‹ Histoire de Photius, patriarche de Constantinople, auteur du schisme des Grecs, d'après les monuments originaux, la plupart encore inconnus, accompagnée d'une introduction, de notes historiques et de pièces justificatives;Chapitre 7 sur 11 · TRADUCTION DE PHOTIUS · texte numérisé non relu

TRADUCTION DE PHOTIUS

Jean, serviteur des serviteurs de Dieu, à nos fils spirituels, très-doux, très-chéris de Dieu et de nous, Basile, Léon, Alexandre, vainqueurs, triomphateurs, empereurs et éternellement Augustes.

« La pureté et la splendeur de votre foi et de votre sa- « 6556, l'excellence et la douceur de vos mœurs, sont, ὁ « empereurs très-chreliens et très-grands, comme un flam- (1) Photius a supprimé cette dernière menace du Pape.

(2) Epist., ap. Labb., t. 1x, p. 130. — Grece, t. vit, p. 1452. — Baron., an. 879, n. 7.

« beau allume au milieu de la terre, écluirant toutes les « parties de l'univers. Mais vous n'êtes pas de ces hommes « qui, se glorifiant de leur foi, mettent de la négligence à « tout le reste; vous ajoutez à votre culte sincère, non du « bois, de l'herbe et de la paille, mais des pierres précieu- « ses, de l'or et de l'argent, et pour tout dire en un mot, « vous cherchez avec un pieux empressement touf ce qui peut « étre agréable à Dieu. Le vrai culte se reconnaît lorsque « toutes les Églises que le soleil éclaire vivent en paix entre « elles et dans une commune foi, et offrent tous les jours a à Dieu des actions de grâces. Cherchant à établir cette « paix dans votre Église, vous vous êtes adressé à ἢ Église e romaine par vos envoyés et vos lettres, dans l'espérance « qu’elle seconderail volre zèle sans y mettre aucun délai. « En cela vous avez suivi la coutume des empereurs reli- « gieux qui ont régné avant vous. Mais il importe d’exa- «a. Mminer de qui vous avez appris à faire cetle démarche (1). « N’est-il pas clair que c’est de Pierre, prince des apôtres, que « Jésus-Christ a constitué le chef de toutes les Églises, en lui « disant : Paissez mes brebis? Vous l’avez appris non-seule- « ment par Pierre, mais encore par de saints synodes et des « constitutions ecclésiastiques, par les sentences et les maximes « des Pères, comme le font voir vos lettres pieuses et divines. « Vous faites ceci, pour que la solidité de votre foi mieux «connue jetle plus de lumière, et que votre attachement « à Dieu se montre sincère et incorruptible. Rien n’est plus « naturel, rien n’est plus beau, pour des princes revètus d'un « grand pouvoir, que de vivre dans la vraie foi ef d'aimer « Dieu, et que de voir leurs sujets professer la même foi, et « étre atlachés par les liens de la même charité. Après avoir « lu vos lettres, dont les paroles, plus douces que le miel, ont « réjoui notre cœur ef enflummé notre esprit comme par le «feu, nous avons résolu, du consentement de l'Église ro-

(1) Nous soulignons ce qui est ajouté, changé ou altéré.

« maine, d'accéder avec empressement et avec joie à vos de- « mandes, d’autant plus que le temps nous semble oppor- « {un(1) et que les circonstances nous y déterminent.

« Ainsi vous nous avez écrit, nos très-chers fils, d'ouvrir les « entrailles de miséricorde et de recevoir ceux de votre Église « qui ont souscrit à la prévarication , ou qui ont été frappés « de quelques peines canoniques, et cela pour la paix et la « concorde de l'Église. Vous avez demandé avant ceci, d’ad- « mettre le vénérable Photius à notre communion, comme « notre confrère et notre collègue, et de Je rétablir dans la « dignité de patriarche, afin que l’Église de Dien ne soit plus « troublée par des schismes et des scandales, toujours odieux «ἃ Dieu. Ayant égard à votre supplique, qui est conforme σὰ la raison , juste, et agréable à Dieu, et vu l'opportunité « des circonstances que nous attendions, et croyant de notre « devoir de pacifier l'Église de Dieu, nous avons envoyé «a vers vous des légats chargés de satisfaire à toutes vos de- «a mandes. Et quoique votre piété ait fait violence à Photius a et l’ait rétabli avant nous, c'est-à-dire, avant l’arrivée « denos légats à Constantinople, toutefois nous y suppléons, «non par notre autorité, comme nous pourrions le faire, « mais par les constitutions apostoliques et par les décrets des « Pères.

