‹ Histoire de Pie IXChapitre 15 sur 32 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

OBUTBBS D1VBR8BS DE PIB IX APRÈS SON RETOUB A ROMB.

Jabilé de 1850. — Montalemberl à Rome. — L'abbé de Falloax cbRDoine de Suint-Pierre. — Saint Hiiaire de Poitiers docteur.

— Le collège des Protonotaires apostoliques réorganisé. — Consistoire du 30 septembre. ~ Nomination de quatorze cardinaux. — > Érection de trois évôchés aux colonies françaises. — Pie IX préside aux fêtes religieuses ; il donne la sainte communion aux fidèles. — Approbation de VAdoration perpétuelle à Paris.

— Pie IX fonde le Séminaire Pie. — Pie IX et la dévotion au Sacré-Cœur. — Réforme de la musique religieuse dans les

églises. — La Sainte-Enfance établie par Pie IX à Rome. — Approbation de diverses œuvres. — Tremblements de terre, inondations: secours envoyés par Pie IX. — Chapelle de Fourvièrcs. ^ Mgr Brunoni en Orient. — Achat de l'antique demeure de saint Pierre à Anlioche. — Libéralités diverses du Sainl-Pôre.

Avant de quitter Portici, Pie IX avait voulu faire partager au monde catholique tout entier la joie de son retour. Il promulgua, le 25 mars ISôO, une indulgence en forme de Jubilé pour remercier Dieu de Theureux événement qui allait s'accomplir, et pour supplier le Père des miséricordes de faire cesser Vépouvanlable tom-* péte qui bouleversait le monde, de préserver son troupeau des séductions de Verreur^ de confondre les hérésies^ 4[ augmenter la foi et d* accorder à V Église la paix et le

repos. Ce jubilé remplaçait en même temps le jubilé demi-séculaire qui n*avait pu, à cause des événements, être publié à la date ordinaire. Nous verrons plusieurs fois encore le pieux Pontife, dans les graves événements où doivent se trouver engagés les intérêts de l'Église, ouvrir dans toute sa plénitude cette source des grâces spirituelles et du secours divin.

De nombreuses députations des diverses contrées du monde catholique vinrent à Rome partager et doubler par leur présence la joie des fidèles sujets de Pie IX. Des personnages de distinction se mêlèrent à la foule des pèlerins. C'est alors qu'on vit Te comte de Montalembert, qui avait si vaillamment et si victorieusement défendu la cause du Pape, à la tribune française, visiter la ville éternelle. Le Saint-Père s'empressa de combler d'honneurs et de marques de bonté Tillustre orateur, et la municipalité romaine voulut reconnaître et récompenser les services rendus par lui à la souveraineté temporelle du Saint-Siège, en lui conférant solennellement le titre de Citoyen romain. Un tel honneur relève ceux qui le donnent non moins que ceux qui le méritent.

M. le comte de Falloux, qui, comme ministre de rinstruction publique et des cultes, à Paris, avait rendu des services non moins signalés à l'Église et à son chef* avait un frère à Rome, Mgr de Falloux. Pie IX« vers la fin de 1850, le nomma chanoine de Sainte-Pierre, pour témoigner en même temps, et de sa reconnaissance eiwèrn le courageux ministre qui avait si puissamment contribué à l'expédition de Rome, et de sa haute estime pour le prélat, qui, pendant les plus mauvais jours du triumvi*

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rat républicain, n'avait cessé, malgré les dangers aux^pquels l'exposaient son zèle et son courage, de remplir publiquement, dans Rome, tous les devoirs de la mission purement ecclésiastique dont la confiance du Saint- Père l'avait investi.

Le récit de tous les actes accomplis, à cette époque, par Sa Sainteté Pie IX, dans Tadministration tant spirituelle que temporelle, mesures disciplinaires, liturgiques, nominalionsd'évêques, de cardinaux, créations de nouveaux sièges épiscopaux, procédures de béatification, etc., occuperaient ici un espace considérable, si nous exposions ces Taits en détail. Nous ne pouvons raconter avec quelque développement que ceux qui présentent un intérêt plus général,ou qui se rattachent plus intimement à la personne du Souverain Pontife. Quelques-uns de ces récits, tels que les béatificalions et canonisations, trouveront plus avantageusement leur place ailleurs.

Dans le consistoire du 30 septembre 1850, Pie IX nomma un si grand nombre de cardinaux que depuis un demi-siècle, on n'avait point vu de semblable promotion. Parmi les quatorze prélats qui furent revêtus de la pourpre, ce jour-là, quatre seulement étaient italiens et deux romains.

Jamais les nations étrangères à l'Italie n'avaient été si largement représentées dans le Sacré- Collège. Ce fut un long cri de joie dans toute la chrétienté. Plus tard, le Saint-Père donna encore plus d'extension au large système inauguré dans cette circonstance. Ainsi, dans le consistoire secret du 16 juin 1856, Pie IX fit entrer, pour la première fois, dans le Sacré-CoIlége, un évoque

du rit grec, dans la personne de Mgr Michel Lewicbi»: archevêque de Léopol et KamcDec unis, du rite grec^ rulhéniea, en Pologne.

. Un bref du 4 avcil 1851 éleva saint Hilaire, évêque. de Poitiers, au rang de docteur de TÉglise. :

Un autre bref du 9 février 1853 réorganisa 1« collège ies Protonotaires apostoliques. On donne ce nom à certains dignitfiires représentant les sept anciens not^ire^ qui recueillaient les actes des martyrs. On les appelle participants on non^participants. Les premiers sont ceuj^ qui jouissent d*un certain revenu sur la Chambre Aposr tolique. Les pi'otonotaires étaient au nombre de douze» depuis que Sixte-Quint en avait ajouté cinq aux sept qui existaient d'abord. Ils jouissent de certains drpits et de. certains privilèges, et exercent certaines fonctions spé-ciales. Ainsi, ils reçoivent ou écrivent tous les actes les plus importants qui se font à Rome, comme ceux de ré*, leclion des Papes et les procès de canonisation. Quant aux protonotaires extraordinaires ou non^participants^ ils jouissent d*un grand nombre de privilèges et d'cxemp-, tiens que modifie ou restreint le bref qui les nomme. Pie IX régla, entre autres choses, que les proionotairea participants seraient au nombre de sept, qu^ils continue* raient d'être soumis à la juridiction directe du Sainl- Siége et garderaient le privilège de Tautel portatif,

La liturgie, en célébrant la fête des saints Pontifes qui ont gouverné TEglise universelle à travers les siècles» mentionne commeun titre de gloire pour eux, le nombre de prêtres qu'ils ont ordonnés, d'évêques qu'ils ont con-^ sacrés, de sièges qu'ils ont établis. Pie IX a surpasse en-

^re sous ce rapport la gloire de ses prédécesseurs \ii plus favorisés. Nous parlerons plus loin du rétabii^se«> ment de la hiérarchie catholique dans divers États pror testants, et de divers sièges épiscopaux érigés» daaç Tunivcrs (alholique. Mentionnons seulement ici Téreof tion, après Texpédiiion de Rome^ de trois évêchés ddOf les colonies françaises. ^ ^

La France possède dans les Antilles deux iles imporr tantes, la Martinique et la Guadeloupe, et sur les côte; de l'Afrique, près de Madagascar, lUe de la Réunion (ancienne ile Bourbon). Ces possessions sont de précieux débris de Tancienne puissance coloniale de la France^ Elles n'avaient jusqu'alors été gouvernées, sous le rapr port religieux, que par des vicaires apostoliques. Le gouvernement français, qui venait de ramener glorieusement dans sa capiiale le Chef de l'Église, voulut donner a^ Saint'Père une nouvelle satisfaction, et procurer a 009 colonies un puissant élément de civilisation et de proT grès. Il proposa donc au Sainl-Siége Térection d'un^vèché dans chacune de ces trois ifes. les négociatiool» s'ouvrirent à ce sujet entre les deux puissances et abou* tirent à un heureux pccord. Les bulles d'érection portent la date du 26 septembre 1 8â0.

