LES DEUX ARMEES EN PRÉSENCE
rons. Us se dirigèrent sur Amiens, dont la possession était- alors % un des objets en litige entre le comte de Flandres et le roi. Le chûteau de Boves défendait la route d'Amiens ; ce château, célèbre dans les annales de la chevalerie, car il avait vu naître le magicien Maugis et plusieurs des fils de la race d' Aymond , opposa une vive résistance. 11 était alors au pouvoir du comte Raoul, un de ces seigneurs hautains et farouches , la terreur de leurs vassaux , et qui ne voulut point se soumettre au roi. Tandis qu'on se disposait à poursuivre un siège régulier , le comte de Flandres arrive en toute hâte avec ses hommes , et s'approchant du camp desFrançaisde manière à se faire entendre , sonne du cor, puis s'écrie : « Me voici! me voici! je viens m'opposer à tes chevaliers pour protéger les citoyens. Abandonne ces assiégés sans défense ; mesure tes forces aux miennes. Quelle gloire y a-t-il pour une multitude de triompher de quelques hommes? Viens dans la plaine soutenir une épaisse mêlée. — J'accepte , répond le roi, tu vas nous voir dans la campagne 1 . » Aussitôt le clairon retentissant annonce le
i Philipeidos, Chant 3% p. 53.
l52 SUSPENSION D'ARMES.
combat. Les chevaliers sortent en brandissant leur lance. Les armées , sons leurs bannières , se rangent Tune vis-à-vis l'autre, les archers en avant , l'arc tendu , les chevaliers bardés de fer en arrière, la lance haute. Alors Guillaume, archevêque Je Rheini*, se présente à la' tente du roi et lui dit : « Sire roi , ce moment n'est point propre au combat ; il ne faut*pas ainsi se battre au temps de la nuit ; tu dois d'abord disposer les escadrons, assigner des chefs à tes chevaliers et à tes bourgeois. O roi très-excellent, ne fais pas de telles imprudences!
— » Gesse tes paroles , tnon cher archevêque , et va prier Dieu pour le combat.
— » Au nom du ciel ! ne livre pas la France à une destinée incertaine ; ne va pas l'exposer dans une lutte difficile. »
Le roi bouillonnait de colère; mais ses barons, auxquels Guillaume s'était adressé, vinrent lui répéter le conseil prudent de l'archevêque. La main sur son glaive , Philippe persistait toujours. « G'est ainsi qu'Alexandre le Macédonien était blâmé par tous ses barons, lorsque s' élançant du haut d'une muraille