‹ Histoire de Photius, patriarche de Constantinople, auteur du schisme des Grecs, d'après les monuments originaux, la plupart encore inconnus, accompagnée d'une introduction, de notes historiques et de pièces justificatives;Chapitre 4 sur 11 · VIII, P · texte numérisé non relu

VIII, P

prêtres que diacres, adhérèrent à cette décision par leurs signatures. Enfin, pour compléter les opérations de cette assemblée synodique, le livre apporté de Constantinople fut foulé aux pieds, jeté dans le feu et réduit en cendres (1).

Le mal était grand, il fallait donc employer des remèdes analogues et proportionnés, et les appliquer à l’endroit où il avait causé plus de ravages : c’est à quoi travaillèrent de concert les deux puissances, pour étouffer dans son berceau , s’il était possible, un schisme d’autant plus dangereux qu’il avait pour auteur et pour objet l’homme de son siècle du plus grand mérite, quant au génie et au savoir, et qui avait occupé la place la plus éminente de l’Église en Orient. C'était done en Orient que le Pape et l’empereur jugèrent à propos d'employer la voie la plus authentique de l’autorité, je veux dire un concile général. L'empereur Basile, comme nous l'avons vu, avait déjà écrit aux trois patriarches orientaux pour qu'ils assistassent à ce synode œcuménique, soit en personne, soit par leurs légats ; on avait écrit pareillement au gouverneur de la Syrie, gémissant alors sous la domination sarrasine, pour l’engager à favoriser le passage des patriarches ou de leurs représentants : on lui avait envoyé même des présents, vrai moyen d’adoucir la férocité de ce barbare. Théodose, patriarche de Jérusalem, députa et se substitua son syncelle (2) Élie. La vacance du siége d’Antioche fut cause que Thomas, archevèque de Tyr, et premier suffragant de ce patriarcat, vint lui-même au concile. Les deux légats, Thomas et Élie, demeurèrent près d’un an dans la ville impériale , attendant ceux du Pape : le patriarche d’Alexandrie n’envoya

que le dernier, et son député n’arriva qu’à la fin du concile (3).

à (1) Labb., ἔ, vint, p. 889.

(2) Syncelle, un des principaux officiers des patriarches d'Orient, qui résidait perpétuellement auprès de leurs personnes, et qui souvent leur succédait dans le patriarcat.

(3) Nicetas apud Labb., t. vin, p. 1230 et 4035.

Le Pontife romain entra, de son côté, efficacement dans les vues religieuses de l'empereur pour l’extirpation du schisme ; à cet effet, il nomma trois personnes dont les lumières, le courage et la droiture fussent à l’épreuve des craintes, des préventions et des espérances humaines. Il leur donna pleins pouvoirs de rendre un jugement solennel et définitif sur l'affaire des deux contendants au patriarcat de l’Église byzantine. Les légats étaient Donat, évèque d'Ostie ; Étienne, évèque de Népi; et Marin, un des sept diacres de l’Église romaine, qui, depuis, en a occupé le siége avec tant de gloire. On verra, par la conduite qu'ils ont tenue, combien ils étaient différents de ceux qu’on avait envoyés précédemment, et combien ils étaient dignes du choix de celui qui les envoyait. L'amour du bien, l'idée de la gloire qui leur en reviendrait, s’ils parvenaient à réunir les deux Églises, échauffèrent leur zèle et stimulèrent Jeur application.

Arrivés sur les terres de l’empire, ils trouvèrent à Thessalonique un écuyer de l’empereur, qui les complimenta de sa part, les accompagna jusqu’à Sélivrée, et leur rendit de grands honneurs. Sisinius, premier écuyer, les attendait, accompagné de Théognoste, cet intrépide ami d'Ignace, qui, pour sa cause, avait bravé les fers et même la mort. De là, ils se rendirent au château rond, appelé Strongile, situé aux portes de Constantinople (1), où il y avait une église magnifique, dédiée à saint Jean l’Évangéliste. On donna aux légats quarante chevaux de l'écurie impériale, un service entier de vaisselle d'argent pour leur table, et des officiers pour les servir. C’était le samedi, vingt-quatrième de septembre. Le lendemain, dimanche, ils firent leur entrée dans la ville impériale, montés chacun sur un cheval richement harnaché : cette entréc ressemblait à un triomphe; car toutes les écoles ou compagnies d'officiers du palais vinrent au-devant d’eux jusqu’à la porte de la ville, avec le clergé en grand costume. De là, ils com-