« En agissant ainsi nous ne prétendons pas détruire les lois « de l’Église éransmises par la tradition, nous voulons seu- «a lement les adoucir en certains points où leur sévérité, « si elle restait immuable, ferait du mal à l'Église; et nous « y sommes autorisés par l’Église elle-même, car le concile de « Nicée dit dans son deuxième canon : Puisqu’il est souvent « arrivé, par nécessité ou pour d’autres raisons pressantes, « que les canons n’ont pas été observés. Gélase Pape dit aussi : « Lorsque aucune nécessité ne presse, que les décrets des Pè- « res restent immuables. Le Pape saint Léon parle dans le même

(1) Autre tournure à l'avantage de Photius. © “δ

« sens lorsqu'il dit: Là où il n’y a point de violence, qu'on

« ne permette jamais d’enfreindre les statuts des saints Pères ; « mais lorsqu'il Υ ἃ nécessité et violence, alors celui qui en «a le pouvoir peut en dispenser pour l’avantage de l’Église. « Car le changement de la loi se fait par nécessité, comme « de prétend le divin apôtre. Le Pape Félix est du même senti- « ment lorsqu'il dit: ἢ] faut considérer que lorsque la nécessité « l’exige, les constitutions des Pères sont suspendues. Le con- « cile de Carthage, dans son trente-cinquième canon, dit : Nous « ordonnons que les clercs donatistes soient reçus dans l’Église, « quoiqu’ils aient été déposés par un concile. Voilà un sy- « node qui annule les décrets d’un autre synode pour la paix « et l'unité de l'Église. C’est pourquoi le Pape Innocent dit « dans sa cinquante-cinquième décrétale : Que ceux qui ont « été ordonnés par l’hérétique Bonose soient reçus, pour « qu'il n’arrive pas de nouveaux scandales dans l’Église. Ce « n'est pas seulement à ceux qui avaient élé déposés pour « cause d’hérésie, que le siége apostolique a tendu une « main secourable; mais il s’est conduit de même à l'égard « de tous les évêques et les patriarches orthodoxes qui s’y étaient « adressés pour implorer son secours, comme vient de le faire « le très-révérend Photius. Vous savez tous que le siége apos- « tolique a reçu dans ses bras, et a rétabli dans leur première « dignité le grand Athanase et Cyrille d'Alexandrie, Poly- « chrone de Jérusalem, Jean, que votre charité appelle Chry- « sostome, et Flavien de Constantinople, qui avaient eu recours « à l’Église romaine. δὲ donc ceux qui avaient été ordonnés « par les donatistes el par Bonose ont été reçus par un con- « cile, quoiqu'ils eussent été condamnés et excommuniés pré- « cédemment, par la raison qu'il fallait ôter de l'Église « fout sujet de scandale et de schisme) car rien n’est plus «odieux et plus exécrable aux yeux de Dieu que les schis- «mes qui s'élèvent dans l'Église, comme rien n’est plus « agréable à sa bonté que la charité, la paix et la concorde), ᾿ αὦ combien plus forte raison faut-il ne pas repousser des

« hommes distingués par l’orthodoxie de leur foi, par l'hon- « néleté de leurs mœurs, et les rétablir dans leur première « dignité, et ne pas les mépriser comme s'ils étaient cou- « pables de quelque grand crime.

« Puisque le siége apostolique, depuis qu’il a reçu en la per- « sonne du prince des apôtres les clefs du royaume des cieux, « que Jésus-Christ lui a confiées par ces paroles : Je vous don- « neral les clefs du royaume des cieux ; tout ce que vous lie- « rez... ἃ le pouvoir de tout lier et de tout délier, ou, comme « dit Jérémie, d'arracher et de planter ; de mème, nous qui « sommes revêtus de ce pouvoir du prince des apôtres, nous a faisons savoir à vous, et par vous à nos frères les patriar- « ches d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem’, aux au- «tres archevéques et évêques, et à tout le clergé de Cons- « tantinople, que nous accordons tout ce que vous avez de- « mandé, et nous les exhortons tous à entrer dans nos senti- «ments. D'abord , avant tout, recevez pour ,patriarche le « très-révérend et très-admirable Photius, comme notre frè- « re et notre collègue, admis à la communion de l’Église « romaine ; recevez-le tant à cause de ses vertus que dans « l’intérét de la paix qui doit régner entre vous ; recevez-le « comme l'a reçu l’Église romaine, sans hésitation et sans « réserve, en repoussant de votre cœur toute arrière-pensée. « Car nous avons appris par ceux qui viennent de Constan- « tinople à Kome, que cet homme est orné de toutes les ver- «tus, qu’il excelle dans la sagesse, dans la science des « choses divines et humaines, qu’il est distingue surtout « par sa conduite morale (1) et par l’observance des précep- « tes divins , tellement qu'on peut l'appeler, selon l’apôtre, a l’ouvrier qui n’a à rougir d'aucune de ses actions. Nous « n'avons pas jugé à propos de laisser un si grand homme « dans l’inaction; nous avons voulu l’élever et le faire briller « sur le siège de votre Église, et lui faire remplir les fonc-

