DB LA NAISSANCE AU COURONNEMENT DE PHILIPPE- AUGUSTE
Naissance de Philippe- Auguste. — Éducation du jeune prince. — Ses premières armes contre les barons. — Son association à la couronne. »— Sacre de Reims.
Louis VII avait atteint sa 54 e année sans obtenir d'héritiers mâles; quoique la succession directe au trône fût plutôt encore une tolérance qu'une loi fondamentale, Louis souhaitait vivement un fils, afin de l'associer de son vivant à la couronne * dans une de ces grandes solennités où les barons de France reconnaissaient leur supérieur féodal et leur chef militaire. Le roi avait eu trois femmes ; la première était cette Éléonore de Guyenne, fameuse par
1 Divers, de Reb. franc. Epistol. a56. — Duchesn., t. iv,p. 657. — Histoire de Louis Vil , ibid. t. iv, p. 4-19* — Rigord, Gest. Philippi-Aug. ibid. t. v, p. 4-
ses amours, et qui avait apporté à la cour d'un roi c simple comme une colombe et humble ' comme un moine, » 'les moeurs légères et les habitudes élégantes deschâtelainesde laGuyenne et de la Provence. Eléonorè lui avait donné deux filles : Alix et Marie de France. Un divorce pour cause de parenté avait couvert les soupçons d'un mari jaloux , et la duchesse d'Aquitaine avait porté dans la maison des Plantagenets la plus belle partie des fiefs de la couronne. Le roi prit en secondes noces, Constance de Castille; elle succomba en devenant mère, et , au retour d'un pèlerinage à SaintrJacquesde-Compostelle, où l'avaient suivis un grand nombre de barons et de troubadours, laissant aussi deux filles, Marguerite et Alaïs. Par un troisième mariage , Louis VII s'unit avec Adèle de Champagne , et depuis quatre ans que cette union durait, « rien Défaisait soupçonner que les espérances d'un mari vieux et très-affaibli dussent être accomplies '• *
Cette circonstance rendait le roi fort triste; on ne voyait plus , comme au temps de la reine
1 -Chronique de St. -Denis. — a Cartulaire de l'abbé de Camps. MS. Bibliotb. du roi (famille de Philippe- Anguste\ t. 1.
Éléonore, les tournois, les paladins et les ménestrels embellir les fêtes et les cours plénières du suzerain. Louis était sans cesse en oraison et aumône. Un jour que le chapitre de Citeaux s'était réuni au son de la cloche du soir, pour la prière « on vit entrer dans l'église le roi suivi de son sénéchal; il se prosterna la face contre terre devant l'abbé» et ne voulut se relever que lorsque le chapitre en corps jeut fait ' des vœux pour la naissance d'un fils. Le moine Rigord qui vivait alors dans le palais, l'avait entendu s'écrier dans son oratoire : « Sire, aie merci de moi, selon ta grande miséricorde, et donne-moi un fils issu de mon cor, noble gouvernor du royaume de France \ »
Enfin, la reine devint enceinte; elle accoucha d'un fils le samedi* jour de l'Assomption de la Vierge, 1 i65. Louis en éprouva une joie bien vive. « Nous demandions un fils , car nous étions affligés d'une multitude de filles; Dieu a comblé nos vœux ; c'est pourquoi nous avons donné à Otger, serviteur de la reine qui nous
i Alberic Triafont. Ad Ann. n65, p. 544.— a Rîgord Gest, Phil.-Aug. Ad ann. n65. Ghroniq. de St-Denis.— Ad aûn. ti65. — Dom Brial, Histor. de France, t. xvu, p. 345.
est venu annoncer cette nouvelle, trois mesures de froment à prendre chaque année f à la fête de Saint -Rémi t dans notre ferme de Gonesse. » '
Dans cettte occasion solennelle le roi affranchit les hahitansde Paris, de plusieurs coutumes pesantes : 11 était d'usage, lorsque le suzerain venait habiter la tour nouvelle du Louvre, que les Parisiens lui fournissent , comme à leurs anciens comtes, deux lits de plume durant tout le séjour, le roi en dispensa leshabitans de su comté tant il était heureux d'avoir un fils.'
Lies bourgeois, les monastères et la plupart des barons partagèrent la joie du roi ; « les consuls et les hommes de la commune de Toulouse et des faubourgs lui écrivirent que tous les citoyens , depuis le plus petit jusques au plus grand f adressaient des vœux de reconnais-
i Charte scellé du sceau du Roi , dn sénéchal , et do bouteil'er. En voici les expressions :
« Itaque notupi facimus universis presentibus pariter ac futuris quod Otgiero seivienti reginae, qui nobis annuntiare festinavit natum nobis esse filium pro admirabili gaudio, ipsi et beredibus suis stngulîs annis, ad festum sancti Reraigii in grangiâ nostrâ de Go* ne'ssft très modios frumenti donavimus, Duchesn, t. îv, p. 657. — a Salivai. Antiquité de Paris. 1. 4*
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sance à Dieu, depuis surtout que le bruit s'était répandu dans ce pays que le seigneur-roi avait obtenu un fils *• » « Celui qui nous apporta cette nouvelle dans nos cellules , dit un moine de l'abbaye de St-Germain , arriva au moment où nous finissions matines par ce cantique du prophète : Dieu a béni Israël et visité son peuple; ce qui nous fit voir que l'événement répondait à l'oracle '. »
Manassé , évêque d'Orléans » fit à cette occasion une fondation de trois chanoines prémontrés , auxquels il assigna pour revenus un grand nombre de brocs de vin 8 . Arnould, évêque de Iisieux, écrivait à Louis, son cher seigneur, « qu'il ne croyait pas qu'il existât aucun baron assez fier, assez rebelle pour refuser l'obéissance à cet enfant nouveau-né. 4 » Expressions qui montrent encore que l'hérédité n'était pas incontestablement admise.
Selon l'usage , l'enfant royal fut l'objet des prédictions de l'astrologie. Les savons, dans les
i Divers. Reb. fraoe, Epist. ibid, t. iv, p. 714. — a HUt. ano» nyine de Louis VII , ibid, t. nr, p. 4 i 9. — 3 Brequigny, Collect. de chartes et dipl. — Ann. 1 165 — 4 Cartol, de l'abbé de Camps. MS. Bibliothèque du roi, 1. 1. (Famille de Philippe Auguste.)
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quatre arts libéraux, s'empressèrent de tirer son horoscope; chacun des barons le doua, en vidant la coupe de St.-Greal,' de quelque qualité de vaillance, et les dames lui prédirent le don d amour et de constance qui formaient les qualités du chevalier accompli; le trouvère Hélinant, qui amusait les dames par ses poèmes et ses tensons, lui souhaita la science de l'enchanteur Merlin, la fierté d\Agr amant, et la galanterie de Renaud etfde soncousin Astolphe. Louis VII raconta lui-même qu'il avait eu une vision en songe; ce que son fils tant désiré lui était apparu tenant en sa main droite une coupe pleine de sang humain. Les barons la vidaient avec lui tandis que les prélats chantaient matines d'une manière très -harmonieuse. » Le roi fit cette confidence à Henri, évêque d'Albano , légat du Saint Siège , et tous deux jugèrent qu'il fallait* tenir cette vision secrète; car, cet enfant serait un vaillant homme qui réprimerait les barons et les vassaux *•
i Coupe fameuse parmi les chevaliers du roi Arthus et de la Table ronde ; la plupart des romans du moyen âge , d'origine bretonne, ont pour objet la conquête du St.-Greal. — s Iligord de Crest. Phll.-Aug. Duchesn. t. ▼, p. 4-