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CHAPITRE VIII

DÉFINITION DOGBfATIQUB DE l'iMMAGULÉB CONCEPTION.

DéTOtion de Pie IX envers la Mère de Dieu. — Associalioti de rimmaculée Gonceptioa à Rome. — Jubilé du 1*' août t854. — Nomination d'une commission de cardinaux* et de théologiens. — Historique de la question. — Invitation aux évéques de venir à Rome. «- Tableau des évoques présents. — Réunions préliminaires des évéques et de la commission. — Fête du 8 décembre à Saint-Pierre. — Promulgation solennelle de la bulle Ineffabilis. — Manifeslations religieuses dans la ville éternelle. — kgr Bouvier meurt à Rome. — Consistoire du 9 décembre. Allocution pontificale. — Médaille commémorative de la définition. — Consécration de la basilique de Saint-Paul extra muros. — Succession de fêtes à Rome. — Allégresse dans le monde entier. — Colonne de l'Immaculée Conception, à Rome. — Statue de Notre-Dame de France, au Pu y. » Traduction de la bulle îneffabilis dans toutes les langues. — Réception des volumes et du meuble artistique, au Vatican. — Terrible accident à Sainte- Agnès. — Miraculeuse préservation.

La dévotion à Marie était» tout le monde le sait, une des prédilections de Pie IX. Depuis sa tendre enfance, la Reine du ciel était son refuge dans les grandes difficultés qu^il rencontrait sur son chemin. Il rapportait aussi â sa maternelle protection tous les événements heureux qui survenaient dans son existence, mais surtout dans le cours de son Pontificat. Marie, en effet, a toujours été regardée comme la patronne omnipotente

HISTOinE DE PIE IX ET DE SON PONTIHCAT. 333

de la Papauté. C'est Elle qui a gagné foutes les victoires de TËglise. L'infaillibilité des Pontifes romains Ta toujours pensé ainsi. Pie Y lui attribua la victoire de Lépante; Pie VIL son retour à Rome ; Pie IX, son rétablissement sur son trône en \ 850. C'est pour témoigner à la Reine du ciel le sentiment de sa reconnaissance que Pie IX éleva au rite double de deuxième classe, la fête de la Visitation, jour où le drapeau français flotta au Capitole sur les ruines de la démagogie romaine. Il avait, en eflet, compté sur le secours invincible de Celle que l'Église proclame terfnble comme une armée rangée en bataille. Dans le sentiment de son inébranlable confiance^ il avait publié dès le commencement de son exil à Gaële, cette célèbre encyclique du 2 février 1849, où il sollicitait les prières et réclamait l'avis du peuple chrétien relativement à la définition dogmatique de l'Immaculée Conception. Nous en avons parlé en son lieu. (Voir tome lU pag^^ 246.... 258). Il nous reste à exposer l'historique du grand acte du 8 déceaibre 1854.

Les troubles qui agitaient ou menaçaient l'Europe, même après la pacification de l'Italie et de la France, ne firent que hâter le moment désiré par le Saint-Père et par l'Église de proclamer solennellement le glorieux privilège de la Mère de Dieu.

Pour entrer dans les vues du Chef de l'Église, le clergé romain, sous l'inspiration du cardinal Ferretti, forma une association de prières sous le nom d'Association de rimmaculée Conception, dans le but d'honorer sous ce titre la iMère du Sauveur. Un grand nombre d'éveques s'empressèrent de l'imiter. L'œuvre se répandit dans le

334 ni>TOIRE DE PIE IX ET DE SON 1»0*NTÏFICAT,

nio.Mdc (.'r.lholi(]nc (oui cniiiT, Le Souverain Ponlifo, par un décret du 11 septembre 1853, écrit de sa propre main, érigea canoniquemont la confrérie de rimmaculce Conception, et Tenrichit d'indulgences. L'objet et les fins de l'Association sont déterminés dans les paroles sui« vantes du rescrit :

a Les prêtres associés offriront la divine hostie à l'augusie Trinité, en union avec tous les bienheureux qui régnent avec Josus-Christ dans le ciel, et avec les élus qui vivent encore sur cette terre, et rendront de tout leur cœur des actions de grâces à la très*sainte Trinité pour les grands, innombr.ibles et singuliers privi" léges dont la très-sainte Vierge a été comblée, et prin-cipalement pour le privilège de son Immaculée Conception. Tous les associés adresseront à cette Mère de grâce et de miséricorde les plus ferventes supplication» pour la conversion des pécheurs, et pour les besoins présents de l'Église caiholique, selon les intentions du Souverain Pontife romain. »

Le Saint-Père lui-même se déclara le patron tou* spécial de celte pieuse association, à la tête de laquelle il plaça son propre vicîùre, l'éminenlissime cardinal Patrizzi.

Enfin, sa résolution étant arrivée à maluritéi le Souverain Pontife, au milieu de reffervescencc des passions impies dont soufTrait surtout PÉglise, annonça dans une encyclique datée du P' août 1854, la prochaine réalisation du vœu universel des catholi(]ues.

Celte nouvelle encyclique débute pur le tableau navrant de l'état de la société :

HISTOIUE DK FIE |.\ ET OE SON PONTllIC \T, 335

« Vénérables Frères, en arreiant nos regards avec la sollicitude et les seniiments do notre charité apostolique sur le monde catholique tout entier, nous pouvons à peine exprimer de quel profond ch:igrin nous sommes pénétré, lorsque nous voyons la société chrétienne et civile troublée de tous côtés d'une manière lamentable, tourmentée et comme opprimée par les calamités les plus iristes. Vous ne l'ignorez pas, les nations chrétiennes sont en ce moment affligées et bouleversées par des guerres très-cruelles, par des dissensions intestines, par des maladi'es pestileniiolics, [»ar d'effroyables trem-blemenls de terre et d'autres malheurs accablants. Ce qui est le plus à déplorer, c'est que, parmi tant de maux et de calaslrophcs trop dignes de larmes, les enfants des ténèbres (|ui, dans leur génération^ sont plus prudents que les enfants de la lumière, s'efforcent de plus en plus, par toute espèce d'arlifices diaboli(|ueS| de machinations et de complots^ de poursuivre une guerre acharnée contre l'Église catholique et sa doctrine salutaire, de renverser et de ruiner l'autorité de touie puissance légitime, de pervertir et de corrompre partout les esprits et les coeurs^ de propager en tous lieux le poison mortel de Vindifféreniisme et de YincréduUté^ de confondre tous les droits divins et humains, de susciter et d'alimenter les querelles, les discordés, les révoltes et les soulèvements impies, ne répugnant à aucun crimci à aucun forfait, et ne reculant devant aucune tentative pour anéantir, s'il était possible, notre sainte religion, et même pour détruire de fond en comble toute société humaine.... »

336 HISTOIRR DE PIB TX ET DE SON PONTIFICAT.

Le Saint-Père expose ensuite dans un magnifique langage la nécessité e( refflcacité de la prière pour obtenir le secours de Dieu» dans de si grands besoins, et il ajoute:

c Nous souhaitons ardemment* Vénérables Frères, que pendant qu*on adressera des prières ferventes au Père des miséricordes pour les causes énoncées plus haut, vous ne cessiez pas, selon le vœu de nos lettres encycliques du 2 février 1849, en date de Gaëte, d'implorer, de concert avec tous les fidèles, par des supplications et des vœux plus ardents que jamais, la bonté de ce même Père, afin qu'il daigne éclairer notre àme de la lumière de son Esprit-Saint, et que nous puissions ainsi porter au plus tôt sur la Conception de la très-sainte Mère de Dieu, l'Immaculée Vierge Marie, une décision qui soit à la plus grande gloire de Dieu et de cette même Vierge, notre Mère bien-aimée.... ^

Le pieux Pontife annonce que, pour rendre les prières qu'il demande aux fidèles plus ardentes et plus fructueuses, il accorde A tout le peuple chrétien une indulgence en forme de jubilé, et il en fixe les clauses et conditions.

Pie IX nomma une commission de cardinaux et de théologiens pour donner leur avis sur la question. Alors parurent, sur VImmaculée Conception de Marie, divers ouvrages pleins de science^ d'érudition et de foi, entre autres ceux de Perrone, de Passaglia, de dom Guérangor, et un grand nombre de mandements et d'écrits d'une multitude d'évêques de toutes les contrées, qui attestaient en même temps une profonde étude de la matière

et une foi vive et universelle au glorieux privilège de la divine Mère de J.-C.

Ijsk doctrine de TÉglise se trouvait solidement établie, et Topportunité de la définition clairement démontrée par les vœux unanimes du peuple chrétien.

