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CHAPITRE VI

RK8TÀUBÀTI0N DE TOUTE CHOSE, A aOME, APBÈ8 LE RBTOUft DE PIE IX.

Tout reoaltà la vie dans Rome.^ Joyeuses solennités.— Consissistoire du 20 mai. Allocution pontiHcaie. — Libéralités publiques.—Générosité de Pie IX.— Médailles commémoratives.— Messe fondée à Saint-Louis pour les soldats français.— Service pour les victimes du pont d'Angers. -Réorganisation adminis trative. — Sécularisation des charges publiques. — Finances. Aix)lition du papier-monnaie. — Visites diverses de Pie IX. — Voyagea Casiel-Gondolfo. Rencontre avec la famille royale de Naples. — Traits de l'amour des Romains pour Pie IX. — Désarmemeni. Enquête judiciaire. Attentats divers. — Tentative de meurtre contre Antonelli.— Complot pourFeulévementdu Pape. Pie IX encourage les sciences, les ans, les inventions modernes, les chemins de fer, le commerce, Tagriculture. —Vie aisée à Rome, sous le gouvernement du Saint- Pure.— Le eholéra en 18.i4 et )8jô. Dévouement de Pie IX.— Formation d'uue armée pontificale.

Pie IX n'est pas plus tôt remonté sur son trône que Rome aussitôt change de face. La ville reprend sa physionomie et ses allures d'autrefois. La vie et le mouvement succèdent à celte inertie qui précède et qui suit la mort. Le Popolano^ Tenfant du peuple, ne dissimule pas sa joie ; il la manifeste d'une manière non équivoque.

T^s offices solennels reprennent leurs cours d'autrefois dans les grandes basiliques. On y célèbre avec pompe des triduo en actions de grâce du retour de Sa Sainteté,

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qui se plait souvent à s'y rendre elle-même, le dernier jour.

La première grande fête qui se présente, après la rentrée du Saint-Père, est celle de TAseension, tombant cetle année- là le 9 mai. La chapelle papale qui de temps immémorial se célèbre, lejour deTAscension, à Sainl-Jeande- Latran se solennise, en 1850, avec un éclat tout particulier. Cesl un nouveau triomphe pour Pie IX.

Un concours extraordinaire de voitures se dirige des divers points de Rome vers la basilique privilégiée et donne à cette fête un cachet extraordinaire.

Une large voie de sable jaune occupe le milieu de la chaussée, depuis le Vatican jusqu'à SaintJean-de-Latran, et indique d avance aux étrangers la route que suivra le Saint-Père et son cortège.

Le Saint-Père arrive vers dix heures, escorté par les dragons français. Il descend dans la sacristie, et bientôt, précédé des clercs de sa chapelle, des divers ordres de la prélature, des cardinaux et de sa maison, il fait son entrée dans l'église, porté sur la sedia geslatoria par douze bussolanti ; il a sur la tête la tiare (triregno\ et il est revêtu d'une chape blanche.

Le Saint-Père va adorer le Saint-Sacrement à la chapelle Gorsini, et il se dirige ensuite par la nef principale vers le trône élevé qui lui a été préparé au fond de l'abside, faisant face au maître- au tel.

Vingt-cinq cardinaux assistent à cette cérémonie, ils prennent place à droite et à gauche du Saint-Père, de chaque côté de l'abside, mais sur un plan inférieur. C'^t un coup d'œil exceptionnel : tous les roem-

bres du sacré-collége sont en cappa magna rouge» le Saint-Père porte la cappa blanche.

L'ambassadeur de Pyrrhus eûl reconnu dans cet auguste sénat de rËglise, mieux que dans celui de Tancienne Rome, cette assemblée de rois dont la vue le remplissait d*admiration.

La messe est célébrée sur Taulel papal par le cardinal vicaire, S. E. Mgr Patrizzi.

La messe terminée, le Pape dépose la mitre, vénère les chefs sacrés des saints apôtres Pierre et Paul, puis il reprend la tiare, et il est porté sur la sedia au grand balcon de la basilique, d*où il doit donner la bénédiction.

La place de Saint-Jean-de-Latran avec ses magnifiques points de vue, la multitude de ses doubles souvenirs chrétiens et païens, est peut-être Tendroit de tout Rome le plus saisissant ; si l'on joint à cela en ce moment la présence d'une immense population de toute langue, presque de toule religion, humblement prosternée^ et du haut de la basilique le saint Pontife, les yeux et les mains élevés vers le ciel, appelant surla ville et ^ur le monde les bénédictions de Dieu^ on comprendra que c'est là une des scènes les plus touchantes que l'œil de l'homme puisse contempler.

Le même jour, il y eut quelque chose de plus saisissant encore à Saint-Pierre.

Ordinairement, l'illumination de la basilique vaticane et la girandole du château Saint-Ange ne se font qu'à Pâques et le jour de la fête des saints apôtres Pierre et Paul, mais le Saint-Père voulut que, cette année, par

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exception^ elles eussent lieu en l'honneur de la solennité de rAscension, afin que l'armée française pût jouir de cette religieuse manifestation.

Lors de la rentrée du Pape, la coupole avait été éclairée, mais non d'une manière complète. Le temps avait manqué pour faire les préparatifs nécessaires. Le jour de l'Ascension, tout était complet, et de plus, Tabsence d'illumination dans le reste de la ville et la profonde obscurité de la nuit favorisèrent singulièrement la splendeur de ce spectacle incomparable.

En parlant de l'illumination de Saint-Pierre, on devrait dire les illuminations, car il y en a réellement deux : la première, composée d'environ 5,000 feux, voilés par des transparents de papier, est moins éclatante que la seconde, mais elle fait ressortir d'une manière plus artistique les proportions et les lignes architectoniques de l'immense édifice.

La grande coupole parait plus grande encore, au milieu des deux petites placées à ses côtés. Toutes les nervures, tous les ornements principaux sont éclairés^ et les derniers feux atteignent son sommet, à 485 pieds au-dessus du pavé de Téglise.

Le portail est illuminé avec la même habileté dans ses détails les plus importants; enfin, deux lignes de lumière placées. Tune sur la corniche, l'autre sur la balustrade de la colonnade, en dessinent les élégants et majestueux contours.

Une heure après le coucher du soleil, au moment où l'horloge frappe le premier coup, une torche apparaît au sommet de la coupole, — « c'est le signal, — et instanta-

nément, comme par un seul coup de baguette, 8100 jets de feu s'élançnnl à Tair vif de tous les points de Tédifice, jusqu'au sommet de la croix, jusque sous les colonnes de la place, donnent â cette nouvelle illumination une splendeur et une vivacité qui manquait à la première.

En même temps les cloches jetant aux lointains échos leurs vibrantes harmonies, réclal de la lumière dessinant les grandes ombres de Tobélisque et des statues qui se reflètent dans les fontaines, et bientôt le mouvement des voitures qui couvrent la place, le bruit confus de la multitude, tout cela forme je ne sais quel ensemble fantastique et religieux qui saisit Tâme d'une sorte d'enivrement.

Le bruit expire à peu de distance de Rome, mais on éprouve encore un vif sentiment de joie en pensant que ce spectacle que les yeux contemplent, que touchent les mains, des milliers d'hommes placés à d'énormes distances le contemplent avec vous ; on le voit des divers points de la chaîne des monts Al bains, comme si on était à Rome même ; on l'aperçoit encore des pentes du Soracte ; et du haut des montagnes qui avoisinent Yiterbe le pasteur qui garde, à l'extrémité de la campogne romaine, ses troupeaux de cavales noires et ses grands bœufs aux cornes formidables, s'associe à la fête ; et le marin qui s'approche des côtes de Porto-d'Anzio, d'Ostie ou de Fiumicino, peut saluer de loin cet imposant fanal de la chrétienté.

Dès le 20 mai suivant, le Saint-Père réunit un consistoire secret, et profita du moment pour prononcer une allocution de circonstance.

Rentré si merveilleusement dans la capitale de la chrétienté, entouré des hommages de toutes les puissances , et salué par les acclamations des Romains» Pie IX ouvrit la bouche pour rappeler d'abord les traits éclatants de cette politique souveraine de la Providence qui, rattachant les destinées des Ëtats aux vicissitudes terrestres de TÉglise, tourne les unes et les autres à l'accomplissement de ses immuables desseins.

Après avoir payé au Tout-Puissant ce tribut de reconnaissance,' le Pontife se tourne vers les princes et les peuples dont s'est servie la Providence pour délivrer sa chère ville de Rome et le ramener dans ses murs.

Parlant surtout de la nation très-chrétienne qui avait versé son sang avec son or pour cette grande cause, Pie IX s'exprime ainsi :

« Maintenant, c'est avec un grand honneur et un éternel témoignage de notre reconnaissance qu'il faut nommer la très-noble nation française, si illustre par sa gloire militaire, par son dévouement au Saint-Siège et par tant d'autres mérites, et qui Nous a témoigné une bonne volonté si généreuse et porté de si puissants secours. En effet, cette nation et l'illustre Président de la République, accourus à l'aide de Notre personne et de Nos États, sans épargner aucune dépense, ont décidé d'envoyer ces braves généraux et ces soldats, qui, après avoir soutenu tant de fatigues, ont délivré la ville de la malheureuse condition à laquelle elle était réduite, et se sont fait une gloire de Nous ramener dans ses murs... »

Le Saint-Père n'oublie ni le roi de Naples qui lui donna une si généreuse et si longue hospitalité ; ni Tem-

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pereur d'Autriche qui, non-seulement aida au maintien du pouvoir temporel, mais qui délivra l'Emilie, la Marche d'Ancône et TOnibrie d'une injuste et triste domination ; ni la reine catholique d'Espagne qui, par ses pressants conseils et par Tappui de ses armes, a puissamment contribué au dénouement obtenu. Les souverains non catholiques eux-mêmes, sont remerciés d'avoir défendu la souveraineté du Saint-Siège. L'allocution mentionne aussi le dévouement des ambassadeurs, l'attachement des cardinaux, le zèle de l'épiscopat catholique qui, en tout lieu, parla parole, parla plume, par les conseils, a défendu la cause, les droits et la liberté de l'Église.

Voilà le beau côté de la situation, mais il y a le revers du tableau et le Chef de rÉ;]:lise signale avec douleur: et le royaume subalpin bù vient d'être promulguée une loi contraire aux droits de l'Église, et où l'illustre archevêque de Turin, violemment arraché de sa maison épiscopale est actuellement emprisonné à la citadelle ; et la pieuse Belgique où la liberté de l'Église est menacée des plus dangereuses atteintes.

L'admirable allocution du 20 mai^ portée rapidement dans touteFEurope produisit partoutune impression profonde. La Révolution en fut atterrée. Celte Papauté qu'elle avait cru abolir, elle était donc obligée de reconnaître qu'elle existait encore, toujours forte, toujours triomphante dans son autorité suprême et mysté • rieuse.

Balmès dit quelque part que, dans les affaires de Româf tout se rattache à une chaîne mystérieuse^ dont le premier anneau est rivé dans le Ciel. Le prince de

l'épopce grecque, à qui celte image est empruntée, nous représente le Maître des dieux tenant du haut du Ciel les destinées de Tunivers attachées à une chaîne d'or. Cette figure, aussi noble qu'elle est vraie, s'applique parfaitement à l'Église. L'anneau terrestre de la chaîne, c'est la Papauté. Cet anneau d'or brisé, la prospérité des nations se dissipe et se perd dans les courants fangeux.

C'est ce que comprennent sans effort les hommes dont Tintelligence est restée pure du contact empesté des doctrines révolutionnaires. Us étaient nombreux à Rome, et on les vit célébrer avec enthousiasme le retour du Roi- Pontife. Ainsi^ à l'Académie des Arcades, au Capitole, le commandeur Yisconti, dans un discours remarquable, après avoir montré la révolution s'emparant de Rome, à la suite de quelques aventuriers audacieux, se renforçant des vauriens de toute espèce, et faisant peser une affreuse tyrannie sur les populations timides, représente le mouvement magnifique de toute l'Europe se levant pour défendre^ dans l'indépendance du Saint- Père, un principe sacré et l'ancre de salut du monde civilisé.

Dans les provinces, on célébra, comme à Rome, par des libéralités et des fêles le retour du Souverain bienaimé. Diverses municipalités, entre autres celles de Bologne,Ra venues, Macera(a,etc., dotent un certain nombre de jeunes filles pauvres, ou font des dons extraordinaires aux hôpitaux, aux œuvres de bienfaisance, aux écoles, etc. Ces munificences trouvaient leur source dans le sentiment religieux, et c'était au sortir des cérémonies sacrées

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que les conseils communaux prenaient à Tunanimité ces mesures inspirées par la charité et la reconnaissance.

 peine rentré dans sa capitale* Pie IX ordonna que sur sa cassette particulière il fût donné 25,000 écus pour le soulagement des pauvres. Dans chaque paroisse, une commission spéciale, placée sous la présidence du euré, fut chargé de la distribution de cette lai^esse vraiment royale. A Texempledu Souverain, la commission municipale provisoire, réunie au Gapitole sous la présidence du prince Odescalchi, vota un secours de 5,000 écus pour les indigents, et ordonna en outre qu'il leur fût fait une distribution quotidienne de secours.

Pour perpétuer le souvenir de Kassislance que les représentants des gouvernements étrangers avaient prêtée à sa personne, pendant Texil de Gaëte, Pie IX fit frapper une médaille d*or de grand module. Le dessin en fut confié au savant Nicolas Cerbara. Elle représentait d'un côté le diâteau de Gaëte ; et au revers on lisait une épigraphe monumentale, avec le nom de l'envoyé exlraoriJinaire ou du ministre à qui elle était destinée. On ne frappa que seize de ces médailles, c'est-à-dire, deux ou trois de plus que le nombre des personnages officiels qui avaient accompagné le Saint-Père, après quoi le coin fut brisé.

On frappa également une médaille commémorative du retour de Pie IX. Elle offrait d'un côté l'effigie du Pontife^ et de l'autre une colombe tenant dans son bec un rameau d'olivier, avec cette légende : In urbem revenus fUMloty nm tnetor.{Il est rentré en Pasteur^ non envain^ queur.)

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Plusieurs employés qui avaient refusé leurs services à la république mazzloiennet touchèrent le montant inrtégral de leurs appointements et une gratification additionnelle : d'autres furent décorés, tels que l'avocat Pétri, chef du bureau des consulats à la secrétairerie d'État. Le Souverain Pontife n'oublia pas non plus les membres du clergé qui s'étaient dévoués avec un zèle héroïque au service des soldats pendant le siège. Ils reçurent chacun une médaille portant d'une part* l'effigie du Saint- Père, et de l'autre les clefs, emblème de la puissance pontificale. Ces dignes prêtres étaient: Mgr. Luquet, et les abbés Testard du Gosquer, Villiers de l'Isle Adam et Bastide que nous avons déjà nommés {ci-dessus page 137, note), MM. Picard, ancien supérieur de Saint- Louis, Masson du diocèse d'Avignon, Figarella, Goffineau, Dufour, chapelains de Saint-Louis des Français» et le R. P. Bouchaud, qui s'était prodigué dans les hôpitaux de Civita-Vecchia et de Rome.

L'auguste sollicitude de Pie IX, franchissant les barrières du tombeau, s'étendit aux âmes des braves soldats qui avaient payé de leur vie le triomphe de sa cause. Il fonda une messe quotidienne à perpétuité, dans l'église Saint- Louis-des-Français, pour le repos éternel de ces victimes du droit, de Tordre et de la religion. Cette messe fut célébrée pour la première fois le 1 0 août de cette année 1850, par Mgr Castellane, évéque de Porphyre et sacrisle de Sa Sainteté, en présence de M« de Rayneval, ambassadeur français, entouré de tout le personnel de la légation, de l'état-major de l'ar^ mée expéditionnaire et d'une députalion du corps des officiers.

