‹ Histoire de Philippe IIChapitre 22 sur 59 · MISÈRE DE LA POLITIQUE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

MISÈRE DE LA POLITIQUE FRANÇAISE

On :a vu Marguerite de Valois et son jeune frère tenter des aventures dans les Flandres sans être soutenus ni désavoués par le roi de France. Depuis la mort de Charles IX, Catherine de Médici avait cessé de diriger le gouvernement ; cette mort l'avait émue : « — Piteuse nouvelle pour moi, s'était-elle écriée \ pour avoir vu tant mourir de mes enfants; il me dit adieu et me pria de l'embrasser, qui me cuyda faire crever, et la dernière parole qui dit, fiist: — Eh, ma mère! » Elle avait trouvé dans son fils Henri III son maître, maître sans cœur et sans résolution, loquace, indolent.

« — Que Dieu le bénisse, car il est bon homme! n disait dédaigneusement de lui D. Diego de Çufliga *.

« En voilà un qui ne gênera jamais personne; il est de ces gens mielleux qui n'aiment pas les luttes. »

Henri III avait assez de vanité pour troubler les plans et détruire l'autorité de sa mère, trop peu de volonté pour se soustraire à l'influence de Philippe II. Avant même d'entrer en France, dès son arrivée à Venise, il avait écrit au roi d'Espagne pour lui demau-

* Ms Bibl. nat., Dupuy, vol. 500, f» 71.

^ Correspondance de Philippe II y t. V, p. 23.

der son appui '. Il aurait pu facilement organiser dans son royaume un parti monarchique avec tous ceux qui avaient horreur de la guerre civile et des intrigues étrangères ; le patriotisme se révèle dès son avènement par des pamphlets qui cherchent à lui rallier toutes les factions, et disent aux Français ^ : « Ne vous laisser persuader par les étrangers qui vous chérissent pour attraper yostre argent... ils ne vous cognoissent pas, mais seulement vostre argent et vos meubles... jugez, en voyant le désordre auquel vostre France est maintenant. » Nourrir le sentiment national^ c'est aussi ce que conseillait Catherine ^ : « Vous estes leroy detous, et les faut tous aymer, les querelles particulières les appointer, et ne se passionqer; vos serviteurs, aymezles, mais leurs partialités ne soient plus les ypstres! » Mais Henri III n'écoutait pas j)lps çe^ cppiseils que ceux de ses ministres. 4^près Lospital,,Mpr,Villiers avait dû à son tour abandonner les sceaux; il s'écriait : a Qui veut profiter et çiyoir faveur de la cour, il.s'y faut rendre esclave plus que ne sont ies forçats pn galères.. . on n'ose mettre le nez au fond des finances *... » Il laissait une école d'hommes d'État qui ont ni'anié le gouvernement durant près de deux siècles : les Villeroy, les Laubéspine, les Pomponne^ lès Séguier,

> Ms. ArcK. nat. K. 1536, du 27 juillet 1574.

^ Remo7istrance aux François pour les induire à vivre en paix à r advenir, 1576.

^ Ms. Bibl. nat. Dupuy, vol. 500.

* Ms. Bibl. nat. français 20167.

les Mole se rattachent tous à Jean de Morvilliers '. Mais Henri III ne trouvait pas mauvais que ses ministres fussent outragés par les favoris de cour; il les décourageait par sa complète indifférence devant les affronts qu'il subissait lui-même; il gaspillait l'autorité.

Les ambassadeurs à l'étranger étaient plus malheureux encore, car ils ne recevaient plus leurs appointements. — « Quand vous verriez la désadvanture et misère que je passe, vous en auriez pitié et compassion, écrivait Saint-Gouard de Madrid * ; mes affaires sont si ruinées et desplorées que je ne sais plus que dire ni faire, je ne sais à quoi la nécessité me réduiroit. »

Philippe II n'avait pas à s'inquiéter de tels adversaires : nul obstacle ne l'aurait arrêté, s'il n'y avait pas eu derrière la cour d'Elizabeth les marins héroïques, et au fond de la Gascogne, Henri de Navarre.

C'est cependant cette cour de France livrée aux fêtes bizarres et aux projets incohérents, qui imagina d'arracher le Portugal à Philippe II, sans déclarer la guerre à l'Espagne, et qui entraîna l'Angleterre dans ses aventures d'putre-mer.

1 Voir la remarquable étude de M. Baguemeau de Puchesse sur le Chancelier de Morvilliers,

2 A Villeroy. Ms. Bibl. nat. français 16107, f- 5, du 13 janvier 1580.

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