‹ Histoire de Philippe-AugusteChapitre 73 sur 248 · EXPÉDITION CONTRE EE COMTÉ DE SÀNCERRE · texte numérisé non relu

EXPÉDITION CONTRE EE COMTÉ DE SÀNCERRE

contre nous et font à notre royaume une guerre cruelle et nous forcent à chercher de nouveaux secours. * »

Dans cette situation déplorable, Philippe abandonné de la plupart de ses barons, eut recours à son allié et son protecteur , Henri H roi d'Angleterre. Le vassal ne refusa pas un secours qui assurait de plus en plus sa suprématie dans les états de son suzerain. Par ses ordres , le jeune Henri duc de Normandie, Richard duc d'Aquitaine , et Geofîroi comte de Bretagne ses trois fils, vinrent se réunir sous les bannières de France. Us conduisaient les barons des fiefs d'Angleterre et dix mille Routiers et Brabànçois armés de piques , qui suivaient le gonfanon rouge de leur chef. Les chevaliers deFrance et d'Angleterre réunis sous un commun étendard, envahirent d'abord les fiefs du comte de Sancerre. « Il possédait les riches campagnes du Berri , et plusieurs châteaux dont les tours élevées étaient la retraite des corbeaux et des faucons 1 . «C'est à Chatillonsur-Cher, sorte de forteresse que protégeaient ses crénaux et ses murailles, que le comte

i Stephan. Toraac. Epist. tai. Guill.-le-Brçtoo, Philip. liv.I.

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avait réuni ses vassaux et ses chevaliers. Les. barons de France et d'Angleterre eurent bientôt chassé (aigle de son nid. Le comte de Sancerre rendit hommage et rentra sous la féauté de son suzerain \

Une guerre contre le duc de Bourgogne offrait de plus grandes difficultés. « Le duc était puissant par son peuple, riche en trésors, et plus riche encore en armes et en hommes vaillam que lui fournissaient le noble château de Dijon et la ville très-antique d'Àutuh ; non moins joyeuse de son sol fertile , Beàime-la-Vineuse , Beaune dont lès vins rouges disposent les têtes à toutes les fureurs de la guerre, Semur, Flavigny, Mulsau , Àvallon , terres heureuses si elles pouvaient jouir de la paix , obéissaient aussi aux lois du duc ; il possédait en outre Chatillon ; bourg noble , l'honneur des Allobroges , le boulevard du royaume , que la Seine traverse et arrose de ses ondes rapides et qui contient une population qui n'est inférieure à aucune autre du monde par la chevalerie, l'esprit et le savoir, la philosophie, -les arts libéraux, l'élégance des vêtemens et la^beauté des fem-

i GuiJlaume-le-Breton \ Philipeidos , liv. I.

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mes. Le duc avait approvisionné ce château de toutes les choses nécessaires pour les batailles. Il avait aussi fait garnir lès tours et les remparts de claies en bois, étançonner les murailles, et pratiquer des fenêtres longues et étroites , >de telle manière que les braves servants d'armes et les archers cachés par derrière pussent lancer de loin les traits messagers de la mort 1 . »

Avant de commencer la guerre contre un ennemi aussi formidable, le jeune roi et ses nouveaux alliés lui firent faire les offres d'une réconciliation sincère, mais ces démarches ne firent qu'exciter ses ressentimens. a Ainsi Ovide rapporte dans ses fables que jadis les conseils des barons redoublèrent les fureurs dePenthée, lorsqu'il voulait supprimer les fêtes de Bacchus. * »

« Cependant , le roi enfant , indigné de se voir mépriser comme un enfant , vole sur le territoire de la Bourgogne accompagné seulement d'un petit nombre de chevaliers. Déjà il laisse loin de lui. les plaines de la Ckam-

i J'ai conservé le langage poétique de Guillaume-le-Breton , Philipeitos, liv. L — 9 Philipeidos , liv. I.

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pagne et les fertiles champs de Brienne. Il entre, cet hôte illustre, dans la vallée de Mulseau ; c'est là qu'apprenant les préparatifs du duc de Bourgogne à Chatillon-sur-Seine, il se décide à l'investir, À ce moment où l'on ne voit encore ni la nuit ni le jour , mais où l'on voit également l'un et l'autre, l'enfant intrépide choisit cette heure pour envelopper . de ses bannières et de ses armes l'enceinte du château qui contient dans son circuit plusieurs arpens de terre. »

» Le lendemain en s'éveillant , les guerriers du dup de Bourgogne se trouvent investis de toutes parts. Us montent en toute hâte sur les murailles , se précipitent en groupes confus pour barricader les portes; ils transportent sur leurs épaules des claies et des madriers. Partout sûr leurs remparts élevés où ils aperçoivent quelques crevasses, ils s'empressent à Fenvi de boucher toutes les faites.

Ainsi les fourmis se livrent à un travail du même genre , lorsque le voyageur ou le berger a frappé de son bâton sur leur demeure; elles courent ça et là, sans ordre et comme pour défendre leur cité menacée. »

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