LES SARRASINS
nom indiquait le bonkeur de la religion du propltète. Aux mœurs barbares et militaires des Sarrasins , il joignait à un haut degré la noblesse et la générosité qui tempéraient, à cette époque de chevalerie et de batailles , les dures habitudes de la guerre.
A la voix du sultan , tous les fidèles de rislamisme avaient pris les armes; dans les mosquées , et jusques sous les tentes du désert , les imans avaient fait entendre les paroles du coran ; de tous les côtés les émirs étaient accourus suivis d'une multitude armée que les idées de religion ou les devoirs des terres reçues en fief sous le nom arabe d'ikta avaient réunie. A l'imitation de la dîme saladine levée en occident pour la croisade , les officiers du fisc avaient imposé à tous les musulmans qui ne prenaient pas les armes une sorte de tribut ou dlme pour la guerre sacrée.
L'armée des infidèles se déployait en trois corps distincts sur la montagne du Car ouba; une des ailes était confiée à Malek-AdeFsayf-eddin, le roi juste èpée de la religion * le frère chéri du sultan ; l'autre obéissait à Malek-Modaffer taki-eddin , le roi victorieux dévoue à la reli-
liES ÉMIRS. , 389
gim, prince de Haïuah et neveu de Saladin ; au centre on remarquait les deux fils de cet illustre chef des émirs, Malek-Daher , roi triomphateur* investi de la principauté d'Alep , et Malek- Afdal 9 roi excellent ± prince de Damas 1 .
On voyait aussi briller lès étendards jaunes ou verts des émirs d'Emesse , des princes de Baalbeck, de Harran et d'Édesse en Mésopotamie, de Singar et de Géziré sur le Tigre; des émirs de Schayzar et de Telebacher ; tous investis de fiefe militaires , ils devaient leur service , mais, seulement pendant les saisons du printemps et de l'été;, l'hiver, chacun retournait dans sa principauté jusqu'au jour où le tambour les appelait encore sous les armes; alors ils revenaient au camp du sultan, étendards déployés, et dans le plus magnifique équipage; on aurait dit une monstre ou revue dans les castels d'Europe ; cependant un certain nombre de volontaires , accourus à la voix des imaris, du fond de l' Asie-Mineure, de la Perse et de l'Afrique , pour prendre part aux mérites de la guerre sacrée, ne quit-
1 Boha-cddin : Extrait des hist. arabes. An de l'hégire 585 et suiv,
3gO REGIT DES ARABES SUR PHILIPPE.
taient pas les tentes et couchaient sur la terre. Dans cette situation de deux armées en présence , le roi de France et ses barons a furent reçus en joie souveraine de l'ost des chrétiens, pour nous servir des expressions de la chronique de Saint-Denis * • Des larmes et des soupirs les accueillirent, comme si ce fut anges du ciel descendus.» Les musulmans en furent au contraire effrayés. « Lorsque la mer fut praticable , dit l'arabe Boha-eddin , les infidèles reçurent de grands secours, entre autres le roi de France, dont ils nous menaçaient depuis long-temps ; il arriva un samedi 23 de rebi premier*; c'était un roi grand en dignité , trèfr-considéré , et des premiers princes des Francs. En arrivant il prit le commandement de l'armée; il n'amena dans cette expédition que six gros vaisseaux chargés d'hommes et de vivres. U avait avec lui un grand faucon blanc, d'un aspect terrible et rare dans son espèce; je n'en ai jamais vu de plus beau. Le roi aimait beaucoup ce faucon , et lui faisait des caresses ; mais un jour l'oiseau s'étant envolé de sa main,
i Chronique de Saint- Denis, an 1190. — a Au printemps de Fan née 1191 de Jésus-Christ , an de l'hégire 587.