‹ Histoire de Philippe IIChapitre 11 sur 59 · III · texte numérisé non relu

III

prêté : cest nn seul mot , car ponr comprendre l'attitude singulière de Philippe et Tétrange manie qui le pousse dans de dangereuses complications, on en est réduit à saisir des mots : « — Les rigueurs de la princesse ne dureront pas toujours » , ^rit au roi Pazos le mauvais juge '. Ce qui serait plus compromettant pour le roi, ce serait l'apparence de supériorité que ne perd jamais la princesse au plus fort de la persécution : elle a le ton d'une femme accoutumée à se voir suppliée, et qui conserve ses habitudes de résistance dédaigneuse *. PhiUppe, au contraire, garde de la timidité pendant les premiers mois ; par tm reste de culte pour la femme qu'il outrage, il refuse longtemps de sanctionner les mesures qui doivent aggraver sa captivité '.

En somme, pour incriminer Philippe de la plus lâche des actions, on n'a que des mots cueillis dans d'immenses dossiers, des lambeaux de phrases obscures même pour ceux qui connaissent le mieux les souplesses de la langue castillane, phrases qui ne prouveraient rien , même si on les interprétait dans le sens le plus contraire à Phihppe. En effet, ces propos d'une femme qui est orgueilleuse et qui est prise en feute peuvent démontrer seulement le désir qu'elle a de

i Ms. cite par M. Cahovàs del Castiluo (Préfsice du livre de D. Gas- PA« MuBO, p..LYi) : « Non podia darar tanto el esdeno. » Mais esdeno peat ngnifier iruy colera, rabia,

* Voir ses lettres. Doc. ined., t. LVI.

• Note da roi diée par M. CkSOYks del Castillo : « No es razon que ordone cosa que se, y tan de cierto, ser contra su yolontad. ■

rejeter la honte sur celui qui la trouble dans ses désor* dres et de prêter les mauvais sentiments au justicier. Elle a intérêt à accuser le roi.

Ce ne serait pas seulement la bassesse de l'action qui aurait fait reculer Philippe y ce seraient surtout les sentiments religieux.

Car dans l'hypothèse que montre le roi se vengeant par une cruelle persécution des préférences d'une femme pour un subalterne, on ne peut expliquer l'intervention constante , fiévreuse, du confesseur. Non pas que la piété du roi fût inspirée par des sentiments élevés ; mais pour être poussé à des actes de brutalité par de fausses convictions, Philippe n'était pas moins sincère dans ses croyances. L'infatigable confesseur, Fray Diego de Ghaves, était également homme de bonne foi. Tous deux croyaient fermement que le roi possédait les pouvoirs de Dieu; que tout acte lui était permis lorsqu'il défendait l'honneur de Dieu. Le roi pouvait violer les lois, combattre le Pape et l'Église, récompenser des meurtres pour défendre son autorité, c'est-à-dire, à leurs yeux, celle de Dieu. Fray Diego de Ghaves le déclare à Antonio Perez : a Le prince séculier tient le pouvoir sur la vie de ses sujets et vassaux; et comme il peut ôter la vie pour une juste cause par un arrêt dans les formes , il la peut àter sans un arrêt porté en vertu de ses lois, puisque par ces mêmes lois il peut s'en donner la dispense ' . »

1 Antonio Perez, p. 71 : « El Principe seglar que tiene poder sobre

Mais ces distinctions théologiques ne permettaient nullement à Philippe de mettre au service de ses fragilités ce pouvoir qu'il partageait avec Dieu. Il n'avait reçu la délégation de la toute-puissance que contre les coupables. Or, Escovedo lui avait été représenté comme un conspirateur qui voulait le soumettre à la tutelle de don Juan d'Autriche. En toute conscience, il pouvait faire tuer Escovedo ; de cela il ne se trouble point ; « la mort d'Escovedo a été ordonnée avec mon autorisation » , écrit-il ' ; le confesseur a approuvé la mesure. Mais voilà qu'on leur persuade qu'ils ont été trompés par Antonio Ferez : on leur fait croire qu'ils ont servi la rancune privée de la princesse d'Eboli contre celui qui trouble ses galanteries. Ils ont donc été complices par précipitation d'un crime que ne commandait pas le service de Dieu. Leur conscience s'alarme. Elle n'aurait pas plus de souci des exécutions secrètes qui s'opéreraient dans l'intérêt de l'autorité royale qu'elle n'en a des morts naturelles qui semblent accordées par Dieu pour ce même intérêt : « — Dona Bernardina , écrit un jour le roi*, a bien fait de mourir pour nous tirer d'embarras. » Mais ils n'admettent pas qu'un sujet mette les droits du prince au service de ses vengeances.