(1) Quelle audace ne faut-il pas avoir pour se donner de pareils éloges !

« tions ordinaires de prêtre et d’'archevéque. C’est pourquoi « nous le répétons et nous le disons à tous: Recevez cet « homme sans détour et sans hésilation. Que personne ne « prenne pour excuse les sentences injusles prononcées par « un synode (1). Que personne ne prétexte, comme le font « les plus simples parmi vous, les décrets des Papes nos pré. « décesseurs, je veux dire de Nicolas et d’Adrien; car ils «n'ont point approuvé ce qui a été fait contre le très-saint « Photius. Que personne non plus ne se serve de vos sous- « criptions (au huitième concile) pour vous séparer de lui et « pour fomenter le schisme parmi vous; car toutes ces « choses ont cessé et sont mises de côté, toutes sont anéan- « ties et déclarées nulles. Quoique nous soyons le moindre « des pontifes, nous les avons déposées entre les mains du « prince des apôtres, et lui les a mises sur les épaules de « Jésus-Christ, l'agneau de Dieu qui ôte les péchés du ᾿« monde.

« Recevez donc à bras ouverts notre frère et notre collè- « que dans l’épiscopat ; recevez le pontife irrépréhensible ; « recevez le patriarche de votre Eglise , fortifiez votre cha- « rilté et votre confiance envers lui; rendez-lui respect et « obéissance, et par lui à la sainte Église romaine. Celui « quine le reçoit pas, ne recoit pas non plus les décrets que « nous et la sainte Église romaine avons portés en sa fa- «a veur. Alors il fait la guerre, non à nous, mais au saint « apôtre Pierre; que dis-je? à Jésus-Christ lui-même, qui «ὦ comblé son apôtre d’honneur et de gloire, jusqu'à lui « donner le pouvoir de lier et de délier. Nous vous prions, « très-pieux empereurs, de considérer depuis combien de « temps les scandales et les schismes , qui ont fait irruption « dans votre Eglise, ont nui à son intégrité (2). La source

(1) Ceci est contre les synodes qui l'avaient condamné, et surtout contre le huitième concile général. Le Pape est loin de tenir le langage que lui prête son perfide traducteur.

(2) Photius a inventé ceci pour se fortifier sur le siége de Constantinople.

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« de ces maux vient de ce que vous, empereurs, vous avez « écouté les blasphèmes et les calomnies contre les évêques, « vOs patriarches et les autres prêtres de Dieu, et de ce « que vous avez élé négligents à leur rendre l'amour, l'hon- «neur et le respect qui leur sont dus(1).

« C’est pourquoi nous prions Votre Majesté de ne pas prêter « l'oreille aux calomnies de ces hommes pervers, qui se plai- « sent à faire du mal, contre les prêtres de Dieu, de les abhor- « rer comme des scélérats et des monstres, et de vous garan- « tir contre les traits de leur langue, d’honorer vos patriar- « ches, de les respecter comme vos pères, et de les regarder « comme les médiateurs entre Dieu et. les hommes. Car ils « veillent sur vos âmes, ils demandent pour vous à Dieu ce « qui contribue à votre salut; ils prient pour la rémission de « v0s péchés, offrent le sacrifice pour votre réconciliation, « cherchant à vous rendre Dieu propice. Ils ne s'arrétent «pas là, ils intercèdent auprès de Dieu pour obtenir la « stabilité et la conservation de votre empire, la victoire sur « l'ennemi, et le salut de tous les chrétiens. Ils sont en ou- « tre vos guides et vos docteurs, vous enseignant ce qui con- « duil au royaume des cieux. Ajoutez-y qu’ils vous aiment « plus que d'autres, car ils ne vous aiment pas en adu- « lateurs, mais ils vous portent l'affection que Jésus-Christ «nous a recommandée par ses apôtres. Il ne faut donc pas « mépriser vos patriarches, puisque, outre tant d’autres « titres qui vous les rendent respectables, ils vous aiment « selon que Jésus-Christ l'a ordonné. Sachez encore qu’en « honorant les prétres de Dieu, ce n’est pas seulement «eux que vous honorez, mais celui qui est offert en sacri- « fice par leurs mains à Dieu le Père pour les péchés de tous. « Celui qui les honore honore Dieu, et celui qui les mé- « prise méprise Dieu lui-méme (2). Que votre piété ait donc

(1) Ce qui suit est une amplification des paroles du Pape. (2) Autre amplification.

