III
maîtres des mers en peu de temps , et la mer est notre force principale , et puisse Dieu nous la conserver, M « L'Espagne menaçait de les expulser de la Virginie comme elle avait détruit les Français dans la Floride ^ ; elle les guettait dans la Méditerranée pour détruire leur trafic du Levant : cinq navires de commerce qui revenaient d'Orient sont surpris près des îles Pantellaria ' par treize galères espagnoles que commande Don Pedro de Leiva; le chef anglais Edward Wilkinson fait chanter les psaumes par ses hommes pendant qu'ils prennent leur poste de combat, « et les Espagnols insensés invoquent, selon leur coutume, non le Seigneur, mais Notre^ Dame, c'est ainsi qu'ils surnomment la vierge Marie, et ils s'écrient : — Sainte Dame, donne-nous la victoire ^ ! » Le combat dure cinq heures ; les Anglais, par la supériorité de leur tir et la rapidité de leurs évolutions, forcent les galères à prendre la fuite; ils entrent triomphalement dans le port d'Alger, puis rapportent leur chargementà Plymouth, après avoir réparé leursavaries.
' LoDGE, Illustrations y t. If, p. 231, Bawdewyn to Shrewsbury :
« Ireland hache very good tymbre and convenient havens, y^ the
Spaigniard might be master of them, he wold in short space be master
of the seas, wich is our chiffest force, as I pray god it may continewe. »
* GrenTille et Raleigh avaient fondé en 1585, dans la Virginie, des établissements qa*ils ravitaillèrent en 1586.
' « Les lies Pantalarea entre la Sicile et 1* Afrique.* Haklutt, the Prin- •cipal Navigations, t. II, première partie, p. 285. Je ne sais s*il y a d'autres éditions que celle de 1599. Cet admirable recueil devrait être étudié par tous les marins.
* Ibid. « The foolbh Spaniardes cried out according to their maner, net to god, but to our. lady, .as they terme the virgin Mary, saying : O blessed Lady, give us the victory. »
Mais déjà dans les tades mêmes de Galice , les vaisseaux de Sauta Gruz étaient brûlés par une escadre anglaise'.
Sir Francis Drake avait pu enfin organiser avec son ami Frobisher une expédition malgré les indécisions de la reine. Il se présenta devant Vigo, se fit restituer les Anglais qui y étaient détenus, vida le trésor des églises et détruisit les navires. Il avait disparu avant que Santa Gruz eût pu rallier le reste de sa flotte. « Il est allé, raconte le résident français', premièrement aux isles de Canarie où il perdit quelque nombre d'hommes qu'il pensoit jeter en teri*e:.. il est allé devers l'isle du Cap-Vert où il a mis deux mille hommes à terre et saccagé tout ce qu'il y a trouvé, rompu quelques églises, pris toutes les marchandises et l'artillerie. » Le 1 7 novembre , il pillait Santiago des îles du Cap- Vert, puis il apparaissait devant Saint-Domingue si subitement, que le président ne put, en voyant les navires, croire qu'ils venaient en ennemis, et refusa quelque temps d'armer les batteries; Saint-Domingue se racheta poar vingt-cinq mille ducats payés en joyaux et en or* ; en outre, Drake « devint maistre de l'argent du roy qui estoit soixante mille écus , de dix ou douze vaisseaux chargés de sucre, cuirs ^ »... et de tous les canons. De
1 Ms. Bibl. nat. français 161 09, f» 117. Lônglée, le 7 octobre 1585, copie la note qui apportera cette noayelle à Santa Gruz. *^ Ibid., 16110, fo 8, du 15 février 1586.
> Herrbra, t. III, p. 13; Gabrbra, t. III, p. 177. « Ms. Bibl. nat. français 16110, f. 21, du 3 avril 1586.
là il se présente devant les côtes de la Nouvelle-Grenade , jette à terre quelques matelots pour surprendre Garthagène : les barricades qui défendent la ville sont escaladées sous une grêle de flèches empoisonnées, les Anglais pénètrent dans Garthagène , pendant que les habitants s'enfuient par une autre extrémité vers les montagnes, et Francis Drake « compose à six vingt mille escus pour ne la ruiner point' » . Il revient alors en longeant la Floride , se prépare à donner l'assaut aux forts de Saint- Augustin , lorsqu'il entend sonner « la marche d'Orange » : c'est un Français captif qui a pu se dérober pendant que les Espagnols évacuaient le fort, et qui annonce sur son fifre que la place est vide*. Les établissements de la Floride sont traités comme ceux des autres colonies: Francis Drake « trouva aux coffres du Roy Gatholique environ cinquante ou soixante mille escus, et ainsi que l'on escript, saccagea tout, ruyna la ville entièrement, y abattit le fort, chargea l'artillerie sur ses vaisseaux » . Il visita les établissements anglais de Virginie, ramena du tabac, les ducats de Philippe II et deux cent quarante pièces de canon '. II. était déjà en Angleterre, il distribuait le butin, quand arriva devant Garthagène la flotte espagnole de secours, composée de dix galions sous, les ordres de D. Alvaro Florez de Vallès. « On perdit une occa-
1 Ma. Bibl. nat. 16110. Looglée à Villeroy, f> 56, du 11 septembre 1586.
^ FbàRK Joues, Martin Frobisher,
s II rentre à Portsmouth le 28 juillet 1586.
sion précieuse de précipiter davantage le départ d'une flotte*. » L'amiral avait attendu Tordre du départ k Gadiz pendant vingt jours; « le roi était alors tellement occupé aux Cortès de Monçon , que ses ministres n'osaient pas l'importuner pour avoir sa signature* » .
Les négociants les plus^riches furent ruinés ; l'humiliation , les pertes matérielles , le désarroi jetèrent un tel trouble jusque dans la cour, que Philippe II saisit un prétexte pour détourner la pensée vers des fêtes bruyantes* : « L'on a fait ces jours passés feux de joie; le Roi Catholique sortit en public et fit chanter le Te Deum; le jour mesme se sont faictes grandes allégresses. »
Mais Elizabeth se décidait, comme Catherine, à diriger vers les Pays-Bas ses attaques les plus redoutables. Dans le Nord vont se trouver coalisées momentanément les deux rivales de Philippe IL
^ Herrera.
2 Cabrera, t. III, p. 177-181.
3 Ms. Bibl. nat. français 16110, fo 26, du 28 avril 1586. Longlée à Villeroy. C*était à propos de la naissance du fils de l'infante Catalina, duchesse de Savoie.