TOURNOIS
bon roi Philippe se proposait de faire jouter en un tournois , et que les chevaliers y étaient attendus pour donner force coups de lance \
Cettenouvellefatrecueavecjoie.Toutela chevalerie apprêta sesarmes, ses devises , ses grands chevaux de bataille noblement caparaçonnés.
Les dames songèrent à leurs atours , au beau chetalier qui avait pris leurs couleurs. Ce n'était partout que préparatifs pour assister à cette grande fête militaire , seul moyen de communication que là noblesse eût alors sur le territoire morcelé de la monarchie féodale.
Lorsque le temps du tournois fut arrivé , le roi fit préparer les lices pour la bataille , et les estrades pour les dames et pour les vieux chevaliers juges du combat. A mesure que les paladins et les barons se présentaient , il les recevait dans le manoir royal ; les écuyers et les valets logeaient dans les hôtelleries de la ville voisine ou des villages qui relevaient de ses domaines. Le dimanche
1 II existe à la bibliothèque du roi dh manuscrit fort curieux où sont reproduites en miniature tontes, le* cérémonies des tournois ; il porte le n° 678. Quoiqu'il appartienne a une époque plus moderne il n'en donne pas moins une idée exacte des grandes lices de chevalerie. • : " - ' KV '
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qui précéda le tournois, toutes les armoiries , le* couleurs et les bannières des chevaliers qui 3e proposaient de combattre , furent exposées aux fenêtres du château et des tourelles; les dames et les juges du camp les examinèrent l'une après l'autre pour s'assurer que parmi les combattans il ne s'était glissé auqun chevalier discourtois et félon ? te nombre d* ces armes , artistement rangées , fit l'admiration des vieux paladins»
En effet , les bannières et les écus » richemeut armoiries , présentaient une ingénieuse et «brillante variété d'emblèmes chevaleresques. On y voyait la licorne , signe de loyauté , de l'honneur et de l'amour épuré; le lion, symbole du courage et de la magnanimité ; les alérions , ailettes sans bec ni serres , figurant les ennemis désarmas ou mis hors de combat ; Jes merlette*, image des croisés qui avaient passé l a mer comme ces oiseaux voyageurs, et que l'on peignait de même sans bec ni ongles, pour exprimer, la péniteuce et la résignation des humbles pèlerins d'Orient; le griffon, âssetablage fantastique et monstrueux des
i Favin , théâtre d'honneur et de chevalerie, t. h, & ijtfp.
EMBLÈMES ET ARMOIH1ES. 2\t
formes de l'aigle au regard perçant, avec celles du lion intrépide , et qui réunissait ainsi les emblèmes de la force, de la vitesse , de la vigilance et de la domination.
Les écussons féodaux étaient encore chargés de diverses pièce» ditps honorables. ; telle» que la bande* ligne diagonal*, la /h&ce , ligne transversale, image de l'écharpeetde la ceinturc , dont elles reproduisaient la couleur et les ornement; le pal, ligne perpendiculaire , indication du poteau surmonté d'armoiries que chaque baron faisait dresser devant sa tente ou devant les ponts de son château; le chevron, pièce de charpente qui était comme le hyéroglife des çoachines de guerre et des tours de bois alors en usage dans les sièges ; les tourteaux > pains de forme ronde; signe des subsistances militaires , devenu une marque d'honneur pour ceux qui avaient enlevé un convoi à l'ennemi * ou ravitaillé l'armée des croisés , si souvent exténuée de privation ; les créneaux et les tours , expression naturelle des villes et des forts emportés d'assaut; les besans d!or ou d'argent , pièce de nxonpaié f signifiant la rançon exigée des guerriers que Ton avait
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faits prisonniers dans les combats , ou celle que Ton avait payée soi-même pour se racheter des infidèles ; et enfin X échiquier , symbole non moins ingénieux , qui représentait une armée rangée en bataille.
Tous ces emblèmes brillaient de vives couleurs appelées émaux; c'était le gueule * nom donné au rouge par analogie avec la gueule ardente des animaux féroces , Y azur ou couleur saphirique, attribut des célestes vertus et des perfections chevaleresques ; le sinople, vert musulman, adopté depuis les croisades, en mémoire des guerres contre les infidèles; le sable ou le noir, figurant la terre, et qui exprimait l'humilité , la sagesse , le détachement du monde, ou le deuil et la tristesse d'âme du chevalier qui le portait.
La simplicité de l'écu héréditaire s'était compliquée de génération en génération par des mariages ou par de nouveaux exploits, qui avaient motivé l'addition de pièces nouvelles au blason primitif. Les paladins joignaient souvent encore aux armes de leur famille des devises particulières qui annonçaient l'état de leur cœur ou quelque projet