(1) Anaslas., Vila Hadr. ap, Labb., t. vu, p.1230 ἐς 1035: AS.

mencèrent à marcher, précédés par Paul, garde des archives ;

Joseph, garde des vases sacrés ; Basile, sacellaire ou trésorier, revêtus de leurs habits ecclésiastiques, avec tous les synoelles du patriarche. Les légats étaient suivis de tout le peuple avec des cierges et des flambeaux. On les conduisit ainsi jusqu’au palais d’Irène, où ils furent reçus par le secrétaire Jean et l’écuyer Strategius. L'empereur, en faisant un si brillant accueil aux légats, semblait vouloir effacer et réparer la réception injurieuse qu’avaient reçue les légats de Rome, sous l’empereur Michel et Photius. L’audience qu’ils devaient recevoir de l’empereur fut retardée à cause de l'anniversaire de sa naissance, qui était célébré très-solennellement. Cette fête passée, le prince envoya au devant d’eux toutes les compagnies des ofciers du palais, qui les accompagnèrent jusqu’à la salle dorée, qui était celle des audiences. Dès qu’ils parurent, Basile se leva, demanda des nouvelles de l’Église romaine, de la santé du Pape, du clergé et du sénat ; il embrassa les légats, eu les priant d'employer leur prudence et leurs pouvoirs à faire refleurir l'union et la paix, dont ne jouissait plus l’Église byzantine depuis le schisme malheureux qui l’avait désolée. 1] prit ensuite de sa main les lettres du Pape qu'ils lui présentèrent , les baisa respectueusement (1), et en fit la lecture. Le Pape y déclare qu'il a appris avec un plaisir extrême ce qu’il ἃ fait à l'égard d’Ignace et de Photius, et il en rend grâces à Dieu. « Quant aux « schismatiques , dit-il, comme ils ont péché diversement, ils « doivent être diversement jugés, et nous en remettons la con- « naissance à nos légats avec notre frère Ignace. Vous pouvez « compter que nous userons de clémence envers eux, excepté « Photius, dont l’ordination doit absolument être condamnée. « Nous voulons que vous fassiez célébrer un concile nombreux, « Où président nos légats, et où l’on examine les différences « des fautes et des personnes ; que dans ce concile on brûle pu- « bliquement tous les exemplaires du faux concile tenu contre

(1) Anastas., Vila Hadr., Labb.,t.vin, p.890,

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« le saint-siége, et qu'il soit défendu d’en rien garder, sous « peine de déposition et d’anathème. Nous vous demandons « aussi que les décrets du concile de Rome contre ceux de Pho- « tius soient souscrits de tous dans le concile qui sera tenu chez « vous, et gardés dans les archives de toutes les églises. Nous « vous prions de nous renvoyer Basile, Pierre et Zozime , et un «autre Basile, qui, se sentant coupables et animés de pas- « sion, ont abandonné leurs monastères, et qui, sans lettres de « recommandation , sont allés à Constantinople. Nous voulons « les faire rentrer dans les maisons où ils ont été élevés et or- « donnés prêtres, et ceux qui les retiendront ne demeureront « pas impunis. » Ces moines étaient ceux qui avaient porté des plaintes à Photius contre le pape Nicolas, comme il paraît par sa lettre aux Orientaux, où il nomme Basile et Zozime (1). . Cette lecture termina l’audience de l’empereur, qui envoya les légats romains vers le patriarche, pour qu'ils lui remissent Ja lettre du souverain pontife qui lui était adressée. Cette lettre était une manifestation des sentiments d’Adrien à l’égard de Photius et d’Asbestas son consécrateur, aussi bien que de La volonté où 1] était de suivre les décrets, et de tenir Ja conduite de son prédécesseur envers ces deux insignes coupables. Voici les paroles qu’il y ajoute : « Quant aux évêques, « dit-il, et aux clercs qui ont été ordonnés par Méthodius et « par vous, s’ils ont résisté à Photius et souffert la persécution « avec vous, je les compte entre les confesseurs de Jésus-Christ «et suis d'avis qu’ils aient une place distinguée dans votre « Église, et reçoivent la consolation qu’ils méritent ; mais ceux « d’entre eux qui ont pris le parti de l’usurpateur et favorisé son « intrusion, s'ils reviennent à vous, en donnant la satisfac- «tion dont nous avons remis le modèle à nos légats, nous « avons jugé qu’on doit oublier leur faute et leur conserver « leur rang (2). » Cette lettre est du 10 juin 869.