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De plus, parles soins du prince Doria, fut élevé dans la villa Pannpbili, principal théâtre des combats meurtriers du 3 juin, et où plusieurs de nos braves avaient succombe , un très -beau caveau , surmonté d'une statue en marbre delà sainte Vierge, érigée sous une élégante coupole que supportent quatre colonnes. C*est un joli petit monument, simple et très-chrétien. Le mercredi-saint, on exhuma ces morts doublement sacrés par la valeur et par la religion. M. Tabbé Bastide et M. Tabbé de risle-Âdam, chapelains de Saint Louis, furent priés d'aller bénir ce champ du repos et de Thonneur. Le général en chef, son état-major, des députations de tous les corps assistèrent à cette touchante cérémonie.

C'est donc au prince Doria que nos braves soldats doivent de reposer à Tombre de la croix. Â Rome, les procédés qu'inspire la reconnaissance sont communs comme l'azur du firmament. Ne voit-on pas encore au Vatican une mosaïque du neuvième siècle rappelant les services que l'empereur Gbarlemagne rendit au pape Adrien ? Les archives de Rome sont immortelles depuis le papyrus jusqu'au marbre. Tout ce qui touchait à l'armée française avait un contrecoup bien senti dans le cœur de Pie IX. Pour n'en citer qu'un mémorable exemple, il n'eut pas plutôt appris le terrible ac« cident du pont d'Angers^ où tant de braves militaires, entraînés par l'horrible bascule du tablier, trouvèrent une fin tragique dans les eaux du fleuve,qu'il fit célébrer à ses frais un service funèbre pour le repos de leurs âmes. La cérémonie eut lieu le 7 mars 1 850, à Saint- Louis-des'Francait. Les membres du corps diploma-

tique, les principaux personnages et fonctionnaires de la ville y furent invités de la part du Sain'-Père. Chacun s'i^mpressa de répondre à cette touchante invitation ; réglise se trouva entièrement remplie. Le général Baraguey-d'Hilliers, dont le commandement avait expiré le 5 mai, n*en assistait pas moins à la cérémonie ; les généraux, les officiers et un bon nombre de soldats qui avaient pu trouver place dans Tenceinte sacrée, s'associaient dans un pieux recueillement aux prières faites pour leurs camarades. L'ornementation de Téglise était simple, mais imposante ; les quatre coins du catafalque, éclairé par une centaine de cierges en plusieurs faisceaux, étaient gardés par quatre sous-officiers, décorés pendant le siège. Le Souverain Pontife y envoya les premiers dignitaires de sa maison ecclésiastique, un grand nombre de ses chapelains et camériers^ plusieurs de ses chambellans, et les grands officiers de sa maison militaire. La messe fut célébrée par le pieux chapelain ou Sacriste de Sa Sainteté, Monseigneur Gastellane, et ce fut le cardinal Dupont qui fit Tabsoute.

Une des grandes préoccupations de Pie IX remonté sur son trône, ce fut de réorganiser le gouvernement et Tadministration.il eut pour l'aider dans cette tâche épineuse réminent homme d'État dont il a déjà expérimenté les rares talents, et qui sera pendant plus d'un quart de siècle rame et le bras du gouvernement pontifical. La municipalité de Rome se hâta de récompenser les services d'Ântonelli en lui décernant, ainsi qu'à ses trois frères^ le droit de cité avec un titre de noblesse transmissible à leurs descendants.

Le Saint-Père nomoia Antonelli président du conseil des ministres ay^c le titre de pro-seerétaire d'État^ qui fut changé plus tard (1852), par la confiance de Pie IX, en celui de secrétaire d'ÊtaL L'éminent cardinal fut le principal instrument dont seservit Pie IX pour appliquer les dispositions du motu proprio du 12 septembre précédent et la réorganisation s'accomplit avec autant de succès que de rapidité.

Les affaires furent partagées entre quatre ministères, savoir : 1© ministère de la guerre ou des armes; 2® ministère des finances; 3® ministère du commerce, des travaux publics, deTagriculture, etc. ; 4® ministère de rinlérieur, comprenant le ministère de grâce et jusiice, et la police qtii est confiée à un directeur général. Ces quatre ministères forment le conseil des ministres, que préside quelquefois le Souverain Pontife lui-même, mais qui est ordinairement présidé par un cardinal ayant le nom et les attributions de secrétaire d'État. Chaque ministre, dans son ressort, propose au Saint-Père les nouvelles lois et les règlements généraux, ainsi que les modifications reconnues nécessaires et les interprétations authentiques des lois déjà promulguées. Ces propositions, d'abord discutées en conseil des ministres, sont ensuite envoj ces au conseil d'État. Les nominations, promotions ou destitutions des fonctionnaires publics sont faites d'après certaines règles établies en conseil des ministres. Chacun de ceux-ci a ses attributions spéciales.

Cette même loi instituait le Conseil d'État qui se composait du cardinal pro-secrétaire d'État, président, de trois ecclésiastiques et de douze membres laïques. C'est

au Conseil d*Élat qu'il appartient de préparer les projets de lois d'ordre général, de donner Tinterprétation aijfthentique des lois existantes, quand le cas se présente» d'étudier d'autres matières gouvernementales, d'examiner les règlements municipaux, et en général d'expédier toutes les affaires qui lui sont remises par Sa Sainteté, comme de décider les causes du contentieux administratif, ainsi que cela se tait dans tous les conseils d'État des autres gouvernements de TEurope. Les conseillers sont choisis par le Souverain Pontife; leur vote est consultatif dans les affaires non contentieuses, et leur décision n'a pas force de loi par elle-même, mais seulement parla sanction du Souverain. Dans les affaires qui appartiennent au contentieux administratif, le conseil exerce les fonctions judiciaires, selon le mode et dans les limites déterminés par un règlement spécial.

Une loi du 28 octobre institue la Consulte des fifiances j dont le motu proprio du 12 septembre définit les attributions. Il se compose de membres choisis parmiles propriétaires, les négociauls et les professeurs, et présentés au Saint-Père par les conseils provinciaux. Leur nombre total égale celui des provinces, plus six membres que le Pape nomme directement pour représenter la Caméra apostolica. Le cardinal préside cette assemblée qui ne comprend que quatre consulteurs ecclésiastiques.

Le 22 novembre parut l'édit qui réglait l'organisation des provinces.

Cette loi contient six chapitres, et quatre-vingt dixhuit paragraphes.

Le chapitre i divise l'Étal en quatre légations, outre la capitale et son arrondissement. Les légations sont divisées en provinces ou délégations, les provinces en gouvernements, et les gouvernements en communes.

 la tête de chaque légation se trouve un cardinal avec le titre de légat du Sûnt Siège, assisté d'un conseil composé de quatre conseillers; le heu de la résidence du légat sera déterminé par Sa Sainteté.

Les provinces appartenant à chacune des quatre légations, sont : P Bologne, Ferrare, Forli, Ravenne; 2*Urbin et Pesaro, Macerata et Loreto, Ancône, Fermo, Ascoli et Camerino ; 3® Pérouse, Spolette, Rieti ; 4" Vellètri, Frosinone, Bénévent. L'arrondissement de la capitale est formé de Rome, de ses environs et des provinces de Viterbe, de Civita-Vecchia et d'Orvieto.

Le chapitre u concerne les légations, ainsi que les attributions et les facultés des légats.

Le chapitre m traite des provinces et des délégations qui seront administrées par un fonctionnaire nommé par le Pape ; il portera le titre de délégat, et sera assisté d'un conseil gouvernemental composé de quatre conseillers de nomination souveraine.

Le chapitre iv comprend les dispositions spéciales concernant l'arrondissement de Rome.

Le chapitre v parle des gouvernements et des attributions des gouverneurs

Le chapitre vi traite de l'administration provinciale.

D'après la loi du 22 novembre, le conseil provincial se compose d'autant de membres qu'il y a de communes dans la province, comme en France les conseils géné-

raux se composent d'autant de membres qu'il y a de cantons. Les conseillers sont nommés par le Souverain, sur la proposition des conseils municipaux, et sur une triple liste de candidats. Ils doivent être choisis parmi les nobles, les propriétaires, les industriels, les savants, les anciens fonctionnaires qui joignent à une bonne réputation politique et religieuse un minimum déterminé de propriétés foncières. Leurs fonctions durent six ans, mais le conseil est renouvelé par tiers tous les deux ans. Le conseil provincial se réunit de droit une fois par an, sous la présidence du délégat. L'organisation, le fonctionnement et les attributions des conseils provinciaux offrent une grande analogie avec les conseils généraux des départements français.

Le régime communal fut établi par Tédit du 24 novembre. Les communes sont divisées en cinq classes déterminées d'après le nombre des habitants, et le nombre des conseillers municipaux varie, suivant la classe à laquelle appartient la commune, entre trentesix, trente, vingt-quatre, quinze ou dix membres. Chaque comniune est administrée par un chef assisté de huit^ six, quatre ou deux adjoints, suivant la classe de la commune. Le chef de cette magistrature s'appelle gonfalonnier dans les villes, prieur dans les bourgs et syndic dans les villages. Les magistrats adjoints portent le nom d'anciens ( anziani ) dans les villes et dans les bourgs, et simplement celui d'adjoints dans les communes rurales. A Rome et à Bologne, le chef de la commune a le titre de sénateur^ et ses adjoints, celui de conservateurs. Les fonctions mu- .

nici pales sont de trois ans pour les chefs^ et de six ans pour les adjoints et conseillers, qui sont toutefois rééligibles par moitié tous les trois ans. Chaque conseil municipal doit en outre admettre un ou deux conseillers ecclésiastiques, selon l'importance de la commune. Toutes ces fonctions sont gratuites.

11 faut noter une particularité propre à l'administration communale et provinciale des États de l'Église : c'est que les fonctionnaires de l'exécutif sont non-seulement responsables de leur gestion, mais encore solidaires avec leurs collègues.

Les élections communales sont celles qui ont le plus d'importance, parce qu'elles sont la source de toutes les autres : c'est en effet parmi les conseillers municipaux qu'on doit prendre les conseillers provinciaux, et parmi ces derniers qu'on doit prendre les consulteurs pour les finances. Les électeurs communaux sont choisis, pour les deux tiers, parmi les propriétaires de biens-fonds, et, pour l'autre tiers, parmi les industriels, les capitalistes, les savants, les artistes, etc.^ mais de telle sorte que le collège électoral soit toujours au moins égal en nombre au sextuple du conseil municipal. C'est la municipalité qui en dresse la liste ; celle-ci est soumise au délégat, qui l'approuve ou la modifie après avoir entendu les réclamations des intéressés, et qui prononce en dernier ressort. Les électeurs doivent êire âgés de vingt-cinq ans au moins; les conseillers municipaux et provinciaux doivent avoir au moins trente ans.

Quant à la ville de Rome avec son territoire, connu depuis tant de siècles sous le nom i'Agro romano {cant-

pagne romaine), elle est soumise à un régime particulier, en vertu du moto proprio du 1" octobre 1847 auquel n'ont pas dérogé ceux du 22 et du 24 novembre 1850. Ce régime, sans toucher aux principes fondamentaux des lois, vise à maintenir l'administration romaine dans une splendeur qui rappelle son ancienne renommée {Voii* V^voL, page 304.)

Ainsi fut complétée la série d'institutions annoncées dans le programme ou motu proprio du 12 septembre 1849. Pie IX revenait donc sans découragement aux réformes inaugurées avant son exil. Il admettait do nouveau à connaître des affaires de l'État deux assemblées électives, ayant des allibulions et des droits définis. Il n'y avait' d'ailleurs aucune nouveauté réelle dans un tel régime, aucune institution que le temps présent pût se vanter de n'avoir pas apprise du moyen âge, où Ton retrouverait la trace de cet état de choses, si Ton voulait se donner la peiné d'étudier avant de juger. Si ces conseils, rétablis par Pie IX, et composés de notables élus dans les États pontificaux, avaient été négligés par ses prédécesseurs, c'est parce que ceux-ci n'avaient plus assez de confiance en des hommes qui, pris dans toutes les zones du territoire pontifical, pouvaient être plus catholiques en apparence qu'en réalité. On n'était plus au temps où les assemblées nationales, composées sur ce même pied, avaient pour présidents saint Nicolas de Flue en Suisse, saint Jean de Capistran en Hongrie,saintBernardinde Sienne dans les républiques italiennes, etc. Qu'importe le serment de catholicité qu'on prêle haut la main, si au fond l'on est incrédule? Le cœur

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dV de Pie IX avait espéré que la main paternelle qu'il tendait aux Cinnas de son temps en ferait autant d'amis de la Pdpauté. Mais tant vaut l'homme^ tant vaut la chose. Ces hommes l'ont trompé, et se sont jugés eux-mêmes en se révélant. Leur conduite ajustifiécelledes Pontifes, prédécesseurs de Pie IX, et fait briller d'un éclat immortel l'humanité et la bénignité du Représentant de Jésus-Christ sur la terre. La marche du siècle suggéra au Souverain Pontife rétabli sur son trône de ne point retourner en arrière. En remettant la main, sans hésiter, à des réformes opportunes et gages, et en améliorant d'année enannéeles conditions économiques et politiques de son peuple, récemment échappé aux serres d'éperviers rapaces, il ferma la bouche aux prétendus sages de la diplomatie européenne, et leur donna d'utiles leçons sur le point même où ils prétendaient lui offrir leurs conseils.

En effet, les lois promulguées en novembre 1850 parles soins du cardinal Antonelli, sont si libérales que les Etats les plus vantés pour l'extension des libertés civiles n'accordent pas autant de privilèges aux conseils municipaux et provinciaux.» En d'autres temps et dans d'autres pays, dit avec raison M. de Rayneval, alors ambassadeur à Rome, de telles réformes et de telles institutions eussent été un titre de gloire pour leur auteur. A l'étranger, ces changements essentiels apportés au vieil ordre de choses, ces incessants efforts du gouvernement papal pour améliorer le sort des populations, ont passé inaperçus {Rapport adressé par le comte de Rayneval au ministre Walewski.le 14 mai 1856.) »

L'idée fixe des prétendus défenseurs du Saint-Siège,

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c'était de demander la sécularisation de radmitiistration dans les États romains. La sécularisation absolue, c'est Tabolition du pouvoir temporel lui-même. Us y sont arrivés aujourd'hui. MaiR alors cette sécularisation, selon eux^ était une condition de solidité et d'allermissement pour le gouvernement pontifical. Pie IX, sur ce point encore, rendit ses ennemis^inexcusables, en pratiquant sur une plus vaste échelle l'admission des laïques aux emplois publics. 11 n'attendit même pas son retour à Rome pour donner satisfaction en celte matière aux sollicitations du gouvernement français. Presque tous les emplois furent confiés à des séculiers.

Pie IX avait pratiqué largement, dès l'origine, la sécularisation administrative. L'admission des laïques aux fonctions publiques élait devenue, sous son règne, tellement générale qu'une statistique, publiée à Naples, pendant l'exil du Saint-Père, de tous les emplois et charges des États pontificaux, dans l'ordre politique, judiciaire et administratif, donne les chiffres suivants :

Sur 5,337 fonctionnaires, il y a 5,094 séculiers et 243 ecclésiastiques.

Ils sont divisés ainsi qu'il suit :

Affaires étrangères. — 30 séculiers et 1 7 prêtres.

Ministère de l'intérieur. — 1,41 1 séculiers et 156 ecclésiastiques.

Instruction publique. — 1 1 séculiers et 3 ecclésiastiques ;'mais dans ce nombre ne sont pas compris les professeurs de l'Université, dont le document ne parle pas.

Ministère des grâces et de justice. — 927 séculiers et 59 prêtres.

Ministère des finances. — 2,017 séculiers et seulement 3 ecclésiastiques.

Ministère du commerce. — 61 séculiers et I prêtre.

Ministère des travaux publics. — 100 séculiers et 2 prêtres.

Ministère des armes. — 93 séculiers, 0 ecclésiastique.

Ministère de la police. — 444 séculiers et 2 prêtres.

De ce relevé, il résulte que les em[>loyés du clergé ne prenaient au budget papal que 190,316 écus romains^ tandis queles autres coûtaient au trésor 1,186,194 écus.