la vida de sus subdicos y vasallos, como se la puede quitar por justa causa y por julcio formado, lo puede hacer sin el, pues lo orden en lo demas y tela de los juicios es nada por sus leyes, en las cuales el misnio se puede dispensar. »

^ Le roi au juge Bodrigo Vasquez de Arce, 4 janvier 1590 : « Que la muerte de EsYOvedo habia sido hecha con su autorisacion. »

^ Doc, ined,, t. LVI, p. 305, note du roi.

Philippe enfin a un autre devoir que celui de punir le meurtre pour lequel on l'a trompé : il doit sauvegarder rhonneur de son ancien confident, de son compagnon d'enfance, de son fidèle Eboli que la veuve oublie avec Ferez. « — J'étudie l'affaire avec l'attention qu'elle exige , écrit-il à Pazos ' ; si Eboli était ici et connaissait sa femme comme moi , il entendrait les affaires comme je les entends. »

L'enquête morale est ici plus sûre qu'une interprétation de mots. Philippe veut d'abord assoupir l'affaire parce qu'il se sent compromis ainsi que son confesseur parles ordres écrits; il ne veut pas que l'on sache à quel point il a été dupe, puis il veut faire cesser le scandale ; il se contentera d'abord d'une double arrestation, moins que cela, d'une mise aux arrêts; ensuite la résistance l'irritera , il ressentira les impatiences de l'homme de bureau contre toute contradiction , tantôt redoublera de rigueur, tantôt sera retenu par la crainte de révélations compromettantes, jusqu'à ce que l'affaire prenne les proportions d'une lutte personnelle entre lui et Perez. Souvent le remords le réveillera : il passera bien des nuits avec Fray Diego de Chaves à rappeler sa jalousie fatale contre don Juan d'Autriche et sa crédulité qui a si légèrement sacrifié Escovedo. C'est peut-être dans une de ces heures de scrupule qu'il a

^ Doc ined.y p. 378-379 : « Voy con el cuidado que es razon, mirando lo qne conyendra; y ajala lo mirase su mujer como yo, y bien es entenderse todo lo que les conviene como procuro. »

rédigé cette instruction an liixncié qu'il envoyait avec de pleins pouvoirs en Amérique ' : « — Ke croyez pas tout ce que l'on vous dit : la trop facile crédulité vous poussera à des erreurs sans remède; on ne manque jamais de valets autour de soi pour £aûre naître ces erreurs et pour s'en prévaloir à votre ombre. » Une croix expiatoire fut élevée où était tombé Escovedo : on la voyait enpore au conunencement du siècle '.

Philippe hésita longtemps à signer les ordres d'arrestation. Après le billet du 4 mai, qui donnait à Ferez de si formelles garanties contre toute inquiétude, il ne cessa de lui témoigner sa confiance et son intérêt durant près de trois mois. Au dernier moment, le 28 juillet, jusqu'à dix heures du soir, il travailla avec Ferez, il lui donna l'ordre de revenir près de lui le lendemain matin et de lui rapporter des dossiers qu'il lui confia ; puis il se rendit près de l'église Santa-Maria et se cacha contre lin portail pour assister aux arrestations ; « Sébastien de Arroyo , qui était à côté du roi , me l'a conté ' » . Moins d'une heure après avoir quitté Fhilippe, Ferez était pris et conduit, non en prison, mais chez un alcade de cour. Fendant ce temps, la princesse d'Eboli sortait, accompagnée d'une seule suivante, pour passer la nuit chez lui; elle apprit en entrant la catastrophe, se hâta de retourner vers sa

* Doc. ined,y t. XXVI, p. 281.