(1) Labb., t. var, p.980.— Phot., ep. 2, in Jine. (2) Epist. Hadr., Labb., t. vu, p. 1011, 1013.

Le lendemain, les légats obtinrent une audience qui n’eut ni l’éclat ni la publicité de la première ; et dans l'entretien, qui roula sur le sujet de leur légation, l’empereur leur témoigna avec quelle religieuse impatience tous les prélats de l'Orient les attendaient depuis deux ans, par le besoin que l'Église byzantine avait du secours de l’Église romaine, pour le rétablissement de la paix et de la tranquillité dont elle ne jouissait plus depuis que Photius l'avait troublée par son ambition schismatique : il ajouta que le Pape Nicolas avait fait tout ce que l’on pouvait attendre d’un pasteur aussi éclairé et aussi vigilant que lui à la garde du troupeau de l’Homme-Dieu ; que le mal étant devenu plus contagieux, des remèdes plus efficaces étaient devenus nécessaires, ce qui exigeait tous leurs soins, toute leur attention. Les légats notifièrent à l’empereur que l’objet de leur mission s’ajustait à ses désirs; mais ils déclarèrent qu'ils ne pouvaient admettre aucun des Orientaux dans le concile, que préalablement il n’ait souscrit à une formule de foi et d'union, dont ils apportaient avec eux le modèle , tiré des archives apostoliques. Cette déclaration étonna beaucoup et le monarque et le prélat, à qui ce formulaire parut nouveau ; ils voulurent en avoir connaissance, et il leur fut communiqué. On en ordonna une traduction de latin en grec, afin qu'on pôt le rendre public (1).

Concile général.

On s’occupa ensuite des préparatifs du concile, et l’on convint du jour de son ouverture. La première session fut tenue le mercredi 5 octobre 869 , et présentait quelque chose de frappant et de providentiel. Le concile que Photius avait convoqué dans son manifeste, pour condamner le Pape et les prétendues erreurs de l’Église romaine , se trouve maintenant assemblé au nom du Pape pour condamner Photius et ses erreurs. Ce- Jui-ci est tombé, par un coup de la Providence, dans la fasse

(1) Anastas., Vita Hadr., Labb., t. vi, p.890.

qu’il avait creusée. Le lieu de la séance fut le côté droit des galeries hautes de Sainte-Sophie; on y avait exposé la vraie croix et le livre des évangiles. Les trois légats du Pape, Donat, Étienne, évêques, et Marin, diacre, tenaient la première place ; le patriarche Ignace était assis ensuite, et après lui, les légats des patriarches d’Antioche et de Jérusalem : il n’y avait encore personne de la part de celui d’Alexandrie. Onze des principaux officiers de la cour y assistaient au nom de l’empereur. |

Quand ils furent tous assemblés, les légats et les patriarches ordonnèrent que l'on fit entrer tous les évêques qui avaient souffert perséeution pour Ignace. Ils entrèrent au nombre de douze : savoir, cinq métropolitains : Nicéphore d’Amasée, Jean de Sylée, Nicétas d'Athènes, Métrophane de Smyrne, Michel de Rhodes; sept évêques, savoir : George d’Iliopolis, Pierre de Troade, Nicétas de Céphaludie en Sicile, Anastase de Magnésie, Nicéphore de Crotone, Antoine d’Alise, et Michel de Corcyre. Quand ils furent entrés, les légats dirent : « Qu'ils prennent séance selon leur rang, car ils en sont dignes, et nous les estimons très-heureux. » Ainsi le concile, à cette première session , ne fut composé que de dix-huit personnes (1).