Âinsi^ le clergé n'était pas même, ou était à peine représenté dans le commerce, les travaux publics, la guerre, la police ; il ne l'était pas du tout dans les tribunaux criminels. Dans les tribunaux civils, il n'y avait que quelques ecclésiastiques, comme autrefois il y avait dans nos parlements des conseillers-clercs, à cause des affaires mixtes qui pouvaient s'y traiter. C'est assurément une des plus étranges aberrations de ce siècle que de voir nos politiques modernes exclure systématiquement le prêtre des assemblées législatives et administratives, même là où se débattent des questions spéciales qui intéressent la religion.

11 n'est nullement prouvé, d'ailleurs, que la science gouvernementale soit l'apanage exclusif des séculiers, et que les ecclésiastiques, au pouvoir, n'aint jamais été d'habiles politiques. Ce qui est prouvé, l'histoire en main, c'est justement le contraire, comme chacun peut s'en convaincre. La condescendance de Pie IX aux instances des gouvernements pour la sécularisation des

emplois a-t-elle eu pour résultat de rendre le peuple plus heureux? A cette questfbn répond le passage suivant du rapport de M. de Rayneval, cité plus haut :

« Les provinces administrées par des laïques, entre autres celles de Ferrare et de Camerino, envoient députation sur députation pour obtenir du gouvernement un délégat ecclésiastique. Le peuple n'est pas habitué aux délégats laïques; il leur refuse obéissance ; il les accuse de borner l'intérêt public à celui de leurs familles; il n'est rien, même en ce qui touche leurs femmes, qui ne donne lieu à des questions de préséance et d'étiquette. En un mot, le gouvernement qui, pour satisfaire ce prétendu désir des populations d'avoir des fonctionnaires laïques, réserverait un certain nombre de places pour ces derniers, trouverait dans ces populations elles-mêmes une vive opposition à cette mesure...» Voilà un exemple de la valeur qu'il convient d'attribuer aux accusations sans nombre formulées contre le Saint- Siège. Contrôlées par les faits, elles paraîtront toujours d'odieuses plaisanteries. Les administrateurs ecclésiastiques étaient le point de^mire où visaient tous les traits de la révolution^ parce que celleci trouvait toujours là une barrière contre l'invasion de ses funestes utopies. Quant au bon peuple romain, il savait par expérience que, dans les fidèles ministres de Dieu, il avait une garantie de justice et une sécurité, au milieu des ennemis du repos public.

Un autre objet d'une importance capitale réclamait la sollicitude du Saint-Père, savoir, le rétablissement des finances de TÉtat.

Parmi les graves embarras que laisse après lui tout bouleversement politique, dans un pays, et que rencontrait à son arrivée dans Rome Taugusle Pontife, les difficultés financières n'étaient pas les moins pressantes ni les moins compliquées. L'anarchie ne s'était pas contentée de jeter le plus complet désordre dans l'administration, et de gaspiller la fortune publique ; elle avait lourdement grevé l'avenir, elle avait contracté des dettes considérables, et notamment elle avait procédé à la détestable et ruineuse émission d'une énorme quantité de papier monnaie.

Le gouvernement réparateur de Pie IX trouvait donc un trésor épuisé, des populations appauvries, un déficit effrayant dans les revenus, des engagements très-onéreux et tout à réorganiser. La restauration des finances était à bon droit une des grandes préoccupations du Saint-Père, et il avait confié l'étude de cette question, non-seulement au conseil des ministres et à la section permanente de la consulte d'Etat, mais encore à une commission spéciale.

Puisant à la fois dans sa grandeur d'âme et dans les conseils de ses sujets dévoués de généreuses inspirations, Pie IX avait d'abord, avec une loyauté qu'on ne saurait trop admirer, reconnu la dette contractée par le gouvernement usurpateur, et annoncé qu'il serait procédé a l'extinction de cette dette par le remboursement de tout le papier-monnaie répandu dans la circulation. C'était une mesure de la plus haute importance, d'une réalisa lion extrêmement difficile, exigeant une rare fermeté d'exécution et des ressources considérables ; mais

aussi c'était l'acte de la politique la plus habile et la plus prévoyante, c'était se concilier le concours de tous et rouvrir les. sources du crédit.

Le papier-monnaie représentait un découvert de plus de â5 millions de francs. Le gouv ernement proposa aux capitalistes de l'échanger contre des bons de crédit nominaux ou au porteur j produisant un intérêt de 5 0/0, à partir du T^ octobre 1850, et remboursables en dix années et au pair, au moyen de tirages ayant heu tous les six mois. Ces bons de crédit sont émis d'abord pour une somme de 5 millions d'écus, c'est-à-dire à peu près pour la moitié de la dette. Pour surveiller l'opération» le gouvernement nomma une commission composée de S. Em. le cardinal Marini, président, de Mgr Antinori, auditeur de Rote, des princes Orsini et Rospigliosi, et de qaelques autres personnes versées dans ces matières, et entre autres du banquier Righetti, ancien secrétaire et ami de l'infortuné Rossi, et du riche baron Grazioh. Cette nouvelle valeur étoit négociable à l'étranger.

Immédiatement arrivèrent au ministre des finances un grand nombre de demandes de bons du crédit. De forts capitalistes se distinguèrent par leur empressement. Le prince Torlonia en prit pour une somme de 80,000 piastres (plus de 400,000 francs), le baron Grazioli pour 60,000 piastres (plus de 300,000 francs), et M. Rempicci pour 100,000 piastres (plus de 600,000 francs). Bel exemple de générosité qui prouvait a l'Europe que, dans l'Etat pontifical, c'était surtout par des actes que les conservateurs soutenaient leur auguste Souverain et lui témoignaient leur dévoument.

242 HISTOIRE DE PIB IX ET DB dON PONTinCAT.

En même temps, le gouvernement ordonnait de sévères économies et des réformes excellentes, faisait des emprunts ; puis, le clergé, malgré sa pauvreté, vint en aide au trésor, s'engageant à fournir annuellement une somme de 100, 000 écus adectée au remboursement du papier monnaie. Les ressources ne suffisant pas encore, on modifia en divers points, la perception des impôts et Ton y ajouta quelques nouvelles contributions. Les murmures que provoquèrent ces changements, n'ayant pas leur raison d'être, demeurèrent isolés ; et d'ailleurs les Romains qui, sous le rapport des impôts, se comparaient aux autres États de l'Europe, devaient s'estimer encore bien heureux. En effet, à Rome, chaque personne en moyenne, ne payait que 20 à 22 francs, tandis qu'en Piémont, par exemple, le chiffre était de 30 à 32 francs ; en France de 36 à 40 francs ; en Angleterre de 60 à 80 francs.

 mesure que rentraient les assignatSf on les brûlait au ministère des finances qui occupa successivement le palais Borromeo et le Monte Citorio. C'est là que chaque mois se faisait un auto-da-fé de ces trompeuses valeurs.

Malgré les sages dispositions prises par le gouvernement, il restait encore, en 1854^ environ 12 millions à trouver pour équilibrer les dépenses et les recettes. Pour en finir avec ce déficit, et achever l'abolition du papiermonnaie, le Saint-Père consentit un emprunt fait à la maison Rostchild, et moins de deux ans après, M. de Rayneval pouvait dire, dans son rapport au ministre des affaires étrangères, à Paris : « Les assignats ont disparu, et les billets de banque de TÉlal pontifical

sont aujourd'hui au pair de la monnaie métallique. ... En dépit des charges léguées par la Révolution, en dépit des dépenses extraordinaires causées par la réorganisation de l'armée, en dépit des nombreux encouragements donnés aux travaux publics, le budget qui, après la restauration de Pie IX, accusait un déficit très-considérable, a graduellement tendu vers l'équilibre. J'ai eu récemment l'occasion de faire remarquer à Votre Excellence que le déficit a été réduit, pour la présente année 1856, à une somme insignifiante portant^ pour la plus grande partie^ sur des dépenses imprévues et des capitaux appliqués à l'extinction de la dette. i>

Ainsi le gouvernement teuiporel du Saint-Siège, avec le retrait du papier-monnaie, avec une aggravation de charges, avec le remboursement annuel de la dette extérieure et l'amortissement successif de la dette inté* rieurc, avec la protection magnifique qu'il étendait, comme nous le verrons, sur les lettres, les sciences et les arts, pouvait ajouter encore à sa gloire celle de ménager ses peuples autant et plus qu'aucun autre gouvernement.

Les souverains ordinaires ont besoin, pour se reposer des soucis du gouvernement, de fréquentes distractions, la chasse, les réceptions, les soirées théâtrales, etc. Le Souverain des Étais de TÉglise, image de la Providence sur la terre, consacre tous ses instants, même ses moindres loisirs, au bonheur de son peuple. L'œil vigilant de Pie IX descendait aux moindres détails. Nous ne saurions le suivre dans les excursions quotidiennes que lui inspirait sa sollicitude paternelle. Nous ne pouvons que

détacher quelques traits de cette histoire invariablement répétée de la bienfaisance du charitabfePontife.

Ses visites commencent, pour ainsi dire, dès le lendemain de son retou r dans la ville éternelle.

Ainsi le 15 avril, il sort du Vatican^ à quatre heures et demie, en voiture, accompagné d'un détachement de huit gardes nobles, pour aller se prosterner devant l'image de la Vierge, à la basilique Libérienne. Passante dessein par la Via Lungara et le pont Sixte, il descend de voiture et entre, sans y être attendu, a l'hôpital militaire français, établi près de l'église Saint-André, au Quirinal. Il visite tous les malades l'un après l'autre, leur parle dans leur langue, les console par de douces paroles et leur donne, comme souvenirs, des crucifix et des chapelets. Il distribue des éloges à qui de droit sur l'ordre et la propreté qui régnent dans l'établissement, et laisse les malades plus pénétrés que surpris de la bonté et de la douceur du Père commun des fidèles.

Le 2 août suivant, Pie IX va célébrer le saint-sacrifice à l'église Saint-Cosimato in Transtevere, attenante au couvent des religieuses franciscaines, et visite ensuite le pensionnat des Dames du Sacré-Cœur, près Sainle- Rufine. Il daigne interroger quelques petites filles sur le catéchisme, et content de leurs réponses leur donne des médailles. Informé que le vapeur Roma, arrivé de Trieste, est amarré à Ripa Grande^ il veut visiter ce bâtiment, dont les voyages ont une grande importance pour les cultivateurs de l'État pontifical, et en particulier pour ceux de la Sabine. Cette visite inattendue rem-

pli t les marins et tout l'équipage d'une joie qu'ils font éclater avec enthousiasme. '

. Le 25 du même mois, la fête de saint Louis fut célébrée avec une pompe extraordinaire dans l'église nationale des Français. Les cardmaux assistèrent à la messe solennelle, chantée par Mgr Casiellani, évêque de Porphyre, sacrisle de Sa Sainteté, prélat affable et distingué que l'auteur de cette histoire a eu l'honneur de connaître particulièrement, trois ans plus tard , à Rome, et qu'une mort prématurée enleva depuis à l'Église. A la messe assistait M. de Rayneval avec tout le personnel de l'ambassade. Le soir, à cinq heures, Pie iX, poussé par la reconnaissance que lui inspiraient les bienfaits de la France, se rendit à Saint-Louis, où Tattendaient M. de Rayneval, les généraux Gémeau et Vaillant, les colonels et chefs de corps de la garnison^ et beaucoup de Français présents à Rome. Le Saint-Père, après a voir prié devant le Saint-Sacrement et à l'autel du saint patron de cette église, alla s'asseoir sur un siège placé devant l'autel. Là, il admit au baisement du pied les personnages marquants, le clergé, beaucoup de dames, les dépulations de l'armée, et un grand nombre de simples soldats français. On put remarquer l'accueil bienveillant que faisait le Saint-Père a nos braves militaires

'C'est l'usage à Rome que, chaque année, le Sainl-Père aille célébrer la Nativité de la Sainte- Vierge à Sainte- Marie-du-^PeupIe. En s'y rendant cette année, avec son cortège habituel, Pie IX, au lieu de suivre le Corso ^ commed'habilude,pritdirectementla ViaBipeKa.dH} bout

de laquelle se trouvait, à gauche, une petite maison habitée en 1848 par le fameux Ciceruacchio que le lecteur a vu à Tœuvre (!", volume page, 374, etc.), La femme de ce bandit résidait encore dons celle maison. Elle avait mis en grosses lettres à sa fenêtre cette inscription : Viva Pio IX. Était-ce un appel à la miséricorde, une protestation ou une réparation? Peut-être tout cela ensemble. Le Saint-Père dut lui donner une particulière bénédiction.

Mentionnons encore une visite de Pie IX au collège de la Sapience dont il inspecte minutieusement les diverses salles, entre autres la bibliothèque, les cabinets d'histoire naturelle et de minéralogie ; puis il va passer près de trois heures à l'hôpital du Saint-Ksprit, portant, comme de coutume, au lit de chaque malade des paroles de consolation et de bienveillance.

La joie du peuple romain s'épanouissait dans tous les quartiers de la ville sur le passage du Pontife bien-aimé. Une circonstance particulière fit éclater plus vivement encore la piété du peuple et son attachement au Saint- Père. Le curé de l'église de Saint-Charles, à Catinarif portait le saint viatique à une vieille femme de la Via di Giupponari (laide petite ruelle habitée par des pauvres), il était suivi de quelques bonnes âmes. Pie IX, revenant de sa promenade, rencontre la pieuse procession, fait arrêter sa voiture^ descend, prend un cierge et accompagne le Saint-Sacrement jusque dans la chambre de la pauvre mourante à laquelle, après la cérémonie, il adresse de douces paroles et laisse une aumône assez considérable; puis il redescend, et^ non content

d'accompagner de nouveau le SainUSacremenl, il entre avec le peuple dans l'église, et reçoit avec lui la bénédiction du saint-ciboire. Â sa sortie, il est accueilli parles acclamations d'une foule immense qui s'est agglomérée en un instant. Ce sont des cris (enthousiastes de Viva il Santo Padrel qui partent des cœurs attendris et reconnaissants.

\ Vers le même temps, c*est-à-dire pendant Tété de

1851, le Saint-Père faisait une promenade à pied au delà du Ponte-Molle ; une compagnie de Transteverins s'était réunie près de là, aux abords d'une bettola fameuse ; on jouait aux boules et à la morra^ on dansait au son du tambour de basque, la gaité était arrivée à ce point où, chez le peuple de Rome, elle ressemble à de l'enthousiasme, quand une voix s'élève : il Santo Padre apiedil (le Saint-Père à pieds!) à l'instant les jeux cessent, les danses s'arrêtent, les verres retombent sur les tablées, tous courent au devant du Souverain Pontife, et se précipitent à genoux en demandant à grands cris la santa benedizione. Tel est le peuple romain livré à la spontanéité de ses inspirations.

Le 9 juin de la même année, à sept heures du soir, Pie IX entre à l'improviste dans l'orphelinat établi a Vigna Pia. Un enfant allait pour sonner Y Angélus à la petite clochette qui est dans la cour d'entrée, et au lieu de sonner VAve Maria , il revient tout ébahi, tout interdit en criant : Fratello, il Santissimo Padrel A ce cri, chacun va, vient, court sans savoir ce qu'il fait. Le Frère Paul, jardinier, s'élance pour ouvrir le portail : qu'aperçoil-il? la main du saint Pontife levée déjà pour le bé-

nir. Le pauvre Frère perd la tête ; le voilà prosterné, avec sa blouse de travail, immobile ; il ne sait s'il doit regarder le Vicaire de Jésus-Christ, se relever ou rester là. Cependant le Pape entre, traverse la cour et continue sa marche sans s'arrêter. Pendant ce temps, les enfants courent au dortoir ; puis, sans quitter leur habit de travail, descendent précipitamment l'escalier, avec les Frères, de peur*de manquer la visite, et à peine étaientils dans la courquele Papes'y trouve aussi : tous, Frères et enfants, chantent : Viva il Signore Papa nostrOf bene* dizionel A ce chant. Pie IX s'arrête, lève les yeux iiu ciel en disant : <k QueDieu, duhaut des cieux, vousenvoie sa bénédiction; »] ensuite, étendant la main, il bénit Frères, enfants et domestiques. Puis il s'avance au milieu de la Communauté, pleurant d'émotion, et demande aux Frères s'ils font l'école et à quelle heure du jour... « Et quand je suis entré, ajoute Sa Sainteté, que faisiezvous ?» — « Nous apprenions aux enfants à prier et à examiner leur conscience. » — « Benissime^ benissi^ me y » répond le Pape. — Enfin, pour s'assurer si les enfants savent leur religion, il interroge les uns sur les Commandements de Dieu, les autres sur les sacrements, et, après des réponses dont il daigne paraître satisfait, il admet tout le monde au baisement des pieds, et quitte l'établissement, laissant j.tout le monde ravi de cette visite inattendue. L'orphelinat de Vigna Pia, fondé à Rome par un prêtre français, Tabbé Moreau, supérieur de Sainte -Croix du Mans, était un des établissements soutenus par les bienfaits de Pie IX.

