‹ Histoire de Philippe-AugusteChapitre 81 sur 248 · DIGNITÉS DE LA COUR · texte numérisé non relu

DIGNITÉS DE LA COUR

ces, s'était organisée par suite de la conquête. La première dignité était celle de sénéchal.

U présidait à l'hôtel du roi et commandait à tous ses hommes : « Sénéchal a l'autorité sur toutes les recettes du roi ; il doit château et forteresse visiter, changer 1 sergens d'armes, sauf les châtelains; en cas d'absence du suzerain tout se fait par le sénéchal.» Cependant sa principale fonction était a de dresser les tables et les mets. Lorsque le suzerain voulait manger, il disait: sénéchal je veux mes vivres. Aussitôt celui-ci disait: chamberlans, donnez-moi l'aiguë pour laver les mains au roi; puis il commandait aux sergens de servir les écuelles du dîner \

Quand le roi fut sous le dais assis»

A la coutume du pays , Assis sont li barons autor, Chacun de Tordre du signor, Le sénéchal qui était bon, Vêtu d'hermine et pelisson ' , Servit le mangier du roi '.

i Assises de Jérusalem. — 9 Petit manteau ou pelisse. 3 Roman d'Arthus.

LE SÉNÉCHAL. l6^

La dignité importante de sénéchal était héréditaire dans la maison des comtes d'Anjou.

Us l'avaient obtenue du roi Robert de France pour les secours qu'ils lui avaient donnés lors de l'invasion de l'empereur Othon. Bientôt le poste de sénéchal devint comme une sorte de mairie du palais. Cet officier disposait des fiefs militaires, recevait les hommages des vassaux, de sorte qu'un tel pouvoir héréditairement transféré, fitbientot ombrageau roi desFrancs. Louis VII tenta de dépouiller la maison d' Anjou de cet immense privilège ; Anselme de Garlande çn reçut le titre , et scella les chartes en cette qualité. Mais il advint une guerre avec Henri II d'Angleterre , et le roi somma le comte d'Anjou de le suivre dans les batailles. Je ne te dois aucun service , répqndit le comte , tu m'as dépouillé de ma charge. CommeLouis VII avait besoin des hommes d'armes d'Anjou, il répondit : Sire comte, reprenez votre droit en ma cour. Il fut arrêtépar des chartes scellées que les comtes d'Anjou auraient toujours la dignité de sénéchal , mais que les sires de Garlapde en rempliraientl'office pendant leur absence. Lorsque le comte d'Anjou voudrait venir en la

l64 LE CHAMBELLAN.

tour , il devait se faire annoncer , et les maréchaux lui prépareraient et délivreraient hostellerie , en laquelle devait être un banc rempaillé et garni de tapisserie. Le comte desbopclant sou manteau le donnait comme gage d'amitié et de munificence au dépensier. Le pannetier lui remettait alors deux pains et un septier de vin pour ses menues nourritures. On lui préparait un pavillon capable de cent chevaliers avec ses cordes et piquets , et un homme avec deux chevaux pour les porter. C'était là que tous les vassaux du sénéchal , le sire de Senlis, de Qéry et plusieurs autres devaient serment de féauté. <c Tel fut l'arrangement conclu entre le roi et le sénéchal ; Louis VII en parut très-satisfait , et a s'écria en présence de sa cour : Dieu merci ! je suisbien aveemon sénéchal le comte d'Anjou*. » Le chambellan était la seconde dignité de la cour» a Cet état de chamberlan ott de ebambrrer était vieil , car il est dit , que Gontran voulant savoir qui avait occis Chilpéric, son frère, en chargea Enroul chamberlan. Durant la première et la seconde race, Fétatde chambrierfut

i Voy, livre ou procca- verbal de Saint- Albin d'Angers, rapporté par le président Fauche*, origine des dignité» de la couronne, p. S».

LE CHAMBELLAN. l65>

octroyé à personnes honorable» et nobles , p^r nous trouvons -que Bernard , frère de la reine Judith pétait aussi chamberlan du palais, et commandait aux portiers. » Sous la troisiènfe race » les fonctions de chamberlan consistèrent surtout à soigner le linge et toute là garde-robe du roi. Il avait la clef de son trésor pomme plus tard les argentiers \

Du roi je suis le chamberlan, Je garde son or et son argent i.

Il obéissait au aénéchal pour tout le service de la table.

te sénéchal commande au chamberlan Geoffroi

De servir les barons à table avec le roi ,

Li ne fit point attendre le chamberlan Grégoire *.

Plusieurs beau* privilèges étaient assignés à la dignité de chamberlan. « Il était de coutume que li chamberlans eussent la dixième partie de ce qui venait en la bourse du seigneur. Ils avaient de belles terres tenant fiefs et censives , à cause de leur office , car la plupart des vignes

i Fauchet, p. 36. — a Rom. du Tournoiement d'Antéchrist ■— 5 Ro« de Bootin 4* Mayone*.

* T. I. Il

l66 LE BOUTEïLLIEir.

Vers Saint -Mandé et le bois de Vincennes se tenaient du cbamberlan. Outre cela , comme garde vestiaire du roi , il avait juridiction sur les pelletiers , merciers , marchands de draps et suï tous autres officiers ou gens de métiers qui se mêlent de vêtemens à Paris \ »

Le bouteillier était chargé de la coupe du roi et de toute la sommellerie. Placé derrière lui dans les festins, il devait veiller à ce que «joyeux convive, le suzerain, roi des ribauds , vidât souvent sa large coupe, comme Roland et l'archevêque Turpin \ L'office de bouteillier s'obtenait comme fief de la couronne, et le baron a qui le roi l'accordait, avait l'intendance des vignobles, des tonneaux et des caves. Le bouteillier le suivait partout dans ses voyages. U montait un cheval élégamment caparaçonné, et portait devant le roi une large coupe.

Bouteillier devant il allait., Ki la coupe du roi portait s .

Cet office était d'autant plus important sou» le règne du roi Philippe , qu'il aimait le bon vin. a Voulez-vous entendre une histoire bien

i Fauchet, p. 38. —a Rom. d'Arthur. — S Rom. du BraU

LE BOUTBILLIER. 167

jolie qui arriva au gentil roi Philippe? écoutez-moi 1 . Ce prince, tous le savez, aimait le ibon vin : il l'appelait l'ami de l'homme, et quand il en rencontrait l'occasion, il manquait rarement de renouveler l'amitié. Néanmoins, comme en telle circonstance on ne doit pas prodiguer la sienne, il entreprit de faire un choix, et envoya chercher par toute la terre ce qu'offraient de meilleur les vignobles lés plus renommés. Tous briguèrent l'honneur de désaltérer le monarque : chacun d'eux députa donc vers lui. Il se trouva en ce moment un prêtre anglais, son chapelain, à cervelle un peu folle, qui, Tétole au cou , se chargea d'un examen préliminaire. D'abord se présentèrent à lui Beauvais, Etampes et Ghâlons; mais à peine notre chapelain les eut- il aperçus, que les reconnaissant aussitôt, il leur défendit d'entrer jamais. Ce début sévère fit une telle impression sur ceux du Mans et de Tours qu'ils se sauvèrent sans attendre le jugement; il en fut de même de

1 C'est ainsi que parle un trouvère normand dans ce joli fabliau de la bataille de» vins. Le grand d'Augsi Ta donné par anaiise , t. a, p.. i56.

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