III
ment pour vous, et bien digne de l'honneur que lui fait, et des dons que lui promet votre Majesté » .
Le premier cadeau de dix mille écus avait été ordonnancé en septembre 1582 ; le troisième et le quatrième sont payés le 5 mai 1583 \ et le second est ordonnancé le 24 juin 1583 *; puis Guise en vient à recevoir cinquante mille écus à la fois ; durant les six dernières années de sa vie, il a reçu de Philippe II près de cinq cent mille écus d'or '. Ce service des fonds secrets, qui va absorber toutes les ressources de l'Espagne, subventionne dès cette époque, outre le duc de Guise, le commissaire des Frères Mineurs pour les provinces d'Anjou et Bretagne ^, le frère Ambroise de Begibus,
todo muy aficionado nuestro y muy merezcedor de que V. M. le honrc y hagad merced. w
1 Ms. Arch. nat., R. 1573, pièce 25.
^ Ms. Arch. nat., K. 1573, pièce 22 : « Los segundos X. M. escudos... Yo el Rey, 24 junio 1583. »
^ Un compte R. 1573, pièce 56, indique seulement 428,167 écas d*or. Mais il est incomplet, car si Ton prend au lieu de ces six années les quatre premières seulement, on trouve une somme supérieure. Or, c'est surtout dans les deux dernières (1587 et 1588) que le duc de Guise a dû recevoir les plus fortes subventions. Voici les payements dont on a la preuve :
Septembre 1582 — 10,000
Mai 1583 - 20,000
Juin 1583 — 10,000
Septembre 1584 — 12,000
Mai 1585 300,000
payés à Cthâlons par Gabriel de Allegria.
Juin 1586 — 50,000
Décembre 1586 — 50,000
452,000 4 Ms. Arch. nat., R. 1573, pièce 30 d'août 1583.
HISTOIRE DE PHILIPPE II. — 1582-1588. JtT
docteur en théologie \ des correspondiéntes secretos et des personas particulares *. Singulière fatalité qui rapporte dans nos mains, après trois siècles, les pièces de ces comptes mystérieux, les rassemble comme pour un contador royal et décèle ce que se cachaient entre eux les agents divers de ces largesses déshonoran* tes. Les Anglais n'étaient pas davantage rebelles à la corruption. Si l'on peut attribuera la charité plus qu'à la politique la rente annuelle de mille écus servie par Philippe II aux religieuses anglaises de Rouen, étcelle de deux mille au séminaire de Reims ', on ne peut expliquer que par une rare dégradation morale les sommes que recevaient régulièrement *' le comte Charles de Westmoreland, huit cents écus; lord Paget, baron de Beàudésert, huit cents écus ; Charles Paget, quatre cents écus; Thomas Throckmorton , Thomas Morgan , docteur Nicolas Wendon, Charles ArundeP et autres ®.
1 Ms. Arch. nat., R. 1573, pièce 37.
2/6iU,K. 1561, pièce 38.
3 Ibid,, K. 1564, pièces 116 et 263.
^ Ces comptes vont jusqu'au 1^^ juin 1588 ; le dernier est pièce 265 du carton K. 1564.
^ Charles Arundel meurt en 1587. On a de lui en français une lettre très-obséquieuse à D. Juan de Idiaquez (R. 1566, pièce 73) ; il y en a une tout aussi humble de lord Paget de Beàudésert, en italien, au même Idiaquez. {Ibid.y pièce 112.) Un Richard Burleigh, peut-être parent de premier ministre Gecil, recevait 270 écus. (Ibid,, R. 1578, 6.)
^ On peut considérer comme secours ce qui était distribué à Gilbert Curie, secrétaire de Marie Stuart, à sa sœur et à Pierre Borjon, apothicaire (Borjon est sans doute Bourgoing). La sœur de Gilbert Curie, Elizabeth Curie, était mariée secrètement au majordome écossais de Marie Stuart, qui était protestant (R. 1567,' 90).
Mais les dispensateurs de ces bienfaits se heurtaient contre un homme aussi peu scrupuleux qu'eux-mêmes, et tombaient dans ses pièges. Walsingham connaissait dès le mois de juin 1582, avant le premier payement au duc de Guise, tous les projets d'invasion ' ; il achetait les espions de Philippe II, entretenait des correspondants jusque dans la précieuse jeunesse du séminaire anglais de Reims, et détournait les prêtres qui venaient d'être instruits contre sa souveraine : deux de ces séminaristes, Greatly et Gilbert GifFord, simulaient à Reims et à Londres le fanatisme religieux et le dévouement à Marie Stuart , ils étaient entretenus par Walsingham ^. Si leurs dénonciations ne suffisaient point à faire condamner les naïfs qu'ils entraînaient dans des complots, Walsingham avait recours à ses faussaires, qui copiaient ou inventaient des lettres saisies ; son Peter Baies ' ne savait qu'imiter l'écriture, mais son Thomas Phelips déchiffrait les pièces interceptées en ajoutant aux phrases traduites le mot qui les rendait criminelles; il rédigeait la réponse quand il ne possédait que la demande, et au besoin, des correspondances entières. Son talent fut rétribué par une pension de cent marcs, jusqu'au jour où il le fit enfermer à la Tour.
Le premier dénoncé fut le plus compromis dans les conspirations contre Ehzabeth, l'ambassadeur même
^ LoDGE, t. II, p. 274.
2 Labanoff, t. VI, p. 280.
3 Né en 1547, mort en 1610.
HISTOIRE DE PHILIPPE II. — i582-1588. 229
de Philippe II à Londres, Bernardino de Mendoza. Son rôle fut assez peu cache ' pour que les ministres Burleigh et Walsingham se crussent en droit de lui signifier au nom de la reine ^ d*ayoir à sortir d'Angleterre en moins de quinze jours, sous peine d'être châtié. « — Pas un mot de plus, ou l'épëe à la main, messieurs! Quoi, moi châtié! Et par qui? Par votre reine ! J'en ris. Allez dire à votre reine que si je ne lui plais pas comme agent diplomatique, elle pourra bientôt m'apprécier comme agent militaire ! »
Mendoza, le vétéran des guerres de Flandre, fut maintenu par Philippe dans la diplomatie, et envoyé à Paris. Le duc de Guise perdit un ennemi en France, en même temps que cet allié en Angleterre, Il venait de refuser de se réconcilier avec François de Valois ', lorsque la mort de ce jeune prince le décida à concentrer sur la France toutes ses pensées d'ambition.