L'évêçhé de la Martinique eut son siège à Fort-^e- France, ville commerçante, la principale de l'ilo, peuplée de 13,000 habitants, et résidence du gouverneur civil. Llle entière renfermait vingt*six villes ou paroi$$e$ pourvues chacune de leur église» L'évêcho a été depuis transféré à Saint-Pjerre. i

A la Guadeloupe, le titre épiscopal fut donné à' la

Basse-Terre, ville peuplée de 11,000 habitantSt et qui, par ses édifices, par raffluence des étrangers, par Bon commerce et la salubrité de l'air, remporte sur les autres villes du pays. Elle est aussi le siège de Tadministration civile. Les paroisses de la Guadeloupe étaient au nombre de vingt-quatre, et la population d'environ 130,000 âmes. Le diocèse embrassait de plus Tarchipel des Saintei^ Tile de Marie*6alande, Tile de la Désirade et celle de Saint-Martin.

L'évêché de Tile de la Réunion fut établi à Saint-Denis, peuplé de 20^000 habitants, et résidence des magistrats civils. La population totale du diocèse était d'environ 104,000 âmes.

Les bulles pontificales rattachaient ces trois nouveaux diocèses à Tarchevéché de Bordeaux, dont le titulaire était alors Mgr Donnet, aujourd'hui cardinal Donnet, encore vaillamment à son poste avec ses quatre-vingtquatre ans.

Le gouvernement se chargeait du traitement des trois évêques et de leurs grands vicaires, et s'engageait à pourvoir, le plus tôt possible, à l'organisation des chapitres des trois cathédrales et des séminaires diocésains.

Les premiers titulaires furent :

Pour la Martinique^ Mgr Etienne Leherpeur ;

Pour la Guadeloupe, Mgr Pierre Lacarrière ;

Pour la Réunion, Mgr Florian Desprez, aujourd'hui archevêque de Toulouse.

La profonde piété de Pie IX inspirait au saint Pontife mille moyens de glorifier le Seigneur.

. Les fêtes de l'Église qui, pendant le deuil causé par

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son absence» avaient perdu tout leur éclat» se célébrèrent avec une splendeur inaccoutumée. Pio IX aimait à prêter son concours aux pompeuses solennités. C'est ainsi qu*en 1850» il releva» par son auguste présence» la pro* cession de la Fête-Dieu» qui fut célébrée» cette première année» avec une magnificence qu'on n'avait jamais vue. Dans la matinée du jeudi consacré au triomphe de l'Eucharistie» Sa Sainteté se rendit è la chapelle Sixtine. Après la messe eut lieu la procession autour de la co* lonnade et de la place du Vatican. A la suite de la procession venaient les gardes nobles pontificaux» en grande tenue» avec leurs chefs et le bannerct de la sainte Église; le général Gémeau» commandant la division française de Texpédilion de la Méditerranée» avec les généraux Chadeysson et Levaillant» dont les états-majors étaient confondus avec ceux des troupes romaines. Le cortège se composait d'un détachement d'artillerie française avec la musique militaire» deux escadrons de dragons français» divers détachements de l'armée romaine, un détachement de gendarmerie française. Des bataillons français formaient la haie et rendaient les honneurs au passage de la procession. Après la bénédiction donnée à l'immense foule accourue» le Pape rentra dans ses appartements.

Quand le Saint-Père prenait part à ces grandes processions» tantôt il portait le Saint-Sacrement» tantôt il le suivait un cierge à la main.

Les grandes cérémonies de la Semaine-Sainte reprirent aussi leur cours. Elles sont connues de tout le monde» nous n'avons pas à les rappeler. Disons seulement que

l'épisode le plus saisissant de ces incomparables cérémonies, c'e$t la descente du Sainl*Père à la basilique du Vatican « pour y vénérer les saintes reliques de la Passion, 4iprès les ténèbres du Vendredi^Saint. La nuit commence è 66 faire ; le cortège pontifical traverse silencieusement )e8 grandes salles, les vastes escaliers, et pénètre dans J'jmmense basilique, enveloppée des ombres de la nuit pomme d'un linceul. Les lampes de la confe^ion sont éteintes ; quelques cierges brûlent seuls sur les galeries où se fera Tostension des saintes reliques. Un chanoine de Saint-Pierre apparaît entre ces rares lumières et montre lentement et en silence la sainte croix, le fer de la lance, la face sacrée du Sauveur, et le Pape, avec les cardi-naux, les prélats et tout le cortège, à genoux sur le fMivé du temple, vénère ces louchants souvenirs de DOtre Rédemption.

Plud intime, mois non moins chère à la piété, est la wesse que le Soint^Père célèbre le matin du Jeudi-Saint dans sa chapelle privée, et n la fin de 4nquclie il distribue la communion pascale aux cardinaux et aux prélats qui composent sa famiglia ou gens de sa maison.

Chez les empereurs, les familiarea, vivant, ainsi que le nom rindique* dans Tintimité des maîtres du mondoi étaient des personnages importants ; quelques-uns même Hguf ent dans THiâtoire comme mêlés à la politique ; maU il n!eat dit nulle part que, chez les Païens, TËmpe^ reur Pontife, Pontifex maximus, les réunit joroars dans un rite sacré. Aujourd'hui, le Pontife suprême, qui. est fin même temps souverain, partage avec ses servileun le festin céleste, et ils Je reconnaissent, comme le divin

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Maître. fut lui-même rçconnutd^us h fraclioi^ du pains Cette touchante cérémonie a lieu quatre fois par an» /. Le Saint-Père se plaisait aussi à satisfaire la dévotion des urnes pieuses, en leur permettant d'assister à^ sjt onesse, et en leur distribuant lui-même )a sainte communion. Citons seulement un trait de cette touchante con^ descendance du Pontife suprême. C'était le l.*' février; Pie IX célébra les saints mystères à Tautel du Sain^7 Sacrement dans la basilique de Saint-Pierre. Dès avapi le jour, des dames vêtues de noir et la tête couverte d'un voile attendaient l'ouverture des portes de lo basa-? jique, afin d'être placées sur les premiers rangs dans la chapelle. Il arrive parfois que le Pape est fatigué de I9 longueur de la cérémonie, et après avoir donné lacommunion à un certain nombre de fidèles, il passe le saintr ciboire a l'un des prélats de sa suite pour continuer 1^ distribution du pain des Anges. C'est ce qui expliqua Tempressement des personnes qui n'attendent pas I^ lever du soleil pour se groupeir aux portes extérieure^ de Saint-Pierre. Mais, cette fois, les derniers venuç eurent le même bonheur cpie les premiers, et nul ne fut déçu dans son espérance. Le Saint-Père, dans son extrême bonté, daigna faire sept fois le tour de la tabl^ sainte pour servir les fidèles au banquet &^ré. Plus d^ doux cents personnes reçurent ainsi la, communion d^ ses mains augustes. On y comptait un certain nombr^ de Français pour lesquels, comme pour tous les cathorliques, c'est une joie de toute la vie d'avqir reçu le corps de Jésus-Christ consacré par le Repré^ntant de Jésus*. Christ sur la terre, d'avoir assisté au saint sacrifice eélé-

