire féodal; c’est en France, dans la Langue - doc, en Flandre, que se portent les nobles batailles de chevalerie; peu de hauts vassaux quittent leur manoir pour combattre le Sarrasin dans la terre d'outre-mer.

Des traits bien distincts marquent les croisades contre les albigeois; 1l y a d’abord un principe religieux. Les opinions n'étaient point assez avancées pour que Île catholicisme cessât

‘être le mobile dominant de cette société. C'était au nom de Dieu, au nom de l'Église surtout que les nations s’ébranlaient en masse pour marcher à cette guerre d’extermimation ; aussi est-elle particulièrement empreinte de l'esprit de vengeance étroite et fanatique qui distingue le clergé ; la chevalerie du moyen âge était belliqueuse et pillarde, mais elle n’avait rien de cette cruauté raisonnée; elle répugnait à ces massacres parsyllogisme qui rentralent dans le caractère des clercs.

Deux races d'hommes se trouvaient en présence dans cette lutte sanglante ; les inimitiés, lesrépugnancesquiexistaient entre elleset dont les chroniques font entendrela vive expression, contribuèrent sans doute aux excès dont les batailles furent suivies ; les Français et les Provençaux ne pouvaient se souffrir dans les mêmes cours plénières, aux mêmes tournois; ni les croisades qui les avaient appelés sous de communs gonfanons , ni les mariages qui rapprochaïient le baut baronnage des deux bords de la Loire n'avaient pu complètement éteindre ces vieilles antipathies.

L’ambition se mêlait à ces conquêtes; les belles terres de Provence offraient une proie séduisante aux pauvres chevaliers du centre de la France; ils échangeaient volontiers leurs antiques tourelles et leurs manoirs vieillis contre les joyeuses et richeschâtellenies du midi.

Le comte de Montfort semble l'expression la plus parfaiteet, pour ainsi dire, la personnification de cette croisade. Ce caractère si fortement trempé, et qui nous apparaît plus sombre que le fer rouillé de son armure, était préoccupé du double fanatisme des idées reliaeuses et de lambition ; l’entreprise qu'il avt conçue d'établir sa race dans le plus beau fief de France était grande, mais elle ne dépassait pas ces fortunes merveilleuses, qui s’élevaient du simple manoir de chevalerie à empire de Constantinople, ouà la souverainetédelàä Syrie et de Naples; il y atout à la fois dans cette figure extraordinaire, quelque chose de sincère, comme une croyance , de farouche comme la féodalité du X: siècle , et de dissimulé comme le sourire d’un inquisiteur. A côté de lui combien se rapetisse le vieux éomte Raymond ; c'est la suzeraineté décrepite et corrompue ;

RÉSUMÉ. 401 ‘c'est un de ces hommes de transition qui n ‘appartiennent à aucune époque , à aucune idée. Il passe de la plus extrême servilité à la plus violente indépendance; ne sachant pas prendre un parti et se mettre à la tête du mouvement national contre les croisés Ii en profite cependant; l’opimion le pousse, et il ne manque point alors à sa fortune !

Dans ce tableau viennent aussi se placer quelques célébrités monacales : le légat Castelnau , sorte de fanatique sincère, se réjouissant de tous les excès qu'il provoque, et expirant avec calme sous les coups d’un zèle patriotique; le fameux Dominique, qui se montre à la postérité étonnée comme un contraste bizarre d’humilité et de cruauté religieuse! Quand on lit la vie de ce moine si tristement fameux, quand on étudie ses ouvrages, on semble perpétuellement assister àune de ces scènes du tribunal de la foi, où tout doucement une victime est condamnée pour son salut, et où l’on s’efforce de lui prouver qu'on la brûle pour sa plus grande gloire.

Deux faits politiques nous paraissent résulter de la guerre des albigeois : d’abord linterven-

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