2 Baewa, Hijos de Madrid^ t. I*', p. 122, note. ^ Antonio Ferez, p. 36i.Le roi avait communié le matin. Doc. ined., t. VII, p. 285.

maison , rencontra à sa porte les alguazils qui l'emmenèrent ^ ; elle reçut en même temps un billet du roi : « — Je vous ai retiré la tutèle de vos enfants et l'administration de leurs biens, et j'ai voulu vous en avertir afin que vous ne l'ignorassiez pas, et je vous enjoins d'obéir sans réplique. » « — Je ne peux être dépouillée, répondit la princesse, sans être premièrement entendue ; c'est un devoir de détromper son roi quand sa conduite viole les lois , les préceptes divins et le droit de ses sujets *. »

La perfidie montrée par Philippe jusqu'à la dernière minute qui précéda ce coup d'État fut contemplée avec une certaine admiration^; mais la cour attribua au ressentiment contre les préférences de la princesse cet acte de violence*. Afin de combattre cette interpré-

* Doc. ined.y t. LVI, p. 215, Pedro Nunez à Mateo Velasquez.

* Comm, roy, hist.y t. XIII. Notice de M. GACHàRD, où sont publiées les deux lettres : m De que e querido avisaros para que lo sepais, y eacargaros que cumplais sin replica ninguna... » — « Yo no puedo ser privada por ningun derecho sin ser primero oyda... combiene desenganar a su rey de lo que va contra sus leyes, y derecbos divinos, y de las gentes. »

3 Doc. ined., t. VII, p. 269.

^ Cette opinion des contemporains a inspiré le rapport d'un Vénitien que M. Mignet a découvert à la Bibliothèque sous le n^ 1203 du fonds Saint-Germain, et qui est classé actuellement sous le n® 1234 du fonds italien. M. Gaspar Muro, qui paraît n'avoir pas vu ce manuscrit, conteste sa valeur avec cette âpreté que témoignent quelquefois les étrangers contre les historiens français. On sait que l'ambassadeur vénitien était Mateo Zane; il dit, dans sa relation au Sénat, que Ferez a été chassé pour des causes dont il a déjà rendu compte : « Al quale fu interdetto il carico per le occasioni que sono note. » {Rel. Ven, Alberi, 1861.) Où sont-elles notées? N'est-ce pas à ce manuscrit de Paris qu'il faut se reporter pour connaître le récit que Zane n'a pas voulu lire

tation , Philippe écrivit aux fils ' et au gendre * de la princesse qu'il avait été contraint à des mesures de rigueur pour mettre un terme aux haines qui divisaient ses secrétaires. « — Si ma belle-mère, répondit le duc de Medina-Sidonia * , a suscité des querelles entre les secrétaires d'État, je demande qu'on fasse rétomber sur moi seul le châtiment qu'a pu mériter cette dame. »

Mais il ne suffisait pas d'imposer silence aux mécontentements de la famille, il fallait surtout obtenir qu'Antonio Ferez ne divulguât point les secrets du complot contre don Juan d'Autriche et son secrétaire. Quiroga, l'inquisiteur général, vint trouver la femme du détenu, Juana Goello, lui dit que son mari « avait été arrêté dans son intérêt, pour éviter de plus grands inconvénients » . Fray Diego de Chaves porta des paroles doucereuses : « — On devait se taire , attendre la clémence du roi; cette épreuve n'aurait qu'un temps*. »

Tandis que Ferez, dont les révélations pouvaient nuire au prestige du roi, était laissé à l'aise chez l'alcade de cour, la princesse d'Eboli, dont on ne craignait pas l'impuissante colère, fut reléguée dans

publiquement au Sénat? II a préféré dire dans une note secrète : « Stimandosi che il suo maggior peccato sia quello délia carne... » Toutefois, des passages de cette note anonyme paraissent indiquer comme auteur, ainsi que le fait remarquer M. Morel-Fatio (^Bevue historique, t. IX), non Mateo Zane, mais un secrétaire de Yicenzio Gradenigo.

1 Antonio Ferez, p. 34.

3 Appendice 60 publié par D. Gasp/lr Muro.

^ Il avait épousé, le 4 mars 1574, la fille de la princesse ; cette enfant était alors âgée de six ans. Doc, ined., t. XXIV, p. 551.

^ Doc. ined,y t. LVI, p. 5^5. Voir aussi Antonio Ferez, Ohras.

la tour de Pinto, à trois lieues au sud de Madrid.