Quelques journaux flottant entre le déisme et la libre pensée» entre autres la Presse et les Débals, lancèrent quelques traits contre une croyance qui occupait de nouveau tous les esprits. Ces traits sans force, lancés par de telles mains, étaient repoussés sans efforts par les vaillants champions de Torthodoxie catholique.

L'histoire seule de celte grave question démontre qu'elle devait aboutir infailliblement tôt ou tard à une définition dogmatique.

Une loi universelle soumet tout le genre humain à la tache héréditaire du péché originel. C'est un fait palpable en même temps qu'une véiité de foi.

Une exception, une exception unique a pris place parmi les croyances les plus autorisées dans le sein même de rÉgh'se : Marib a été conçue sans péché! Mais qui donc peut créer une exception à une loi divine^ absolue ? Qui a le droit de proclamer une âme humaine exempte de cette loi ? Dieu même a prononcé le décret : tous les hommes sont conçus dans le péché. Si Marie est conçue sans péché, comme tous les catholiques l'affirment , ce ne peut être évidemment que sur le fondement même de la parole divine qui porta la ' loi et l'exceplion. Ainsi, le seul fait de la pieuse croyance à l'Immaculée Conception, dans l'Égliso, croyance approuvée, autorisée, solennellement honorée

au 8ein du peuple tldèle, ce seul fait, disons-nous, implique nreessairement la révélation de rexceplion faite à la loi générale. Sans quoi personne n'eût osé Timaginer; et en face de raffirmation divine qui comprend tous les hommes dans le péché originel, une seule négation, si elle n'était pas aussi révélée, une seule exception deviendrait une erreur contre la foi.

L'Église n'eût-elle fait que tolérer l'opinion favorable à la Conception immaculée de Marie, celle tolérance aurait été la permission d'une erreur contraire à la foi^ si on ne supposa pas cette opinon appuyée sur les principes mômes de la révélation. Ainsi donC| l'autorisation de TÉgliso en faveur de la profession publique de la pieuse croyance, et riiilcrdiction prononcée contre l'opinion opposée^ sont une garantie irréfragable de la source divine d'où découle celte vérité, fl faut nécessairement conclure: la loi du péché originel est ré« vélée ; l'exception faite pour Maiie i^eule doit être aussi révélée.

On le sait, d'ailleurs, la gra:ide majorité des Pères du Concile de Trente avaient été d'avis que l'on pouvait dès lors définir comme vérité de foi llmmaculée Conception de Marie ; le décret avait même été rédigé en ce sens. On s'abstint toutefois de le promulguer, mais en déclarant « que l'inlenlion du Concile n'était pas de com-

< prendre, dans le décret du péché origine 1, la bien- « heureuse et immaculée Vierge Marie, mère de

< Dieu(l). »

(t) CûDC. Trid., mis. Y, Decr^l. d#p«cc. ùrig.

HISTOIRB DB PlB IX BT OB BON PONTiriCAT. 339

Le Concile eut égard au petit nombre de catholiques ortliodoxes qui proressaient encore le sentiment opposé à l'Immaculée Conception ; il avait élé réuni pour venger o'j définir les dogmes attaques par les hérétiques ; les autres questions furent ajournées.

Mais incontestablement Tintention du Concile* manifestée p:ir son décret» a élé do Tavoriscr la pieuse croyance qui, depuis deux siècles surtout, avait pris un grand accroissement parmi les fldèles. Cette faveur de rÉgliso et cet accroissement n'ont fait que se dévelop* per encore plus depuis le Concile de Trentei sous Tac* tive et suprême influence des constitutions du SainU Siège, qui^ tout en s'abstenant de définir la croyance au privilège de la Conception immaeuice, a employé sue* cessivement tous les moyens, a multiplié les déclarations les plus solennelles en sa faveur et condamné même toute manifestation de Topinion contraire : de telle sorte que déjà, en 1627, la Congrégation du Saint-Office déclarait c qu'il ne restait plus qu'à définir la question^ ft ou à statuer lès mesures équivalentes à une défini- « tion (1). D

Une série de constitutions apostoliques éclairent et pénètrent l'âme dévouée ii Marie d'un sentiment intime de consolation et de joie. Sixte IV, avant le Concile de Trente ; depuis, Pie IV, saint Pie V, Paul V> Grégoire XV, Alexandre VU, Innocent XII, Clément Xfl, Clément XIII, et enfin Grégoire XVI et Fie IX, tous ces Pontifes ont

(l) Niliil ut jam liodie rcliquum sil, quam vol quaBStioncn de* flnîrc, vel œquipollentia defliiitioni statucre.

Occret. 8S. Omcii, 28 Januar. t627.

semblé rivaliser de zèl^, dans Texercice de leur autorité souveraine, pour honorer, étendre et consacrer de plus en plus dans TÉglise la croyance et le culte de Tlmma* culée Conception.

Maintenant, si Marie a été conçue dans le péché originel, si la loi commune a tous les enfants d'Adam n*a pas subi une exception en sa faveur, si enfin la révélalion n'a pas transmis à rÉglisc la connaissance de cette dérogation au décret divin, comment sauvera-t-on le principe de riniaillibilité de TÉgiise, quand, depuis plusieurs siècles, nous la voyons favoriser par tous les moyens la doctrine opposée, fermer toutes les voies à un retour vers l'ancien sentiment de l'école Thomiste, encourager avec le respect le plus marqué celui des Scotisles, dans le Concile de Trente, au moment même où elle définit les dogmes de la foi, entraîner ainsi l'universalité des fidèles à confesser par toute la terre que Marie a été Immaculée dans sa Conception ? . Sans doute l'Église n'avait pas enregistré cette doctrine dans le symbole positif de sa foi, mais on sait que beaucoup de vérités révélées, avant d'être définies, ont été d'abord professées, crues et appliquées.

Or, l'Église romaine, depuis quatre siècles, a directement et solennellement professé, dans sa liturgie, la doctrine de la Conception immaculée, soit par l'approbation donnée à des offices qui célébraient formellement le glorieux privilège de Marie, soit par l'établissement dans l'Église universelle de la fête même de la Conception avec octave, fête qui ne peut avoir réellement pour objet que la Conception sainte^ et par consé-

quent immaculée, de la Mère de Dieu, soit enfin par l'invitation expresse adressée à toutes les Églises de la catholicité, au nom du Souverain-Pontire Pie IX, d'adopter Toffice où la Conception immaculée est reconnue et célébrée en termes exprès.

De toutes parts TEpiscopat catholique, secondant les vœux des Souverains-Pontifes, s'est empressé de recevoir et de propager les expressions les plus formelles du culte décerné à la Conception immaculée de Marie. Toutes les Églises de l'univers la chantent, la nomment avec ce titre de gloire. L'unanimité des nations fidèles élève la voix pour professer la pieuse croyance dans le même sens, pour ainsi parler, que toutes les autres vérités révélées. Que reste-t-il, sinon que le Vicaire de Jésus-Christ, dans sa haute sagesse et sa pleine puissance, appose le dernier sceau de la foi à cette profession publique et universelle de l'Église qui ne peut être une erreur?

Chaque âge, chaque siècle impose au Chef suprême de TÉglise sa mission spéciale. La vérité chrétienne n'est-elle pas comme une de ces pierres précieuses qui ont besoin, pour apparaître dans leur beauté et leur pureté inhérentes, d'être longtemps burinées et polieô au moyen d'instruments divers? C'est là précisément le travail de l'esprit de l'homme sur l'éternelle et immuable parole de Jésus-Christ. Depuis dix-huit siècles elle est toujours la même, et lorsque Tinfirmité de notre nature nous empêche de la distinguer quelquefois, l'Ësprit-Saint qui a été promis à l'Église jusqu'à la consommation des siècles se lève au moment donné

342 nisTOtns de pib ix bt de bon pontificat.

comme un radieux soleil qui diîS'pe loules les ombres.

C'e^t une gloire incomparable pour Pie IX d'avoir été choisi pnr la Providence pour proclamer solennellement, au milieu du dix-neuvième siècle, le privilège accordé i la bienheureuse Vierge, au moment de sa Conception* '

Assisté de cette lumière céleste que Dieu donne, en temps opportun, à son Représentant sur la terre, le Saint-Père fixa le 8 décembre pour celte grande solennité. Afin de donner plus de pompe h cette fêle si vivement souliaitée, si longtemps altendue par le vœu una-^ nime des pasteurs et des fidèles, et pour satisfaire aussi sa tendre dévotion envers la très-sninte Vierge, Pie IX adressn Tinvilntion de se rendre à Rome, aux évêques non-seulement des États romains, mais encore de tout l'univers catholique.