bré avec une piété si communicative par Pie IX, dans la basilique même de Saint-^Pierre, et près du tombeau du prince des apôtres. < S*il n'y avait, dit Vlmitutiond^^ < JésW'Christf qu'un prêtre et qu'un lieu dans le € monde pour la célébration de cet adorable mystère» c quelle ardeur n'aurait-on pas pour y assister ! Avec c quel respect regarderait-on ce prêtre unique ! > Il y a de ce sentiment dans l'émotion que cause la vue du Souverain Pontife» ce chef unique de l'Église universelle^ offrant le saint sacrifice dans le plus beau temple de la chrétienté.

Pie IX aimait à donner également aux enfants ce touchant témoignage de sa tendre affection.

Il y a dans leTranstevère, en face AuPonte-RoUo^ une maison où sont accueillis, logés, nourris et en partie habillés, les enfants pauvres qui font la retraite préparatoire à la première communion. Pendant dix jours ils reçoivent les soins charitables des ecclésiastiques voués à cette bonne œuvre. Le 30 janvier 1 851 , une soixantaine de ces enfants devaient s'approcher delà table sainte, et le Saint--Père voulut lui-même accomplir cette touchante fonctioq. Sans les faire prévenir, il arrive au moment de la messe et les surprend enthousiasmés par cet acte de paternelle condescendance. Avant de leur distribuer le corps de Jésus-Christ, Pie IX paraphrase en quelques mots le Confiteor avec tant de bonheur, que toute l'assistance fond en larmes. Ce récit nous reporte au temps où dans une petite chapelle de la montagne, Mgr Mastaï adressait la parole aux paysans de son diocèse; l'onction, la piété, l'effusion de cœur qui déjà caractérisaient l'ar*

chevâque de Spolète reçoivent aujourd'hui la double consécration de la plus haute dignité qui soit sur la terre, et de la persécution souflerle pour TÉglise. Quoique le Saint-Père n'eût pas fait annoncer sa visite à Ponie-Rotto, plusieurs personnes en avaient été instruites et eurent le bonheur de communier de la main du Saint-Père. On y remarquait presque toute la colonie anglaise des nouveaux convertis/

La grande foi de Pie IX le portait à favoriser de tout son pouvoir la dévotion k l'Eucharistie. C'est ainsi qu'il s'empressa^ sur la demande de l'archevêque de Paris» d'approuver rétablissement dans la capitale de la France, de VAdoi'ation perpétuelle^ et par une bulle du 16 juillet 1851, d'enrichir cette pieuse institution des indulgences dont elle jouit h Rome, afin que les fidèles pussent recourir avec plus de ferveur el de confiance à Celui qui daigne demeurer familièrement avec nous dans les saints tabernacles, oà, dit le pieux Pontife, les ma-lades trouvent en lui un médecin^ les aveugles une lu^ mièref les affligés un consolateur et les pécheurs un avo^ cat.

Plus que jamais, l'Église avait besoin, en Italie non moins qu'ailleurs, de bons prêtres qui, donnant l'exemple de toutes les vertus et armés d'une doctrine saine et so« lide, sussent remplir avec piété et sagesse les fonctions de leur ministère, instruire le peuple chrétien, veiller au salut des âmes, ramener ceux qui s'égarent, défendre la cause de Dieu et de l'Église, percer à jour les complots des ennemis de la religion, réfuter leurs erreurs et repousser leurs attaques. Pie IX plus que personne

ii}S UldTOIBB DB PIB IX ET DE BON PONTIFICAT.

comprenait Timportance de la bonne éducation du cler« gé« dans ses États. La défection misérable de quelques tfiembres du clergé italien, lors des derniers événementSt éclairait d^un sinistre éclat cette grave nécessité. 11 roé'^ ditait depuis plusieurs années le projet d'élever, à ses frais, dans Rome même, un séminaire ecclésiastique. Cette fondation fqt réalisée par des lettres apostoliques en date du 28 juin 1853, veille de la Saint-Pierre.

Ces lettres parlent d'abord de ce que les papes ont fait pour favoriser et encourager les études tant sacrées que profanes, en ^rigeantdes académies; des séminaires, des collèges, des lycées, et dans Rome et dans toutes les parties du monde : elles rappellent que ces établisse* ments n*ont jamais cessé de produire, dons les rangs du clergé séculier, des hommes qui ont illustré l'Église par leurs vertus, leurs travaux, leurs livres et autres immenses services rendus à la société ohrctrenne. Le Sninl-Siége apprécia toujours dignement les services des ordres religieux, et décerna à chacun d'eux les éloges quil méritait ; mais la haute recommandation que Pic IX fait ici dos hommes éminents que le clergé sécw- Uer ne cessa jamais de produire est d'autant plus à remarquer qu'elle est plus rare. Quelques-uns crurent entrevoir, dans cet éloge du Pontife, le vœu de voir le clergé séculier plus généralement employé à la direction des maisons ecclésiastiques destinées à former les futurs pasteurs des paroisses.

^ Au dernier siècle, l'Église dut s*opposer à ki fondation lie séminaires généraux, dépendamts des gouvernements et soustraits à l'autorité des'évëques: C'était une

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arme de guerre dirigée contre elle, contre ^n doctrine, son orthodoxie, sa discipline et son autorité. On connaît les déplorables tentatives, faites sous Joseph If et depuis, en Allemagne et en Belgique. Nous en parlerons bientôt.

L'épiscopal dut résister au pouvoir civil, et il fut appuyé par le Saint-Siège ; mais l'idée des séminaire» généraux et provinciaux, sous la dépendance exclusive de Tautorité ecclésiastique, existait depuis longtemps, elle remonte au concile de Trente. Nous en trouvons une généreuse application dans Tiniliative prise par Pie IX pour la province de Rome.

Depuis un siècle, l'Église assiste à la décadence et â Fa ruine dcs'anciennes universités. Les gouvernements ont nchcvc de les perdre en voulant les soumettre à leur influence. Et peu à peu l'instruction à tous les degrés s'est trouvée monopolisée dans Tathéisme pratique des gouvernements modernes. Il fallait que l'Église déployât sa puissance créatrice et enfantât des établissements . nouveaux qui resplendissent de la double auréole de la vertu et de la science, et formassent des prêtres d'élite dans les rangs du clergé séculier, en attendant que les conquêtes de la vraie liberté sur la tyrannie doctrinaire de l'État lui permissent, par la fondation de nouvelles universités catholiques, de rouvrir les écluses de la saine doctrine pour tout le peuple chrétien.

Dans les lettres pontificales concernant le séminaire Pie, Sa Sainteté explique le but de cette institution.

