‹ Histoire de Philippe IIChapitre 7 sur 59 · BATAILLE DE GEMBLOUX · texte numérisé non relu

BATAILLE DE GEMBLOUX

Don Juan d'Autriche, durant ces derniers mois de 1577, négociait avec les États qu'il espérait encore rallier, recrutait des Wallons, attendait ses Espagnols. Il était resserré dans Namur et ne possédait que trois ou quatre forteresses' au dehors. Il accueillit avec joie, comme un sauveur, son neveu Alexandre Farnèse, qui arriva près de lui au mois de décembre *, Quelques jours plus tard apparurent les six mille Espagnols qui

^ Correspondance de Gutï/aume^t. VI, p. 309, le 23 décembre 1577.

2 Le 24 janvier 1578.

3 Luxembourg, Deventer, Rempen, Gbarlemont, Marienbourg. * Com, roy. hist,, t. IV, 1852, p. 366 et suiv.

étaient partis au mois de mars précédent. Julian Romero était mort durant la route ' , Sancho de Avila avait été rappelé en Espagne, mais Mondragon et Verdugo revenaient avec leurs soldats; en même temps arrivait le comte de Mansfeld, qui avait recruté des aventuriers français : c'était assez pour dégager la ville de Namur, que bloquait l'armée des États.

Cette armée des États , conunandée par un vieux capitaine de cavalerie, le sire de Goignies, était formée de quelques auxiliaires écossais et de la populace des villes qu'avait enrôlée le zèle des prédicants. C'est l'armée d'Israël, répétaient les prophètes; Dieu com* battra pour les siens ^.

On était au 30 janvier', il pleuvait depuis plusieurs jours; Goignies, reconnaissant que ses recrues ne sauraient défendre leurs lignes devant Namur contre une armée de secours , ordonna la retraite. « De quoy don Juan adverty et que le lendemain le canipdebvoit déplacer, fit toutte la nuit entrer sa cavallerie à Namur*. » Le lendemain, 31 janvier, aux premières lueurs* du jour, Alexandre Farnèse , qui s'avançait à la tête de quelques cavaliers^, découvrit un ravin dans lequel venait de descendre l'infanterie des États, pendant que la cavalerie hésitait sur les bords escarpés, avant

^ D'une cliate de cheval à Crémone. CABnERA, t. lî, p. 421.

2 Jean deNassau au landgrave de Hesse. Recueil de Groen, t. VI, p. 227.

^ Ms Bibl. nat. français 5165.

* Becucil de M. Morel-Fatio, don Juan à Mendoza.

de la suivre dans la boue ^ Il donna aussitôt l'ordre de charger, bien qu'il n'eût pas cent chevaux sous la main. « La cavallerie des Estats, estimant estre abandonnée de l'infanterie, qu'elle ne pouvoit voir pour estre au cavain , print la fuite , rompit une partie de son infanterie* ». Les régiments espagnols accoururent au pas de course, tuèrent sans rencontrer de Fésistance des hommes saisis de panique; seuls les réformés écossais se retranchèrent dans des jardins et essayèrent de se défendre, mais « se mettant le feu en Fammunition qu'on distribuoit, une telle frayeur se mit entre eux, du son de la poudre, que chascun s'escarça où il povoit * » . Farnèse se tenait constamment au premier rang pour assurer la victoire que son coup d'œil avait pressentie ^ ; en une heure et demie les Espagnols tuèrent six mille ennemis, prirent les drapeaux , l'artillerie , les bagages , sans perdre , dit-on , plus de sept hommes *. Ils dédaignèrent une pitié « intempestive ® » , pendirent les prisonniers, et n'épargnèrent que six cents Écossais^ sauvés à grand peine par don Juan, qui voyait encore en eux de futurs sujets ".

^ Cabrera, t. H, p. 444 : « Un arroyo de altas riberas. »

^ Ms. Bibl. nat. français 5165.

^ Ibid. On voit que ce récit n'est pas d'un Français.

* Soc. roy. hisU^ t. IV, 1852 : « El principe de Parma se aventura eomo cualqnier otro soldado pues ninguno le passa en los pcligros, y assi cerro de los priraeros en esta rota. »

» Cabrera, t. II, p. 444.

® Strada, IX : « Omissâ intcmpestivâ benignitate. »

'^ Cabrkra.

A cette nouvelle, Mathias et Orange s'enfuient précipitamment loin de leurs divinités allégoriques : ils s'enferment à Anvers. Don Juan et Farnèse font tomber en leur pouvoir toutes les villes de la vallée de la Sambre ' .

Page 1