Près de deux cents évêques répondirent i cet appel. Outre les évêques qui avaient été invités tout spécialement, un grand nombre d'aulres pasieurs, répondant au désir de Sn Sainteté, vinrent spontanément s'associer à leurs vénérables collègues.

Depuis le concile œcuméniqtï(; de Lalran, en 1215, Rome n'avaîr'jamais revu une telle affluence de pontifes. La ville éternelle treFsnillît de joie en voyant dans son Fein celte Assemblée de pasteurs, qiii, pour n*être ni concilinire ni synodale, n*en était pas moins digne des respects du peuple chrétien.

Le chiflre total des prélats, cardinaux, archevêques et évêques qui se trouvèrent à Rome dans cette occasion, fl'élevait a cent qurtre- vingt dony.e, réparlis comme il suit :

Italie. — Cardinaux, 45; archevêques, 24 ; évoques, 51. 123

Fhange. — Cardinaux, 3 ; archevêques, 3 ; évêques, 15. . "Zl

Espagne. — Cardinal, 1; archevêque, 1 ; évêque, 1. . . 3

Poktugal. — Cardinal, 1 l

ÂLLEUAONE. — Cnrdinaux, 2 ; archevêques, 3 ; évêques, 3. 8

Belgique. — Cardinal, 1 ; évêques, 4 5

Hollande. — Archevêque, 1 ; évêque, 1 2

ANGLETERRE. —Cardinal, 1; archevêques, 4; évêques, 7. 12

SmssE. — Évêques, 2 2

Servie. — Évêque, 1 1

Amérique. — Archevêques, 4; évêques, 4 8

Asie-Arménie. — L'archevêque de Sira; Tarcbevêque du

ril grec d'Irenopolis 2

Missions. — Patriarche, 1 ; vicaires apostoliques, 2. . . 3

Chine. — Évêque, 1 l

Réttcmé: Cardinaux, 54: archevêques* 43; évêques, 92; patriarche et vicaires apostoliques, 3.

Total içénérai. ..... 192

Les vingt et un prélais français étaient : LL. EË. les cardinaux de Bonald, archevêque de Lyon ;* Mathieu, archevêque de Besançon; Gousset, archevêque de Reims ;

NN. SS. Darcimoles, archevêque d'Aix ; Sibour, archevêque de Paris ; Debelay, archevêque d'Avignon ;

NN. SS. les évêques du Mans» de Marseille, de Valence, de Montauban, du Puy, d'Agen, d'Amiens, de Saint-Denis (ile Bourbon), d'Orléans, de Blois, de Sainl- Flour, de Chartres, de Grenoble ;

Et NN. SS. Luquet, évêque d'Hésébon, in partibus infidelium, et Tirmarche, évêque d'Adras, in parlibus infideliumj aumônier de l'empereur Napoléon IlL

Toutes les contrées étaient représentées dans cette illustre assemblée de pontifes, excepté la Russie, où T. m. 23

im HISTOIRE DK PIE IX ET DE S0.\ PONTIFICAT.

l'autocratie ombrageuse du czar Nicolas s'était opposée à leur voyage.

Lés évêques se réunirent le 20 novembre, sous la présidence des cardinaux Brunelli, Sanlucci et Caterini, pour s'associer au travail de la commission chargée de préparer la bulle de définition. La dernière journée fut témoin, nous ne dirons pas seulement d'un triomphe, mais d'un véritable prodige.

La réunion avait pour objet, non de remettre en doute une proposition déjà rendue certaine, au point de vue tant de la définition que de l'opportunité, pur l'assenti— ment de TÊglise dispersée, mais de donner aux révérendissimes évêques Toccasion de mettre en commun leurs pensées, d'aplanir les difficultés qui pouvaient rester encore et d'en dissiper jusqu'à l'ombre, afin que le s pasteurs, retournant dans leurs diocèses, n'eussent plus qu'une même parole, comme ils n'avaient déjà qu'une même foi sur le glorieux privilège de Marie.

La discussion dura environ vingt heures et remplit quatre longues séances tenues au Vatican, dans les journées du 20, du 21, du 23 et du 24 novembre. Chaque jour, la pieuse Assemblée fut au grand complet : nul archevêque, nul évêque n'y manqua, et l'on avait même appelé en qualité de consulteurs environ quinze théologiens du clergé séculier et régulier.

Les séances une fois ouvertes et le projet de Bulle distribué, il n'y eut pas de preuve, pas de difficulté qui ne fût successivement soumise au contrôle de la plus sévère discussion.

Que le peuple chrétien le sache donc, que les théolo-

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giens et les pastours du dernier rang s'en souviennent : ceux que TEsprit-Saint a constitués pour enseigner et gouverner TÉglise ont, au milieu de leurs troupeaux ou réunis au Vatican, employé tout ce que la science et Texamen peuvent fournir de moyens pour préparer la voie A la définition dogmatique « qui va établir d'une monière infaillible que jamais l'âme très^pure et très* sainte de Marie n'a été souillée de la tache originelle* Cette foi se trouva dans l'esprit, dans le cœur et sur les lèvres de l'auguste assemblée ; elle y éclata avec tant d'unanimité et d'ardeur,dans la journée du 24 novembre, qu'il faut en attribuer l'explosion à une touche secrète et mystérieuse de TEsprit-Saml.

C'était la dernière séance ; midi sonnait ; toute l'assemblée se jette à genoux pour réciter YAngelm. Puis chacun reprend sa place, et on avait à peine échangé quelques paroles^ qu'une acclamation au Chef de TÉgliset un cri d'éternelle adhésion au Saint*Siége^ au siège de Pierre^ s'élève, se propage, éclate et sort de tous les cœurs : Petre, doee nos; confirma fratrea tuos I [Pierre^ emeignê'-nouM et confirme tes frères 1) Et l'enseignement qu'au nom de TÉglise ces pasteurs demandaient au Pasteur suprême, c'était la définition de la Conception immaculée* Et ces paroles vibraient dans les âmes avec une telle puissance, que ce fui comme un cri de suppli* < cation de toute l'assemblée, supplication si manifeste^ ment partie des cœurs, si sublime, que ni la plume ni la parole ne sauraient en donner une idée*

Le jour solennel parut enfin. Bien que, la veille, la pluie fût tombée en abondance, l'aurore du 8 décembre

brilla pure et sereine comme un beau jour de printemps. La basilique de Saint-Pierre était décorée avec une magnificence inusitée. Dès l*aube, Rome commença à se mettre en mouvement» et à témoigner son allégresse. Toutes les classes de citoyens» jointes à une foule extraordinaire d'étrangers venus de toutes les contrées de la terre^ se dirigent vers le Vatican, et se pressent aux abords de la vaste basilique trop étroite pour contenir ces flots interminables.

A huit heures et demie, les cardinaux, archevêques et évêques, tous en habits de chœur, sont déjà réunis avec les divers collèges des prélats dans Tenceinte de la chapelle Sixtine.

Lorsque le Souverain Pontife est revêtu de ses ornementspontificaux,la procession se met en marche et corn* mence à descendre par la royale Scala dans la basilique du Vatican. Au premier rang s'avancent le prédicateur apostolique et le confesseur de la famille pontificale» suivis des procureurs généraux des Ordres religieux,, des porteurs de la Sedia^ des chapelains ordinaires, des appariteurs pontificaux et des aides-camériers. Viennent ensuite les clercs secrets et les chapelains secrels honoraires, les avocats consister i aux, les camériers d'honneur et les chantres pontificaux; puis les abréviateurs des Brefs, les votants de la Signature, les clercs de la Chambre, les auditeurs de Rote, et le maître du Saint-Hospice. Vient après eux la Croix portée par un auditeur de Rote^ au milieu de sept prélats qui tiennent des flambeaux avec des cierges allumés : elle précède le sous-diacre latin, et les diacre et sous«diacre grées, les

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pénitenciers de Saint-Pierre, les évêques, les archevêques et les cardinaux ; enfin, sous le dais, le Souverain Pontife^ suivi immédiatement de la magistrature romaine, du vice-camerlingue de la sainte Église romaine, de deux cardinaux diacres assistants, du cardinal diacre qui doit participer à la célébration de la messe solennelle ; puis viennent le doyen de la Rote, l'auditeur de la Chambre, le majordome, le maître de la Chambre, le récent de la Chancellerie et les procureurs apostoliques*

Durant la procession, on chante les Litanies des Saints, jusqu'au moment où le Souverain Pontife entre dans la basilir|ue. Apres les prières prescrites, le Saint- Père adore le Très-Saint Sacremenl; il se rend ensuite, toujours processionnellement, à Tautel pâpaK Du haut de son trône placé du côté do rÉ[)itre, il admet à Tobédience les Cardinaux, les Archevêques, lesÉveques et les pénitenciers. Tous les Archevêques présents, qui n'étaient pas encore assistants au trône, sont déclarés tels par la volonté expresse du Souverain Pontife ; durant la cérémonie, les douze Archevêques les plus âgés se rangent autour du trône* Après le chant de Tierce, le Saint-Père revêt ses ornements pour la messe pontificale : font l'office d'Évêque assistant, S. E. le Cardinal Mattel, sous-doyen du Sacré Collège, de diacre servant à Taulel, S. E. le Cardinal Antonelli^ et de sous-diacre^ Monsignor Serafini^ auditeur de Rote.