< C'est que de jeunes clercs, dans tous les diocèseâ de notre État pontiflcal, dit l^auguste Pontife^ puissent gratuitement être instruits avec soin dans la piété, dans

Tesprit ecclésiaslique, les lettres, les études philosophiques et théoiogiques, la connaissance des SS. Pères, de l'histoire ecclésiastique et du droit sacré et civil ; puiser à la source même une doctrine salutaire* apprendre toutes les fonctions importantes du ministère sacerdotal, les rites sacrés et les cérémonies selon la coulume et les règles de rÉglise, mère et maîtresse de toutes les outres ; et ensuite, une fois le cours de leurs études achevé, retourner dans leur patrie. Or, par ce moyen nous avons Tespoir pour l'avenir, que, avec le secours de Dieu, auleur de tout bien et de tout don parfait, chaque jour s'accroîtra dans les diocèses de nos États temporels, le nombre des bons prêtres,.qui^ remarquables par leur vie exemplaire et leur science, offriront aux fidèles l'exemple de toutes les vertus et pourront travailler à leur bien spirituel, soit qu'ils exercent le ministère paroissial, soit qu'ils s'appliquent à la prédication ou à l'enseignement, soit qu'ils exercent avec piété et aptitude les fonctions de vicaires généraux, et prêtent à leurs propres évêques un concours, utile et glorieux dans la tâche de cultiver le champ du Seigneur.

«C'est pourquoi, dès que, par une faveur toute spéciale de Dieu, le cours de tristes événements eût cessée et que nous fûmes de retour dans notre ville bien-aimée, sans aucun retard^ nous résolûmes de mener à bonne fin ce projet que nous avions conçu depuis longtemps. »

Suivent les règles concernant l'organisation et.l'admi* nistratioadu nouveau séminaire. Le Souverain Pontife prend des précautions spéciales pour que la fondation qu'il vient de fuira demeure inviolable, et il statue que si

le but vernit à en ctre altéré, immcdialement les biens immeubles, revenus, mobiliers, seraient dévolus aux Missions-Étrangères, sous Tautorité de la S. Congrégation de la Propagande, en vue d'instruire pour les mis— sions des élèves des diocèses de l'État pontifical, ou, à leur défaut, de tout autre diocèse.

Le séminaire Pie était doté par le Saint-Père avec une munificence vraiment digne d'un souverain.

L'établissement s'ouvre au commencement de novembre 1853. Cette première année, on n'admet que 30 élèves ; mais ce nombre sera successivement augmenté jusqu'à ce que les 68 diocèses des Etats pontificaux y soient tous représentés, chacun par un élève. Les élèves seront entretenus gratuitement, défrayés de to^te dépense, grâce à la magnifique dotation que le Saint-Père a fournie sur sa cassette privée.

Les élèves du séminaire Pie ne suivent pas les cours de l'Université ni d'une Académie, mais ils ont leurs professeurs spéciaux, aussi bien pour la théologie et la philosophie que pour le droit canonique et le droit criminel. Le séminaire Romain jusque-là ne possédait pas de chaire de ces deux dernières facultés. Le Saint-Père y pourvut en les érigeant et en les dotant dans le nouveau séminaire. Grâce à celte fondation, Tinstitution ecclésiastique y est complète.

Le règlement pontifical du séminaire Pie accorde à cette institution le privilège de conférer les grades, non*seulement en théologie, mais encore en droit canonique. L'Université de la Sapience était jusqu'à ce jour le seul établissement de Rome qui pût conférer les grades de T. m. 21

docteur en ihéologie et en droit canon. Par une prérogative toute spéciale, le séminaire romain et le sëmi'> naire provincial jouiront de la même faculté. Les ecclé« sîastiques internes et externes qui fréquenteront les cours de TApollinaire auront ainsi l'avantage de pouvoir être couronnés deslauriers du doctorat, à la fin de leurs études. Les j^rades seront conférés publiquement dans le palais de TApollinaire. Les gradués feront la profession de foi de pie IV. Les diplômes seront signés par le cardinal vicaire et le préfet des études, et les gradués jouiront de tous les droits, privilèges, induits et prérogatives qu'ils auraient en prenant les grades à la Sapience ou dans toute autre Université.

La fondation du nouveau séminaire est une des gloires du Pontificat de Pie IX.

Le grand Pontife s'employa avec une merveilleuse ardeur à ranimer, par ses exemples et par ses actes, le feu de la piété au cœur des catholiques. Rien n'était plus propre à atteindre ce but que la dévotion au Sacré* Cœur de Jésus. Il était réservé à Pie IX de donner son couronnement à cette touchante et salutaire dévotion.

Le culte rendu au Cœur adorable de Jésus-Christ a son principe dans les entrailles mêmes du dogme catholique, et sa pratique, chez les Saints et chez les docteurs, re« monte aux premiers âges de rÉglise. Mais comme dévotion spéciale et comme fête, il était réservé au dixseptième siècle de le voir hautement proclamé.

Ce fut au milieu de ce dix-septième siècle, dans la vieillesse du monde, en face des ravages du protestan*^

tisme» dans le froid glacial du jansénisme, et au moment OÙ le libertinage» Timpiété et le philosophisme préparaient de terribles ruines^ qu'une pauvre et humble fille de saint François de Sales reçut les divines inspirations qui devaient amener rétablissement d'un culte toutspé* cial rendu au Cœur sacré de Jésus. Cette sainte fille était Marguerite- 31 arie Alacoque, religieuse de la Visita» tion de Puray-le-Monial» Vamante du cœur de Jésus* Désirant se consacrer entièrement a Dieu, elle avait choisi le nouvel ordre de la Visitation où le culte du Sacré- Cœur de Jésus était déjà en grand honneur, et préféré i tout autre le doux nom de Fille de Sainte-Marie^ comme on appelait alors les religieuses de cet Ordre. L'éminence de ses vertus avaient attiré sur elle les regards du divin Maître qui la combla de faveurs et de grâces particulières, et daigna lui conHer la mission de révéler toutes les richesses d'un trésor dont il voulait d'abord enrichir la France et ensuite l'Église enlière.

Un pieux auteur résume ainsi les raisons providentielles du merveilleux épanouissement de là dévotion au Sacré-Cœur, dans nos temps modernes :

c Les passions et les misères du cœur de l'homme ne faisaient que croître d'âge en âge ; enfin, dans le siècle qui réunit à toutes les erreurs des siècles passés des désordres jusqu'alors inconnus, c'est son cœur lui-même* c'est-à-dire lé trésor de ses grâces les plus précieuses, que le Sauveur nous donnera par un dernier eiïort d'amour; et en cela, admirez les vues d'une Providence miséricordieuse. La philosophie moderne allait paraître, et sa fureur devait attaquer personnellement l'auteur du

christianisme, elle devait tout mettre en œuvre pour éloigner les hommes de Jésus-Christ, le chasser, s*il se pouvait, du monde entier. Afin de rendre inutiles les efforts des précurseurs de l'Antéchrist, que fera la Providence ? Elle inspirera aux chrétiens un amour encore plus tendre pour le divin Maître, en découvrant toutes les amabilités de son cœur, en les introduisant dans ce sanctuaire adorable. Qui pourra les séparer de Jésus, quand leurs cœurs seront unis à son cœur?... L'incrédulité commençant une fois à souffler, devait nécessairement dessécher les cœurs et remplacer les sentiments nobles etgénéreuxpar Tégoïsme et l'indifférence, fruitinévilabledes doctrines impies... Quel remède à celte froide indifférence, à ce vil égoïsme qui paralyse les cœurs, sinon dans l'inépuisable charité, dans les ineffables tendresses du cœur doux et humble de THomme-Dieu, victime du plus pur et du plus généreux amour? — De

