‹ Histoire de Philippe IIChapitre 10 sur 59 · ARRESTATION D'AISTONIO FEREZ ET DE LA PRINCESSE · texte numérisé non relu

ARRESTATION D'AISTONIO FEREZ ET DE LA PRINCESSE

Après avoir attaché le roi dans les liens de cet acte commis en commun, Ferez ne connut pas encore la paix : l'ennemi qui le guettait, le sournois Mateo Vas-

^ Cabrera, t. II, p. 448 : « Una esclava mario en la horca innocente. »

quez ' y s'attachait avec patience sur la piste des assassins. Il savait dëjà, il racontait que « la mort d'Escovedo avait été commandée , par un de ses meilleurs amis 9 pour une femme ^ » . Il animait le zèle du juge qui lui avait été associé dans la persécution contre le duc d'Albe, le président Antonio Pazos ; il faisait intervenir le fils asse^z intimidé d'Escovedo; il les menait « chez Pedro de la Hera , astrologue dont l'opinion n'était point à dédaigner, lequel déclara que l'ordre du meurtre avait été donné par un des plus intimes amis de la victime , un de ceux qui avaient assisté aux obsèques * ». Il obtint enfin que la veuve d'Escovedo vint implorer la justice du roi en affirmant que son njari avait été mis à mort par les soins d'Antonio Perez et à l'instigation de la princesse d'EboIi *.

Dédaignant toute justification , Perez s'adressa à Mateo Vasquez ^ : « — Tu importunes bien souvent le roi de cette affaire; c'est trop de passion chez un prêtre, trop chez qui n'est tenu ni par le devoir de sa charge ni par des obligations envers le mort. Ce zèle est suspect. Tiens-toi pour averti que l'affaire est de

^ Mateo Vasquez était un enfant abandonné qu'éleva par charité un cbanoine de Séville : son application au travail le fk choisir comme commis par le cardinal Espinosa, en 1565. ILentra dans les ordres, recueillit les papiers d'Espinosa, et deyint secrétaire du roi par la protection du valet de chambre Sébastian de Santoyo. H mourut en 1591.

^ Antonio Perez : « Por una muger. »

3 Cabrera, t. Il, p. 449.

^ Antonio Perez, p^ 6.

^ Jbid.y p. 14. Le vos qu^emploie Perez équivaut, entre égaux, au tutoiement dans notre langue et est un manque d'égards.

conséquence à dépasser ta portée. » La princesse d'EboIi *, avec ses colères de femme altière, déclare à Philippe qu'il est tenu « comme roi et comme gentilhomme » à ne pas la laisser diffamer ; « quanta Mateo, c'est un chien d'Arabe , et si Votre Majesté le décrassait assez pour qu'on ne pût l'appeler chien, je l'appellerais d'un nom plus vil » .

Mais le roi ne chasse pas Mateo : il l'écoute, il conseille à Ferez de se réconcilier avec lui ; il fait parler par son confesseur, Fray Diego de Ghaves, en faveur de Mateo à la princesse. Alors Antonio Ferez offre la démission de ses charges, affirme qu'il s'attend à être assassiné , obtient enfin cette déclaration de Fhilippe , le 4 mai * : « Tant que Dieu me donnera vie , vous n'avez rien à craindlre ; qu,ant encore tous se tourneraient contre vous, je vous resterai, et je ne vous défaudrai jamais, et de cela vous pouvez être convaincu ; votre cœur peut être assuré. » Il est sans doute sincère en écrivant ces mots, car, huit jours plus tard, il donne ordre au président Fazos de brûler toutes les dénonciations et les enquêtes accumulées depuis deux mois contre « l'homme ^ » .