Chaque année, nu commencement de juillet, le Pape

HISTOIRE DB PIB IX ET DB SON PONTinCAT. 249

avait coutume de se rendre à Gastel-Gandolfo, pour respirer, pendant quelques jours, Tair pur des montagnes d'Albano. En 1 850, vu les circonstances, il n'avait pu s'absenter de Rome que Tespace de vingt-quatre heures. L'année suivante, le mardi soir, l""' juillet, le Saint- Père se met en route pour Castel-Gandolfo. Le voyage s'accomplit avec une certaine solennité. Quatre dragons, deux français et deux romains, allant en éclaireurs, précédent la voiture, escortée par quelques gardes nobles et par un détachement de dragons français : puis vient une autre voiture suivie d'un détachement de dragons pontificaux. Mgr Stella et Mgr de Mérode accompagnent le Saint-Père, qui arrive à Castel en deux heures, c'està-dire vers huit heures du soir.

Le roi de Naples profita de la circonstance pour rendre visite au Sainl-Père qu'il n'avait pas revu depuis les adieux du 6 avril 1850. Le roi élait accompagné de la reine et de toute la famille royale. Le cardinal Antonelli alla jusqu'àGaëte pour complimenter Leurs Majestés et les accompagner jusqu'à Castel-Gandolfo, où elles arrivèrent le 3 juillet à dix heures du matin.

L'intention du roi et de la reine était de faire une visite à Sa Sainteté et de repartir le même jour ; mais le mauvais temps les obligea de retarder leur départ.

Le jour même de leur arrivée, Leurs Majestés assistèrent à la sainte messe, célébrée par le Saint— Père dans sa chapelle particulière. Après le dîner, Sa Sainteté et ses nobles hôtes allèrent à Galloro pour vénérer la miraculeuse image de la sainte Vierge. Pie IX avait dans sa voiture le roi et le duc de Calabre, prince héré-

ditaire; ensuite venait la voiture de la reine avec les princesses rojales, et S. A. R. la princesse Louise- Charlotte de Saxe, cousine de Sa Majesté; puis, les voilures des princes du sang et la suite des deux cours. L'escorte d'honneur était fournie par les gardes nobles du Pape et par les dragons français et romains. Les augustes princes traversèrent Albano etl'Avicia, et toutes les populations accueillirent avec des applaudissements immenses le Pontile vénéré, et se montrèrent profondément touchées de la religieuse affection de la famille royale de Naples envers le Chef suprême de TÉglise. Le soir^ Castel-Gandolfo fut illuminé, et des feux d'artifice terminèrent les pures et simples réjouissances de ce jour. Dans la matinée du 4, Leurs Majestés, après avoir assisté à la messe célébrée par Sa Sainteté, se rendirent à la ville de Marino, au milieu des applaudissements de tout le peuple ; les démonstrations d'allégresse augmentèrent encore, lorsqu'à cinq heures et demie le Saint - Père et ses augustes hôtes traversèrent la ville pour aller à Grotta-Ferrata. Toute la population se rangeait le long des rues et témoignait sa dévotion envers le Saint-Père, et son respect reconnaissant envers Leurs Majestés. Les éminents personnages reçurent la bénédiction du Saint- Sacrement dans l'église de cette abbaye. Us visitèrent les anciens monuments Tusculans et les célèbres peintures du Dominiquin, et retournèrent ensuite à la résidence de Castel-Gandolfo. Le 5, la mer s'étant calmée. Leurs Majestés et la famille royale partirent à trois heures et demie de Castel-Gandolfo pour s'embarquer à Porto d'Anzio.

HISTOIRE DE PIE IX ET DE SON PONTIFICAT. 25t

Les belles promenades qui s'étendent de CasteUGandolfo à Albano étaient couvertes d'un peuple désireux de faire paraître son respect pour la famille royale.

S. Em. le cardinal Anlonellit qui avait reçu Leurs Majestés à leur débarquement, et qui ne les avait pas quittées, pendant leur séjour à Castel-GandoHo, les accompagna encore jusqu'à Porto d'Anzio, où ils arrivèrent heureusement à sept heures et demie du soir.

Le général Gémeau, qui accompagnait le Saint- Père à Castel-Gandolfo, avec un détachement du beau régiment de dragons, servit d'escorte au roi de Naples à son départ.

Le Pape rentra à Rome le 15 juillet au soir. Un flot de peuple se porta à sa rencontre sur la via Appia Nuot;a, et depuis la porte Calimonlana jusqu'au Vatican, les rues étaient couvertes d'une multitude en mouvement qui faisait retentir les airs de ses acclamations et demandait dévotement la bénédiction apostolique. Sur la route que parcourait le Pape dans le Borgo^ les maisons étaient ornées de tapisseries, et à la nuit une illumination spontanée fit éclater de nouveau l'affection des romains pour le Souverain-Pontife.

Le 29 septembre, Pie IX se rendit à Saint-Michel, maison toujoursbien chère à son cœur, pour célébrer avec les apprentis la fête du glorieux Archange, qui est en même temps un des patrons de la ville de Rome. C'est dans cette circonstance qu'il publia le décret relatif à la cause du vénérable serviteur de Dieu Jean de Brilto. Le Saint-Père monta ensuite au balcon de l'hospice qui s'ouvre sur le port de Ripa- Grande. Une salve d'artil-

lerie des bâtiments pavoises annonça la présence de Tauguste Pontife, qui donna la bénédiction apostolique à la foule immense des fidèles dont lesmv^tse mêlaient aux formidables détonations de la poudre.

A peu de distance de Saint-Michel se trouve la petite église de Santa-Maria deïïOrtOy qui est le siège d'une confrérie des arls et métiers. Le Saint-Père s'y rendit à pied afin d'adorer le Saint-Sacrement, exposé pour les quarante heures. Sa dévotion satisfaite, il admitles confrères au baisement du pied. (I leur adressa ensuite quelques paroles empreintes d'une paternelle affection^ et leur apprit que par son ordre une commission était chargée d'étudier les moyens de réorganiser les corporations de divers métiers, dissoutes par les malheurs du temps. Réunis ainsi dans une double pensée de religion et de prospéi ité matérielle, les ouvriers conserveront plus aisément leurs bonnes traditions, seront plus aguerris contre les agents de l'impiété et du désordre qui profitent de leur isolement pour les tromper, exer^ ceront sur leurs camarades une espèce d'apostolat, et deviendront un des boulevards de la société menacée. Cette pensée du Saint-Père rencontra de grands obstacles dans son exécution; elle était trop bien appropriée au caractère et aux intérêts du peuple romain, pour obtenir le concours des ennemis de la société. A Rome, il y a, comme dans toutes les capitales, une écume de la population façonnée à toutes les turpitudes et prête à tous las crimes, si on veut en payer le prix. Et ne soyons pas juges trop sévères, car c'est à nous étrangers que Rome a droit d'imputer son malheur. Depuis plusieurs

siècles, tous les peuples affluent à Rome, non plus comme autrefois en pèlerins pieux, mais uni(iuement pour satisfaire une curiosité profane et charmer les loisirs d'une vie souvent déréglée. Quoi d'étonnant si le contact *d'hommes qui passent en prodiguant Tor autour d'eux» se jouant de toute croyance, de toute moralité, a déposé dans la population romaine des germes de corruption? Mais tout n'est pas vicié, il s'en faut de beaucoup, et quand on a pu connaître les artisans de Rome ailleurs que dans les loeande, les boutiques fréquentées par les étrangers et les places publiques, on a la preuve que beaucoup de familles ont conservé les mœurs et la foi des^meilleurs jours.

Les révolutionnaires, qui ne donnaient aucune place au Saint-Père dans leurs affections, auraient voulu le dépopulariser de même dans le cœur de ses sujets. Mais on peut dire que jamais le vieux peuple romain ne se démentit dans ses sentiments envers Pie IX. Il entrait dans les calculs des ennemis de l'Église de faire croire que le Pape ne jouissait plus de l'amour de son peuple. Mais quand, après un système persévérant d'audacieux mensonges, ces hypocrites s'imaginaient avoir trompé l'opinion et le peuple romain lui-inême, des faits écla— tants et publics venaient à chaque instant les confondre. Si, dans quelque circonstance solennelle, le Pape traversait la ville, ce n'était qu'avec peine que le cortège pouvait s'ouvrir un passage à travers les flols de la population, accourue pour donner à son Souverain un témoignage de sympathie et de respect. Les journaux étrangers aux gages de la Révolution n'allaient pas moins

répétant sans cesse que lorsque Pie IX paraissait en public, le vide se faisait autour de lui, et que le peuple romain ne donnait plus aucun signe d'empressement à se porter dans les lieux qu'il honorait de sa présence.

Citons pour toute réponse un fait entre mille, pris à répoque même où la presse impie débitait avec le plus d'emphase ses impudents mensonges.

Un jour du mois d'octobre 1855, Pie IX faisant sa promenade du soir fut aperçu, entrant à pied par la porte du Peuple et montant au Pincio par les rampes si connues qui y conduisent de la place du Peuple. Il était seul avec ses camériers de service, et les voitures suivaient à quelque distance. Lorsque le Pape arriva au sommet de la promenade si chère an peuple romain, il la trouva couverte d'une foule considérable réunie pour entendre la musique militaire. Malgré Tattrait du concert, la soutane blanche du Pape ne Peut pas plus tôt fait reconnaître, que tout le monde s'éloigna des musiciens et courut au Saint-Père, l'entoura et se mit à genoux, demandant avec instance et piété sa bénédiction. Au lieu de revenir ensuite auprès de l'orchestre, toute la foule suivit Pie IX 'dans les allées de la promenade, et lorsque le Pape monta en voiture pour regagner la place du Peuple, les voitures partieu— lières, assez nombreuses, qui se trouvaient alors au Pincio, se mirent à la suite des voitures pontificales et firent honneur au cortège de Sa Sainteté.

Ici, ce sont les riches et les grands que nous venons de voir. Portons- nous maintenant à Saint-Paul-hors-des- Murs, et nous serons tout étonnés d'y trouver le Souve-

HISTOIRE DE PJB IX ET DE SON PONTinCAT. 255

rain Pontife, le Roi de Rome, entouré d'une troupe d*ouvriers et de cultivateurs de la campagne. Ces pauvres gens ont aperçu le Saint-Père, et on les voit accourir pour être bénis par lui ; mais bientôt, désirant une faveur plus grande, ils demandent à baiser le pied du Vicaire de Jésus-Christ ; que disons-nous, ils demandent! enhardis par la bonté du Saint-Père, ils s'emparent littéralement de son pied, qu'ils couvrent de leurs baisers et mouillent de leurs larmes. Pie IX souffre avec douceur et patience un empressement aussi touchant ; il est heureux de la foi de son peuple et du bonheur qu'il goûte à chérir son Souverain.

Voilà Pie IX et voilà son peuple ! Comment, du reste, pouvait-il en êlre autrement, et comment le peuple eûtil pu ne pas reconnaître et ne pas aimer son bienfaiteur et son père? Ne savait-il pas que Pie IX était sans cesse occupé de soulager ses peines, d'augmenter son bienêtre ? Ne l'avait-il pas vu, ne le voyait-il pas au lit des cholériques, administrant lui-même les secours de la religion aux mourants ? dans la geôle des prisonniers , goûtant leur pain pour s'assurer qu'il était de bonne qualité ? achetant à ses frais du blé et faisant établir des fours économiques pendant la cherté des subsistances ? envoyant partout, sans compter, des aumônes abondantes? recueillant les orphelins du choléra? n'épargnant ni dépenses, ni sacrifices, ni fatigues, pour donner à tous^ autant que la chose était possible, l'aisance, la liberté et la paix? Oui, le peuple avait vu et voyait tout cela. Il était sûr de l'amour de Pie IX, et il l'aimait à son tour. Le peuple n'est pas comme les cor-

respondants des journaux révolutionnaires : il ne sait ni feindre, ni mentir, et voilà pourquoi, aussitôt que te Saint-Pèreseprésentait à ses yeux, il Tentourail et lui prodiguait les témoignages de sa vénération et de son amour.

Pie IX, en effet, les Romains le savaient bien, n*élait étranger à aucun des intérêts dont dépendait le bonheur de ses sujets. Mais rien n'est plus nécessaire pour la prospérité d'un État que la paix sociale et la tranquillité publique.

C'est pour procurer aux citoyens toute la sécurité nécessaire que, peu de temps après la rentrée du Pape, le gouvernement publia une proclamation déclarant en vigueur la loi sur le désarmement général ordonné par le décret du V^ juillet 1849, sommant tout individu détenteur, sans autorisation, d'armes à feu, de cannes à épée ou munitions de guerre quelconques, d'en (aire la remise dans la huitaine, sous peine d'encourir les con* damnations édictées dans la loi.

C'est pour arriver à la même fin, en tenant dans la crainte les hommes de désordre, qu'une commission est instituée à Rome dans le but de diriger les enquêtes judiciaires relatives aux délits de divers genres, commis pendant la période révolutionnaire. Son titre est Commission directrice judiciaire fCommissione directrice de processi). Elle se compose de juges , choisis dans la magistrature, et a pour président le lieutenant Bertini. Cinq causes principales sont déférées à son tribunal, savoir : 1** la destruction des armes de l'Autriche à Rome, en L848 ; 2® l'assassinat du comte Rossi ; 3^ les faits du 16 novembre , concernant l'attaque

HISTOIRE Df PIB IX BT DB SON PONTIFICAT. 257

du Qairinaly les insultes à la garde suisse, le meur^ tre de Mgr Palma, le pillage de Tapparleinent du cardinal Lambruschini ; 4^ Thorrible assassinat de trois campagnards précipités dans le Tibre par la fureur populaire, et désignés par la démagogie, pour faire effety comme espions de Tarmée française, tandis qu'ils n'étaient que des ouvriers admis aux travaux du nouveau chemin de fer, en dehors de la porte Majeure; S"" enfin, les sacrilèges homicides, commis dansie cloilre de Saint-Galixte pai* la légion Zambianchi.

Ce dernier, surnommé le tueur de prêtres, et qui s'était réfugié à Gênes, fut arrêté, et Ton trouva chez lui un grand nombre de papiers compromettants. La plupart des crimes commis à Rome et dans toute retendue des États pontificaux, sous le règne delà Jacquerie républicaine, n'en resta pas moins impunie. Plusieurs mêmes eurent la bonne fortune d'être honorés publiquement par certains gouvernements amis du papej comme le citoyen Gernuschi, commissaire des barricades, qui accordai! une prime de 50 écus pour chaque maison de campagne détruite ; c'était un appât proposé aux démolisseurs qui, dans un rayon considérable autour de Rome, ne laissèrent pas un seul mur debout.

La justice obligeait aussi le gouvernement à poursuivre la restitution des objets volés par les républicains. Une perquisition faite dans le GhettOjCn octobre 1850, causa beaucoup d'émotion. On y trouva une quarantaine de pièces de valeur, enlevées çà et là dans Rome et vendues ou déposées dans le quartier des Juifs. Il s'y trouvait des voilures de Iuxe> des sièges de carrosses.

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des tapis, etc.. On arrêta plusieurs Juifs et quelques revendeurs.

