‹ Histoire de Philippe-AugusteChapitre 19 sur 248 · RAPPROCHEMENT DES POPULATIONS · texte numérisé non relu

RAPPROCHEMENT DES POPULATIONS

daient impossible toute espèce de communauté politique sous un même chef; cependant à l'avènement de Philippe- Auguste , quelques circonstances avaient contribué, sinon à effacer les différences et les caractères marqués de chacune de ces populations , au moins à affaiblir les prévention? trop fortes qui les constituaient pour ainsi dire en état de guerre.

Vers la fin du onzième siècle , un grand mouvement populaire et religieux s'était opéré au milieu de l'Europe chrétienne; les nations se réunirent pour délivrer le tombeau de J.-C.

dans la Palestine ; on vit alors les gonfanons de mille couleurs différentes marcher unis à la croisade. Les comtes de Saint-Gilles , de Poitou, d'Auvergne, les princes et les barons de France, ceux de Normandie et de Bretagne prirent la croix à la tête de leurs vassaux. 11 faut entendre les naïfs chroniqueurs de ce temps, raconter les différences qui distinguaient d'abord ces diverses armées de pèlerins. Ils ne parlaient pas la même langue : « Si je voulais causer avec un Breton , avec un » Provençal , un Auvergnat ou Poitevin , il

l8 ÉTAT JDE Là SOCIÉTÉ.

» ue me comprenait pas \ » Ils n'avalent ni le» mêmes mœurs, ni de communes habitudes militaires; on citait, dans le camp des croisés, la légèreté-, le bavardage des Provençaux, l'orgueil des Francs, la témérité des Normand* et la férocité du Breton sauvage. L'armure de»

chevaliers , leurs chevaux de bataille , la forme de leurs tentes différaient entre elles , et il était facile de reconnaître jusque» dans les traits de leur visage à quelle nation ils appartenaient. Mais pendant ces expéditions lointaines et la vie commune des camps , bien des préventions durent s'effacer; réunis dans les mêmes batailles , et aux mêmes sièges , confondus dans les succès comme dans les revers, ces populations durent s'habituer aux signes caractéristiques qui les séparaient les unes des autres. Si les chevaliers ne s'empruntèrent point encore leurs coutumes distinctives, ils se les pardonnèrent au moins; et lorsque revenus dans la patrie, ils revirent les tourelles de leurs châteaux* cette fraternité d'armes qu'ils avaient contractée dans la Palestine survécut avec toute la vivacité d'un souvenir

i Foncher de Chartres. Boog ars (Guta Dû ptr Franc**) i" partie.

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