Mais Mateo se procure six lettres de la princesse d'Eboli à,: Antonio Ferez; il les remet au roi avec de nouveaux détails sur la galanterie secrète : « Rem-

1 Antonio Perez, p. 24.

' Doc. ined,y t. LVI, p. 181 : » Muy bien me parece que quemeis todos estos papeles, y asi lo haced. »

portez ces lettres , lui répond le roi , c'est assez de savoir qu'elle m'ofFense par ses actes , sans être forcé de voir qu'elle m'ofFense par ses paroles *. »

Est-ce la réponse de l'homme envieux de voir accorder à un subalterne les faveurs qui lui ont été refusées, ou celle du souverain qui veut maintenir la dignité dans sa maison? Il est malaisé de discerner la vérité à travers les fraudes accumulées ; ici on ne peut se fier ni à la correspondance : elle est écrite pour tromper ; ni à Tinstruction judiciaire : elle est faussée ; ni aux témoignages : ils sont mensongers. Le juge, le confesseur, le roi s'entendent pour nous décevoir; l'accusé n'est pas plus sincère, même quand il nous dit : « — Me voilà, c'est moi bien à découvert. Ce n'est point théologie, cela *. » Durant les vingt années de perfidies et d'iniquités au milieu desquelles Antonio Ferez va soutenir la lutte contre Philippe, on ne trouvera de grandeur que dans Juana CoelIo> sa femme , et Gregoria, sa fille.

Que Philippe ait été le rival de son secrétaire près de la veuve de son confident ; qu'il ait été dédaigné ; qu'il ait choisi le prétexte de la mort d'Escovedo pour satisfaire sa rancune , on paraît le supposer aujourd'hui '.

^ Appendice 30, publié par D. Gaspar Muro, d*après les archives de Simancas, patronato ecclesiastico, legajo 10.

^ Antonio Perez, Obras y relaciones»

^ M. Canovas del Gastillo dit : « Era ya en suma una mujer que le habia despreciado para preferirle un criado suyo, y no siquiera de alta stirpe, ni recomendable o enoblecido por gloriosos hecbos. »

Cette conjecture est principalement justifiée par le cri que va jeter la princesse quand on l'arrêtera : » Vit-on jamais emprisonner une femme de ma qualité pour avoir refusé une amitié * ?» La princesse dit encore : « Triste que les maîtres se tiennent toute leur vie en maîtres y on perd la tète à être toujours le maître sans songer à être jamais le roi *. » En outre, on voit les agents du roi apporter une complaisance cruelle à publier les faiblesses de la femme ; ils accumulent les dépositions inutiles sur les relations avec Antonio Ferez ; ils font venir une duègne pour raconter « qu'Escovedo voulant insister un jour sur ce qui se disait d'elle et d'Antonio Ferez , elle se leva et dit qu'il ne convenait pas aux écuyers de parler sur ce que faisaient les grandes dames * » . Fhilippe espérait-il par la persécution fléchir ses rigueurs? C'eût été bien mal connaître la hautaine Espagnole; le mot qui a fait prêter au roi cette idée chimérique semble avoir été mal inter-

^ Doc, inéd,y t. LVI, p. 215. Pedro Nunez à Matco Vasquez, 30 juillet 1579 : « La princesa dijo si se habia visto prender una muger como ella por no querer hacer unas amistades. » Le mot amistades doit s'entendre dans le sens de réconciliation avec Mateo Vasquez et non de galanterie avec le roi; la pensée est : Il est inouï que Ton in*arrèt&, moi, grande dame, pour avoir refusé de faire amitié avec Mateo Vasquez, Tenfant trouvé. C'est le même mot, dans le même sens, qu'emploie Ferez quand il fait répondre aux tentatives de réconciliation faites par le confesseur : « Que no era su persona para andar en tratos de amistad con persona tàl como Mateo Vasquez. »

^ Appendice 175 publié par D. Gaspar Muro : « Gran consancio es estarse los senores toda la vida en senores, porque enfadar ser siempre senores y nunca ser reyes. *•

3 Declaracion de dona Gatalina de Herrera.

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