Mais la majeure partie des dépouilles opiines avaient passé ailleurs. Les révolutionnaires italiens avaient pris leurs précautions. La banque d'Angleterre n'ignorait pas, sans doute, la provenance de mystérieux dépôts. Les démocrates parisiens s'étaient contentés de gaspiller les fonds, de banqueter à la police, à THôtel de Ville ; les jacobins italiens avaient d'autres petites précautions. Que d'argenteries fondues se sont transformées en lettres de change sur Marseille, Gênes, Livourne, Londres et Malte I Les temps sont changés, même pour les poètes ! Horace jetait son bouclier pour se dérober à la bataille ; les spirituels de la jeune Italie se sont également enfuis du champ de bataille^ mais en chargeant leurs valises.

Il leur fallait des fonds pour aller ourdir de nouvelles conspirations à l'étranger.

Le général en chef de la démagogie cosmopolite, Mnzzini, qui, plus fin que le serpent lui-même, savait dérober, avec sa tête, toute sa précieuse personnalité aux traits mérités de la justice, ne cessait, du fond de Texil, d'activer le feu de l'insurrection parmi ses adeptes. Par son incessante correspondance avec toutes les sociétés secrètes de l'Europe, il connaissait les oscillations de la température démocratique, dans tous les États du continent.

Dans un exposé de la situation de l'Europe, adressé au commencement de Tannée 1851, au comité central des sociétés secrètes de Londres, qui formait la tête du parti, il est dit au sujet de Tllalie :

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OC Notre chère patrie^ la péninsule italienne, si digne d*un avenir qui la guérira de ses plaies, est plus puissante et plus résolue que jamais. Les nouvelles nombreuses que j'ai reçues de toutes les parties de cette belle contrée, le plus beau de tous les pays, m'ont rempli d'une grande joie, même en les dépouillant avec le plus grand soin de ce généreux enthousiasme si eslimable, mais si dangereux, dont il faut prudemment se préserver. Nous devons compter, nous comptons avec certitude sur le gouvernement éclairé qui est établi à Turin. Ce gouvernement a le sentiment de sa mission, et il est tout prêt à recommencer ses glorieux combats, aussitôt que les circonstances prévues auront porté, dans les pays voisins, les hommps de l'avenir à la tête des affaires* Dans toute l'Italie, il n'existe pas un pouvoir national qui soit en état de s'opposer avec succès à un nouveau soulèvement du peuple : et ce peuple brûle du désir si impatient de reconquérir, avec sa liberté, l'unité de la patrie. Noble désir que Ton ne saurait trop louer! Mais ce peuple admirable est plus digne encore de nos louanges pour sa docilité et pour sa soumission à nos conseils. Il veut bien maîtriser son courage, afin de mieux l'employer lorsque l'heure sera venue.... »

Ce manifeste, attribué faussement à Mazzini^ sortait de la plume insurrectionnelle de Manin, l'agitateur de Venise, le faux patriote qui, au lieu de rêver l'autonomie et l'antique indépendance de sa patrie, voulait seulement, le traître ! la faire passer sous un joug différent, comme l'attestent ses nombreuses lettres aux frères et amis. Dans l'une de ces lettres^ adressée au Times et au Siède

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(septembre 1855), il résume dans les lignes suivantes sa profession de foi :

€ Fidèle à mon drapeau : Indépendance et unification, je repousse tout ce qui s'en écarte. Si Tltalie régénérée doit avoir un roi, ce ne doit être qu'un seul^ et ce ne peut être que le roi de Piémont. Manin. >

II était égal à Manin de voir un roi, et même un roi étranger, étendre son sceptre sur Venise, tandis que Mazzini tenait à voir la ville des Doges et toute Tltalie courbées sous le niveau républicain. Les révolutionnaires ne s'entendaient donc point sur le but, mais ils étaient d'accord sur le moyen : la destruction ; on peut les comparer à ces géants des foires publiques qui jouent la comédie sur des tréteaux.

La Révolution, expulsée de Rome, resta donc en permanence dans les sociétés secrètes. En 1853, elle avait assez bien conduit ses affaires pour espérer le succès d'une nouvelle conjuration. A la fin de juillet de ladite année, la police romaine fut informée qu'une trentaine de jeunes gens, débarqués à Civila-Vecchia, éveillaient des soupçons par leur altitude. Ils étaient munis de faux passeports anglais. C'étaient des Italiens déguisés en matelots. La plupart étaient déjà partis pour Rome, mais séparément. Plusieurs furent arrêtés. Les autres trouvèrent un refuge à Rome chez leurs amis. Ces misérables étaient d'anciens employés de la république de Mazzini. Ils s'étaient chargés d'une mission auprès des démagogues restés à Rome. Leurs papiers et correspondances lurent saisis, peu de jours après leur arrestation.

c'est-à-dire le matin même du 15 août, au moment où le canon du fort Saint- Ange saluait la fêté de la Reine des cieux. Mazzini avait choisi ce jour de fêle pour tenter un coup de main, comme il avait choisi à Milan, dans le même but, le dernier jour. du carnaval. Il avait conjecturé que, le 15 août, les soldats français seraient répandus dans les cabarets, célébrant, avec le vin blanc de Velletri, la fête de leur empereur, pendant que les officiers supérieurs en feraient autant avec le Champagne à Tambassade de France.

Les conjurés s'étaient concertés par lettres. Leur système de correspondance était inintelligible pour qui n'en avait pas le secret. Le chef des conjurés de Londres avait une feuille de carton percée d'ouvertures allongées çà et là. Posant son carton sur une feuille de papier à lettres^ il écrivait ses instructions pour le complot. Le carton étant enlevé^ il rempHssait les blancs nombreux de sa lettre avec des phrases donnant à la lettre une signification toute diiférente. Le correspondant de Rome ou d'ailleurs, avec un carton semblable qu'il posait sur la lettre reçue, la lisait aisément dans sa vraie signification. Puis faisant sa réponse par le même procédé, il la confiait sans crainte à la poste.

Le complot du 15 août avorta, grâce à la double vigilance de l'armée française et de la police romaine^ mais il fit grand bruit alors. Un certain avocat nomn\é Pétroni^ qui avait trempé dans tous les crimes de 1848, était, dans celte affaire, le chef des conjurés, en l'absence de Mazzini, qui, on le sait, n'agissait jamais que par la parole ou la plume et n'avait garde de se montrer

aumilieu'du danger. Quand» dans la matinée du 1 5 août, ce bandit fut arrêté, il répondit au brigadier qui lui demandait son nom: <c Je suis Tavocat Petroni, le représentant de Mazzini à Rome. Vous gagnez en m*arrêtant vos épaulettes, mais vous ne les porterez pas longtemps ! D Les principaux complices incarcérés avec lui étaient Casciano, Lepri» marchand épicier, Preti, avocat, Castellani, négociant.

De temps en temps, la démagogie, toujours le poignard à la main, donnait signe de vie, dans la ville éternelle.

Le dimanche 1 5 juin 1 85 1 , le jeune Marc Évangelisti, greffier de la Sainte Consulte ou haute cour criminelle de Rome, jeune homme plein de mérite et qui jouissait de Testime générale, venait de quitter, le soir, un de ses amis. Arrivé au coin d'une petite ruelle^ il est accosté par un inconnu qui lui plonge un stylet dans le sein et disparait dans lin labyrinthe de petites rues. L'infortuné expirait trois jours après enlre les bras de sa famille désolée. Après sa mort, les médecins procédèrent à Tautopsie du cadavre, et reconnurent que le poignard qui Tnvait frappé était empoisonné.

Vers le même temps, un autre assassinat est tenté contre Gesari, directeur des archives du palais Salviati. il ne doit son salut qu'à sa présence d'esprit et à sa force musculaire.

A Sainte-Praxède, au moment où le prédicateur monte en chaire^ une forte détonation, dans l'église même, jette l'épouvante et la confusion dans la multitude des pieux fidèles.

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Les librairies Bonifazî, place Saint-Marcel, elSpilover place d'Espagne, sont pourvues d'ouvrages modernes contre la démagogie. Les factieux Irouvenl moyen d'introduire dans ces précieux arsenaux de la cause de Tordre, des boites de fulminate qui font explosion et causent d'afTreux dégâts.

Les filles du général Gémeau elles-mêuies sont insultées en pleine rue, un jour de carnaval.

Ceux qui avaient jeté le cadavre de Rossi dans les fondements de leur république ne pouvaient manquer de viser de nouveau la tête du premier ministre de Pie IX ? Obligés de respecter, pour le moment, Tauguste Pontife, qui reposait sous la sauve-garde de la France,. ils résolurentde frapper Antonelli. Ils prirent le temps de mûrir un complot et de trouver une main sure. La tentative éclata le 12 juin 1855. Le stylet, comme toujours, avait été aiguisé dans les conciliabules des sociétés secrètes. Or, le 12 juin, vers sept heures, le cardinal Antonelli, après une conférence avec quelques artistes chargés de diffénents travaux pour le gouvernement, avait proposé à l'un d'eux, M. Minardi, d'aller visiter l'église de Saint-Paul. En descendant l'escalier du Vatican, Son Éminence aperçut, sur l'avant-dernier pallier, un individu de fort mauvaise mine auquel on attribuait l'intention de remettre une pétition. Le cardinal, frappé de l'altération singulière de ses traits, s'attendait à le voir s'approcher chapeau bas , lorsqu'au contraire , au moment où Son Éminence se trouvait à deux pas de lui , elle le vit porter la main sous son habit

comme pour en retirer une arme. Ce mouvement déter-

mina le cardinal è hâter sa marche et à toamer brusquement d*une rampe de rescalier à Tautre, de manière à se garer près du mur. L'assassin s'était effectivement armé d'un poignard, et, ayant perdu, par le brusque mouvement du cardinal^ l'occasion de frapper de près, il lança son arme avec violence dans la direction de Son Ëminence. Fort heureusement^ le poignard, mal dirigé, alla frapper la muraille, sans atteindre le cardinal. Les domestiques qui accompagnaient le premier ministre se précipitèrent aussitôt sur l'assassin, en appelant à leur aide les sentinelles de la garde suisse. Le coupable essaya de faire résistance. Antonelli eut quelque peine à le soustraire à l'indignation des assistants. On vint bientôt à bout de lui. On le reconnut facilement pbur un des membres les plus ardents du comité mazzinien. C'était un chapelier, âgé d'environ trente-six ans, appelé De Felici, plusieurs fois compromis, notamment dans la tentative du 15 août 1853, et placé, depuis lors, sous la surveillance de la police.

Le cardinal s'empressa de porter lui-jnême la nouvelle de l'attentat à Sa Sainteté, qui en ressentit une vive émotion ; il continua ensuite sa promenade vers l'église Saint-Paul.

\jn mois après, le 1 1 juillet, l'assassin condamné à mort subissait le châtiment dû à son crime.

Le cardinal Antonelli, qui avait demandé la grâce de l'assassin, se chargea de payer à sa veuve une pension de dix piastres par mois (53 fr. 50). En outre, il fit placer à ses frais dans l'établissement de Saint-Michel les deux enfants du condamné !

Aiguillonnés par Tinsuccès n)ême de leurs complots, lesMazziniens n'en devenaient que plus entreprenants. Irrités d'avoir manqué le ministre» ils dirigèrent leurs coups contre leChefde TËtat lui -même. Ils savaient que Pie IX affectionnait Por/o (TAnzio dont il voulait faire le port de Rome. Le Saint-Père en effet s'y rendait assidûment quand il allait en villégiature à Castel-Gandolfo. Les émigrés de Londres jugèrent que c'était une occasion favorable pour opérer un débarquement et enlever le Pape. Mais la police française, qui avait des espions parmi eux» eut connaissance du projet et en informa le cardinal Antonelli. Sa Sainteté n'alla pointa la campagne. C'était au mois d'août de la même année 1855.

Toutefois, une cinquantaine d'émigrés étaient partis de Londres avec l'espoir de s'emparer du Saint-Père. Ils ne tardèrent pas à être désillusionnés. Débarqués, ils s'empressèrent de gagner les bois du Latiiim. Dans les premiers jours, ils avaient de Targent et payaient aux paysans ce qu'ils prenaient; mais bientôt, ils furent obligés de vivre de rapine. Errants dans les montagnes de Valmonte et de Palestrina^ ils furent traqués par la gendarmerie pontificale.

La Révolution vil bien qu'il fallait pour le moment renoncer à ses projets d'insurrection armée, et laisser le Pape gouverner tranquillement son peuple. Mais elle ne posa les armes qu'en apparence, et pour les mieux fourbir sous la main de son Yulcain dans les cavernes de l'Etna démagogique.

Pie IX n'ignorait aucun des mystèresde la secte, mais il continua^ avec un zèle infatigable, son œuvre de res-

tauration et de progrès. Malgré la difficulté des circoDStances et Tcpuisement des finances de TEtat, le grand Pontife ne négligea rien pour imprimer un essor tout nouveau aux arts, aux sciences, à l'agriculture, à Tindustrie, aux chemins de fer, au commerce, etc.

Parcourons quelques-uns des progrès réalisés par le gouvernement de Pie IX dans ces différentes branches qui intéressent à un si haut degré la gloire et la prospé* rite des nations.

L'Italie, Rome en particulier, personne ne l'ignore^ a conquis et gardé le sceptre d'honneur de la peinture, de la sculpture et de l'architecture. Ses dômes s'arrondissent dans le ciel bleu, la fresque splendide recouvre ses édifices comme un vêtement royal, ses marbres étincelants et purs se dressent , majestueux, entre les marbres antiques. Rome, Florence, Venise forment une radieuse trinité. Léonard de Vinci, Michel-Ange, Raphaël,Corrége,Titien, Paul Véronèse, pour ne nommer que es plus illustres, ont ébloui le monde par l'éclat de leur renommée. C'est l'inspiration religieuf^e qui enfanta les plus beaux chefs-d'œuvre, et l'Italie, si favorisée du Ciel, a largement payé sa dette au Créateur. Les Pontifes romains Ont eu la principale part dans cette moisson de gloire que les arts ont récoltée en Italie. Au frontispice du plus renommé des siècles brille le nom de Léon X.

Pie IX, au point de vue du progrès, n*est resté en arrière d'aucun de ses prédécesseurs; on serait même tenté de dire qu'il les a surpassés tous. Son Pontificat sera célèbre par une foule de découvertes et de restaurations. La seule énumération de ces travaux si variés

demanderait trop de place pour que nous puissions la donner ici. Qu'il nous^ suffise de mentionner les plus importants, pour attester que le règne de Pie IX tiendra une place à part dans les annales de la science et du progrès.

La recherche des antiquités enfouies en si grand nombre dans les décombres de la Rome antique fut une des grandes préoccupations du zélé Pontife. Citons d'abord les grands travaux exécutés sur l'ancienne voie Appia. Cette route, connue sous le nom de Reine des voies antiques^ à cause des magnifiques monuments qui la bordaient de chaque côté, était, même dans le voisinage de Rome, dans un tel état d'abandon qu'elle n'était plus praticable pour les voitures, ni même pour les piétons. Camille Jacobini, ministre des travaux publics, du commerce et des beaux-aris, secondant les vues de Pie IX, entreprit de rétablir cette voie romaine et de la rendre en même temps à l'utilité publique et à l'admiration des gens de goût. Les travaux furent commencés à trois milles de Rome. On y rencontra quelques traces de Tancien pavé. Des deux côtés on déblaya les mausolées, la plupart Irès-maltraités, mais autour desquels se retrouvaient des fragments de leur décoration primitive, des bas-reliefs, des chapiteaux, des parties de figures, des inscriptions. Toutes les branches de l'art et de la science historique gagnèrent à la résurrection de ces milliers de monuments qui bordaient cette voie antique dans une longueur de plusieurs milles, et qui faisaient revivre les restes les plus variés de rarchileclure et de la sculpture des anciens ; et de plus elle devint tout a la

fois très-fréquentée et très-commode, et Ton put répéter le mot d^Horaee : minus est gravis Appia tarais. {La voie Appia n'est plus si difficile aux voyageurs attardés.)

L'enceinte du Forum a pu être déterminée d'une façon à peu près certaine, grâce aux fouilles intelligentes commencées par les Français, continuées par Pie IX, et la place des monuments sans nombre qui décoraient ce centre fameux de la Rome des consuls et des Césars a pu être indiquée.

Le Panthéon est débarrassé d'une partie des constructions que des siècles, moins épris des souvenirs et des monuments de l'antiquité, avaient appuyées sur ses vieilles murailles de briques.