Cette tour existe encore. Elle n'a point de porte. On entre parla fenêtre; il y a une seule pièce à chaque étage. La princesse passa plusieurs mois dans cette cellule, sans tenture et presque sans meubles; pendant riiiver on dut, pour l'empêcher de mourir de froid, la transporter au fort de San-Torcaz. Un an après, ses enfants obtinrent qu'elle fût captive dans son château de Pastrana.

Perez tomba malade après quatre mois de séjour chez l'alcade. Le roi, gravement atteint lui-même d'un gonflement ^ inquiétant à la gorge, fut soumis à des saignées et à des ventouses, s'apitoya sur les souffrances de son ancien secrétaire, l'autorisa à rentrer dans sa maison. Pendant l'hiver, notre ambassadeur écrivait * : « Perez est guéri et est toujours en sa maison gardé, sans qu'il ait liberté de parler à personne ni estre visité. Il y a eu plus de caprice que de raison. La princesse d'Eboli est toujours en même estât, observée et traictée avec toute la rigueur possible. »

Après sept mois de cette réclusion, Perez reçoit l'autorisation de sortir pour entendre la messe ^; les visiteurs commencent à être admis chez lui, les dossiers

' « Corrimiento. n Doc, ined,, t. VII, p. 270. ^ Ms. Bibl. nat. français 16107. Saint-Gouard à Villeroy, 13 jan- YÎer 1580.

3 Antonio Perez, p. 39.

lui sont apportés par ses anciens employés ' . Mais il n'est plus rhomme nécessaire pour expédier avec sa rapidité de travail les affaires négligées par Gayas, Mateo Vàsquez ou les autres. Auprès de Philippe vient de s'installer le véritable homme d'État qui ne tolère ni les retards, ni les intrigues des subalternes, le cardinal Granvelle. En contraste avec ces commis vicieux et rapaces, on aime à retrouver cette tète puissante.

Depuis son départ des Pays-Bas, Granvelle se faisait instruire à Rome ou à Naples, par une énorme correspondance, de tous les événements du règne; il apprenait lés secrets de l'Europe entière au milieu des politiques les plus souples et des esprits les plus libres. Il fut surpris par l'ordre qui le rappela subitement d'Italie près du roi*, après son refus du gouvernement des Pays-Bas. Il avait alors soixante-deux ans. Il arriva à Madrid cinq jours après l'arrestation d'Antonio Perez *,

1 Antonio Perez, p. 39. Voir aussi Doc. ined., t. XIII : « So despachaba continuamente todo en su casa. »

2 Correspondance de Philippe JJ, t. I«', Préface, p. 67. Granvelle à Juan de Borja, 23 avril 1579 : « Hame tomado este mandado muy a la improvisa. »

^ Le 3 août 1579. On a cru que Philippe avait mandé le cardinal Granvelle pour en faire le remplaçant d* Antonio Perez, et Ton a remarqué comme un raffinement le soin de faire contre-signer par ce même Perez cette lettre qui appelait à Madrid le successeur attendu pour qu'on l'arrêtât. En effet, l'arrestation a bien eu lieu au moment où a été connu le débarquement du cardinal en Espagne, et le cardinal a bien reçu dans son ministère les affaires de la cbarge de Perez. Mais la lettre contre-signée de Perez qui appelle Granvelle est du 30 mars 1579, c'est-à-dire au moment même de la mort d'Escovedo et de la plus intime union entre le roi et Perez.

fit remarquer à Philippe que sa qualité de Franc-Comtois blesserait les susceptibilités des Espagnols : « — Je ne crois pas, répondit le roi ', qu'il y ait personne pour cabaler contre vous, car il n'y a nulle raison de le faire. Vous pouvez vous tenir en toute quiétude. »

Il reçut, sur cette insuffisante promesse de confiance, les affaires d'Italie, d'Allemagne, de France et des Pays-Bas ; on lui adjoignit comme secrétaire du despa^ cho universaly à la place d'Antonio Perez, don Juan de Idiaquez. « — Le cardinal Granvelle se va faisant de jour en jour maistre des affaires, écrit Saint-Gouard * ; j'entends que hier au conseil d'État, le cardinal de Tolède et lui eurent une prise, je ne sçay sur quoy. Mais si une fois il se prend à ces gens-cy, il aura bien à faire, et sera bien fin si à la longue il ne trouve qui le sera plus que lui. » A l'heure où une chance inespérée allait livrer à Philippe II la couronne du Portugai, une autre chance lui laissait, malgré son soin de déprimer les caractères et d'écarter les talents, deux hommes de génie pour faire face à l'Europe, Granvelle dans Madrid et Alexandre Farnèse dans les Pays-Bas. Mais ce fut la continuelle misère de Philippe de se tourner avec une méfiance maniaque contre tous ceux qui pouvaient lui être nécessaires. Le roi vit avec complaisance la lutte entre le vieux Granvelle des préjugés

^ Ces mots sont en marge du billet du cardinal conservé à Bruxelles et publié par M. Gâcha rd.

