‹ Histoire de Photius, patriarche de Constantinople, auteur du schisme des Grecs, d'après les monuments originaux, la plupart encore inconnus, accompagnée d'une introduction, de notes historiques et de pièces justificatives;Chapitre 8 sur 11 · LETTRE DU PAPE JEAN VIII · texte numérisé non relu

LETTRE DU PAPE JEAN VIII

A Photius, patriarche de Constantinople (2).

« Lorsque nous avons reçu les preuves que vous donnez « de votre prudence dans 165 lettres que vous nous avez en-

(4) Epist. ap Labb., t. vu, p. 1461.

(2) Labb., t. 1x, p. 154.

« voyées, nous avôns loué le Tout-Puissant, qui fait entendre «son tonnerre du haut des cieux, et nous lui avons rendu « des actions de grâces, à lui qui donne la sagesse à ceux qui « la demandent, qui fait régner la concorde dans la maison « de Dieu, qui sauve tous ceux qui espèrent en lui, qui pro- « tége ceux qui le cherchent en vérité, et qui des justes ne « fait pas des criminels, ni des hommes de bien des tyrans. « Il juge avec équité : aux justes, il réserve une récompense « céleste, aux méchants, des supplices éternels, si toutefois « ils ne profitent pas du temps qui leur est laissé pour faire « pénitence. En lisant les éloges que vous nous donnez dans « vos lettres (1}, nous avons reconnu votre affection et le « dévouement que vous nous portez à présent. Nous voulons «nous en remettre à Dieu pour ce 406 nous ne méritous «pas; quand quelqu'un cherche à nous exalter par des « louanges humaines, nous considérons avec crainte la fra- « gilité de notre nature ; car nous nous rappelons ces paroles : « Quiconque s'élève sera humilié, et quiconque s’humilie « sera élevé (2).

« Voüs dites que l’Église de Constantinople est d’accord à « votre sujet, et que vous êtes remonté sur un siége qui était « vacant, mais que nos légats n’ont point célébré la messe «avec vous. Pour ce qui est de l’union, nous en rendons « grâces à Dieu ; pour nos légats, nous ne leur avions donné « aucun Ordre à ce sujet, parce que nous ne savions rien de « certain touchant l’état du siége de Constantinople. Mais «maintenant, autant nous avons de plaisir à apprendre la « paix et l’union de cette Église, autant nous avons de peine «à voir J’obstination de quelques-uns qui ne veulent pas y « consentir, car Salomon dit : S’opposer est le péché des « aruspices, et ne vouloir consentir est une espèce d’ido- « dâtrie (3).

(1) Photius a donné probablement des éloges outrés au pontife : c’était son habitude.

(2) Math. ΧΧΠΙ. — (3) E. Reg. 15.

« Quant à votre rétablissement sur un siége vacant, nous « devions être consulté. Cependant, puisque, après la mort de « notre frère Ignace, vous êtes monté sur ce siége dans le seul « but de mettre un terme aux dissensions et de raffermir la « paix, nous en avons rendu grâces à Dieu (1). Pour vous, « Vous aurez soin de traiter tout le monde avec douceur, de « les recevoir entre vos bras paternels, de travailler à réunir « Ceux qui sont dispersés, et à les rassembler tous autour de « VOUS, parce que, comme saint Léon dit : La modération du « saint-siège garde ce sage tempérament ; il traite avec 56- « vérité les hommes endurcis, et s'empresse de pardonner «ἃ ceux qui 86 sont corrigés.

« Comme la miséricorde, quelque grande qu’elle soit, n rest « jamais blâmée, quand elle est bien appliquée, si vous de- « mandez pardon (2) devant le concile, selon la coutume; si « vous vous montrez vraiment corrigé; si, au lieu de faire « du mal à ceux qui diffèrent encore avec vous, vous les faites « rappeler de l'exil, et que vous leur rendiez leurs dignités; «et si, comme notre fils spirituel, l’empereur Basile, l’a « marqué dans ses lettres, en intercédant pour vous, tous « ont consenti d’un cœur et d’une voix unanime à votre ré- « tablissement (3), nous usons d’indulgence envers vous pour « la paix de l’Église de Constantinople, nous vous admettons « à notre communion, nous vous rendons votre dignité, dès « que vous demanderez pardon au concile{4), nous consen- « tons à ce que vous soyez le pasteur de cette Église, à con- « dition cependant qu’à l’avenir on n’élèvera plus aucun

(1) Photius a supprimé le nom d’ignace et ce qui est relatif au saintsiége.

(2) Photius a supprimé tout cet alinéa, qu'il regardait comme humiliant pour lui. On voit ici clairement les motifs qui ont déterminé le Pape à consentir au rétablissement de Photius.

(3) Photius, comme dans la lettre précédente, ne parle pas de ce consentement unanime ; il craignait trop un démenti.

(4) Photius a supprimé cette humiliante condition ‘une seconde fois. :

« laïque à l’épiscopat, contre les statuts des Pères, et qu’on « abolira entièrement cet abus, selon le canon du vénérable « concile qui ἃ été tenu à Constantinople sous le Pape Adrien « le Jeune (1).

« Quant aux autres décisions que vous demandez dans vos « lettres, elles se trouvent dans les instructions que nous «avons remises, partie par écrit, partie verbalement , à « Pierre, cardinal-prètre, et aux autres légats, nos conseil- « lers. Munis de nos instructions, et ayant Dieu devant leurs « yeux, ils auront soin d'approuver ce qui doit être approuvé, «et de corriger avec justice ce qui a besoin d’être corrigé.

« De plus, comme vous voulez avoir ce que vous croyez « vous appartenir (2), nous voulons aussi qu’on nous rende « sans délai la Bulgarie, que le saint-siége a reçue sous le Pape « Nicolas, d’heureuse mémoire, et qu’il a possédée du temps « du Pape Adrien. Nous défendons, par notre autorité apos- «tolique, aux évêques de Constantinople, d’y faire des or- « dinations. Vous mettrez tous vos soins à faire sortir de « cette province les évêques et les clercs inférieurs qui s’y « trouvent maintenant. Si vous vous permettez de leur don- « ner le pallium, ou d’y faire une ordination, ou de com- « muniquer avec eux avant qu'ils se soient soumis au saint- « siége, vous serez tenu pour excommunié comme eux (3). »

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