Ce grand cadavre qu'on appelle le Colysée est l'objet de soins particuliers et de travaux de conservation presque ininterrompus. Les salles du musée du Vatican s'enrichissent sans cesse de mosaïques, de statues, de peintures, que le sol inépuisable de Rome rend chaque jour à la lumière ; et les fouilles ouvertes à Ostie et visitées par Pie IX préparent une moisson abondante des richesses artistiques de la Grèce et de Rome.

Dans Tordre des antiquités sacrées, les découvertes accomplies ou commencées sont encore plus remarquables et plus importantes. Le cimetière de Saint-Prétextat, grâce aux intelligentes investigations du chevalier de Rossi, révèle ses mystères. Les inscriptions les moins lumineuses sont déchiffrées ou refaites avec une patience et une clarté qu'on ne saurait trop admirer. Les sépultures des premiers Papes paraissent au grand jour, et le lieu où reposèrent les dépouilles sacrées de sainte

Cécile, est enfin reconnu avec une évidence à laquelle sont obligés de se rendre les partisans les plus engages de l'opinion qui le fixait au cimetière de Saint-Sébastien, et les dévots de sainte Cécile peuvent célébrer sa fête dans le lieu qui reçut son corps virginal, et qui est encore tout embaumé d'un parfum que les siècles écoules n'ont fait que rendre plus suave encore. On ne saurait peindre le charme que goûte la piété dans ces sanctuaires des premiers âges de rÉglise. L'histoire des catacombes se refait ainsi à la lumière des inscriptions et des monuments, et le jeune archéologue chrétien que nous venons de nommer eut la gloire de cette précieuse restauration.

Mais si l'on veut se faire une idée plus juste des conquêtes faites dans le domaine de l'archéologie chrétienne et de» richesses extraites des Catacombes, il faut se rendre au palais de Saint-Jean de Latran el visiter les salles immenses où s'accumulent, sous l'habile direction du R. P. Marchi, tous ces inappréciables trésors. Le musée chrétien offre au savant et au simple fidèle tout ce qui peut satisfaire la curiosité et la dévotion. C'est bien ici que le détail devient encore plus impossible. Les vieux tombeaux, les inscriptions funéraires, les vases, les ampoules, les instruments de martyre, teints du sang des confesseurs de la foi, et mille autres objets de toute nature, forment une collection unique où la fui trouve des armes pour venger l'antiquité de ses dogmes et de sa discipline, en même temps que l'art chrétien admire ses premiers essais et ses inspiratiojis les plus naïves.

En résumé, on ne peut que s'étonner en voyant, dans

des temps aussi difficiles pour la Papauté, et dans un tel épuisement de ses finances, un pareil élan imprimé au mouvement archéologique tant sacré que profane. C'est la gloire des Papes d'avoir toujours veillé avec amour sur le dépôt sacre que leur ont légué les âges passés, et de n'avoir laissé périr aucune parcelle de cet héritage splendide et onéreux. Pie IX méritera certainement que son nom soit inscrit parmi ceux des Pontifes qui ont droit, sous ce rapport, à une reconnaissance et à une admiration exceptionnelles.

Sous l'inspiration de Pie IX, le gouvernement pontifical se mit également à l'œuvre pour doter les États romains des institutions dues au génie moderne, telles que réclairage au gaz, la télégraphie, les chemins de fer, les routes, etc.

On sait que, pour la réalisation de pareilles entreprises, il faut non des mois, mais des années. Or, les travaux marchèrent à Rome avec assez de rapidité pour que^ en 1856, le ministère des travaux publics constatât dans une statistique officielle des succès inespérés.

Les États romains sont traversés dans leur plus grande longueur par une route principale, nommée artère longitudinale, qui, partant de Terracine, frontière napolitaine, vient aboutir à Ferrare, frontière lombarde-vénitienne, en reliant les principaux centres de population, tels que Rome, Foligno, Macerata, Siniga • glia, Pesaro, Rimini, Forli et Bologne.

Les routes de deuxième classe, qui comprennent les voies de communication désignées en France sous le nom de routes départementales, chemins de grande communi-

cation et chemins vicinaux, sont ouvertes et entretenues par les soins des conseils provinciaux. Le nombre en était considérable et allait croissant tous les jours. Bientôt il n'y eut plus de centre de population tant soit peu important qui ne fût relié aux grandes artères par des voies carrossables.

Le territoire romain fut également traversé dans son entier par une ligne de télégraphie électrique qui, partant de Terracine, où elle correspondait avec les télégraphes napolitains, suivait Y artère longitudinale jusqu'à Foligno. De là, elle se dirigeait sur Ancône, reliant cette ville avec Bologne, et se terminant à la frontière du duché de Modène, où elle se rattachait aux lignes de tout le continent.

Encouragé par de tels résultats, le gouvernement décida la construction de deux nouvelles lignes télégraphiques, Tune allant de Foligno à la frontière toscane, l'autre mettant Rome en communication avec Civita- Vecchia.

La construction des chemins de fer marcha avec plus de lenteur. On se rappelle que, dès le début du pontificat de Pie IX, les chemins de fer avaient été, avec l'amnistie, le vœu populaire le plus accentué au milieu des ovations prodiguées au nouveau Pontife. Le Saint- Père lui-même n'eut pas besoin de longues sollicitations pour entrer dans ce progrès du siècle. Il comprenait que ce mode de communication devenant tous les jours plus général, il ne pouvait différer d'en faire l'application à ses États ; il était convenable que Rome, centre de la véritable religion, devint d'un accès plus

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facile à tous ceux qui désiraient vénérer les tombeaux des saints Apôtres, et se prosterner aux pieds du Vicaire de Jésus-ChrisL 11 estimait aussi qu'attirer et garder de grands capitaux étrangers sur son propre territoire, c'était consolider et augmenter le crédit de son gouvernement, produire une impulsion favorable à Tagriculture et au commerce, et donner plus d'extension aux affaires entre les provinces et la capitale, sans compter le grand nombre d'ouvriers et d'artisans qui trouveraient, dans l'exploitation des chemins de fer, du travail et des moyens d'existence. En France et ailleurs, la construction des voies ferrées, exécutée par des masses d'ouvriers qu'on oblige honteusement à fouler aux pieds la loi religieuse, porte un coup mortel à leur foi et à leur moralité ; mais à Rome, soumis à une législation essentiellement chrétienne, le même travail permettait à l'ouvrier, non-seulement de conserver ,.mais de recouvrer quelquefois^ dans le chantier même, la foi de ses pères.

Le retard que dut subir l'entreprise est imputable, non au Saint-Siège, mais à l'insolvabilité ou aux exigences des différentes compagnies qui entrèrent en communication avec le gouvernement, à partir de 1849. Enfin, au mois d'avril 1856, Pie IX signe un traité définitif avec une compagnie espagnole, représentée par le marquis Casavaldès, et dont le principal capitaliste était le duc de Rianzarès. Le Saint-Père lui-même, voulant donner un témoignage particulier de son zèle pour l'œuvre des chemins de fer, s inscrivit le premier sur la liste des actionnaires. Les travaux devaient être achevés dans l'espace de dix années. Ils commencèrent simultanément

sur deux lignes qui, à vrai dire, n'en formaient qu'une seule, allant de Civila-Vecchia à Bologne par Rome et Âncône. Ainsi les deux mers allaient se trouver réunies par la seule voie des États romains. Les travaux commencés, Sa Sainteté alla elle-même les visiter en détail.

L'éclairage au gaz de la ville de Rome, l'embellissement du Pincio, l'extension de l'enseignement dans les écoles, les travaux scientifiques du P. Secchi, l'entretien continu des routes, le dessèchement des marais pontins et des marais d'Ostie, voilà encore des progrès remontant à cette époque, et qui ont été inspirés, encouragés et soutenus par le gouvernement de Pie IX.

L'agriculture, dans tout État, a droit, pour ainsi dire, à plus de soins et d'encouragements encore que tout le reste. Mais dans l'État pontifical, plus encore que dans beaucoup d'autres, c'est l'agriculture qui forme la principale richesse du pays. Les Papes n'ont jamais failli au devoir de la faire prospérer, et sous Pie IX cette tâche fut remplie avec une sollicitude encore plus active et plus persévérante. Nous ne pouvons ici que mentionner, à ce sujet, les principales mesures adoptées parle gouvernement pontifical. L'Un des grands intérêts de l'agriculture, c'est le reboisement. Plusieurs attribuent au manque d'arbres l'insalubrité de la campagne de Rome. Rien ne fut donc négligé pour encourager une plantation de plus en plus étendue. Des primes fort importantes furent offertes aux propriétaires et aux fermiers. Cet appel fut entendu, et chaque année l'administration fit publier une statistique des arbres plantés

et des primes soldées. Le chiffre des plantations fut annuellement de plusieurs centaines de mille. Le reboisement se fit donc petit à petit, et la condition climatérique s'améliora.

Le dessèchement des marais Pontins est un immense travail dont se sont préoccupés Urbain VIII, InnocentXI, Innocent XII, Clément XI, Benoit XIII, Clément XIII, mais qui a surtout été poussé avec vigueur par Léon X, Sixte V et Pie VI, dont les glorieux noms se rattachent à des opérations gigantesques, couronnées des plus heureux succès. Pie IX sera cité également parmi les Pontifes dont l'administration éclairée aura rendu à la culture la plaine autrefois si fertile des Volsques, et que les ravages de la guerre et du temps avaient réduite à n'être plus qu'un foyer d'exhalaisons délétères. '

Les marais d'Ostie, offrant les mêmes dangers, appelaient les mêmes travaux et promettaient les mêmes avantages pour l'agriculture. Pie IX en fit aussi commencer le dessèchement. Voulant voir les choses par luimême et se rendre compte des fouilles archéologiques qui se pratiquaient dans les mêmes lieux, le Saint-Père fit le voyage d'Ostie (à la fin de mai i856). Il profita de cette occasion pour visiter de nouveau l'église Saint- Paul hors des murs, et dina chez les religieux de l'abbaye en compagnie des cardinaux composant la congrégation préposée à la réédification de cette basilique.

Pour donner un nouveau gage de l'intérêt qu'il portait à l'agriculture, le gouvernement de Pie IX nomma une commission dont firent partie plusieurs princes et grands propriétaires, et chargée d'étudier cette impor-

tante question. Il s'occupa aussi de la fondation d'une trappe sur le modèle de celle de Staouëli, et appelée à faire, pour la campagne de Rome, ce que les trappistes ont fail pour noire colonie africaine. Enfin, le gouvernement- décréta diverses expositions des produits de Tagriculture et de Tindustrie, avec des prix et des médailles pour les lauréats dans ces différentes branches de la richesse publique.

Oui^ le gouvernement pontifical procure, quoi qu'on en puisse dire^ le vrai bonheur du peuple autant et plus que n'importe quelle puissance humaine. En regard de nos pays industriels^ si brillants à la surface, si véritablement pauvres au fond, il est bon de considérer ces contrées que la sottise dédaigne et que la mauvaise foi calomnie. Dans cette heureuse partie de la péninsule italique, la population, qui était en 1816 de 2,354,721 habitants, s'est élevée en 1853 à 3,124,668 habitants: Taugmentation est donc d'un quart, c'est-à-dire de trois fois plus qu'en France, durant la même période. Les sujets pontificaux étaient encore dans l'âge d'or, comparés aux sujets des états réputés les plus avancés en civilisation. Là, le pain, qui se payait à Paris 2 fr. 50, coûtait 1 fr. 80 ; la viande, qui se vendait 1 fr. 50 à Gand, se donnait à Rome pour 55 centimes, et les fruits étaient pour rien ; le vin était la boisson habituelle du peuple. Personne qui ne mangeât de la viande à deux de ses repas. Faut^-il opposer à ce bas prix des vivres le prix élevé des habillements? Non encore. Tous les habitants des campagnes, vêtus de leurs vieux costumes nationaux, sont couverts d'étoffes grossières, mais

étoffes de laine ou de fil de lin, et ornées avec ce goût et ce pittoresque qu'on ne trouve qu*en Italie, qu'on ne trouve enfin, pour dire le nom de ce pays favorisé, que dans les États romains.

Loin de dédaigner Tindustrie, nous reconnaissons dans ses progrès Tessor d'une intelligence née souveraine de la terre et qui diminue le travail de rhomme en faisant travailler à sa place Teau, le fer, le feu, l'électricité. Nous ne répudions aucune des conquêtes du génie de rhomme; nous admirons dans les chefs-d'œuvre de Tart une émanation de la beauté divine, et nous applaudissons quand Tart imprime aux produits de l'industrie ce cachet divin.

Le luxe et la pompe attestent la grandeur et la dignité de l'homme ; mais qu'on ne s'y méprenne pas, c'est quand le luxe et la pompe sont à leur place ; autrement ils n'accusent que la démence de l'orgueil, la plus triste des folies. Cette femme resplendissante de velours, de soie, de fleurs et de diamants n'a pas toujours dans son buffet de quoi apaiser la faim de ses enfants. Cette femme est plus que folle, vous écrierez- vous ; elle est dénaturée. Vous aurez dit vrai. Et notre société, parée et enrubannée, comme un bœuf qu'on mène à l'abattoir, manque de pain pour ses pauvres!... Vous multipliez vos fabriques d'objets de luxe, vous encombrez les magasins de vos articles de mode, vous excitez à tous vos étalages les convoitises des passants. Mais ces populations hâves et malingres qui s'extasient devant ces bagatelles, œuvres de leurs mains, ont-elles une nourriture suffisante pour réparer leurs forces, de Tair pur

dans une maison propre, une âme en paix dans un corps sain? La sagesse, escortée de la charité, proteste contre ce fatal entraînement de l'industrie à élaborer des joujoux qui coûtent des vies d'hommes. La fabrication d'objets de luxe occupe une multitude d'ouvriers qui travailleraient à la terre si ces objets n'existaient pas. Elle attire donc de la campagne dans les villes une multitude de bras qui auraient créé des richesses utiles à tous^ au lieu de s'exiénuer à façonner des riens éblouissants pour le plaisir des fats qui s'en amusent. Or, comme l'air des fabriques est une aria cattiva pire que celle des marais pontins, les vides se font vite dans les rangs ouvriers : la fabrique attire à elle les transfuges de la vie champêtre, et elle en fait bientôt autant de victimes.

En résumé, quel est pour chaque peuple le principal élément de force, de prospérité et de durée? Évidemment, c'est le chiffre de la population. Le peuple le plus fort est celui qui compte le plus d'hommes robustes, tenant à leur pays et à ses traditions, chérissant leur foyer et n'aimant pas à se répandre parmi les étrangers. Le peuple le plus civilisé est celui qui compte le plus d'hommes intelligents et moraux intéressés à la conservation de Tordre existant. Le peuple le plus libre est celui qui compte le plus de citoyens en état de vivre indépendants et du propre produit de leur travail. Le peuple le plus riche enfin est celui où la généralité des habitants possède ce qui est nécessaire à sa subsistance, au prix d'un labeur modéré. Eh bien ! nous le demandons, toutes ces qualités, tous ces avantages, tous ces biens et beaucoup d'autres dont jouissait, sous l'autorité

du Saint-Père, l'habitant des États romains, les pauvres ouvriers des grands centres industriels, chez ces nations qui nous fascinent par de brillants dehors, les possèdentils? Non. Abjurons de funestes préjugés, ne nous laissons pas éblouir par un faux éclat. Le luxe, poussé nu degré qu'on remarque parmi nous, n'est pas une folie excusable ; c'est une folie ruineuse pour le pays, meurtrière pour les populations laborieuses.

Vit-on jamais chef d'État s'occuper plus que Pie IX du bonheur de ses sujets? Et pourtant quels souverains furent plus accusés que les Papes de négliger les intérêts temporels de leur peuple? Dans le temps même ôû toutes les préoccupations du Saint-Père avaient pour but d'améliorer de toute manière la condition des Romains, la presse, la tribune elle-même, en France, en Angleterre, partout, retentissaient des clameurs des démocrates. Que ne disait-on pas, par exemple, de l'état des prisons à Rome ? Mais quoi d'étonnant que les montagnards de tous les pays prissent alors fait et cause pour les frères et amis tombés, dans la ville éternelle, sous la main de la justice ? A les entendre, les prisons romaines regorgeaient de malheureux ; les mauvais traitements augmentaient sans cesse; on y souffrait d'abominables tortures. Ces calomnies ne faisaient aucune impression sur ceux qui connaissaient la vérité. Mais elles étaient ramassées avec avidité par les ennemis de la Papauté.

