‹ Histoire de Philippe IIChapitre 31 sur 59 · III. i · texte numérisé non relu

III. i

traitant avec des égards affectés ' . « Je suis certain , écrit Champagney*, que le prince d'Orange seul a troublé les desseins de François de Valois. Il ne lui a jamais permis d'aller à l'armée, il a retardé les secours destinés aux villes assiégées ; il craignait que le prince n'acquît trop de crédit auprès des États. » '

Ces conflits ne permettaient guère des succès dans les opérations militaires. Farnèse venait de prendre Tournay pendant que François était encore en Angleterre'*, Au printemps suivant, il investit Oudenarde, qu'il enleva après deux mois de siège. Un corps d'armée français, amené par le maréchal de Biron, rétablit pendant quelque temps la fortune du duc de Brabant, et lui permit d'enlever Alost et Bouchain. Henri III, sous le prétexte que les coureurs de l'armée de Farnèse « avoient vexé et pillé pendant plusieurs mois toutes ses villes frontières * » , commençait à montrer de l'énergie en faveur de son frère : il osa même faire saisir les fonds espagnols déposés chez les banquiers de Paris : « on a trouvé et confisqué dix mille ducats qui appartenaient au roi d'Espagne ^ » . Mais les Espagnols reçurent également des renforts : a — Ayant bien establi les affaires

1 Ms. Arch. nat., R. 1560, pièce 108, du 29 décpmbre 1582. Tassis à Philippe II.

^ GHAMPàGNET, Mémoires, p. 271, Cradaction de l'espagnol en belge.

3 Du 1^' octobre au 30 novembre 1582. C'est à ce siège que la princesse d*Ëpinay, fille d'une sœur de Goligny, fut blessée d'une arquebusade au bras. (Du Maurier, p. 140.)

^ Busbecque à l'empereur, 25 mars 1582, t. III, p. 88.

^ Ibid,, octobre 1582» p. 116.

de Portugal, l'on faict estât de mettre à bon escient la main à celles de Flandre ^ » En effet, Philippe ne tarda guère à envoyer aux Pays-Bas cent soixante mille ducats par mois^. Farnèse put, à la fin de Tannée 1582, mettre soixante mille hommes en ligne; il s'empara de Ninove ; il força les troupes des États à s'enfermer dans les villes. Toutefois, il dut détacher un corps d'armée dans l'électorat de Cologne pour chasser l'archevêque Truchsess qui venait de se déclarer luthérien ^ et d'épouser la belle Agnès de Mansfeld ; plusieurs de ses sujets lui étaient restés fidèles , les autres s'étaient ralliés au prélat que lui opposait son clergé, Ernest de Bavière, ce qui fat un prétexte pour les deux partis à saccager les villes et à ravager les campagnes. Truchsess poussait des cris désespérés vers les luthériens ses voisins : « Le cœur manque à tous les Allemands, écrivait-il^; nous devenons un objet de mépris pour toutes les nations. Fais-toi mouton, le loup te mangera. Où sont les saints de l'Allemagne? Ils dorment sur les deux oreilles, dormiunt in utramque aurem; bientôt il faudra se réveiller et fermer les portes de la bergerie quand le troupeau aura été dérobé. » Vain appel; les Anglais eux-mêmes ne se laissèrent point attendrir : « — La

^ Ms. Bibl. nat. français 16108, f* 8. Saint-Gouard au roi de France.

2 Doc. ined,y t. LI, p. 317.

' La bulle d'excommunication de Truclisess est d'avril 1583; voir Mi. Bibl. nat. français 3336, f> 71.

^ Truchsess à Guillaume-Louis de Nassau , Recueil de Croer van Priksterer, seconde série, t. I, p. 9.

pesanteur du caractère aliemand ' » , dirent-ils, ne laisse pas d'espoir; l'intervention de Farnèse fut décisive, et Truchsess dut chercher un asile en Hollande.

'Cette diversion ne profita guère à François. Des intrigues, des déceptions, épuisaient la patience qu'il s'était promis de garder : il crut que Philippe II le voulait faire assassiner; il arrêta un aventurier nommé Salcedo et l'envoya à son frère Henri III pour le faire juger à Paris, procédure assez peu régulière *, et qui fut rendue plus bizarre encore par Tidée qu'eut Henri III de renvoyer à Anvers la tête de l'accusé.

« — Le roi de France n'est pas le seigneur d'Anvers, fit l'ambassadeur espagnol; il n'a pas le droit d'y exposer les membres de ses condamnés. — Aussi, répondit Henri III, n'est-ce pas à la ville que j'ai envoyé cette tête, c*est à mon frère, pour en faire des petits pâtés, s'il vouloit *. » — Quant à Salcedo, écrivit l'ambassadeur à Philippe II, c'est un fou qui n'a jamais songé aux meurtres qu'on lui prête : le prince François et Orange ont imaginé cette comédie

« pour pousser le roi de France à une rupture avec

Votre Majesté, et pour lui rendre suspects les gens

qu'on hait à cause de leur bon esprit * n .

1 Walsingham à Davison, cité par Motlet, The united Netherlandy t. I, p. 34. a The dulness of the Almaine nature. »

^ Le dossier du procès est Ms. Bibl. nat. Dupuy, vol. 87; voir aussi CiMBER et Danjou, Archives curieuses, t. X. Nicolas de Salcedo, seigneur d'Auvillars, fut exécuté en 1582.

3 Busbecque à Tempereur, du 5K5 octobre I5S2, t. III, p. 125.

^ Ms. Arch. nat., K. 1560, pièces 88, 95 et 97. Tassis au roi d'Es-

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