Après que tous les évêques furent assis, le patrice Bahanès, un des principaux commissaires , ‘se leva au milieu de l’assemblée, et fit lire par un secrétaire un discours de l’empereur, adressé au concile, qui n’était qu’une exhortation à procurer l'union, et à discuter les points de dogme et de discipline avec douceur et charité (2).

Les évêques ayant donné Jeur approbation à ce discours, Bahanès se leva de nouveau et fit part aux légats romains de la connaissance que voulaient avoir les évêques et le sénat de leur commission, et des pouvoirs dont ils devaient être munis, pour l'exercer légalement.

(1) Savoir : les trois légats de Rome, Ignace et deux légats de \ SRE puis les douze évêques. Labb., t. vi, p. 978. (2) Labb,, £ vu, p. 979,

(490 HISTOIBE DE PMOTIUS. | ess |

Cette demande les sanprit par sa nouveauté, parce que juéqu'alors, répondirent-ils, on n'avait pus encore vu que, dans un concile universel, on eût assujetti à un semblable ‘examen des légats de Rome (1). Bahanès leur réptiqua que cette demande inusitée n’avait en d'offensant, ni pour eux, mi pour la dignité du siége apostolique; qu’elle n’était qu’une sage précaution pour se garantir d’être trompé, ainsi qu'on l'avait été par les précédents légats Rodoalde et Zacharie, qui, infidèles à la mission dont ils étaient chargés et honorés, avaient excédé les bornes qui leur avaient été prescrites, οἵ, par celte infidélité, s'étaient rendus coupables de la plus insigne prévarication. Cette réponse contenta les légats de Rome, fit disparaître à leurs yeux toute défiance, et dissipa tonte inquiétude. Ils communiquèrent leurs pouvoirs, contenus dans les lettres du souverain pontile, écrites à l’empereur et au patriarche, lesquelles lettres, traduites du latin en grec, furent lues en plein concile. Après cette lecture, les évèques et les sénateurs s’écrièrent d’une voix commune, Dieu soit béni, nous sommes contents (2).

Puis les légats du Pape et tout le concile demandèrent que l’on lût les pouvoirs des légats d'Orient. Le prêtre Élie, légat de Jérusalem, dit : « Quoique vous n'’ignoriez pas qui mous sommes, nous ne laisserons pas de vous le dire. Le très-saint Thomas, métropolitain de Tyr, occupe, comme vous savez, le premier siége dépendant d’Antioche, et parce que de sxige patriarcal est vacant, il représente le patriarche. C’est pourquoi il n’a pas dù apporter des lettres d’un autre, ayant δῦ» torité par lui-même; et parce qu'il a paune à parler grec, C’est à sa prière que je dis ceci. Pour moi qui suis syncelle du siége de Jérusalem, je suis venu ici par ordre de notre patriarche Théodose, ayant ses lettres en main. Vous Les avez déjà en. tendues; mais à cause de ceux qui pourraient ne des avoir

(4) Labb., t. vi, p.980. — Rhot., ep. à ἐπ fins, (2) Labb., t. vi, p.988.

{860} | ENRE ΥἹΈ; | 191 pas ouies, principalement des Kgats de Pancienne Rome, les voilà, qu'on les lise. F’ajouterai toutefois, qu’après avoir demeuré longtemps ici, nous avons présenté requête à l’empereur, pour le prier de nous renvoyer chez nous. Il nous Pa accordé, mais il nous a ordonné de mettre auparavant par écrit notre sentiment sur les questions présentes, et ce que nous:-en aurions dit quand les légats de Rome seraient arrivés. Nous Favoss fait avec toute ke sincérité possible, Dieu en est témoin , et nous allons vous en faire la lecture. Mais il faut lire auparavant la lettre de notre patriarche. » Ce qui fut fait par. Étienne, diacre et notaire de l’église de Constantinople.