En 1855, l'Angleterre osa signaler les prisons de ritalie à la réprobation du monde civilisé. Les Anglais ont la prétention de donner des leçons à tous les peuples ; mais il est peu de questions sur lesquelles cette pré-

HISTOIBB DE PIB IX ET DE SON POiNTmCAT. 279

tention ait été plus ridicule et plus osée que sur celle

des prisons de Rome.

' Les Anglais ignorent*i1s que Rome, dès le commencé*

ment du dernier siècle, devançait les autres nations dam

la voie des réformes pénitentiaires, et que Cléoîent Xt

fit construire, en 1703, une vaste maison de correction

t>our les jeunes détenus? Ignorent-ils que ce grand

Pape, continuant Tœuvre si admirablement commencée

[)ar Innocent XU, Grégoire XIII et Sixte V, faisait

achever le vaste édifice de Saint-Michel et lui donnait

son complément en y adjoignant une maison de correct

tion ? fgnorent-ils que c'est à Rome que les réformateurs

ont puisé la pensée du régime cellulaire, appelé fattaeu*

sèment et faussement le système de Philadelphie, sys*

témc que Ton vante tant de nos jours, et qu'on a cof'*

rompu en l'exagérant et en le dépouillant du principe

aunliaiire de la religion, sans laquelle toute véritable

réforme est impossible? Ignorent-ils que legouveme«

ment français, en 1837, pour s'éclairer des lumières

et de l'expérience des autres peuples, envoya en Italie

cm inspecteur général des prisons, chargé de visiter les

établissements pénitentiaires des divers États, et que le

résultat de cette mission, consigne dans un rapport of(i«*

ciel au comte de Montalivet, alors ministre de Tinté-

rieur, fait justice de tontes les calomnies débitées conftre

les prisons des États pontificaux.

- Le cœur de Pie IX, dans sa paternelle sollicitude sur

toutes les parties de sa vaste administration, ne pouvait

négliger lés infortunés que la justice avait frnppés de ses

redoutables coups. L'Église est une mère qui ne met T. m. 19

dans Toubli aucun de ses enfants malheureux. La visite des prisonniers est placée par elle au nombre des œuvres de miséricorde les plus méritoires. Pour Pie IK, il ne suffisait pas que les prisons de ses États fussent aussi bien et^ sur plusieurs points, mieux tenues que celles des pays d'où partaient les accusations ; il voulut que le Saint-Siège pût les montrer comme des modèles à ses amis et à ses adversaires.

Pour maintenir le bien déjà fait et pour rechercher ce qui restait encore à faire, le Saint-Père nomma une corn* mission spéciale présidée par le ministre de Tlntérieur* Cette commission fit son rapport au Souverain Pontife, et proposa de créer une administration spéciale des pri* sons de TÉtat. Jusque là cette direction importante était confiée à la Consulte, chargée en outre de la surveillance de la santé publique et des fonctions de Cour suprême ou criminelle. La variété et l'étendue des tra* vaux réclamés par des attributions si nombreuses et si diverses, ne permettaient guère à son président d'exer^ ter sur les prisons nationales toute la surveillance né* cessaire. On détacha donc de la consulte la direction des prisons pour en faire une administration à part, dépendante du ministère de l'Intérieur. Le chef de cette administration était un prélat.

De plus, une commission de patronage fut instituée en faveur des jeunes détenus encore en âge de minorités On sait à quels périls sont exposés ces pauvres enfants, pendant la durée de leur détention, et surtout avec quelle difficulté, une fois sortis des maisons de correction, ils peuvent se faire accepter par la société qui les

HISTOIRB DB PIB IZ BT DE SON PONTIFICAT. 281

repousse, et persévérer dans le sentier du dévoir où Ton a cherché à les ramener. Flétris par lopinion et impuissants à gagner, par un travail qu'on leur refuse, le pain quotidien, lis le cherchent dans le crime et ainsi, au lieu de la réhabilitation^ on n'enlrevoil pour eux qu'une carrière vouée à de nouveaux méfaits et à une nouvelle répression. Il y avait là une mission de religion et de charité à remplir. Le cœur du Saint-Père, si compatissant pour toutes les souffrances, chercha un remède à cette plaie, et nomma la commission dont nous avons parlé» composée de sept membres. Le président fut Mgr Con-* solini, vice -président du conseil d'État. Parmi les autres membres, on compta Mgr de Mérode, camérier secret participant du Saint-Père, Mgr Negroni, auditeur de Rote, et le duc Salviali. Deux membres du conseil d'État en firent aussi partie. Les règlements de cette œuvre» complément précieux des autres réformes pénitentiaires, furent en partie élaborés et revus par Sa Sainteté ellemême. On ne saurait donner une meilleure preuve que celle-là de Tintéi et que le Saint-Père prenait au succès de cette institution et des fruits de moralisation qu'on devait en attendre.

En général, les prisons des États pontificaux étaient administrées par des hommes d'une probité reconnue, remplis des sentiments de la charité chrétienne, et qui se proposaient pour but de secourir, de consoler et de convertir les coupables bien plutôt que de les garder ; les prisons elles-mêmes étaient proportionnées au nombre des détenus, et disposées selon l'ordre estimé le plus humain de nos jours. Dans la majeure partie de ces

prisons, les détenus n'étaient soumis qu*û un travail inoh dérét qu^ils pouvaient regarder eux-mêmes comme un exercice salutaire et un soulagement à leur peine. Bean^ coup d'entre eux travaillaient en plein air, dans les ports, dans les salines, aux constructions. Les sexes et les âges étaient séparés ; les prévenus n'étaient pas con" fondus avec les condamnés, et, parmi ceux-ci, on sépia^ rait également ceux qui avaient mérité des peines graves et infamantes de ceux qui n'étaient coupables que de délits. Le régime pénitentiaire qui renfermait chaque condamné dans une cellule particulière pendant la nuit, le faisait travailler en commun et en silence, pendant le jour, sous la surveillance des inspecteurs {Les Victoires de V Église, par l'abbé ilargoUi).

Si l'on jette seulement un regard sur les prisons de TAnglcterre, on trouve un tableau bien différent. Ainsi, dans celle de Newgate, la principole prison de Londres, }es condamnés et les accusés sont entassés dans la même l3alle,qu'ilsappartiennentàla catégorie des plus insignes taialfaiteurSt ou qu'ils soient de simples délinquants : vieillards, enfants, débiteurs et même fous sont là pêle^ mêle sans distinction d'aucune sorte. Aucune mesure de police ne s'oppose à l'introduction des liqueurs fortes et des livres obscènes.

En Angleterre» le fouet sert à maintenir la discipline dam les prisons comme dans l'armée. La torture a été de tout temps et est encore employée légalement dans les possessions anglaises de l'Inde, non point comme une mesure exceptionnelle, mais systématiquement et «comme mesure générale. Et pour quelles fautes ? Ordi-

nairement pour le retard apporté, souvent involontaire-* ment, dans le payement de Timpôt. La torture est à ladisposition des agents du fisc chargés de recouvrer lea impôts, et à celle du chef de ces agents pour exciter le zèle des négligents. Du reste, le genre des tortures varie' dans les divers lieux. Le fouet seul est employé dans, quelques-uns ; d'autres tourments sont plus en usage. En voici un d'un usage presque général : on passeautour du cou du coupable une corde qui va se relier au pouce: du pied, de façon à forcer le corps de rester plié ^en deux, et Ton pose une grosse pierre sur le dos du pa« tient. D'autres fois, on presse les doigts et les pieds des malheureux avec des instruments faits exprès, ou bieU; on laisse ces pauvres gens exposés aux rayons d'un soleil brûlant, dans les postures les plus incommodes et sans, qu'ils puissent satisfaire aux besoins naturels. En ud mot, on trouve dans la liste des tourments : la prison, les coups de fouets les coups de poing, les soufflets^ la; pression des doigts, le rapprochement de plusieurs têtes^ dont les chevelures sont liées ensemble, le choc de ces têtes les unes contre les autres ; à celui-ci on cloue les oreilles sur une table ; à cet autre on jette du poivre dans les yeux ; ici le bourreau applique sur le corps des in-; sectes dévorants. L'imagination est féconde en cruautés; rien de plus varié que tous ces genres de tortures, et il^ en est qu'on ne pourrait faire connaître sans blesser la décence. Et cependant lord Palmersion, le chef d'un gouvernement dont les agents commettent de telles cruautés, a eu l'audace d'accuser de tyrannie le gouver* nement poniifical. Si les États romains devenaient une

colonie de TAngleterre, ils ne larderaient pas à faire rexpérience de la civilisation anglaise, et malheur h eux s'ils tentaient de secouer le joug ! (Ibid.)

Nousignorons dans quelles conditions sont aujourd'hui les prisons de Rome^ sous la domination usurpatrice des Piémontais. Ce que nous savons, c'est qu'à l'époque qui nous occupe, la Gazette du Peuple^ de Turin, traçait le tableau suivant des prisons de celte capitale du Pié^ mont :

c Nous avons déjà fait remarquer que les prisons de la ville sont dans un état horrible; ce sont des lieux où régnent l'immoralité, la peste et la barbarie : Vimmara-^ Utéf parce que le simple prévenu, qui pourra être reconnu innocent, y est confondu avec le scélérat, ce qui est une source de corruption ; la pestôj parce que, pendant les chaleurs de l'été, on les voit envahis par le ty* phus, qui de là pourrait se répandre dans la ville ; la barbarie^ parce que l'innocent et le coupable y souflrent au point de désirer et de préférer les galères et les prisons pénitentiaires {La Gaxetta del Popolo du 3 juillet 1864). »

Les prisons pontificales n'avaient donc point à redouter le parallèle avec celles des autres pays, et à travers les révélations qui précèdent, on voit aussitôt la comédie effrontée des accusateurs.

De plus, comme complément de sa sollicitude pour les prisonniers, la clémence paternelle de Pie IX vint fréquemment visiter un grand nombre de victimes de la justice pontificale.

Cette indulgence, que la sécurité générale eût inter-»

dite à tout autre souverain, ne fit.ques'accroUre d'année en année, et quand le gouvernement du Saint-Père se crut Buflisamment raffermi, il ouvrit largement aux condamnés les portes des prisons et celles de la patrie. Ainsi^ en 1856, la plupart des membres de TÂssemblée constituante romaine, de celte assemblée criminelle et audacieuse qui avait proclamé la déchéance de Pie IX, intronisé la république et couvert de Todieux manteau de sa protection toutes les saturnales que nous avons décrites, eurent, la liberté de rentrer dans leur patrie (1).

D'autres bannis qui, sans avoir, comme les précé-* dents, voté la déchéance de leur souverain et renversé

1. Voici les noms des dépulés qui furent graciés : 1. Ravoglio David, de Saiote-Agalhe-Faltrie- ^ 2. Le marquis Sacripaoli Philippe, de Rome. — 3. fierti, Louis, de Bologne» — 4. Cassa* riai, Ulysse, ici. — 5. Cristorani» N..., id. — 6. Pedrini, Mathieu, id. — 7. L'avocat Gennarelli, Achille, de Rome. .— 8. Fusci, Léooard, de Seize. » 9. De Simone, Ghrisiophc, de Terracine.^ 10, Panichi, Philippe, d'Ascolî. — 11. Pinei, Agapet, de Palestri*na. — 12. Lolli, Joseph, de TivoU. — 13. Le docteur Cristofari, François, de Bologne.. — U. Le comte Prosperi, Gérard, de Ferrare. — 15. Le marqois Gostabili, Jean, id. -* 16. Bagni, Gaétan, de Centu. ^ 17. Saivatori, Antoine, de Pergola. — 18» Golocd, Antoine, de Jesi. » 19. Cesari, Xénoci^te, d*Osimo. — 20. Accursi, Philippe, de Rodi. ^ 21. Le marquis Piersanti, Ignace, de Matelica. — 22. Le marquis Trevisani, Ignace, de Fermo. — 23. Landi, Jean-Antoine, de Trisurgo. — U. Moretti, Second, de San-Benedetto. —25. Cartoni, Jules-César, de Città délia Pieve. — 26. Cocchi, Joseph, de Rodi.— 27.Le docteur Mattoli, Augustin, de Bevagna. — 28. Battistini, François, de Rieli. — 29. Polidori, Benoit, de Viterbe. — 30. Novelli, Louis, de Velletri. - 31. Leggieri, Ambroise, d'Anagni. — 32. Turrisiani, Philippe, de Frosi- Done. — 33. Kambo, Charles, id» — 34. Arcocci, Joseph, id. — 35. Turricelii, Jules, de Fiostra. — 36. Monti, Corlolan, de Pérouse*

SiQQ trône, n'en étaient pas moins coii{)ables comnio, complices des mêmes attentais, savoir, les chefs de la^ force armée qui, par leur connivence militaire, avaient, assuré l'exécution des décrets de la soi-disant Consti-, tuante, furent l'objet de la même faveur (I).

Si la liste de ces amnistiés, que nous donnons en, marge, n'est pas plus étendue, il faut rattribuerà Ç6; que le plus grand nombre des chefs dé corps apparie-, nant à Tarmée républicaine, étaient d'une nationalité étrangère, provenant des divers Etats de la péninsule et même de l'Europe. La Lombardie, le Piémont, la Sicile^ nous l'avons vu, avaient fourni à l'armée rebejle un contingent considérable, et des légions polonaises, suisses, et de presque tous les pays, ayant leurs chefs nationaux, composaient le reste de cette force insurrectionnelle. La liste des graciés comprenait à peu .prèstoute la partie romaine pouvant prétendre au pardon: On eji sera convaincu si l'on considère que vingt-huit demandes de grâces seulement furent adressées au gou-' vernement pontifical, et que sur ce nombre vingt-quatre furent accueillies favorablement.

De malhenreux prêtres qui s'étaient déplofablement/

1. En voici la liste exacte : 1. Antoine Angelelii. — 2. Pierre' Battagtia. — S. Antoine Broglio. — 4. Nicolas Calvani. —.5. Valère Capelio. — 6. Pliilippe Cavanna. — 7. Pierre CeccarînI. — 8; Alexandre Cialdi. — 9. Le comte François Dandinl. — tO. Le' comte Philippe de Garpegna. — 11. Camillc-Prospefi Buzl.'— If.* ^ilippeLopez. — 13. Louis Labruzzi. — \\. Henri Manchétti.'

— 15- Le comte Antoine Marescotti. — 16. H(;rcule Mofelji. — ' 17. Pierre Palomba. — 18. Paul Palomba. — 19. François Piôlii.

— 20. Pierre Rioili. — 21. Louis Squarzoni. — 22. Charles Stevarl. — 23. Louis Zomba. — 24. Antoine Valponi.

IJtSTOinB DE PIB IX ET DB SOX PONTIFICAT. 287/

inféodes au parti de là révôKe eurent aussi leur |>art des^ faveurs pontificales. Ainsi, rabbéM^rocci, chanoine da Frpsinono, qui avait accepte des fonctions dans la ré{]9i* blique romaine, vivait [exilé en Amérique. U, cireon-/ venu par les sectes protestantes» par les Gavaz^jt Jq3i Achilli et les autres apostats de l'émigration italienne,, il avait repoussé toutes les offres de séduction, et refusé toute participation aux actes et aux discours dirigés, contre la Papauté et TËglise. Par la régularité de sp yiç,; et par la manière dont il sut faire respecter dans T^xii son caractère sacerdotal, il mérita une de ces grâces aussi douces au cœur paternel qui les donne qu'au Qls repentant qui les reçoit. En i8ô6^ Sa Sainteté, révoquant, les condamnalions civiles et les censures ecclésiastiques, que Nicolas Marocci avait encourues, non--seulement Iç rendait à ses amis et à sa pallie, mais encore lui, permettait de reprendre ses fonctions de Chanoine et; d>n toucher les émoluments, avec tous les arrérages^ accumulés pendant son exil.