grands crimes se préparaient et le siècle marchait à grands pas vers les atlentats les plus monstrueux, il fal« lait tenir prêtes les plus grandes expiations. La Providence, qui veille sur tous nos besoins, y a pourvu en ouvrant d'avance, pour les jours de sang et d'horreur, les trésors inépuisables du cœur de l'Homme-Dieu ; car le culte que nous lui rendons est essentiellement expiatoire, et à ce titre il est essentiellement fait pour notre siècle et pour notre patrie. Oui, le culte du Sacré- Cœur appartient à la France, parce qu'il est né parmi nous, et que cet astre salutaire a lui sur la France, et ensuite sur le reste du monde chrétien ; il afipartient à la France, parce que ses cités se sont hâtées de Tembras-'

ser, parce qu'il a sauvé nos provinces de la peste ; il appartient à la France, parce que le roi martyr, ne voyant plus au malheur de la France d'autre nnoyen de salut, lui consacra son royaume» sa famille, sa personne. •• Mais, disons-le encore, il appartient surtout à la France, parce que la France, grandement coupable et non moins malheureuse! n'a de ressource pour expier ses crimes et guérir ses maux que dans le cœur de son Dieu, t {Le P. Louis Debussù)

Cest donc la France, théâtre et point de départ des impiétés révolutionnaires, qui fut le lieu de naissance de celle dévotion, présage heureux, espérons-le, du triomphe qui doit enfin délivrer notre malheureux pays du virus impur qu'il porte dans son sein.

Dès Tannée 1688, Charles 4e Brienne, évêque de Coutances, inaugurait dans son diocèse la fête du Sacré- Cœur de Jésus. Six ans après, en 1694, le pieux Antoine-Pierre de Grammont, archevêque de Besançon, ordonna que la messe propre de cette solennité fût insérée dans le Missel de sa métropole. En 1718, François de Villeroy, archevêque de Lyon, en prescrivait la célébration annuelle dans son insigne primatiale.Tout le monde sait en quelles circonstances mémorables Henri de Belzunce, évêque de Marseille, inaugura, en 1720, le culte du Sacré-Cœur de Jésus, au milieu de sa ville désolée. La peste de Marseille est un des drames les plus lamentables dont notre histoire garde la trace, et le récit seul de ces scènes d'horreur glace encore le sang dans les veines. Pour l'honneur de TÉglise et de rhumanité,on vit le dévouement surpasser le désastre : les

Jésuites accourant lorsque tout le monde fuyait, et payan de leur vie les secours qu'ils prodiguaient aux mouranis; Belzunce renouvelant le sacrifice de saint Charles Bor— romée, changeant sonpnlais en hôpital, s'oiïrant comme victime pour son troupeau, et par deux fois, arrachant au Ciel, à force de prières, la cessation du Ûéau. Or> ce fut précisément par Tinlercession du Sacré-Cœur que rbéroïque prélat parvint à sauver ses infortunés diocésains. Le 21 juin 1721 et le 4 juin 1722, Belzunce, la corde au cou, fit amende honorable devant le Très- Saint-Sacrement et prononça un acte de consécration de sa personne, de son clergé et de son diocèse au Sacré-Cœur. Chaque fois la peste diminua et Marseille fut enfin délivrée.

On sait avec quels |.ieux empressement les cchevins aidèrent leur saint évéque de leur zèle, de leur présence et de leurs décrets. Une procession solennelle, instituée par eux, fut chargée de transmettre annuellement aux âges futurs le témoign:igede la reconnaissance publique. La reconnaissance est-elle effacée du Décalogue républicain? La municipalité marseillaise de Tan de grâce 1878 vienl de décréter la suppression de la procession commémorative et même de la statue du Libérateur de la cité. L'insulte officielle a remplacé l'hommage, et le mépris la gratitude. Des couches sociales a émergé naguère une nouvelle peste de Marseitle.Cœur de Jésus, délivrez de nouveau la ville de Beizuuee !

A l'exemple de Beizunce, les Arehevêques d'Aix, d'Arles et d'Avignon, et les évéques do Toulon et de Carpentras» s'empressèrent de donner des Mande*

ments pour rétablissement de la fête du Saeré-Cœur^ En 1729, rillustre Languet, alors Évêque de Soissons» et depuis arehevê(]ue de Sens, faisait paraître la vie de la vénérable mère Marguerite-Marie Alacoque, et se plaçait au nombre des plus zélés promoteurs du culte du Sacré-Cœur de Jésus.

Cependant le Siège apostolique, depuis longtemps soUi« cité» tardait à sanctionner l'érection de la nouvelle fête. Des o'bstacles inattendus, au sein de la Sacrée-Congrégation des Rites, s'opposaient à cette approbatîoa qui avait été postulée dès Tannée 1697«En 1726, Constantin Szaniawski, évêque de Cracovie, adressait à cet effet à Benoit XIII une supplique à laquelle souscrivit bientôt Frédéric-Auguste, roi de Pologne. Un refus solennel et fameux, notifié le 30 juillet 1729 par la Congrégation des ](lites, sur les conclusions de Fontanini, archevêque d'Àncyre, promoteur de la foi, fut une épreuve senaiUe pour les adorateurs du Sacré-Cœur de Jésus, et pour les jansénistes Tobjet d'un triomphe malavisé; car. après tout, il n'y avait rien de si surprenant dans les délais que la prudence du Saint-Siège exigeait avant de statuer sur un sujet si important. Toutefois, on coatinua à Rome de donner des Brefs pour Téreelion des confréries sous le titre du Sacré-Cœur de Jésus, au pirint que, dès 17(^4, on en comptait déjà 487. Rome même eo vit établir une, sous le titre d'Archiconfrérie, dans l'église de Saint- Théodore, par un Bref de Clément XII du 28 février 1732, On n'eût point accordé ces non»breuses laveurs aux associations réunies sous le vocuble du Sacrée Cœur dô Jé$us^ si le Siège Apostolique eôt condamaé cette dévotion.

Le SninlPontife Clément XlII reçut de nouvelles suppliques des Évoques de Pologne, qui demandaient presque à Tunanimité qu'il fût permis à la ehrétienté d'honorer d'un culte public le cœur du Rédempteur des hommes. C'était assurément un spectacle bien touchant que celui de cette nation héroïque, à la veille d'être eflacce du nombre des nations de l'Europe, tra« vaillant à faire jouir la chrétienté des richesses du cœur adorable de Jésus.