« en aversion et déteste autant que le venin de l’aspic les ca- « lomnies et les mauvais propos qu’on tient contre eux et qui « font naître dans l’Église des schismes et des scandales par « lesquels est déchirée la robe de Jésus-Christ; qu’elle se « concerte avec le très-saint Photius, notre frère et notre col- « lègue dans l'épiscopat, pour tout ce qui concerne le ré- « tablissement de la paix. Punissez ceux qui le méprisent, «afin qu'ils deviennent plus sages. Car souvent ceux qui « n’onf pu étre corrigés par la crainte de Dieul, l’ont été par « Le châtiment des princes. Sachez que si vous le faites, vous «vous préparerez le royaume des cieux en même temps que « tous raffermirez votre empire. Si vous ne le faites pas, «vous aurez toujours des schismes dans l'Église de Cons- « éantinople (1).

« Nous vous prions aussi d’ordonner qu'après la mort du « très-saint Photius, notre frère et notre collègue, on ne « choisisse pas pour patriarche un laïque, mais un des prêtres « ou des diacres-cardinaux , ou autre prêtre de votre Église, « comme le prescrivent les saints canons ; afin qu’on ne fasse « plus rien contre les constitutions de l’Église et les canons « des Pères. Nous voulons que celui qui est élu ait passé par « les divers degrés, qu'il ait été lecteur d’abord, ensuite aco- « lythe, puis diacre, prêtre, et enfin évêque, si toutefois on « rend bon témoignage à sa science et à sa piété. Car en res- « tant longtemps dans les ordres inférieurs, il fait connaître « sa vertu et sa bonne conduite. C’est ainsi qu’il faut élever « vos patriarches, et non les faire passer tout d’un coup par .« tous les degrés, ‘pour qu’il n’y ait rien de déréglé dans la « maison de Dieu. Celui qui passe par-dessus tous les degrés, « doit étre irrépréhensible en tout, pour que les règles de la « discipline ecclésiastique ne soient point violées (2). Et si, « pour la tranquillité et la paix de votre Église, nous avons

(1) On voit ici le but de Photius, qui veut faire intervenir l’autorité de l'empereur contre ses adversaires.

(2) Photius a ajouté ici pour soutenir la régularité de son ordination.

« reçu notre frère le très-religieux Photius, comme le Pape « Adrien a reçu son oncle Taraise, il ne faut pas se servir « de cet antécédent pour en faire une coutume et une règle, «car les priviléges qu’on accorde à un petit nombre ne font « pas lois. Ayant reçu de Jésus-Christ des entrailles de mi- « séricorde, nous avons eu de la compassion pour vous en « ce point, et nous avons accédé à votre demande relativement «ἃ lui et à d’autres prêtres qui sont d’une autre ordination. « Mais si, à l’avenir, quelqu'un ose faire quelque chose de «semblable, il n’évitera point la peine des canons et notre « condamnation.

« Nous demandons (1) aussi à votre piété que le érès-saint « Photius, notre frère et collègue’, ne fasse, à commencer de « celle époque, aucune ordination en Bulgarie, ni lui ni «aucun de ses successeurs, ni par ses propres mains n1 «par l'envoi du pallium, et qu’il renonce à toute préten- « tion sur cette province qui ne lui appartient pas. Z/ne faut « pas construire sur le terrain d'autrui; car notre prédé- « cesseur, le Pape Nicolas, d’heureuse mémoire, a instruit, « à la prière du roi Michel, cette nation, l’a baptisée par ses « évêques, et lui a donné toutes les instructions concernant la « religion chrétienne. Si quelques-uns ont osé s’attribuer la ju- « ridiction sur cette province, y faire des ordinations et « consacrer des églises, ils ont fait ce qu’ils ne devaient pas « faire. C’est pourquoi," si parmi les évêques qui y sont main- «a tenant , nous en trouvons qui soient coupables de quelques « crimes et que nous soyons obligés de les soumettre à des « peines canoniques, ne leur accordez pas votre protection, «venez plutôt à notre secours pour les faire punir.» Ὁ

« Nous vous exhortons (2), empereurs très-chrétiens, à réu- « nir près de vous tous les évêques, les prêtres, et en général «tous les hommes de quelque état ou de quelque province

(1) ΠΥ a dans la lettre du Pape : nous ordonnons. (2) 11 y a dans l'original : mandamus, nous ordonnons. Le nom d’Ignace est supprimé dans la traduction.

