PREMIÈRES ARMES DU ROI
ne se composait encore que de Compiègne, Melun, Êtampes, Orléans et Bourges, était envahi et comme coupé par une multitude de seigneuries féodales, telles que les châteaux de Montlhéri, la Ferté-Baudoin , Puiset, Corbeil, Melun et surtout par les donjons redoutables des Burchards de Montmorency; lesBurchards , seigneurs de très-petits domaines , ne s'occupaient alors, comme on l'a tu, qu'à piller les voyageurs et à rançonner les moines de l'abbaye de Saint-Denis, située non loin de leurs fiefs. Pendant le règne de Louis VII, grâce aux efforts de Sugger \ la plupart de ces vas- ' saux avaient été domptés et la suzeraineté du roi s'était mieux assise dans ses propres domaines; quand le roi des Français fut un peu plus puissant que lescomtes de Paris , leséglisesinvoquèrentsonpatronnagedanslalutte qu'elles soutenaient contre l'esprit de la féodalité ; les rois à leur tour ne le refusèrent pas aux églises , car elles tendaient avec lui vers un but commun, l'affaiblissement de la puissance des feudataires. L'église de Clermont avait écrit au roi qu'elle était sans cesse exposée au pillage et aux
> Voy. Anonym. Vita Sugg.et Ludov. vu.
GUERRE CONTRE LES VIC™ DE POL1GNAC, etC. 85
roberies des comtes du Puy et du vicomte de PoKgnac ; Louis et son fils marchèrent contre les fiefe de ces vassaux, qui dépendaient des comtes de Toulouse; les seigneurs du Puy et de Poligûac furent obligés de se rendre à discrétion. Les tommes d'armes du roi entrèrent dans leur domaine et les firent jurer sur les saintes reliques qu'ils n'insulteraient plus désormais les propriétés des évêques et des monastères 1 .
La vengeance contre le coipte de Châïons, surnommé le destructeur des églises, fut encore plus complète ; ses aïeux avaient comblé de biens, de fiefs et de services les moines de Chiny; mais, suivant peu leur exemple, le comte actuel se livrait à tous les excès, car il avait massacré un grand nombre de xnoines et bu du vin dans lé batistaire du Moatier*.
Le roi le priva de sa seigneurie, qu'il partagea entre le duc de Bourgogne et le comte de Nevers. 11 paraît que le comte de ftevers fut peu frappé de cet exemple d'une consfication violente prononcée par le suzerain ; et la révolte
i Anonym. ViU Ludov. VII. — a Chronique de St. • Déni*.
86 LB C" DE NEVEfiS ET LES MOINES B» VÉZELAI.
des bourgeois de Vézelai , qu'il excita contre le monastère de cenom,prouve que ces habitudes de pillages des seigneurs contre les riches monastèresétaient inhérentes aux moeurs féodales, et que la force cherchait h recouvrer dans la jeunesse de la vie ce que la fraude avait arraché à la faiblesse au moment de la mort.
Le monastère de Vézelai avait été fondé en 846 y par Gérard, comte de Roussillon, et doté par le pape Nicolas 1" de tous les privilèges de la juridiction ecclésiastique. C'est précisément au sujet de cette juridiction qu'un différent s'était élevé entre le comte de Nevers et l'abbé de Vézelai.
Le comte disait : « L'église de Vézelai est sous ma tutelle : je veux que, toutes les fois que je l'aurai ordonné , l'abbé fasse justice à moi et à mes hommes, selon le jugement de ma cour. »
L'abbé répondait : a Je ne ferai en rien ce que tu me dis, car je ne tiens pas de toi l'abpaye de Vézelai , et mes hommes ne sont pas de ton fief. D'ailleurs, quelle protection ac-
iChroniq. de Vézelai, par Guill. de Poitiers, dans la collection des mémoires publiés par M. Guizot , t. 8. C'eut un des plus curieux monumens des mœurs domestiques du moyen âge.