SIÈGE DE TOURS
plumes, et les brillantes étoffes de toutes couleurs. . Les têtes s'affaissent sous les fardeaux dont elles se chargent , et les cœurs des hommes n'en sont pas moins remplis d'aridité , parce qu'ils ne peuvent enlever plus de butin. Richard, cependant, s'était porté sur les pas de son père , et, à son retour , il voit, non sans étonnement et surtout avec une grande douleur, la ville si promptement livrée au pillage ; et il ne faut pas s'étonner qu'il s'affligeât en voyant dévaster cette cité, qui appartenant de droit à ses ancêtres , leur prétait particulièrement des secours, et était le noble berceau de sa race. Alors notre généreux roi voulant le consoler d'une si grande douleur 9 lui donna en propriété toute la commune', les habitans et les colons qui cultivaient les riches campagnes des environs a .
« De là le roi se rendit en toute hâte vers la , ville de Tours, que deux fleuves, savoir, la Loire jet le Cher* enveloppent de leurs ondes limpide*; la ville est ainsi assise entre les deux fleuves, renommée par sa position , belle par le sol qui l'entoure , agréable par les eaux qui l'a-
i Philipeîd de Guillaume !• Breton, chant 5 et 4-
53o PASSAGE DE LA LOIRE.
voisinent , riche en arbres et en grains , fière de ses citoyens, puissante par son clergé , remplie d'une nombreuse population et de richesses , embellie par les bois et les vignes des environs; elle est de plus décorée par la présence du corps très-saint de l'illustre prélat Martin, dont la gloire a répandu un très-grand éclat sur toutes les églises : cette ville étant la capitale et la métropole des Bretons, se réjouit d'avoir sous son autorité douze sièges épiscopaux.
« Aussitôt que les habitans furent informés de l'arrivée du roi , ils précipitèrent leur pont dans les eaux de la Loire, afin qu'il ne pût transporter son armée plus loin et assaillir les murailles et les tours élancées ; mais quels efforts et quelles précautions peuvent résister à la valeur? quipeut contenir un cœur tout bouillant de courage? Le roi sous la conduite d'un certain ribaud, s'en va partout cherchant un gué , jusqu'à ce qu'enfin s'appuyant sur sa lance au milieu du fleuve dont les eaux l'enveloppent de toutes parts, il se trouve parvenu sur l'autre rive. Ayant donc trouvé un gué comme par miracle et contre toute espérance, et même contre les habitudes du fleuve , l'ar-