Après le chant de TÉvangile en latin et ensuite en grec, S. Em. le Cardinal Macchi, en. qualité de doyen du Sacré-Collége, avec les doyens des Archevêques et Évoques présents, l'Archevêque du rit grec et TArche-

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vêque du rit arménien, se présentent au pied du trône, et Son Éminenee adresse en latin au Souverain Pontife les paroles suivantes :

« Ce que^ depuis longtemps, TÉglise catholique déc sire ardemment, ô Père bienheureux ! ce qu'elle de- «c mande de tous ses vœux, c'est que votre suprême et ■ infailHble jugement défmisse rimmaculée Conception € de la très-sainte Vierge Marie, mère de Dieu, pour en • augmenter les louanges, la gloire et la vénération ; « nous, au nom du Sacré-ColIége des Cardinaux, des c Évêques de Tunivers catholique et de tous les fidèles, c nous demandons avec humilité et ardeur que les c vœux universels de TÊglise soient accomplis dans € cette solennité de la Conception de la Vierge bienheu- « reuse.

• C'est pourquoi au milieu de Tuuguste sacrifice, « dans ce temple consacré au prince des Apôtres, dans c cette réunion solennelle du Sacré-Collége, des « Évêques et du peuple, daignez, ô Père bienheureux^ « élever votre voix apostolique et prononcer le décret c dogmatique de VImmaculée Conception de Marie^ « pour lequel il y aura de la joie dans le ciel et une c grande jubilation sur la terre. »

A ces paroles, le Pontife répondit qu'il accueillait volontiers la prière du Sacré-Collége, de l'Episeopat et des fidèles, et que, pour l'exaucer^ il était nécessaire d'invoquer l'aide du Saint-Esprit. Alors, se levant de son trône, d'une voix ferme et puissante, il entonne le Veni Creator. Toute l'assemblée mêle sa grande voix à celle du Pape, et fait retentir des accents de l'hymne sacrée l'immense nef de la basilique.

Après le chant de l'hymne, toute rassemblée rentre' dans un solennel silence et tous les yeux se tournent vers Pie IX. Le Pontife, le visage tout transfiguré, de cette voix grave, sonore et majestueuse qui pénétrait' tous les cœurs, commence la lecture du décret portant la définition dogmatique.

En déroulant, dans la première partie, les motifs théologiques de la croyance catholique sur le privilège de Marie, Pie IX ne peut maîtriser Témotion profonde dont son âme est agitée ; il est obligé plusieurs fois de s'interrompre lui-même. A mesure qu'il avance son accent devient plus solennel. Enfin , il arrive aux termes mêmes de la définition: « C'est pourquoi, ajoutet-îl, n'ayant jamais cessé d'offrir, dans l'humilité et le jeûne, nos prières particulières et les prières publiques^ de l'Église à Dieu le Père par son Fils, pour qu'il daignât diriger et fortifier notre âme par la vertu de TEsprit-Saint, après avoir encore imploré l'assistance de toute la Cour céleste, et appelé par nos gémissements l'Esprit consolateur, agissant aujourd'hui sous son inspi*^ ration, pour l'honneur de la sainte et indivisible Tri-, nité, pour la glorification de la Vierge Mère de Dieu, pour l'exaltation de la foicathohque et pour l'accroisBe- ^ ment de la religion chrétienne, par l'autorité de Notre- Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux apôtres Pierreet Paul, et par la Nôtre

Ici, dominé par l'émotion, le Saint-Père sent la voix lui manquer, il s'arrête pour essuyer les larmes qu'il ne • peut retenir. L'nssislance , partageant celte cmotîoft^ muette et ce trouble divin, attend aviBC anxiété que le

Saint-Père continue sa lecture. Enfin reprenant la parole et s'élevant peu à peu, à la nianière des prophètes, jusqu'à Tenthousiasme, Pie IX prononce le solennel décret :

■ Nous déclarons, prononçons et définissons que la doctrine selon laquelle la Bienheureuse Vierge Marie fut, dès le premier instant de sa Conception, par une grâce et un privilège spécial de Dieu tout-puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur des hommes, pré* servée et exempte de toute souillure de la faute originelle, est révélée de Dieu, et que par conséquent, elle doit être crue avec fermeté et constance par tous les fidèles. Si donc quelques-uns, ce qu*à Dieu ne plaise, avaient la présomption de penser dans leur cœur autrement qu'il n'a été défitii par Nous, qu^ils apprennent et sachent que, condamnés par leur propre jugement, ils ont fait naufrage dans la foi et se sont séparés de l'unité de TËgliseL... »

Des milliers de voix acclament la définition par un Amen formidable. Alors le cardinal doyen retourne au pied du trône pontifical pour rendre grâces au Saint-Père d'avoir défini par sou autorité apostolique le dogme de rimmaculée Conception, et pour le prier de publier la bulle relative à cette glorieuse définition. Les protonotaires apostohques et le promoteur de la foi, Mgr Frat-tini, en sa qualité d'avocat consistorial, font ensuite instance pour qu'il soit dressé procès-verbal de cet acte solennel. Ce qui fut accompli par les ordres de Sa Sainteté.

Après la messe pontificale, à laquelle assistaient dans

les tribunes S. A. R. la princesse de Saxe, le corps diplomali«|ue, rélat-major de Tarmée d*occupalion etf dans un lieu réservé, le secrétaire et les confeillers spéciaux de la congrégation extraordinaire de Tlmma* culée Conceplion, ainsi qu'une foule felle que depuis longues années on n'en avait pas vu de semblable dans le plus vaste temple de Tunivers, Tliymne ambro^ienne fut chnntée en action de grâces, au milieu de rémotion générale, par le Souverain Pontife, uni aux cardinaux, archevêques et évêques, et par le peuple.

Ensuite le Snint-Père est porté processionnellement à la chapelle de Sixte IV, dite du Chœur du R"' Chapitre du Vatican ; là, il couronne solennellement d'une couronne d'or ornée de pierres précieuses l'image de la Vierge qui représente l'Immaoulée-Conception. Puis, il se rend à la chapelle délia Pietà pour déposer ses vêtements pontiricaux,et enfin rentre dans ses appartements.

Au moment où Pie IX proclama le dogme de Tlmmaculée-Conceplion, le canon du château Saint-Ange et toutes les cloches de la ville lancèrent aux échos de la terre et du ciel la glorification de la Reine des Anges, tandis que les habitants ornaient, en signe d'allégresse, leurs fenêtres et leurs balcons de tapisseries et de tentures.

Ce jour de triomphe pour Marie se termina, comme il avait commencé, au milieu de toutes sortes de démonstrations de joie et de piété de la part de la population romaine. Le soir, la ville éternelle présenta^ dans son ensemble, un magnifique spectacle par l'illumination éclatante de toutes les maisons, tiepuis le palais du

riche jusqu'à rhumble logis du pauvre. La municipalité avait fait illuminer la coupole du Vatican, les palais du Gapitole où deux orchestres exécutèrent jusqu'au soir des morceaux empruntés aux plus habiles compositeurs. Parmi divers incidents des plus touchants qui ont' marqué ces grandes cérémonies, nous ne pouvons nous défendre d'en citer un qui a particulièrement impres* sionné ceux qui en ont été témoins. Voyez-vous, à huit heures et demie du matin, cette chaise à porteurs traversant la basilique et s'avançant vers la Confession, portée par les serviteurs mêmes du Saint-Père, au costume rouge et éclatant ? Ils marchent avec précaution et respect : c'est qu'ils conduisent à la iête un suint^ un savant évêquCt appelé par le Saint-Père, saisi en voyage par la maladie, et qui, insensible aux menaces de Tâge, a voulu braver les fatigues d'une longue roule et les dangers d'une mer agitée, pour se rendre à Rome, pour poser sa pierre au diadème de la Reine des Gieux, et entendre proclamer ce dogme appelé par ses vœux ardents et par ses votes de docteur et d'évêque. n entend sortir de la bouche infaillible de Pierre, parlant par Pie IX, cet oracle désiré, et il se retire alors content et joyeux : il peut mourir, il a vu le triomphe de la Vierge immaculée, il a gagné sa bataille. Au sortir de l'Eglise, un de ses diocésains le rencontre et lui exprime la joie de le voir : • Et moi aussi, répond le pieuxet doux prélat, j'ai vu ce que je désirais tant, et je suis venu mourir ici. — Ohl non. Monseigneur, la sainte Vierge va vous guérir! — Si Marie conçue sans péché' veut me guérir, je retournerai dans mon diocèse pour y

proclamer sa puissance et sa bonté ; mais je peux bien mourir ici ; il ne serait pas mauvais de mourir ici. »

