VU] LETTRE A M. DE BAR AN TE
bataille de Bovine , de l'expédition d'Angleterre, de ces merveilleuses aventures qui paraîtraient opérées par des géans , si dans nos temps modernes nous n'avions eu sous nos yeux d'aussi fabuleuses fortunes. Tous les spectacles du moyen âge semblent s'être réunis ; des populations frappées d'interdit, à côté des pompes brillantes des tournois ; les révoltes des serfs incendiant les manoirs , le désordre des routiers, la guerre des Albigeois, cette extermination de tout un peuple pour des doctrines mal comprises et si mal expliquées,
\ La littérature nationale et les arts euxmêmes sortant du chaos j les trouvères et les troubadours faisant entendre, dans les deux langues populaires , des sirventes contre les grands , les moines et les rois , des chants d'un amour adultère que nos
SUR L'HISTOIRE DE FRANCE. ix
vieillards politiques, laudateurs de la pureté des temps passés , auraient quelque peine à expliquer. A côté de cette littérature franche et nationale , dominent les études classiques ,- toujours corrompues par le troupeau des imitateurs ; poèmes , épîtres , hymnes , tout est calque presque mécanique des anciens ; ce sont gens de collège se creusant la tête pour accomplir un hexamètre ou un pentamètre, sans s'occuper de la pensée et de l'esprit.
Cependant les douzième et treizième siècles sont fertiles en capacités illustres.
Saint Bernard , Abélard , Pierre -le- Vénérable fie pape Innocent III, hommes supérieurs à leur temps , domiqent par leur génie. Que dirons-nous des arts, de ces beaux monumens religieux qui balancent dans les airs leurs flèches élancées à mille découpures , de ces vi-