Le jugement désiré fut rendu le 6 février 1765. On lisait dans les motifs du décret: « Il est notoire que € le culte du Sacré-Cœur de Jésus était déjà répandu c dans toutes les parties du monde catholique, encourac gé par un grand nombre d*Evéques, enrichi d'indul- • gences par des milliers de Brefs apostoliques pour c réreclion des confréries devenues innombrables. > En conséquence, sur les instances du plus grand nombre des révérendissimes Ëvêques du royaume de Pologne et sur celles de l'archiconfrérie romaine, la Sacrée- Congrégation, ouïes les conclusions du R. P. Gaétan Forti, promoteur de la foi, déclarait se désister de la résolution prise par elle le 30 juillet 1729 et jugeait devoir condescendre aux prières desdils Ëvêques du royaume de Pologne et de ladite archiconfrérie romaine. Enfin, elle annonçait l'intention de s'occuper de l'office litui^ique et de la messe devenus nécessaires pour solenniser la nouvelle fête.

c L'un et l'autre ne tardèrent pas à paraître et ils étaient dignes de leur sublime objet, qui est, suivant les termes du décret, « de renouveler symbolique-

« ment la mémoire de ce divin amour, par lequel le c Fils unique de Dieu s*est revêtu de la nature humaine, « et s'élant rendu obéissant jus(]u'à la mort, a dit qu'il <r donnait aux hommes l'exemple d'être doux et humble • de cœur. j> Clément XIII, qui confirma le décret de la Congrégation des Rites, no tarda pas à donner de nouvelles preuves de son zèle pour le culte du Cœur de Jésus. Par ses soins^ la fête fut célébrée dans toutes les églises de Rome^ et faculté générale fut accordée à tous les Ordinaires de l'introduire dans leurs diocèses.

Pie VI maintint celte précieuse dévotion et renrichit même de nouvelles indulgences, lesquelles s'accrurent encore par l'effet de la pieuse munificence de Pie VIL Ce dernier Pontife, dérogeant à toutes les règles ordinaires, statua par un rescrit du 7 juillet 1815, que les indulgences attachées à la célébration de la fête seraient transférées à tel jour qu'il plairait à l'Ordinaire de la fixer.

Le bruit de la sanction apostolique donnée au culte du Cœur de Jésus vint réjouir les catholiques de France, La pieuse reine Marie Lecksinska témoigna aux Evêques réunis à Paris pour l'assemblée de 1765, le désir de voir la fête introduite dans les diocèses où elle ne Tétait pas encore. Ses pieuses intentions furent remplies, et les Prélats, après une délibération tenue le 17 juillet, résolurent oc d'établir dans leurs diocèses respectifs la dét votion et l'office du sacré Cœur de Jésus, et d'inviter « par une lettre circulaire les autres Évêques du

< royaume d'en fiûre de même dans les diocèses où

< cette dévotion et cet office n'étaient pas encore établis,»

On connaît la dévotion du roi martyr au Sacré-Cœur de Jésus.

La révolution a fait voler en éclats le trône et TauteK L'infortuné Louis XYI est prisonnier au Temple; la Franco est couverte de ruines; une populace en délire massacre les prêtres» souille les vases sacrés, profane les hosties saintes. Le roi de France, le successeur de Qovis et Louis XUI, petit-fils de saint Louis, s'agenouille sur le pavé de sa prison, et de son cœur de roi trèschrétien s'échap^ une touchante prière, accompagnée du vœu suivant :

Vqku : Si par un effet de la bonté infinie de Dieu, je recouvre ma liberté, je promets solennellement :

c 4"" D'aller moi-même en personne, sous trois mois, à compter du jour de ma délivrance, dans l'église de Notre-Dame de Paris, ou dans toute autre église principale du lieu où je me trouverai, et d'y prononcer un jour de ditnanche ou de fêle, au pied du maître autel, après i'oflertoire de la messe et entre les mains du célébrant, un acte solennel de consécration de ma famille et de mon royaume au Sacré-Cœur de Jésus, avec promesse de donner à tous mes sujets Texcmple du culte et de la dévotion qui sont dus à ce cœur adorable; •

Les desseins du Très-Haut sont impénétrables. Le fils de saint Louis ne sortit du Temple que pour monter au;^ciei* La France ne laissa pas dans l'oubli le vœu du roi martyr ; c'est principalement sur ses instances que la bienheureuse confidente des secrets miséricordieux du Qœur de Jcsus fut, en 1850, placée une des premières

HCSTOIRE DE PIB IX ET DE SON PONTIFfC.VT. 321

au rang de celle nombreuse phalani^e de héros chrétiens auxquels Pie IX, comme nous le verrons dans la suite, accorda les honneurs des autels.

Ce fut «également sur les instantes prières de Tépiscopat fronçais que, le 2^ août 1856, Sa Sainteté Pie IX consola tous lescœurscatho)iques,en rendant obligatoire dans toute TEglise la célébration solennelle de la fêle du Sacré-Cœur. A cette fin, il promulgua le décret sui« vaut de la Sainte Congrégation des Biles :

« Decretum Vrbi et Orbi.

• Depuis que le pape Clément XIII a permis à quelques églises de solemniser, avec office et messe, la fête du très-saint Cœur de Jésus, les peuples fidèles se sont sentis, en tous lieux, excités avec tant d'ardeur à honorer la charité immense de ce Cœjr divio, qu'il Q*y a presque pas de diocèse qui ne se réjouisse d'avoir obtenu du Siège apostolique le privilège de la célébrer... •

Aprèscepiéambule, le décret rappelle la démarche faite, au mois de juin précédent, par les évoques français auprès du cardinal Palrizzi, à Parts, et il ajoute:

« De retour à Rome, le Cardinal soussigné rapporta à Notre Saint-Pàre ces prières du florissant épiscopat de France, si dévoué au Sioge apostolique ; il a plu à Sa Sainteté de les accueillir, et dans le désir de dooaer aux fidèles de nouveaux motifs d'aîmer, d'aimer encore et d'embrasser le cœur de œM qui nous a aimés el qui nous a lavés de nos péchés d;ms son sang, le SaînI-Père a ordonné que roffice du Très -Saint Cœ tr de Jésus^ pour

le royaume de Pologne el le clergé de Rome, approuvé parla Sacrée Congrégation des Rites, le 11 mai 1765» avec la messe correspondante Miserebitur^ fût désor* mais célébré chaque année» dans toute l'Église» sous le rite double-majeur» la sixième férié après Toctave de la Fête-Dieu, en observant d'ailleurs les rubriques, el sans porter atteinte aux induits particuliers accordés jusqu'à ce jour par le Siège apostolique» pour les églises qui ont le privilège de célébrer cette fête» ou sous un rite plus élevé, ou un autre jour, ou avec un office différent. Et ce» nonobstant tout ce qui pourrait être contraire. « Ce 23 août 1856.

Signé : « C. ; évêque d'Albano» cardinal Patrizzi» préfet de la Sacrée Congrégation des Rites. A. Capalti, secrétaire. 7> On sait quelle rapide extension prit dès lors, à la grande joie du peuple chrétien» la dévotion au Sacré- Cœur de Jésus. Tous les diocèses s'empressèrent de se consacrer à ce divin Cœur ; et en ce moment s'élève sur la hauteur de Montmartre^ pour être le sauvegarde de Paris et de la France» l'église votive du Sacré-Cœur.

C'était encore par des réformes que Pie IX travaillait à l'édification des fidèles.

En passant comme providentiellement par tous les degrés de la hiérarchie ecclésiastique» il avait pu remarquer çà et là des réformes à introduire jusque dans la célébration du culte, et spécialement dans l'exécution du chant ecclésiastique.