S Ms. Bibl. nat. français 16106, pièce 115 du 12 novembre 1279.

nationaux et de Tinertie des commis. Aussi Granvelle ne tarda point à remarquer que la décadence avançait rapidement, qu'une catastrophe ne s'éviterait plus. « — Nous cheminons de telle façon, écrit-il dans un de ses jours de lassitude ' , que j'ai grand'peur pour l'avenir, je me fatigue de voir ce que je vois ; j'ai le plus vif désir de vous quitter pour ne pas avoir de part à notre ruine définitive, et ne pas m'aller noyer, les yeux fermés, comme les autres. »

Bientôt il cessa d'avoir des rapports directs avec le roi; les instructions et les documents lui parvinrent par les mains de don Juan de Idiaquez * ; il voulut écarter ce rival en le proposant pour une ambassade près de l'empereur : « — J'ai, répondit le roi *, un tel besoin de personnes qui m'aident à supporter mon fardeau, que don Juan de Idiaquez me ferait terriblement défaut, si bien que je ne vois pas cgmment la chose serait possible. A mon âge et avec les épreuves d'esprit

^ Recueil de Bruxelles. Granvelle à Idiaquez, 2 septembre 1584 : M Caminainos de manera en nuestiascosas , que temo mucho, y me canso de ver lo que veo , con harto desseo de dexar lo todo , por no tener parte en nuestra postrera perdicion, y abogarme con los otros, a ojos cerrados. »

^ Dès 1583. D. Juan de Idiaquez était Basque. Sur ces dernières années du cardinal Granvelle, voir Gâchard, Correspondance de Philippe Ily t. I**", Préface.

^ Ibid,y p. 80 : « Haviendo yo tanto menester personas que me ayuden a la gran carga que tengo, hariame D. Juan terrible falta, y tan ta que no veo forma como se pudiese çufrir. Y con la edad y los trabajos d*espiritu y de cuerpo que N^ S' es servido darme, bartas mas necesitad tendria de tener mas ayuda, que no de perder nada do la que tengo. »•

et de corps dont le Seigneur a bien voulu m'accabler, j'ai plutôt besoin de chercher de nouveaux auxiliaires que de perdre ceux que je possède. » Granvelle ne tardera pas à mourir dans le découragement ' .

Mais ce n'était point dans l'intention de préparer le retour d'Antonio Ferez que les ingénieux secrétaires unissaient leurs efforts contre Granvelle. Ils découvrirent un procédé adroit pour arrêter les dossiers qui commençaient à revenir chez Ferez : ils prétendirent que Ferez avait renoué un commerce de billets avec la princesse d'Eboli, et partait quelquefois de Madrid, déguisé en courrier, et ne rentrait qu'après avoir passé la nuit dans le château de Fastrana où elle était reléguée *. « — Je crois, écrivit le roi au précieux président Fazos, que j'ai dû entendre parler déjà de messages qu'il envoyait encore à la princesse; ce n'est décent ni pour l'un ni pour l'autre. Cherchez en secret et avec dissimulation^ à tâcher de savoir ce qu'il en est, et je prendrai les mesures utiles '. » Fazos comprit qu'il plairait en incriminant Ferez ^, et en marge de son rapport le roi mit : « Il convient qu'Antonio Ferez demeure renfermé. »

1 Le 22 septembre 1586.

^ Appendices 116, 118, 129, publiés par D. Gaspar Muro.

' Ibid. : « Hay mensajes entre el y la princesa, que ni al uno ni al otro les esta bien : seralo que con secreto y disimulacion procureis saber lo que bay en ello, y siendo assi, de atajarlo. •

4 Ibid. Pièces 134, 136. Voir aussi Doc. ined., t. LVI, p. 397. Note de novembre 1581.

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