Cet évêque des anciens temps, c'est un évêque français, c'est le vénérable évêque du Mans, le docte théologien, Mgr Bouvier, qui ne craint pas d'affronter une mort presque certaine plutôt que de manquer à rappel du Souverain Pontife, au rendez-vous de la sainte Vierge elle-même. Après avoir lout vu, il ajoute : // ne serait pas mauvais de mourir ici. Réjoui du spectacle de la solennelle glorification de Marie, il lui semblait que rien de beau ne pouvait plus flatter sed yeux, si ce n'est la vue de la Jérusalem céleste. Dieu l'y appela le 29 décembre. Il mourut dans le palaid même du Quirinal. Pie IX fît célébrer ses obsèques, à Rome, avant le départ de ses restes pour sa ville épîscopale.

Le lendemain du 8 décembre, Sa Sainteté Pie IX, dans un nombreux consistoire, prononce une allocution d'une portée immense, où il prend â tâche de signaler, pour ainsi dire, tout le fruit qui doit résulter pour TEglise de la solennelle définition du privilège de Marie. Le Saint-Père, dans ce grave document, trace d'un vigoureux coup de pinceau l'état des esprits, les erreurs qu'il faut surtout combattre, les obstacles qui s'opposent au progrès de la foi dans les âmes, et les moyens de vaincre les fausses doctrines et de surmonter les difficultés.

€ Nous avons toujours à gémir, s'écrie l'Oracle du ciel, sur l'existence d'une race impie «l'mcrédules qui voudraient, s'il était possible, exterminer tout culte religieux. Néanmoins, il y a dans les esprits une certaine

354 riISTOIRE DB PIE IX BT DE SON PONTIHCAT.

disposition à se rapprocher de la religion et -de la foi, provenant du souvenir des excès produits par Tincrédulitc du dixhuitième siècle; des horreurs dont la révolution sociale et antichrétienne menace toujours le monde ; de rcclaiante perpétuité de l'Église qui attire à elle tous les yeux au milieu des ombres des opinions humaines ; enfin de TEsprit divin qui sourfle où il veut. Cepen<lant, bien des obstacles se dressent encore devant Us esprits égarés par l'incrédulité pour empêcher leur retour à la foi : chez les puissants^ la confusion des deux puissances; chez les savants, le rationalisme qui, pour être affaibli, n'est pas encore vaincu ; chez le plus grand nombre, Tindifférence religieuse prônant celte maxime insensée que le salut est dans toutes les religions. »

Le rationalisme, source de toutes les erreurs modernet:, a reçu un coup mortel dans la proclamation du privilège de Marie. Sa Sainteté Tatteste : « La grandeur de ce privilège, dit-il, servira [puissamment à réfuter ceux qui prétendent que la nature humaine nV pas été détériorée, par suite de la première faute, et qui exagèrent les forces de la raison pour nier ou diminuer le bienfait de la religion révélée. Fasse enfin la bienheureuse Vierge, qui a vaincu et détruit toutes les hérésies^ que ^it aussi entièrement déracinée et eifacée cette pernicieuse erreur du rationalisme^ qui, à notre malheureuse époque, ne tourmente pas seulement la société civile, mais qui afflige encore si profondément TÉ— glise. »

Les armes que le Saint-Père recommande contre ces

erreurs, pour les ruiner et les dissiper entièrement, sont le zèle, la charité et surtout Tunion des esprits, des cœurs et des forces spirituelles dans rÉglise, et sur ce dernier point le Saint-Père dit : « Pour que nos efforts en faveur de TÉ^Mise aient d'excellents résultats, la concorde la plus parfaite et Tunion des esprits sont indispensables; il faut éloigner toute espèce de dissensions ; elles brisent le lien de la charité, et le perfide ennemi du genre humain ne manque pas de les fomenter, sa-» chant bien quel secours elles lui prêtent pour faire le maL Rappelons-nous les défenseurs de la foi catholique dans les temps anciens ; ils triomphèrent des hérésies les plus opiniâtres, parce qu'ils descendaient dans Tarène, intimement unis entre eux et avec le Siège apostolique, comme des soldats avec leur chef. >

Le fondement de toutes les espérances du pieux Pontife, c'est la médiation toute-puissante de la Vierge qui vient d'être proclamée Immaculée : c Dieu protégera son Église, il favorisera nos vœux communs, surtout si nous recourons à Tintercession et aux prières de la Très-Sainte Vierge Marie, Mère de Dieu, que nous avons en votre présence, à notre grande joie et à la vôtre, proclamée exempte du péché originel... »

Dans ce même consistoire du 9 décembre, après la lecture faite par le Souverain Pontife de rAllocufion dont nous venons de parler, le cardinal de Bonald, archevêque de Lyon, adressa au Saint-Père, au nom de tout TÊpiscopat, des paroles de remerciement que Thistoire doit recueillir :

356 bistoiri^ dl£ pib ix et de son pontificat.

« Très-Saint Père,

« PermelleZ'ïnoi de rendre grâces à Votre Sainteté de rbonorable et magnifique hospitalité qu'elle a daigné accorder aux Ëvêques accourus pour déposer à ses pieds rbomnnage de leur profond respect et de leur dévouement. J'ose dire que les Évêques étaient dignes de cette marque de bienveillance par la soumission absolue qu'ils portent à vos décisions. Oui, ô Sainl-Père! dans voire autorité nous vénérons Tautorité même de Jésus-Christ, et dans vus paroles nous entendons la parole de la vie éternelle. Devant les décrets portés pour le monde catholique tout entier, nous inclinons noire front, comme devant l'oracle de Celui qui a promis d'êti-e toujours avec son Église. Noire reconnaissance éclatera dans les prières que nous ferons pour votre félicité, pour la prospérité de vos travaux apostoliques et pour la tranquillité de vos États. »

Le Saint-Père répondit à Talloculion de Son Émioence avec celle éloquence spontanée qui chez lu coulait de source, montrant combien lui étaient doux et chers les sentiments exprimés nu nom de tout l'Épiscopat catholique.

En souvenir de la grande solennité du 8 décembre, le Saint-Père fit frapper deux cents médailles d'or, représentant, d'un côté, l'image de la Vierge Immaculée avec cette inscription : Honorificenliapopulitui^ et de l'autre, la légende suivante indi(|uant la provenance métallique de ce pieux objet : Ex primitiis auri Ausiraliœ^ Beatœ Mariœ Virginisine labe conceplœPius IX. {Des prémices

HISTOIRE D£ PIC IX ST Dfi 8321 PONTIFiCAr, 357

4^ Tor d'Australie, Pie IX à la B. V. Marie conçue sauf péché.) 11 remit une de ces médailles à chacun de8 iévêques présents à Rome^ en cette circonstance.

Pie IX profita de la présence des cvêques à Rome pour accomplir une autre cérémonie réservée pour celte circonstance, savoir, la consécration de la basiliquç de Saint-Paul extra-muros. On sait que, pendant la nuit du 15 au 16 juillet 1823, le feu avait pris dans la charpente de cet édifice qui se trouva consumé en peu d'instants. Léon XII, Pie VUI, Grégoire XVI et Pie IX, aidés des souscriptions du monde catholique, travaillèrent à sa réédification. Lors de la définition de rimmaculée Conception, grâce au redoublement d'activité que Pie IX avait imprimé aux travaux, Toeuvre était assez avancée pour que le Saint*Père en pût f^ire la dédicace. Il tenait à ce que les nombreux diocèses dç la catholicité qui avaient contribué à la reconstruction et à rembellissement de Tédifice, assistassent à celte so* lennellc consécration, dans la personne de leurs Pontifes. La cérémonie eut lieu le 1 0 décembre, surlendemain de la promulgation de la bulle dogmatique, avec une solennité telle que rarement le monde en vit une pareillci si Ton songe à l'imposant concours de cardinaux et d'évêques qui relevaient, dans cette circonstance, la majesté du Pontife consécrateur, c'est-à*dire du Saint-» Père lui-même. Sur la demande des religieux de la con^-. grégation du Mont-Cassin, préposés à la garde de cette célèbre basilique. Pie IX ordonna par un décret que le souvenir d'un si grand événement fût inscrit dans le Martyrologe ei dans le bréviaire romain, le 18 no -

358 HlSTOIItB DB PIE IX ET DB SON PONTIFICAT.

vembre, jour où l'Église fête la dédicace des basiliques de Saint-Pierre et de Saint-Paul.