Dans les derniers temps, à Rome et en Italie, aussi bien que dans d'autres pays catholiques, une sorte d'arbitraire musical avait envahi la plupart des églises, et en avait banni les mélodies sacrées, pour y substituer des voix et des accords capables, il est vrai, de flatter Toreille, mais sans apporter au ex ur ni à Tesprit aucune impression ni pensée religieuse. Nulle part, sans doute, les pieux usages ne sont plus respectés qu'en Italie, pays que Ton peut appeler la terre des traditions; mais aussi les usages abusifs y sont tolérés avec plus de longanimité peut-être que partout ailleurs. Le Saint- Père sentit le besoin de ramener la musique d'église à la simplicité religieuse qu'elle n'eût jamais dû perdre. Par son ordre, une circulaire du cardinal vicaire, du 18 novembre 1856, remet en vigueur un règlement du 16 août 1842, en y ajoutant de nouvelles prescriptions.

Il est défendu aux maîtres de chapelle de faire entendre de la musique de théâtre et de se servir dans leurs orchestres de tambours, cymbales ou autres instruments trop bruyants. Il leur est recommandé, sous peine d'amende, de ne pas faire durer trop longtemps certaines parties du chant religieux, au détrimentde cer« taines autres, et il est strictement enjoint aux curés de veiller à la dignité du chœur. La musique instrumentale est permise dans les grandes fêtes, moyennant une permission écrite du Vicariat. La circulaire ajoute à ce sujet : c 11 serait cependant de notre désir que dans les 4 églises on ne fit entendre que les voix seules, mais d cela dans un style grave et sévère, comme on le « voit pratiqué dans les basiliques patriarcales et dans

Mi HlSTOlnE Dl PIB IX BT DB SON PONTIFICAT.

c quelques autres églises. > Ainsi, pour la musique comme pour la peinture et la sculpture, le Saint-Siège prend à cœur xle favoriser partout la renaissance ou Texpaosion de Tart vraiment chrétien.

Il serait à souhaiter que ces sages dispositions fussent adoptées dans toutes les églises du monde catholique. Malheureusement, les opinions ne sont pas d'accord, même entre les catholiques^ sur la question de la musique dans les églises, (^ux-ci veulent toujours accorder une large part à la musique; ceux-là consentent à la restreindre a ce qui ne peut pas être chanté par tout le peuplCj ou même à la partie des solennités qui se célèbre en dehors de la liturgie prescrite ; d'autres prétendent rexcliire tout à fait, attendu qu'il n'y a pas de règles précises et facilement saisissables pour distinguer la musique religieuse de la musique profane. Enfin, parmi ces derniers, les uns vont jusqu'à dire que le plain-chant^ pour conserver son caractère et atteindre son but, doit s'exécuter sans le concours des instruments.

Au n^ilieu de ces dissidences, deux règles générales forment un terrain commun sur lequel tout le monde doit être d'accord : l^'on doit impitoyablement bannir de l'Église toute musique profane ; 2** il faut s'attacher à la bonne exécution du plain-chant. Entre ces deux termes se place Taxione : in dubiis Uberias, C'était la pensée de Pie IX»

Toutes les œuvres catholiques étaient assurées de la proiection du S:iint-Pèro.

« Ces institutions salutaires, de foj*mes si variées,

sont autant de plantes précieuses qui couvrent le champ du Seigneur comme d'une verdure éternelle ; mais la seule condition à laquelle il leur sera donné de croître, de se développer et de produire des fruits, c'est qu'elles se nourriront et se vivifieront de Pespril d'obéissance et d'unité, qui est le caractère propre de la religion catholique. Pour conserver celte unit<S il faut qu'elles dépendent de l'autorité du Pontife romain, qui, du haut du siège suprême du prince des apôtres où il est placé comme dans un céleste observatoire, promène de tout côté ses regards attentifs, pourvoit à toutes les nécessiiés de la religion, règle et régit les diverses œuvres de charité : de manière que chacune, restant libre de se gouverner et d'administrer ses affaires, apprenne du Père commun ce qu'elle doit entreprendre, et ce qui, à son jugement, doit tourner à l'avantage de l'Église uni* verselle, dont le gouvernement et le soin lui sont confiés par Dieu même. »

C'est ainsi que parle Sa Sainteté elle-même dans un bref du 18 juillet» 1856, par lequel Elle enrichit défaveurs toutes particulières l'œuvre de la Saint e^Enfance.

Cette œuvre charitable, née de celle de la propagation de la foi, en même temps qu'elle rachète de la double mort du corps et de l'âme de pauvres enfants idolâtres, abandonnés par la barbarie de leurs parents, allume dans le cœur des enfants chrétiens les premières étincelles de la charité, et leur fait sentir le prix de cette grâce privilégiée qui les a appelés à l'admirable lumière de la foi, grâce dont le mépris trop commun est le grand crime de ce temps*

Aussi, dès le mois de janvier 1853, Pie IX voulut luimême établir régulièrement à Rome l'œuvre de la Sainte- Enfance, fondée depuis peu d*années par un illustre évêque français, ancien missionnaire, en France d*abord, puis dans les pays infidèles. Le Saint-Père choisit dans Rome un certain nombre d'ecclésiastiques séculiers qui, sous le nom dezélateurSy travaillée ent à accroître le développement de cette précieuse institution. Le zèle fut si grand que dans le cours de trois années seulement, on put recueillir des milliers d'écus qui furent expédiés au conseil central résidant à Paris.

C'est alors que Pie IX, ému d'une bienveillance toute paternelle, non-seulement combla de faveurs spéciales Tœuvre de la Sainte-Enfance, mais encore lui donna pour protecteur, comme à toutes les grandes œuvres catholiques, un cardinal de la sainte Ëglise romaine, et invita tous les évêques de l'univers à l'introduire dans leurs diocèses, et à cultiver avec soin ce tendre ar^ brisseau qui vient de s'élever^ dit-il, dans la vigne du Seigneur et qui les dédommagera par les fruits les plus abondants. (Bref du 18 juillet 1856.)

Par un autre bref du 9 juillet 1854, le Saint-Père avait approuvé Tincomparable institut des Petites^Sœurs des Pauvres; fondé quatorze ans auparavant, sous la direction d'un zélé et vertueux ecclésiastique, par de pauvres et charitables ouvrières de Saint-Servan, ville de la catholique Bretagne, au diocèse de Rennes.

Pie IX, qui avait témoigné tant d'intérêt aux Juifs, ne pouvait manquer de sanctionner aussi de sa haute approbation, l'œuvre de Notre-Dame de Sion^ fondée' en faveur

des jennes fillrs îsraéliles, par le glorieux pupille de la Mère de Dieu, le Juif miraculeusement converti, Tabbé Marie Rntisbonne.

Il sorlait du grand cœur de Pie IX comme un épanouissement de générosité qnl se répandait sur des milliers d*œuvres diverses, à Rome, en Italie, dans le monde entier. Rien n'échappait à sa vigilance ponlificale^ à sa bonté palcrnellc. Quelques traits seulement.

La famille d'un des chefs de Tarmée pontificale» nommé Rnvinette, exilé pour avoir trahi ses serments, se trouvait réduite au dénument le plus absolu : Sa Sainteté accorda A celte famille une pension de vingt-quatre ëcus par mois.

Non content d'avoir nommé une commission pour réparer les drgûls dont avaient souffert les églises pauvres^ pendant le règne de Tanarchie républicaine, Pie IX concourt lui-même à cette œuvre par d'abondantes largesses, consacrant à l'honneur do la maison de Dieu, une partie des offrandes qu'il avait reçues pendant son exil.