Elle était adressée à Ignace, avec le titre de patriarche universel ; et après l’avoir féhoité sur son rétablissement, le patriarche Théodose ajoutait : « Vous savez ce qui nous a empêché de vous écrire, ou de vous envoyer quelqu'un, savoir : l crainte de nous rendre suspect à ceux qui nous tiennent sous leur puissance; car ils nous témoignent beaucoup de bienveillance, nous permettant de bâtir nos églises, et d'observer librement nos usages sans nous faire d’injustice ni de violence. Nous avons mème à présent reçu ordre de notre émir d'écrire, ce qui nous a obligé d’envoyer le syncelle Élie, avec lequet Fémir a envoyé Thomas, archevèque de Tyr, comme vous Favez demandé par vos lettres. Vous savez que le prétexte de les envoyer est la délivrance de quelques Sarrasins captifs chez vous. C’est pourquoi nous vous prions de parler à l’empereur notre maître, afin qu’il nous donne autant qu'il lui plaira de Sarrasins; autrement nous avons sujet de cramdre notre perte entière. Nous vous envoyons la tunique, le pallium et la mitre , qui sont les habits sacerdotaux de saint Jacques, avec un vase tiré de l’église du Saint-Sépulcre, et une coupe d’argent ciselé, pour la vôtre (1). » Nous avons déjà fait observer que l’empereur Basile avait obtenu du gouverneur de Syrie la permission de faire venir les légats d'Orient. Les légats du

(1) Labb., f, vis, p.986.

Pape témoignèrent être contents de celte lettre, puis le patrice Bahanès, au nom de tout le concile, dit que les légats, tant de Rome que d'Orient, avaient suffisamment justifié leurs pouvoirs (1).

Alors les légats du Pape demandèrent la lecture du formulaire de réunion, qu’ils avaient apporté de Rome (2). 1] fut lu en latin par l'interprète Damien, ct en grec par le diacre Étienne. Le voici : « Le commencement du salut est de garder la règle de la foi, ensuite il faut observer inviolablement les ordonnances des Pères. L'un regarde la créance, l’autre les œuvres. Or’, on ne peut passer sous silence cette parole de Notre-Seigneur : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église; et l’effet en a montré la vérité, parce que le saintsiége a toujours conservé sans tache la religion catholique. Donc, pour n’en être point séparés , et suivre les ordonnances des Pères, principalement de ceux qui ont rempli le saintsiége, nous anathématisons toutes les hérésies, entre autres celle des Iconolastes ; nous anathématisons aussi Photius, usurpateur du saint-siége de Constantinople, jusqu’à ce qu’il se soumette au jugement du saint-siége et qu'il anathématise son conciliabule; nous recevons le concile célébré par le Pape Nicolas, etsouscrit par vous Adrien, souverain pontife, celui que vous venez de tenir vous-même, et tout ce qui a été ordonné sur ce sujet. Nous recevons ceux que ces conciles reçoivent, et condamnons ceux qu'ils condamnent, principalement Plotius et Grégoire de Syracuse, et ceux qui suivent leur schisme ou demeurent dans leur communion. Quant aux deux faux conciles tenus sons l’empereur Michel contre le patriarche Ignace, et le troisième contre le saint-siége, nous les anathématisons à jamais, avec ceux qui les soutiennent ou en conservent les actes. Nous embrassons de tout notre cœur ce que le saint-siége a ordonné touchant notre patriarche Ignace,

(1) Nicetas ap. Labb., t. vni, p. 1230. (2) Labb., t, vi, p. 988.

