LES TRÊVES SONT ROMPUES
Tandis que les barons de France et d'Angleterre se préparaient arec ardeur à la guerre sainte; que chacun d'eux visitait les églises, et faisait des aumônes, voilà que des messagers du comte de Toulouse arrivent à la cour de Philippe-Auguste, lui annonçant que Richard, duc de Guyenne , venait d'envahir ses états sous de frivoles prétextes. Le comte demandait justice et aide à son suzerain dans l'ordre des fiefe, et en appelait à sa cour. Il parait que le bouillant Richard avait profité de ce que le comte de Toulouse ne s'était point croisé; et, par conséquent , ne jouissait pas de la protection commune accordée par les conciles aux fiefe des pèlerins , pour faire revivre , les armes à la main , les prétentions de sa mère Éléonore sur le comté de Toulouse , qu'avaient possédé autrefois les ducs de Septimanie et de Guyenne. Selon les uns , Richard ne faisait la guerre à Raymond que parce que le comte avait arrêté plusieurs de ses vassaux qui revenaient d'un pèlerinage à Saint- Jacques de Galice. Selon les autres , Geoffroy de Lusignan , dont le fief était dans la mouvance du comte de Toulouse , ayant tué un jeune chevalier, familier de Ri-
LE KOI ENVAHIT LE BERRY. Soi
chard, avait donné sujet à ce nouveau débat.
Quoi qu'il en soit, Philippe-Auguste , bouillant de colère , s'écria : « Ah ! les \ oilà bien , ces Anglais , toujours perfides ! » Il envoya des messages au roi d'Angleterre , pour demander justice en sa corçr, au nom de son vassal, le comte de Toulouse. Henri n'ayant fait aucune réponse , Philippe se décida encore à la guerre * .
« Le roi réunit de nouveau ses hommes pour combattre. Suivi d'un grand nombre de cheyaliers , il dirige une seconde fois son armée vers le pays du Berry , s'empare , avec une merveilleuse promptitude de Châteauroux et de plusieurs autres places importantes des environs.
» De là , Philippe partit en toute hâte pour assiéger Montrichard. 11 employa beaucoup de temps avant de parvenir à s'en rendre maître. La position naturelle du lieu , placé dans un étroit défilé , et défendu par des murailles élevées , et de plus, la troupe valeureuse des boui> geois qui l'habitaient, rendaient impossible de s'en emparer en peu de temps. Cependant le roi pénétra dans la ville , et renversa de fond
i Philippéid , chant 3.
5o2 COURSES ARMÉES DANS LÀ NORMANDIE.
en comble la grande tour , fit prisonniers quarante-deux chevaliers , et d'autres combattons au nombre de trois cents. Il se rendit de là à M ontluçon , et ne cessa de se porter en ayant, jusqu'à ce que l'Auvergne tout entière eût été soumise aux Français, J^e roi des Anglais fuyait toujours devant lui ; et , en fayant ainsi, il rétrograda au fond de laNeustrie; ejle roi l'y poursuivit encore d'une course rapide. Le roi des Anglais s'efforça de défendre Vendôme , château très - fort rempli d'une très - nombreuse population, auprès duquel la rivière du Loir roule ées belles eaux. Toutefois, il fut inutile à cette forteresse d'être défendue par une triple enceinte et par un peuple nombreux, et elle ne fut pas moins contrainte de céder aux lances, et de se rendre à discrétion. Le roi y fjit prisonnier et jeta dans les fers soixante-deux chevaliers qui défendaient la citadelle et les murailles, et qui avaient suivi la bannière de Robert , comte de Mello , malheureux qui secondait alors les armes du .comte Richard , après ayoir déserté sa douce et riche patrie , qui produit un vin digne d'être offert en breuvage aux dieux! Un
PRISE DE VENDÔME. 3o5
juste motif, cependant , le guidait k cette époque , puisqu'il était lié envers le roi des Anglais par le droit fëodal , et devait lui fournir des hommes et de* armes , attendu qu'il tenait de lui des doutâmes et plusieurs châteaux. Aussi ne syis-je point étonné , puisqu'il était ainsi engagé envers lui , qu'il favorisât son parti de tout son pouvoir , quoiqu'il tînt aussi un comté de notre roi \ »
Vendôme s'étant rendu , le roi , après enavoii pris possession , se dirigea d'une marche rapide versGisors, où le roi d'Angleterre lui fit encore demander une conférence pour la paix.
Les barons de France n'avaient pris aucun* part à dette guerre; elle était considérée pai eux comme une querelle personnelle et mal heureuse qui empêchait l'occident chrétien d songer au salut delà ville sainte ; ils firent mêm le vœu solennel de chevalerie, qu'ils n'employc raient plus les armes que contre les Sarrasins d la Palestine. Les chefs de cette pieuse conféde ration pour la paix de la chrétienté furent Hugues, duc de Bourgogne ; Philippe , comt de Flandreq ; Henri , comte de Champagnes; 1
i Fhilippéid , ebant 3.
5o4 COALITION DES BARONS POUR LA PAIX.
comte de Blois; Rotrou , comte du Perche }
Etienne 4 comte de Sancère; chacun de ce*
barons signa de son scel la charte qui en fat
dressée \
Cet esprit, qui animait les seigneurs des
deux royaumes , n'avait point échappé à Philippe-Auguste et au roi Henri ; ils sentaient ïa nécessité de faire la paix pour empêcher que cette coalition , contraire sous quelques rap^ ports aux devoirs de la féodalité, ne se consacrât comme une habitude de résistance. Les barons des deux armées se réunirent sous les murs de Gisors, où une trêve de trois jours fat accordée de part et d'autre pour convenir des bases d'un traité* Enfin le roi de Fraùce consentit à restituer à Henri II tout ce qu'il avait pris depuis qu'ils avaient reçus la croix , « parce qu'il valait mieux avoir une » paix ferme par le conseil des barons, que de » les avoir contre soi. » Henri , de son côté, promit de marcher avec son suzerain au secours de îa Palestine.
Tel était l'état des négociations lorsqu'une
i Cette pièce est en original au Tréror des Chartes, Bréquigty Diplom. t. IV.
l'ormeau de Gisons. 3c
circonstance imprévue mit de nouveau les a mes aux mains de cette bouillante cheyaleri « Non loin des murs de Gisors , sur un poil où la route se divise en plusieurs branche* était un ormeau d une grandeur extraord naire, très-agréable à la vue et plus agréab encore par l'usage qu'on en pouvait fair L'art ayant aidé la nature, ses branches se r courbaient vers la terre, et l'ombrageaient c leur feuillage abondant. Le tronc de cet arb: était tellement fort que quatre hommes po vaient à peine l'envelopper de leurs bras été dus. A lui seul il faisait comme une forêt; so son enceinte verdoyante et couverte de gazo] il présentait des sièges agréables à tout voy geur fatigué '.
» Le temps était embrasé plus viveme qu'à l'ordinaire ; le soleil , parVeriit à' toute se élévation, poussait ses coursiers, et sôus ) coups intolérables de ses rayons, là terre d( séchée s entr'ouvrait de toute 'part ; "le r des Français entouré de ses barons e^âit j milieu de la plaine exposé à toutes Tes afdeu du soleilv tandis que le h)î dèfs 'Anglais éfc
i. Philipp. ,' chant 3.