‹ Histoire de Philippe-AugusteChapitre 106 sur 248 · PRÉDICTION DES ASTROLOGUES · texte numérisé non relu

PRÉDICTION DES ASTROLOGUES

aventure , car elles avaient donné leurs joyaux et leurs habits de si grand cœur aux chevalier», qu'elles ne s'apercevaient pas de leur dévestement \ »

Dans le tumulte de ces batailles simulées auxquelles le roi prit part , on distingua les grands coups de lance de Richard d'Angleterre et de Geoffroi duc de Bretagne ; mais à la fin du tournois, le dernier de ces jeunes princes fut renversé de son coursier et foulé aux pieds des chevaux ; il expira entre les bras du roi son suzerain, maudissant sa fatale destinée. La tristesse que cet événement causa dans le haut baronage, fat encore augmentée par les sinistres prédictions qui circulaient alors dans la cour plénière. «Les astrologues de l'Egypte et de la Syrie avaient envoyé en diverses parties du monde, des chartes dans lesquelles ils affirmaient , que sans nul doute , au mois de septembre qui après viendrait, devait avenir moult pestillencç , comme grande désunion de vents, tempêtes, croulement de terre, mortalité de gens, sédition et guerres, mutation de règne et moult autres tribulations. »

i Roman de Perceforest, vol. i, f 5 i 55, v° col. r.

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Tandis qu'une folle et imprévoyante jeunesse se livrait aux plaisirs, les vieux barons, les moines , lés châtelains prudens réfléchissaient souvent en silence , aux grands malheurs dont ils étaient menacés. « Ainsi comme Dieu et la raison du nombre le démpntraient , les hautes et basses planètes devaient se conjoindre en la balance du mois de septembre, et en cette année devait y avoir éclipse de soleil particulière et couleur de feu. Au même moment, naîtrait un vent grand et fort qui rendra l'air tout envenimé, et seront ouïes voix horribles qui épouvanteront les cœurs , et lèvent lèvera poussière immense qui recouvrira les cités bien assises \ »

A la suite de cette prédiction , des prières furent faites en tous les monastères; les solitaires des bois de Yincennes conjurèrent les Saints par vœux ardens; et lorsque le mois de septembre arriva , aucun de ces malheurs ne s'accomplit , ce qui fat regardé comme un grand miracle parmi les hommes sages et prévoyans.

En ce moment venaient d'arriver à la

i Chronique de saint Denis, à l'année uSa.

2i8 ÀMBÀS6ADBUBS DE BlZANCE.

cour de Philippe des envoyé» de l'empereur de Constantinople. Les paladins étaient réunis à la cour de Champeaux , lorsqu'ils Tirent s'approcher du palais deux hommes vêtus de robes flottantes , en soie brodée d'or ; ils étaient montés siyr deux chevaux blancs* et suivis d'une multitude de prêtres dont les or* nemens différaient de ceux des abbés et des moines de France. Quelques officiers portant des colliers d'or les précédaient; Ton recon» naissaitàleurs bâtons, à leur coiffure surmontée d'une sorte de mitre» et surtout à un petit étendard où se déployait le dragon impérial* qu'ils appartenaient à la cour de Constantinople. Les messagers s'empressèrent d'annoncer au roi leur bonne arrivée, et ayant été introduits, ils présentèrent au monarque des chartes écrites en encre pourprée et revêtues d'un scel ou bulle d'or.

L'empereur Manuel demandai tau roi la jeune Agnès de France pour le césar Alexis. Les prud'hommes furent consultés '• La plupart des chevaliers avaient vu les pompes impériales et l'éclat de Constantinople ; si quelques-uns

i Anonyme, Vie de Philippe- Auguste.

FIANÇAILLES d' AGNÈS. 21 9

armentéprouvéla perfidie<leManuel,beaucoup avaient connu ses largesses; et l'on ne pariait en toutes les cours plénières que des trésors et du cérémonial de la cou* de Bizance. f)e l'avis des barons , la princesse , qui atteignait à peine sa neuvième année , fat accordée. On célébra devant les illustrissimes vieillards et les comtes efféminés de Gonstantinople des fêtes, des tournois * des processions , des jeux , des farces scèniques; et les ménestrels cherchèrent à égayer la gravité orientale par leurs chansons. Après un séjour de courte durée , les ambassadeurs partirent, emmenant avec eux la jeune Agnès , qui n'abandonna pas sans pleurer la cour de France et ses beaux jardins de Paris. Montée sur une haquenée blanche comme ses belles mains, et suivie de quelques prudens chevaliers , elle prit la route d'Italie. Elle se détourna de son chemin pour aller , selon la coutume , humble et pauvre pèle rine, accomplir un vœu à l'abbaye de Saint- Benoît sur Loire. Agnès y pria long-temps au pied de l'image en bois peint du pieux solitaire; elle y déposa ses atours , ses colliers d'or, son voile de lin. Tandis que retirée dans sa petite

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