A partir de la grande solennité du 8 décembre, Rome fut dans une fête continuelle. Le triomphe de Marie fut célébré à Rome pendant une année entière. On compta cent cinquante fêtes, dont la première fut célébrée à Saint-Pierre, et la dernière dans la basilique de Saint- Jean de Latran. Ainsi, on vit successivement presque tous les temples, les instituts religieux, les corporations pieuses, les congrégations, les universités, les académies solenniser la promulgation dogmatique, et, par de splendides illuminations et avec une pompe digne delà cité sainte, concourir à la glorifie a!ion de la Reine conçue sans péché. Au terme de cette succession non interrompue de solennités sans égales, le cardinal vicaire, annonçant aux fidèles Romains, dans une Invito sacro^ la fête qui^ au jour anniversaire de la proclamation, allait être célébrée à Saint-Jean de Latran, comme la dernière strophe de celte hymne incopiparable de louanges et d'actions de -grâces, pouvait dire, aux applaudissements de Rome entière : c II convenait que cette grande fête, qui a commencé au Vatican, eût son dernier écho dans la basilique de Latran, cathédrale du Souverain Pontife, et que cette église, la Mère et In Tête de toutes les autres, laissât aux fidèles la liberté d'oiïrir avec enthousiasme à la Mère Immaculée de Dieu, toutes leurs hymnes de louanges et de bénédictions dans toutes les autres églises, et que, venant ensuite recueillir toutes ces oOrandes de pieté, elle en formât comme une guirlande a présenter à notre Mère Immaculée. >

Le monde cotholique tout entier accueillit avec des transports de joie et de reconnaissance la définition du dogme de rimmanulée Conception, et le chant du Te Deumj entonné le 8 décembre dans la basilique Vaticane, se répéta dans toutes les églises de la catholicité. Les illuminations de la coupole do Saint-Pierre s'allumèrent comme par un courant électrique dans tous les Etats, dans toutes les villes et jusque dans les moindres villages de la chrétienté ; et Tallégresse du peuple de Rome parut être cette source féconde de l'Eden qui portait, dans toutes les directions ses flots purs et limpides. Avec celte explosion de fêles et de solennités, aussi diverses dans leurs formes que semblables dans leur signification, on a vu germer de toutes parts une immense floraison de monuments, d'autels, de chapelles, d'églises, de statues, destinés à perpétuer le grand acte du 8 décembre (I), et a redire aux âges futurs les pieux transports éclos au cœur du dix-neuvième siècle, lors de la promulgation du glorieux privilège de la Mère de Dieu.

Plusieurs volumes ne suffiraient pas au récit de tout ce qu'inspira aux enfants de Marie, dans les diverses contrées du mcfhde catholique, la définition de l'immaculée Conception. Contentons-nous de dire un mot de deux ou trois monuments hors ligne qui furent érigés à cette occasion.

(l) L'auteur de celte histoire, le 10 décembre 1854, à Thenre même où Sa Sainteté consacrait la basilique de Saint-Paul hors des murs, bénissait, sous le vocable de VImmaculée-Conception, une chapelle nouvellement érigée, dans un humble hameau de sa paroisse, au diocèse de Meaux.

300 HISTOIRE DB PIE IX ET DE SON PONTIFJGAt.

La splendide colonne de rfmmaculée- Conception, qui décore la place d'Espagne, à Rome, fut le produit des offrandes de toutes les contrées du globe. Le roulage et la pose de cette satue colossale ne furent pas moins touchants qne son but et son origine.

L'opération du ooul.gi' fut exécutée dans une dépendance du palais du Vatican donnant sur la cour du Belvédère. S. E. le cardiral Aiitoneili, sccn'taire d'Etal, était présent, ainsi que S. Ex. Mgr Milesi Pironi Gonzaga, ministre des travaux pub ies, et avant Touvertiire des fourneaux, le Saint-Sacri ment avait été exposé dans réglise voisine de Sjinle-Anne des Palefreniers, afin d'appeler la bénédiction de Dieu sur l'œuvre difficile qui allait s'accomplir. Les célèbres fondeurs romains, de Rossi père et fils, avaient la direr.tion des travaux; et pendant toute la durée du coulage, le profond silence -des assistants n'était interrompu que par la récitation des litanies de la Sainte- Vierge, aux |uelles répondaient gravement les ouvriers. La fonte réussit à merveille, grâce à la bonne disposition des appareils, à l'exactitude du moule et à Tactivité déployée par les maîtres fondeurs.

Le travail terminé, assistants, artistes*et ouvriers se rendirent à IVglise Sainte-Anne, où la bénédiction du S iint-Sacre;nent fut donnée en action de grâces d'une Opération q l'on pouvait appeler elle-même une fêle artistique, digue à la fois et de R )me et de la Vierge dont cette fetalue devait annoncer la gloire à tous les siècles. Dans tel pays, le succès d*une entreprise de cette sorte est célébré par des libations; a Rome, il

HISTOIRE DB PfB IX B7 DB SON PONTIFICAT. 361

le fut par la prière. Qu'elle est touchante cette récitation des litanies psalmodiées par les ouvriers autour de ces fournaises ardentes d'où allait sortir Timage de la Reine du ciel et de la terre !

Ce chef-d'œuvre représente la Vierge tenant une main levée au ciel et Tantre abaissée vers la terre, et pantissant solliciter nos vœux et nos prières pour les transmettre n son divin Fils. C'est Pie IX lui-même qui traça, dit-on, à r:irtiste la pose qu1l convenait de donner à la statue, et le modèle, devenu aussitôt populaire, fut reproduit en stutueites de toutes les dimensions, en marbre, en bronze^ en albâtre, etc., dont il se fit à Rome un débit considérable.

La colonne destinée à porter la statue de la Vierge Immaculée fut tirée d'un précieux monolithe de marbre antique, trouvé à Rome au temps de Pie VI, et d'un travail non achevé. On y mit la dernière main, et on la dressa sur son piédestal orné des statues en marbre blanc des quatre grands prophètes. Sur la colonne fut placée la statue, et le tout se trouva terminé pour la fête de la Nativité de Marie, 8 septembre 1857, jour fixé pour l'inauguration solennelle du monument.

Ce jour-là, le Samt-Père, après la chapelle Papale tenue, selon l'usage, à Sainte-Marie du-Peuple, partit en voilure de f^ala, à onze heures, pour se rendre au palais de Tambassa le d'Espngne, siiué vis-à-vis du monument. Sur tout le parcours du cortège, les troupes françaises et romaines formaient la haie.

C'est du haut d'un tronc, et dans une vaste galerie, construite pour la circonstance, en face du palais, que Sa

Sainteté, entourée des cardinaux et d'un grand nombre de prélats, inaugura le monument par une bénédiction solennelle. II bénit ensuite la multitude des fidèles qui se pressaient sur la place et dans les rues adjacentes. Le corps diplomatique et l'élite de la société romaine étaient placés aux deux extrémités de la galerie. La fête se termina, le soir^ par l'illumination de toutes les églises, des édifices publics et de presque toutes les maisons particulières.

Après Rome et l'Italie, ce fut la France, croyonsnous^ qui témoigna par les plus splendides manifestations l'allégresse filiale dont la comblait la glorification de sa divine. Reine (Regnum Galliœf regnum Mariœ). Aussi f^t-elle favorisée, depuis, à plusieurs reprises, des visites mystérieuses de cette Reine céleste.

Déjà trois mois après l'élection de Pie IX, le 1 9 septembre 1846, à la veille de la crise imprévue de 1848, Marie, npparaissnni à deux jeunes pâtres des Alpes, les avait faits, auprès de son peuple de France^ les missionnaires de sa tendre sollicitude.

Puis, trois ans après les fêtes religieuses de TlmmaculéeConception, en février 1858, c'est encore à la France que celte Mère de la grâce divine^ dans une nouvelle et plus mémorable apparition, aux monts Pyrénéens, se pare devant ses enfants de son glorieux attribut : Je suis Vlmmaculée^Concèption !