En 1 80 1 > des tremblements de terre viennent répandre la (lésolalion dans la Basilicatc^ province du royaume de Naples. Les désastres sont épouvantables. A Molfi, par exemple, une première secousse de dix secondes fait tomber les voûtes des églises et des maisons, et même le clocher de la cathédrale. Une deuxième secousse qui dtire une minute renverse toute la ville, qui n'offre plus qu*un monceau de décombres. Vingt-deux églises sont écroulées. Il ne reste debout que deux cents maisons crevassées et menaçant ruine. Le nombre dos morts est

328 HIStOiRB De pie ]^ et de son PONTiriGAT.

considérable. Ceux-là seuls ont échappé qui ont pu gagner la campagne dans rintervalie des deux secousses. Pie IX envoie 4,000 ducats pour secourir les victimes de cette affreuse catastrophe.

Trois ans plus tard (février 1854), un tremblement de terre à peu près semblable jette la consternation dans rOmbrie. Pérouse, Assise, Foligno éprouvent des désastres. Un village de la plaine est totalement rasé, et les malheureux paysan^, sarrs asile, improvisent des cabanes de chaume sur un sol couvert de neige. Le Saint- Père se hâte d'envoyer, pour secourir ces misères, une somme importante prise sur sa cassette particulière.

Quand, en 1 853, la cherté des groins vint jeter dans une misère profonde bien des familles pauvres à Rome, et que les ministres délibéraient sur les moyens de subvenir aux nécessités du moment. Pie IX, sans bruit^ chargeait le baron Grazioli d'acheter à Livourne cent quarante mille sacs de blé. La cassette privée du Saint-Père se chargeait des frais.

Au mois de juin 1855, Mgr Brunoni, archevêque de Saron, partait, en qualité de délégué apostolique, pour visiter les chrétientés lointaines de TOrient. S'inspirant des pensées de Pie IX, il visita avec une sollicitude toute particulière Tancienne ville d'Antioche.

Que de pensées douloureuses réveillent les vicissitudes de cette cité jadis célèbre ! Quel deuil pour une âme chrétienne quand elle songe à ces contrées autrefois peuplées de fervents disciples de Jésus-Christ, couvertes d'habitations et d'églises, et aujourd'hui solitaires, désolées, retombées dans la barbarie, à l'ombre du crois-

sant! L'œil im|uiel du missionnaire cherche en vain un oratoire dans le Ueu où saint Pierre fonda le prem er siège du Pontificat, où^ pour la première fois, les disciples du Sauveur prirent le nom de Chrétiens!

Le délégué apostolique rechercha avec avidité la masure que la tradition désignait comme le reste de la résidence du Prince des Apôtres. Ce lieu servait d*abri aux troupeaux des nomades. Qu'était donc devenue cette grande parole que TÉglise emprunte à saint Augustin, en fêtant la Chaire de saint Pierre à Ântioche : Dignum est ut fundamentum hoc in Ecclesia honoretur^ per quod ad cœlum conscenditur. {Il faut honorer le fondement de cet édifice par lequel on monte au ciel.) Ce lieu digne d'honneur n'était plus depuis longtemps qu'une grotte servant d'étable. Mgr Brunoni, ayant vérifié l'authenticité, des traditions concernant cette ruine, conçut le projet d'en faire l'acquisition et de rérigcr en chapelle : Saint'Pierre m'ûideray disait-il.

Les démarches du pieux pontife furent couronnées de succès, et grâce au zèle de M. Grasset, consul de Jrance à Âlep, et à celui de M. Bronchier, agent français à An* tioche, le terrain fut acheté et entouré d'un mur. Le gouvernement turc consentit à cette cession, et l'antique siège de saint Pierre devint la propriété de la Délégation apostolique. Pie IX suivit avec sollicitude les phases de cette négociation importante, et témoigna de l'intérêt qu'il portait à cette entreprise par une subvention gêné* reuse de mille écus romains.

Dans le cours de la même année, la maladie de la vigne et Tinsuffisance de la récolte des olivesavaient jeté

330 HISTOinB DE PIE IX ET DE SON PONTIFICAT.

dons la gêr.e d'intéressantes et laborieuse^) populations des Élûls pontificaux. Le Saint-Père s'ellorça par d^ûbondantes libéralités d'améliorer le sort de tant do braves gens et de leur procurer du travail.

En cuire, Pie IX donne 12,000 écus romains pour percer une route de Frascati à CastelGandolfo. II envoie encore 600 écus pour être distribués aux familles les plus pauvres de Grensano^ 300 écus pour les pauvres de Tivoli, et 200 pour ceux d'Ariccia. Toujours plein de zèle pour 1h maison du Seigneur, il gratifie la cathédrale de Nnrni d*un ornement riche et complet pour les grandes cérémonies.

On se rappelle les épouvantables dévastations causées en France, en 18ô6, par les inondations de la Loire. Pic IX, sitôt qu'il eut connaissance de la gravité du mal^ mit la somme de 1 5,000 fr« à la disposition du nonce apostolique pour les infortunées victimes de tous ces désastres.

En 1856, une loterie était ouverte à Lyon en faveur de Notre-Dame de Fourvières, dans le but d'acquérir les propriétés nécessaires pour préserver la colline de l'envahissement des constructions privées, et jeter les fondements d'un sanctuaire en rapport avec l'accroissement continuel du pèlerinage. Le Saint^Père, voulant s'associer à la piété des Lyonnais pour Tauguste protcc'^ trice de leur antique et chrétienne cité^ envoya pour la loterie de Fourvières un riche camée monté en or et représentant la sainte Face, et un splcndide volume à gravures sur la ville et le monastère de Subiaco, volume sorti des presses de la chambre apostolique et

magnifiquement relié avec les ormes ponlificnles.

Le lecteur comprendra aisément que nous ne puissions que mentionner à la haie quelques-unes des libéralités sans nombre ^ue le charilable Pontife accomplissait journellement et qu'il cherchait, pour ainsi dire, à se cacher à lui-même. Comme son divin Maître, le Vicaire de Jésus-Christ défendait qu'on publiât ses bîenfaifs; mais il n'était pas non plus obéi, et ce que nous savons, c'est le plus souvent la reconnaissance qui l'a divulgué.

Les sommes mises à la disposition de Pie IX étaient cependant h es* limitées. S'il eût puisé dans une source intari88able,les épanchemenls de sa charité, transformés en un fleuve de bienfaits, eussent porté partout, au loin comme auprès, l'abondance et le bien-être.

Dans Tordre spirituel, du moins, il put satisfaire pleinement ce besoin qu'il éprouvait de répandre sans mesure ses faveurs. Le trésor des grâces célestes était inépuisable. Il l'ouvrit plus largement qu'aucun de ses prédécesseurs. Dans une période de vingt années, il accorda huîi fois la grande indulgence dujubilé :1a r'*en 1846 après son élection ; la 2« en 1850 après son rétablissement sur le Irône pontifical; la 3*ennovembre 1851, alors que la situation ten^Iue faisait craindre en Europe une crise redoutable ; la 4' en 1854, pour préparer le peuple chrétien à la définition dogmatique de l'Immaculée Conception, un des actes les plus importants du pontificat de Pie IX et qui mérite un chapitre à part dans le volume des gloires de Tincomparable Pontife.

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