‹ Histoire de Philippe IIChapitre 26 sur 59 · SECONDE EXPEDITION DE DRARE · texte numérisé non relu

SECONDE EXPEDITION DE DRARE

Les Anglais s'étaient peu compromis dans les expéditions des Açores ' . De tous les peuples , les Français se laissent le plus volontiers emporter aux entreprises sans profit, aux guerres de sentiment, aux élans qui poussent vers les vaincus et les bannis. Les, marins anglais voulaient bien combattre les navires esp^agnols, mais ils prétendaient aussi recueillir des avantages ; ils aimaient ,les barres métalliques, les épices rares, les pierres précieuses ; ils savaient que pour gagner la part de prises , il faut s'attaquer aux convois commerciaux

I ^ On a raconté, an contraire , qu'une escadre anglaise était arrivée à Tercère avec Strozzi, et avait pris la fuite avant la bataille. Les Espagnols semblent l'avoir cru. L'historien de Frobisher (Fraisck Jones, p. 181) n'ose pas affirmer que son héros n'ait pas commandé cette escadre. Mais Vaez explique formellement (Ms. arch. nat. R. 1561, p. 5) qu'il a déterminé le départ de la flotte de Bretagne avant la jonction avec les navires anglais : « La armada de Landernau y los navios Ingleses no eran juntos. » Le comte de Vimioso a déclaré de son côté (voir Ms. Bibl. nat. fonds espagnol, 466, i^ 33, et fonds Dupuy, t. XV, f^ 43), au moment de sa mort, « que la reine d'Angleterre avait désigné un général pour la flotte qui allait arriver : (jue a de venir », et que l'on « attendait quarante navires d'Angleterre : esperan quarenta naos de Ingalterra ». Ce sont sans doute ces vaisseaux de renfort que Vaez se vante d'avoir fait renvoyer en Europe quand ils apparurent aux Açores, après la bataille. Le fait est très-important : Philippe il a cru que sa flotte avait vaincu led escadres combinées de France et d'Angleterre, et il s'est ainsi complètement mépris sur la valeur navale des Anglais.

et non aux flottes de guerre. Ils voyaient les premiers aventuriers épouser à leur retour les riches veuves, acheter les châteaux et occuper à l'église le banc seigneurial.

La cupidité n'était pas seule à pousser les Anglais vers le monde inconnu. Outre les savants comme Davis et Frobisher , accouraient en foule les chercheurs de merveilleux , tous ceux que tentaient les courses à travers les arbres gigantesques et les lianes, au milieu d'Indiens qui les accueillaient comme des vengeurs, qui leur offraient des fruits étranges , qui les faisaient dormir dans leurs campements sous les nuits lumineuses, sous le bourdonnement des milliers d'êtres qui s'agitaient dans cette nature débordante de vie. Ceux qui tombaient aux mains! des Espagnols étaient ou livrés à rinquisition déjà installée en Amérique ' , ou enchaînés sur des bancs de galère. Aussi la haine de l'Anglais contre l'Espagnol, ce païen qu'il croyait adorateur de tous les saints , était excitée à la . fois par l'instinct d'aventure, par la pensée du danger, par le sentiment puritain et par l'esprit mercantile. Sur toutes les mers les Anglais retrouvaient le pavillon de Philippe 11^: il venait de les braver en Irlande, grave menace, car « l'Irlande a de belles forêts et des rades excellentes, et si les Espagnols en devenaient maîtres, ils seraient

' L*In(}uisition est introduite à Mexico en 1574. Tons ces sentiment des marins anglais sont peints ayec vigueur dans le populaire roman de Kiugslbt, Westward lio,

Page 1