Les pèlerinages, aujourd'hui si populaires de la Sa* letteet de Lourdes, ont été, comme Ton sait, honorés des témoignages de la foi, de la confiance et des largesses de Pie IX. Le plus éclatant de ces témoignages, ce

fut réfection, par son ordre, dans les jardins du Vatican, d'une grotte semblable à celle de Lourdes ; et c'est là que Fauguste captif, dans ses heures d'angoisse, allait implorer la Vierge Immaculée.

Cest aussi en faveur de la France que Marie se plut particulièrement à déployer cette puissance qui la fait proclamer par TÉcriture et pzrVEgWse puissante comme une armée rangée en bataille. Peu de temps après Tannée bénie de 1854, Tarmée française, sous la protection de Celle qui est appelée le fléau des hérésies, triomphait de Thérésie et du schisme, sous les murs de SébastopoK

A cetle époque, le pieux évêque du Puy, Mgr Mor- Ihon, méditait de compléter Tanlique et célèbre pèlerinage de Notre-Dame du Puy par l'érection d'une statue colossale delà Mère de Dieu sur le rocher Corneille, qui domine la ville et toute la contrée. Celte statue devait être en même temps un monument commémoratif de la victoire de la France et de la définition de rimmaculée- Conception. Cette pensée du vénérable prélat n'aura rien de surprenant si l'on se rappelle que Notre-Dame du Puy portait aussi le nom de Notre-Dame de France, et que le Pape saint Léon IX disait de son sanctuaire : Nulle part^ en France, Marie ne reçoit plus de vénération et d* amour.

Le long siège de Sébastopol fournit à Mgr Morlhon une inspiration digne de sa grande foi. Le 5 septembre 1855, admis à l'audience de Tempereur Napoléon III, il demande résolument à Sa Majesté, pour l'exécution de son projet, les canons russes de Sébastopol. Le mo-

36 i HISTOIBE DE PIE IX ET DE SON PONTIFICAT.

narqne se montre clonnc qu'on vienne rérlamer le butin d'une piore (|ui tient plus que janinis. Sire, léplique révêque du Pny, les promeif(Z- vous à la Reine du ciel, si la pince surcombe? — Je les promets, repond le chef de TÉiat. — Hé bien ! Sébastopol est à nous !

On sait qu'en effet, trois jours après, le 8 septembre, fêle de la Nativité de la Saînle-Vierge, le drapeau français floitait sur la citadelle de Sébastopol.

L'empereur se souvint de sa promesse. Quelques semaines plus tard, l'évcque du Puy prenait livraison des canons russes à Givors. Ces canons, au nombre de deux cent tre ze portaient la marque authentique de leur cri" gîne : l'aigle russe et le nom du fondeur.

Ces tonnerres de bronze^ inventés pour la destruction des hommes^ comme disent nos orateurs sacrés, ne pouvaient avoir Onalement une destination plus pacifique et plus digne de louange. L'approbatio i de Pie IX ne se fit pas attendre. Informé par Mgr Moribondes premiers succès de son entreprise, il s'empressa de l'encourager par deux brefs successifs. Dans le second, daté du 1 1 février 1856, nous lisons :

<E Vous nous parlez de nouveau de la Slatue colossale de rimmaculée Concep:ion de la très-sainte Vierge Marie, Mère de Diou, qui do t être érigée au Piiy, et vous Nous faites savoir avec quel empressement Notre trè. -cher fils Louis-Napoléon, empereur des Frar.çais, son augusie épouse, la famille impériale, un très-grand nombre tant de prélats français que d'ecclcsiasli«|ues de divers diocèses, les supérieurs des communautés religieuses et toutes les écoles des Frères de la doctrine

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chrétienne se font un honneur de contribuer: selon leurs moyens et de tous leurs efforts, à réieclion de ce moi ument destiné à honorer l'Immaculée Conception de la Mère de Dieu.

€ Nous avons éprouvé une bien grande j^îe, véncrab'e Frère, en apprenant raccroisseinenlconlijiu delailévotion à la très-g'orieuse Vierge, et rien ne pou\aii Nous être plus agréable, ni plus conforme à nos vœux. C'est dune de grand cœur que, conformément à voire désir, par les présentes lettres, de notre autorité apostoliejtie et dans la forme ordinaire de l'Église, Nous-.ac^'onlons avec bonté unelndulgt'ncedecent jours à tous et A chacun des fidèles des deux srxes, qui, de qnt'lque manière que ce soit, coniribiieront à Tcrection de ladite Statue rie l'Immaciilée Vierge Marie, ou bien qui, api es son érection, la salueront dévo!ement en r'citant la piière : a 0 Marie corçiie sans prehé, priez pour nous .... i>

Pour conduire IVntreprise à bonne fin, il fallait trouver en n ême temps un artiste capable et des fonds suffisants. Mgr Morlhon ouvrit simurianément un concours artistique et une souscription nationale.

Ce fut M. Bonassieu, scu pteur du département de la Loire, et grand prix de Rome, qui, sur cinquante-deux concurrents, obintle premier prix hors ligne du concours. L'architecte fut M. l'ahbé Eynac, curé de Saint- Laurent du Puy, et te fondeur M. Prenat, de Givors.

La double pensoe, religieuse et patriotique, qui présidait à cette entreprise fit abonder les souscriptions. En tête de la liste figuraient ré\ê.|ue du Puy pour 10,000 francs, Tempereur 10,000 francs, Timpératrice

2,000 francs. Uélan général pour Tœuvre de Notre- Dame de France fut aussi vif que généreux. De tous les côlés affluaient des encouragements et des oflrandes. En peu de temps les sommes recueillies dépassèrent 200,000 francs.

La slatue de Noire-Dame du Puy sur Corneille fut donc un monument élevé par la France entière comme un ex-voto gigantesque à Marie Immaculée, protectrice de la France. Elle fut inaugurée le 12 septembre 1860.

On pourra se faire une idée de l'effet grandiose de cette statue incomparable, si Ton songe qu'elle a 24 mètres d'élévation avec le socle, et que le rocher d'où elle domine toute la contrée s'élève à 754 mètres audessus du niveau de la mer. Elle se compose de 1000 pièces difl'érentes et pèse 680,000 kilog. Sa tête seule a l^SO de diamètre, et chacun de ses pieds 1°'90 de longueur. On monte dans Tintérieur par 107 degrés, partie en escalier, partie en échelle de fer, jusqu'à la couronne qui orne la tête virginale. Marie est représenlée debout, tenant l'enfant Jésus sur son bras droit, et foulant aux pieds le serpent infernal. Cette statue est, sans contredit, par ses dimensions, par les proportions de l'ensemble, le fini du travail, l'élégance de la pose et le choiv de rem[)lacement, le plus beau monument en ce genre qui ait été érigé en l'honneur de l'Immaculée Mère de Dieu. En fait de statue, celle de Saint-Charles, à Milan, peut seule lui être comparée.

C'est encore au Puy que fut conçue l'idée d'un autre monument dont il nous reste à dire un mot, celui de M, l'abbé Sire, de la communauté de St-Sulpice.

M. l'abbc Sire, rhonneur de sa pieuse communauté, était à répoque dont nous parlons, professeur au grand séminaire du Puy. Il se mit à collectionner, avec un labeur de bénédictin, tous les documents historiques et théologiques relatifs à In défmilion dogmatique de rimmaculce Conceplion : 400 volumes! En 1860, il offrit celte immense et précieuse collection à Notre-Damedu-Puy, le jour même de l'inauguration de Notre- Dame de France.

Deux ans plus tard, au mois de juin 1862, Mgr Mor- Ihon^ se trouvant à Rome pour la canonisation des martyrs japonais, dédia cette même collection au Saint-Père, en lui annonça nt que le jeune et laborieux ecclésiastique qui en était Tauteur, avait commencé une autre œuvre non moins importante, la traduction de la bulle Ineffahilis dans les diverses langues du monde. Sa Sainteté applaudit à cette seconde entreprise, comme à la première, et daigna bénir en même temps Tœuvre et Touvrier. Le savant professeur passa alors, avec son projet, du grand Séminaire du Puy au Séminaire de Saint-Sulpice à Paris.

Encouragé successivement par plusieurs Brefs pontificaux, M. Tabbé Sire poursuivit avec ardeur un travail hérissé de difTicultés presque insurmontables. En 1866, invité par Pie IX lui-même au dix-huitième centenaire de saint Pierre, le pieux abbé se rendit à Rome, emportant avec lui, selon le désir de Sa Sainteté, tout ce qui était achevéde la collection, c'est-à-dire soixantevolumes.

