LA FAUCONNERIE
de» mains du roi et de Richard d'Angleterre.
Le lendemain on se livra au courre du sanglier. Les chaleurs étaient tous vélos d'une ▼este courte, fourrée de gris, serrée d'une ceinture de cuèr d'Irlande; ils portaient un* couteau appelé queniret; un cornet' d'ivoire pendait à leur cou ; leur chaussure était étroite et bien tirée, ce qui faisait 'briller la beauté des jambes et )a forme élégante des pieds. Cette chasse fut sanglante , et l'animal n'expira qu'après avoir déchiré avec ses dents meurtrière* des serfs , des limiers et des chevaux.
Ces exercices, tout guerriers, étaient accompagnés de trop de périls pour que tes dames y fussent associées. La galanterie de ce siècle inventa là fauconnerie < sorte de délassement qui convenait à la faiblesse de leur sexe. Dans l'intérieur de chaque manoir, les dames, les demoiselles , et les vârlets qu'on élevait dans le doua* servage d* amour , occupaient leur loisir à dresser des oiseaux de proie, à façonner la docilité des éperviers et des faucons. Lorsqu'ils étaient bien appris, on attachait une chaîne d'or ou d'argent à une de leurs pâtes, et captifs
1 Ste-Palaye, chap. 1".
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dans la tourelle , ils ne sortaient qu'avec le châtelain ou la dame du lieu. Pas un seigneur de haut parage , pas une demoiselle bien élevée qui ne connût le déduit ou l'art de la chasse au faucon. Lebéfroi sonnait à peine la sixième heure du jour que, déjà montées sur leur haquenée docile , les châtelaines s'avançaient , le faucon sur le poing, vers la forêt voisine. Lorsqu'un malheureux petit estournel, une colombe timide, le passereau des bois, faisaient entendre leur cri à travers le feuillage, la dame lâchait son faucon, qui, déployant son vol, poursuivait le faible oiseau ; lorsqu'il le tenait dans ses serres, on le rappelait; le faucon revenait se poser sur le poing ou sur l'épaule de sa maîtresse et lâchait la proie entre ses mains 1 .
Les tours d'adresse, les traits de courage et d'agilité des chiens et des lévriers dans la chasse du roi, firent la conversation des barons et des dames durant le dîner qui succéda aux courses. On apporta la tête du cerf, on considéra l'étendue et la hau-
i Livre de Gasse de la Bîgne. Roman des déduits de ta chasse. MSS. du roi n° 7696 ; c'est un écrit complet en vers sur tous les. amuMmens de la chasse féodale.
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leur du bois, l'épaisseur et la grosseur de» membres, la pesanteur de la hure du sanglier, « Sénéchal, quel est celui qui a détourné la bête? C'est Torre le maître •Teneur; il voudrait bien être gratifié d'un arpent de bois. Eh bien ! sénéchal, faites dresser ma charte \ » Chacun se vanta ensuite de ce qu'il avait fait, et les moins habiles ne lurent pas les plus laconiques dans leur rapport.
Alors commencèrent les contes , et joyeux propos sur la chasse ; chacun des barons et convives fit son récit sur les vieilles légendes de la forêt. On raconta qu'une meute de chiens, après avoir chassé toute la journée, se trouva arrêtée le soir comme par une force surnaturelle devant un lieu saint où le cerf s'était réfugié; qu'un lièvre, ayant épuisé toutes ses ruses pour échapper aux lévriers, s'était jeté dans les bras d'un saint homme qui lui sauva la vie; ailleurs, on avait vu un ours au* abois grimper sur un arbre où un ermite avait jeté son habit , et trouver son salut sous ce respectable froc. OnavaitaperçusaintHubertparcou* rir la forêt sonnant du cor et suivi d'une meute
1 Mémoire de M. de Ste.-Pajaye*ur la. chasse, li y. 3,