INSPECTION DE LA LICE
formé. Ici, c'était la passion inspirée par une noble dame; là, une vengeance jurée contre un châtelain déloyal ; quelquefois un vœu de prendre la croix, ou d'accomplir un pèlerinage au saint Sépulcre , à Rome , à. Saint-Jacques de Compostelle \
. Après l'inspection d'honneur , les prud'hommes, juges du camp , visitèrent la lice. Us examinèrent si le terrain était bien choisi r si les barrières fermées par des cordes pouvaient arrêter la multitude des serfs et des vilains accourus de toutes les contrées environnantes ; s'il n'était pas à craindre que sur une terre inégale les coursiers excités par le combat ne fissent des chutes malheureuses.
Puis ils virent la lance , l'épée des combattam , jugeant si la pointe en était émoussée, de manière à ne point faire de blessures profondes et à ne point ensanglanter les jeux.
. La veille du tournois, les chevaliers montés sur leurs coursiers élégamment caparaçonnés , et précédés des juges du camp, firent leur entrée publique dans le château royal par le pont
i Le père Ménétrier, origine desoineinenset armoiries, ch. i$t
3l4 VEILLE DW TOTUttfOIS.
le vis, au son du coroet et de la trompette.
Les gon&nons de mille couleurs étaient suspendus aux murailles et aux tourelles; la multitude accueillit par de bruyantes acclamation* les paladins dont ou connaissait déjà les prouesses. Les écuyers et les ^valets simulèrent une joute avec des hampes de lance ou des bâtfttzs en dehors de la lice , pour servir de prélude aux combats plus sérieux dtt lendemain 1 .
À peine l'aurore avait-^lle doré l'horizon , que les chevaliers se préparèrent au tournois. Les «cuyers fourbissaient les aetnes, lavaient les chevaux. Les dames , sortant du château , vêtues de leurs plus beaux atours , allèrent prendra place tfur des échafaudage»
ornés de banderolles et de tentures purpurines. Le seigneur, les juges du camp, les vieux barons, experts en prouesses, se rân- ;gèrent à leur côté. Au signal donne, les barrières s'ouvrent , «t les chevaliers se précipitent dans la lice. Ils fournirent d'abord p&è-méle quelques coups de lance , sorte d'essai de leur
i \oyez la description brillante d'un tournois, dans le roman de Pertiefor est , 1 vol. P i55.
FIN DU TOURNOIS. $l5
force et de leur valeur; puis s'engagèrent les combats singuliers où brillaient l'adresse et l'expérience de chacun.
Rien n'était plus agréable au baronage de France que ce grand spectacle des tournois.
« Sénéchal w disait l'un, le chevalier au lion porte de fiers coups de lance. Eu voilà un autre qui est certainement d# noble race, car il culbute à tort et à travers. »
Les damoiselles accablaient aussi de dons les chevaliers qui se distinguaient dans la lice. Elles oubliaient dans leurs eropressemens le? lois de la décence et même les soins de la coquetterie : « A la fin du tournois , les damçp étaient si dénuées de leurs atours, que la plupart étaient en pur chef ( nue tête ). Elles s'en allaient les cheveux gisans sur, leurs épaules* plus jaunes que fin or, et avec leur cotte sans manche, car toutes avaient donné aux chevaliers, pour eux parer, guimpes et chaperons, manteaux et camises, manches et habits. Quand elles se virent à tel point dénuées , elles ep furent ainsi comme toutes bonteuses; mais sitôt qu'elles virent que chacune était au même point, elles se prirent toutes à rire de cette