voulant conserver en tout la communion du saint-siége , où est l'entière solidité de la religion chrétienne. Nous promettons de pe point réciter aux saints mystères les noms de ceux qui en sont séparés. Moi, tel évèque, j'ai écrit de ma propre main cette déclaration, et vous l’ai présentée à vous Adrien , souverain pontife et Pape universel, par vos légats Donat, Étienne, et Marin, tel jour, d’un tel mois, telle indiction.» Ensuite venait la souscription de l’évêque et des témoins. Ce formulaire n’avait rien de nouveau. 1] était en substance le même que celui qu’envoya le Pape Hormisdas, en 519, pour la réunion de l’Église de Constantinople, et qui fut accepté et signé par le patriarche Jean ; le même encore que celui que l’empereur Justinien envoya au Pape Agapit en 535, les noms des hérésies et des personnes se trouvaient seulement changés. Le Pape Nicolas l'avait déjà envoyé précédemment à Constantinople ; mais les circonstances étaient trop favorables à l’usurpateur, son usurpation s'était trop accréditée, pour que cette formule d’union produisit un effet salutaire, et que la tranquillité füt rétablie. Il usa de tout son pouvoir pour empêcher qu'elle ne füt reçue, et il en vint à bout (1). Après qu’elle eut été lue, elle fut approuvée de tout le concile ; puis on fit lire la déclaration que les légats d'Orient avaient faite à Constantinople avant l’arrivée de ceux de Rome. Elle contenait en substance : « L'empereur Basile nous ἃ fait venir d'Orient pour apaiser le trouble de votre Église, avec les légats qui devaient venir de Rome. Mais ils tardent longtemps, et nous craignons que notre séjour en ce pays-ci ne nous attire quelque persécution de la part des Arabes, à nous et à tous les chrétiens de leur domination. Nous ne croyons done pas devoir attendre davantage les légats de Rome; vu principalement que nous avons entre les mains la preuve de ce qui a été fait, dans les lettres du Pape Nicolas et du Pape Adrien. C’est pourquoi nous vous déclarons notre avis sur les con-

(1) Anastas. Not. apud Labb., t. vit, Ὁ. 991. au

{94 HISTOIRÉ DE PRÔTIUS. fe!

testations présentes, qui est que tout le monde doit obärex décrets du Pape Nicolas comme nous faisons ; parce que ne avions jugé de même longtemps avant que d’en avoir connsir sance. Donc le patriarche Ignace demeurera en possession pai ble de son siége. Les évèques, les prûtres et les clercs qui onté déposés pour n’avoir pas voulu communiquer avec Phots, seront rétablis. Ceux qui, ayant été ordonnés par Méthode ou par Ignace, ont servi avec Photins, et sont revenss à l'Église catholique sitôt que Photius a été chassé, ou yrevks dront avant la fin du concile, l'Église les recevra commeæ bonne mère, avec les pénitences qui leur seront imposées μὲ Ignace. Car le Pape Nicolas lui a laissé la faculté de les re voir , ne condamnant définitivement que Photius et Grégus de Syracuse. Nous les condamnons de même l’un et Pacte eb nous jugeons indignes de toute fonction ecclésiastique οὐδὲ qui ont été ordonnés par Photius. Enfin, nous disons as thème à quiconque ne se soumet pas {au jugement du P# Nicolas, qui est le nôtre. » Après cette lecture, les légats à Pape demandèrent aux légats d'Orient, s’ils avaient donné αἱ écrit, et s’il contenait leur sentiment. Ils Passurèrent, et le concile approuva leurs déclarations (1).

Ensuite le patrice Bahanès, parlant au nom du sénat à Constantinople, témoigna aux légats romains une grande # quiétude sur ce que Photius avait subi une condamnation à Rome sans y avoir jamais été ni vu ni entendu. L’objeci®s était forte ; mais ils répondirent que le Pape Nicolas avait co damné l’usurpateur comme présent, par ses lettres et pars envoyés. Le sénat, par la bouche du patrice, demanda qui à étaient, ces envoyés. Ceux de Rome satisfirent à cette second question, en disant (2) : « Vous savez premièrement qu’Ars « ber fut envoyé par l’empereur Michel, et avec hui quatre ὁπ

(1) Labb., t. vit, p. 991...

ι (2) Labb., 4b., p. 995.

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