. Le soin des pauvres malades pouvait-il échapper au^ zèle charitable d'un Pontife qui portait tant d'intérêt aux; coupables justement frappés par la vindicte des lois ?

Dès le début de son sacerdoce, on s'en souvient,] Pie IX n'avait eu qu'un désir, celui de consacrer ^a vt6> tout entière aux œuvres de bienfaisance. .

Le 25 août 1850, Pie IX, par un molu proprio tout spécial, donnait une nouvelle organisation aux hôpitaux.- Laissant à chaque établissement ses biens cl son adminislralion procures, il les réunissait sous la haute

direction d'une commission de huit roembresi les uns Mclésiastiques et les autres séculiers.

LorsquOt dans les années 1855 et 1856^ le choléra vînt comme un redoutable vautour enlever des centaines de victimes, surtout dans les pauvres quartiers du Transtevère^ des Mbnti et du Ghetto^ le Pape, sans négliger aucune des précautions que suggère la prudence humaine, dans de pareils dangers, voulut rappeler au peuple que c*6St Dieu qui frappe et qui guérit. Par son ordre le car* dinal vicaire publie unînt^to sacro prescrivant des prières publiques pendant douze jours, à dater du 1 8 septembre jusqu'au dernier jour du mois. Toutes les images miraculeuses de la sainte Vierge, tous les saints cruciBx entourés de la vénération des fidèles, ainsi que toutes les reliques insignes de la ville sainte, sont exposés pendant ces douze jours. Nous citerons dans ce nombre : les têtes des saints apôtres Pierre et Paul, à Saint-Jean de Latran ; le doigt de saint Pierre, à la basilique du Vatican ; la colonne de la flagellation, àSainte-Praxèdei le bois et le titre de la sainte croix, à Sainte-Croix de Jérusalem ; le bras de saint François Xavier, au Gesù ; le cœur de saint Charles Borromée, à son église du Corso; le corps de saint Pie V, à Sainte*Marie Majeure ; le bras de saint Roch, à son église de Ripetta, etc. Le Saint-Père invite les fldèles à se convertir au Seigneur et à cesser leurs péchés, cause des fléaux qui ravagent le monde. Ces grandes vérités auraient besoin, dans tous les temps, d'être rappelées aux peuples trop eqclins à les oublier.

Sous l'inspiration de Sa Sainteté, une congrégation

BISTOinB DE PIB IX BT DB SON PONTIFICAT. 289

spéciale est chargée de prendre les précautions exigées par les circonstances ; les adniinistra(ions« le clergé séculier et régulier, les fidèles, tout le monde rivalise de zèle. Malgré tout ce dévouement, le fléau fait beaucoup d'orphelins. On les recueille dans des établissementa pieux, sans que le trésor public ait à supporter des charges nouvelles. C'est encore le Saint-Père qui a pourvu à tous ces besoins.

Pie IX, en ces circonstances, ne se contenta point d'une charité purement platonique. Il visita plusieurs hôpitaux et couvents, éprouvés par la maladie. Gîtons un trait recueilli par M. d'Ideville.

Sa Sainteté ayant appris que Thôpital militaire firançais de Saint^André était le plus éprouvé de tous, et le véri^ptable foyer de Tinfection cholérique, fit prévenir de sa visite Tabbé Bastide, aumônier de Thôpital. Le Saint- Père arriva à trois heures, en grand équipage, devant la porte de Saint- Andréa suivi de sa maison. Mais, soit qu'ils eussent obéi à Tordre de Pie IX, soit qu'ils se fussent excusés, les hommes de sa suite restèrent en voiture. Le Pape pénétra seul avec Mgr de Mérode, qui lui avait conseillé celte visite, et ils s'arrêtèrent auprès du lit de chaque malade. La visite fut longue et eut de très-heureux résultats, en réconfortant le moral des pauvres militaires.

Pendant ce temps, les équipages de la cour pontificale attendaient sur la place du Quirinal, et lorsque le Pape remonta en voiture avec son fidèle Mérode, la suite se trouva beaucoup plus rassurée. Le lendemain, le cardinal Antonelli, qui n'avait pas été consulté sur l'opportunité

^0 HISTOtRB DP PIS IX ET DE 80X PONTIFICAT.

4e la promeoadede la veille, dit devant Sa Saiûteté à ^gr de Méi^ode : « Dieu permettra sans doute que le Saint- Çère échappe a la contagion ; mais cejte visite était bien, iinprudenle. Monseigneur : songez quelle responsabilité' pè^rait sur nous s'il arrivait un malheur! -r- Eh bien !' quoi ? reprit le prélat avec sa brutale franchise, et après? ^^inlrP^re a rempli son devoir de pasteur, vx)ilà tout! s'il eût été frappé par le mal, quelle iport plus glorieuse et plus, belle lui soubaiteriez-vous? » Le Pape reprit en rjjant :.< £b! eh ! Éminenco, c*est qu'il dit bien vrai,, Mérode ; si je mourais ce soir, ne croyez-vous pas que ma mort ne fit grand bien à l'Église? » {Monseigneur^ de MérodCf par H. d'Ideville.)

Une institution qui, dans son genre, n'était pas moins importante que toutes les autres, c'était celle d'unç ar- Oiée pontificale. Les États romains étaient protégés, il est vrai, par l'armée française et par les troupes autrichiennes; mais la première ne pouvait indéfiniment rester à Rome, et les secondes coûtaient fort cher. Il fallait au Pape une armée à lui, disciplinée et suffisante.

La presse antipapale du temps plaisantait ironique-/ ment sur la nécessité d'une armée à Rome.

« Une armée au Pape et aux cardinaux! Pourquoi faîpç? Pour régner sur les cœurs? pour régner sur un peuple qui est heureux des palais de ses princes, des équipages de ses cardinaux, qui aime mieux se chauffer au soleil que de se créer de ftiusses nécessités, et dont, le reste dforgueil (Kiïen est modifié par la douceur de ; l'Évangile et les saintes jiréoccupations du salut éternel? évidemment, la présence d'un gendarme nu milieu <le

.HISTOIRE DE PIE IX BT DE SON POKTlPlCAT. ^1

^ëtte population modèle n'est qu'une ûnomàlie et un nnàcfaroniâme. >

■ Voilà le ricanement Aii^Journal des Débats, applaudi •par ]e Siècle. A ce prix, la royauté bâtarde de 183Q, «i vite ëcrouice, et snHoiit la république installée à sa place pour faire un peuple heureux, auraient dû attester leur pppulnrîté par In suppression tfu gendarme et le !!• ccnciement de l'armée. Autrement, la présence du sol^ ilat/chez eux comme chez le Pape, attestait aussi un ^gouvernement lyranniquc et l'oppression du peuple. Ah ! vous avez besoin, encore plus que Rome, insul-^ ieurs du Pape, de ces moyens de répression, sans lesquels vous ne pourriez pas vivre. Vous savez trop que la gendarmerie, Tiirmce, la force, au service de la judiice, est une nécessité sociale; il n'y a pas de société si forte, si heureuse qu'elle soit, qui puisse s'en passer. Mais elle est surtout nécessaire dans un Él'àLou les po^ pulations sont naturellement tranquilles, pacifiques, pe6 capables de se défendre elles-mêmes, et qui se trouve entouré d'ennenns. Or, telle est la situafion des États romains, où l'on a vu, en 1849, les bandits accourus de 4ous les points de l'horizon pour renverser le gouverner menl,établir la tyrannie la plus sauvage et la plus ignoble^ quorque les populations consternées eussent en iiorfeur Jeurdomination. Il f:mt donc une armée au gouvernemeni rotnain^ cdmme il en faut une a tout gouvernement» pour protéger son peuple et lui conserver l'ordre^ la,tranqoi!r lité, le bonheur dont il jouit. La conspiration antipaptfle en est réduite à se moquer du bon sens et de la raison*, pour^se dcrnqer le droit jd'insullcr le Souverain ,PoQti(^

L'armée dont il avait besoin, le gouvernement pontifical ne pouvait guère en trouver les éléments complets parmi les populations italiennes, qui ont généralement peu de goût pour la vie militaire. Et puis le Chef de l'Eglise avait une répulsion invincible pour la conscrip* tion, cette forme de contribution inégale et partant injuste, appelée Impôt du sang^ que la brutalité du sort inflige aujourd'hui aux familles, dans la plupart des États. Quelques Suisses étaient encore au service du Pape, mais leurs engagements allaient expirer et ne pouvaient être renouvelés, la diète helvétique ayant formellement interdit désormais tout traité de ce genre» Le Saint-Siège pouvait aisément recruter en Irlande un corps de soldats catholiques, braves et fidèles, mais l'état de ses relations avec le gouvernement anglais ne lui permettait pas d'espérer le succès d'une négociation semblable. Toutes ces difficultés préoccupaient vivement le cardinal Antonelli qui ne manquait ni de pénétration ni de résolution, et avec lui toute l'Europe catholique qui sentait la nécessité d'assurer au Saint-Siège les moyens d'afibrmir la sécurité, l'indépendance et la di« gnité dont il avait besoin et dont la chrétienté avait be^ soin autant que lui.

Une magnifique pensée vint éclore dans l'esprit de quelques catholiques éminents. Depuis la cessation des guerres entreprises contre la barbarie musiilmane^ la chevalerie militaire n'existait plus comme telle. Les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, qui étaient devenus, après de terribles mais glorieuses vicissitudes, les Chevaliers de Malte j subsistaient toujours. En 1798^113

HISTOIRE DB PIB IZ BT DB SON PONTIFIGiiT« S93

avaient tristement rendu sans combat Tile de Malte au futur vainqueur des PyramideSi qui partait pour Texpé^ dition d'Egypte. Us la tenaient, depuis deux cent soixante-huit ans, de la muificence de Charles-Quint* La république française, qui paraît avoir pour mission spéciale de signer périodiquement l'amoindrissement de la France, laissa prendre Malte par les Anglais en 1 800. L'Ordre fut dispersé, désorganisé. Une portion notable des chevaliers trouva asile et protection en Russie, et^ par un nouvel acte' de félonie, malgré l'énergique protestation du pape PJe YI, reconnut pour grand*maitre l'empereur Paul ?' deRussie. Après la mprt dece prineCt les chevaliers réfractaires se rangèrent de nouveau sous Tautorité du Pape. Mais l'Ordre ne conservait plus dès lors qu'une organisation défectueuse, et en 1 826 il choisit pour siège de son administration les Étals de l'Église»

Au moment où une barbarie pire que l'islamisme^ écloseau foyer même de la civilisation , menaçait dans sa base la société civilisée, en attaquant avec fureur l'auto^ rite du Chef de l'Église, cette clef de voûte du monde chrétien, n'était*ce pas l'occasion de réorganiser contre ces Sarrasins d'un nouveau genrc^l'Ordre fameux qui avait jadis opposé comme une barrière invincible aux ennemis du nom chrétien, la vaillante poitrine de ses chevaliers?

Sitôt que la révolution eut triomphé à Rome, en 1848| le projet en question avait été mis à l'étude. Un français^ M. le comte d'AsIier, présenta au cardinal Dupont, de passage à Marseille, un plan d'organisation civile et mi-* litaire de l'ordre de Malte, pour la défense de l'Église^ Le cardinal goûta les idées du comte et l'engageaà faire

i9i HISTOIRE DB PIB IX ET DE SON PONTIFICAT.

le voyage de Porlici, où se trouvait alors le Chef de FÊglise. H. d'Aslier fut mis en rapport avecle grand maître de l'ordre, tuais la proposition ne' put aboutir. Le levain d'indépendance qui avait fermenté dans Tordre, au commencement du siècle, et la décadence du vieil esprit militaire des chevaliers offraient-ils une garantie suflisante contre Tastucc et la force de Tennemi qu'il s'agissait de combattre? Le Snint-Pèro n'en témoigna pas moins sa gratitude à Tauteur et négociateur de ce noble projet, en décorant le comte d'Astiar de Tordre de Saint-Grégoirè-le-Grand.

Il fallut recourir à d'autres moyens. Le Pape était à peine rentré dans Rome, que le pro-ministre delà guerre, baron Kalbermatten, s'occupa de l'organisation de l'armée pontificale. Il s'associa, pour cette tâche pénible et difficile, son frère le général Kalbermatten, qui avait déployé autant d'énergie que de dévoûetj^ent pour la eûuse catholique, en 1844, dans la guerre du Sonderftr/nrf. Dès le mois de juin 1830, ce brave défenseur de ta liberté catholique eh Suisse fut admis au service dé Sa Sainteté avec le grade de général de brigade et le corn-* ftiandement du régiment des gardes.

Le gouvernement pontifical s'adressa, sans succès, à la Belgique, pour lui demander des slipendiaireSé L'opposition ne vint pas du roi protestant de ce pays^ mnisdc ses ininistres catholiques!

Après diverses démarches auprès des Ëtats en com^ munion avec TÊglise* le gouvernement pontifical se dc-^ çida i ouvrir un enrôlcmeqt volontaire, faisant appel en! même temps aux indigènes et aux otrangcrSi

II existnit déjà un corps de vélites romains que le gênerai Kalbermatten avait organisé avant même le retour du Pape. Ce corps avait occupé Spolète, Rieli, Urbinot Narni, à mesure que les Espagnols qui avaient occupé ces provinces les abandonnaient. Mais le baron suisse plaisait peu aux généraux français. Au mois de novembre 1 850, il fut remplacé au ministère de la guerre par le prince Orsini, et quelques semaines après, sur la demande du général Gémeau, les vélites pontificaux étaient dissous.

La formation de Tannée pontificale s'opéra avec une extrême lenteur. Bien qu'incomplète, elle avait néan* moins son organisation, était pourvue de ses officiers et de son chapelain en chef. Ce dernier était Mgr Fizzani, ancien évêquc de Terni. Pie IX avait voulu, par honneur pour sa petite armée, que son aumônier en chef fût revêtu du caractère épiscopal. Le Saint-Père reçut, dans une audience particulière, tous les nouveaux officiers de son armée qui lui furent présentés par le ministre de la guerre. Sa Sainteté leur adressa une allocution chaleureuse, en leur rappelant que Tétat militaire n*est honorable que lorsqu'on en remplit strictement et avec fidélité tous les devoirs ; Elle leur remit sous les yeux les jours néfastes de novembre 1848, la conduite peu honorable de la plupart des officiers d'alors, et termina en exprimant la confiance que ceux qui l'écoutaient, en ce moment, seraient plus fidèles au Prince que ne l'avaient été leur? devanciers.

Il était urgent de porter à un chiffre raisonnable reffectif de l'armée romaine, et cependant, les deux T. m. 20

296 HI8T0IBB DB PIB IX tT DE SON PONTIFICAT.

régimonts étrangers dont elle était composite n'étaient pas encore au complet, quand, au congrès de Paris, en 1856| le gouvernement romain fut attaqué avec In dernière inconvenance par ceux des ambassadeurs qui paraissaient le plus obligés au respect. Le Saint-Père comprit bien que, dans un temps très^rapproché, son petit État n'aurait plus qu'à compter sur lui-même. On redoubla donc d'activité et d'énergie pour porter l'nrmce au chiffre de douze à quinze mille homnries. Le gouver** nement du Saint-Père élait d'ailleurs le premier intéressé à révacuation de ses États par les troupes françaises et autrichiennes, et au rétablissement des conditions normiles de son gouvernement que la tempête révolutionnaire avait si profondément altérées.

Or, le relevé des forces pontificales, au 20 juillet

1856y comprenait:

Armée proprement dite . . • 14,539 hommes. Gendarmerie 3,890 hommes.

Ce modeste contingent aurait assurément suffi contre la Révolution réduite ù ses seules forces. Mais parmi les potentats représentés, en 1856, au congrès de Paris, se trouvait^ par occasion et non sans dessein, ce roi de second ordre^ déjà connu du lecteur, en qui s'était incarnée la Révolution tout entière, et dont l'appétit ne recula pas devant la tâche de dévorer l'armée papale, toute la Péninsule et Borne elle-même, au risque de mourir d'indigestion après cette sacrilège ripaille t

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