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« qo’ils soient, qui semblent différer de sentiment avec vous, « et à les engager à revenir à l’unité de l’Église, et à embrasser « la communion de Photius, notre frère et collègue. Vous « rendrez aux ecclésiastiques qui reviennent leurs honneurs et « leur dignité, en leur ouvrant les entrailles de miséricorde, «afin que, comme il n’y a qu'une foi, qu’un baptême, et « que nous sommes un en Jésus-Christ , ils soient un avec nous « par votre doctrine et votre avertissement, dans la pléni- « tude du Christ, joints, serrés, unis dans le corps de Jésus- « Christ; et, ainsi réunis dans un même esprit et une même « volonté, nous glorifierons Dieu, qui est au-dessus de tout, et « personne ne dira plus: Je suis de Céphas, moi de Paul, « noi d'Apollon. Mais nous dirons tous que nous sommes de « Jésus-Christ crucifié et mort pour nous tous, et qui par sa « passion a réconcilié le ciel avec la terre, et nous ἃ étroitement « unis à son Père par les liens d’une charité mutuelle. Que si, « après les avoir assemblés, et les avoir exhortés et avertis non «une où deux fois, mais souvent, ils ne veulent pas obéir ni « se conformer à nos lettres, et obtenir ainsi leur salut, s’ils « persévèrent dans leur première arrogance et leur obstina- « tion, nous ordonnons de les priver de la communion du « corps et du sang de Jésus-Christ jusqu’à ce qu’ils revien- « nent à l’union de l'Église de Dieu et du très-saint patriarche « Photius, notre frère et collègue. Pour les autres peines ca- « noniques qu'on devra leur infliger, nous ne les avons pas « marquées dans cette lettre , de peur d’étre trop long ; mais « elles se trouvent dans le commonitoire remis à Pierre, « cardinal-prétre, notre apocrisiaire, que nous avons en- «voyé comme adjoint aux très-religieux évêques Eugène «et Paul, afin que, réunis dans un concile avec le très-saint « patriarche Photius, notre frère et collègue, ils aient tou- « jours devant les yeux le Dieu qui voit tout, et son iné- « vilable jugement, et qu’en conservant leur conscience pure «et sans tache, ils corrigent dans l'Église de Constanti- « nople lous les abus qui y sont maïntenant ou qui pour-

«raient y naître, et cela pour le bien et l'avantage de « l'Eglise. Que Dieu garde votre empire et vous soumette « {ous les peuples(1).»

On ne croirait pas à une telle audace, si l’on n’avait pas sous les yeux les pièces justificatives ; encore, serait-on tenté d'en contester l’anthenticité, mais il est impossible d’élever là-dessus 16 plus léger doute. Les lettres de Jean VIII se sont trouvées dans toute leur intégrité parmi les trois cent vingtsept lettres dont se compose son recueil. La traduction de Photius est insérée dans les actes de son concile , et se trouve dans les nombreuses éditions qu’en ont données les Grecs schismatiques. Son audace et sa fourberie sont donc à découvert : ce n’est pas une traduction libre qu’il a voulu faire, c’est une interpolation presque continuelle, retranchant soigneusement ce qui est à l’avantage du saint-siége ou en l’honneur de saint Ignace, et surtout ce qui peut l’humilier, et y substituant ce qui tend à son éloge. Sa perfidie paraît plus au jour encore, lorsqu'il fait dire au Pape qu’il cassait et annulait tous les décrets et anathèmes de Nicolas et d’Adrien, tous les synodes tenus contre lui, et le huitième concile général en particulier. Il voulait anéantir ce concile et y substituer celui qu'il allait tenir. On sait que Photius n’est pas à son coup d'essai, il nous a déjà donné des preuves d’habileté en ce genre. Il va nous en fournir de nouvelles, par la traduction qu’il a faite de la lettre que le Pape lui avait adressée. Nous allons la donner également, après avoir mis sous les yeux du lecteur la lettre du pontife.

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