A la vue de ce travail qui dépassait son attente, Pie IX déclara qu'il placerait cette collection, non dans la

Bibliothèque Vnticane, comme il en avait le projet, mais dans ui>e sa!!e spociale du Vatican, qui serait appelée : Salle de VImmaculée Conception. C'est alors que M. Tabbé Sire deman^la au S;«iui-Père la permission de faire Tajre et d oflrir à Sa Sjinleté un meuhie artistique propre à recevoir tous les volumes de la traduction polyglotte.

Dès lors Tœuvre du célèbre sulpicien, louée par le Pape, admirée par les évêiues, et exposée publi«juement à Rome, revêtit le camcière d'une œuvre recommandée à tous les catho!ijues, et les souscriptions se multiplièrent.

Au bout de quinze années de travail et d'efforts persévérant^, l'œuvre se trouva terminée dans son entier, volumes et monument.

Les volumes étaient au nombre de cent dix, contenant quatre cents traductions manuscrites delabullein^^afri/M. Ces volumes reliés et ornementés offraient un modèle de tous les arts qui distinguent chaque nation. L'or, l'argent, les pierres précieuses, les émaux, les mosaïques y rivalisent avec les miniatures et les chefs-d'œuvre de la calligraphie. Le tout forme un ensemble de beautés et de ri( basses vraiment digne de la Mère de Dieu. Le dernier volume contient en latin et en français la constitution dogmati juedu Concile du Vatican sur V Infaillibilité pontificale, hommage délicat rendu au Pape par cette France qui avait été le berceau de la funeste erreur fiappée à mort par ic Concile.

Le m^ub/e^ c'est à -dire, la bibliolhè]ue destinée à recevoir ces spleadides volumes, est un véritable chef-

d'œuvre où les bois rares, les mnrbrcs précirux, le métal doré, les émaux, les porcelaines, les mosîu.|ues, la peinture sur cuivre, la sculpture, robénisterie, la ciselure ont apporté leur plus riche tribut. Ce meuble a la forme générale d'une grande table, de fi mètres de long

bibliuibeque de rimmaoulée Conception au Vaiicuu (i),

sur 2 de large et 3"',90 de haut, avec deux avant-corps au milieu pour rompre la monotonie d'unetrop longue ligne. Cette table e^t soutenue par trente-deux pieds aux formes

(1) Ce meuble artistique, envoyé de Borne à l'exposition universelle de 1878, à Paris, fut au milieu do tant de chefs- l'œuvre, ua des objt'ts les plus remarqués et les plus admirés. Nous devons à Tohli^eance f^racieuse de M. Ctinstoptile cette gravure du spleodide monument, dont il fui en môme temps rarchitecte et le principal décorateur. Le fini du travail lui mériti, à lui et à ses collaborateurs, à la fin de i'exposi ion, le prix d'iiQuueur et d'autres rteompenses exceptionueiles.

éléj^antes, et surmontée d'une large vitrine à deux éloges destinés a renfermer les cent dix volumes, qui sont tous posés à plat, les uns ouverts, les autres fermés, laissant voir ainsi les plus beaux dessins et les plus belles reliures*. Sur les différentes parties de ee meuble grandiose se remarquent, artistement combinés, des écussons, des mosaïques, des tableaux, de riches porcelaines, qui ont tous une signifîcalion en rapport avec la destination de l'objet.

Le centre de la bibliothèque forme une coupole, image de notre globe terrestre, sur lequel est placée, conime sur son piédestal naturel, une élégante statue en ivoire, émail, or et argent, de VImmaculée de Lourdes, riche don de Mgr Langénieux, alors évêque de Tarbes, aujourd'hui archevêque de Reims.

Des personnes de tout rang, de toute condition, de tout pays, évêques, prêtres, religieux, des princes, des souverains et souveraines, des pèlerinages, des communautés, des familles^ d'illustres artistes ont concouru à rédification de ce superbe monument que Pie IX a appelé Vun des plus éclatants témoignages de CUnité catholique, Vune des plus splendides pages de rhistoire de V Église et Vun des plus précieux trésors du Vatican.

La réception officielle du meuble et des volumes eut lieu solennellement, . le 11 février 1877, jour anniversaire de la première apparition de Notre-Dame de Lourdes. Les salles du Vatican étaient remplies d'un grand nombre de visiteurs privilégiés. Un peu après midi, le Saint-Père sortit de ses appartements, entouré d'un grand nombre de cardinaux et de prélats, parmi

HiSTOlnE DE PIB !X ET DE SON PONTIFICAT. 3?1

lesquels on remarquait Mgr Langénieux. D'illustres personnages laïques faisaient aussi partie du cortège, entre autres M. le baron Baude, ambassadeur de France près le Saint-Siège. Les yeux s'arrêtaient aussi sur M. l'abbé Sire, le promoteur de ce glorieux monument. La garde noble fermait la marche. Le Saint-Père, suivi de cet imposant cortège, se rendit dans la vaste Salle de r Immaculée- Conception, parcourut, accompogné de M. Tabbc Sire, auquel il avait daigné oflrir son bras, les diverses parties de la célèbre bibliothèque, examina, avec complaisance, toutes les parties d'un monument (|ui allait transmettre dans toutes les langues aux âges futurs, l'oracle divin proclamé par sa bouche, et il donna au modeste ecclésiastique, des félicilations et des éloges : douce récompense de près de vingt années de labeurs.

Au moment de se retirer, il se recueillit un instant, et d'un ton grave et majestueux,. il ajouta: Voilà une grande journée que nous devons à la Sainle-Vierge et à la France! J'aime à croire que la Mhre de Dieu est ici avec nous et qu*Elle est contente^ qu'Elle regarde avec complaisance ce qui a été fait pour Elle. Avant de nous séparer^ demandons-lui tous .sa bénédiction^ pour Moi d'abord^ puis y pour Vabbé Sire et enfin pour la^ France. Et alors, levant ses bras au ciel, il fit cette prière : Nos cum proie Via benedicat Virgo Maria I

Notons, en finissant, une particularité digne de remarque. D.ans un discours, l'abbé Sire avait dit au Saint- Père : Puisse ce monument que je mets à vos pieds ^ rester inviolable dans un palais si menacé t Pie IX, ému jusqu'aux larmes, répondit avec assurance: Celle dont

VOUS rrC apportez Vimage nous gardera ! Pie IX était prophète à ses heures. Reine Immaculée, écrasez la tête du serpent italien I

Celle dont vous m'apportez Vimage nous gardera. Le pieux Pontife savait en qui il mettait sa confiance, scio oui credidi. Cette confiance ne saurait être trompée. Marie a été, on peut le dire, la fidèle gardienne de Pie IX. Pie IX et le monde en eurent un nouveau et éclatant tomoignnge, peu de tem[>s a[>rès la proclamation . du glorieux privilège de la Mère de Dieu.

Le r2 avril 1855, juste cinq ans jour pour jour après son retour triomphal à Rome, Sa Sainteté monta en voiture pour aller \isiter la catncombe nouvellement découverte, hors de Rome, et qui contenait le tombeau de saint Alexandre I*"", pape et martyr.

Le Souverain Pontife était accompagné d'une suite nombreuse de cardinaux et d'autres prélats, de généraux et d'employés supérieurs, entre autres du cardinal Schwjrizembcrg, du cardinal patriarche de Lisbonne, de l'archevêque de Vienne et des princip lux prélats étrangers en ce moment présents à Rome, sans compter quel(|ues membres importants du sacré-coIlége et de la prélaîure romaine, tels que le cardinal Antonclli, le cardinal Patrizi, vicaire de Sa Sainteté, le cardinal Mariiii; le cardinal d'Andréa, Mgr Birnabo, secrétaire de la Propagande, Mgr Berardi, substitut de la secrétairerie d'É at, etc. On avait préparé le diner du S.iint- Père au couvent de Sainte- Agnès, qui est à moitié chemin, et Sa Sainteté avait invité à sa table, entre autres personnages de distinction, le général français de Mont-

réal, et le général Hoyos, qui commandait la garm'son autiiihienne à Ancône.

Le cortège prenant la voie Nomentane sortit par la porte Pia, passant devaitt la superbe église de S.iinle- Agnes. A une lieue et demie de la porte se trouvait la caaconibe nouvellement docouv r esur un terrain appartenant à la Propagande. C'est pour(]uoi tous les professeurs et les élèves de cet établissement s'étaient rassemblés là autour du Souverain Pontife.

Pie IX descendit dans les cryptes, se prosterna avec émotion devant les restes vénérés de son saint prédécesseur qui avait répandu son sang pour J'sus Christ, dix-sept siècles auparavant, s'assit sur le siège antique de la vieille chapelle du tombeau, et de là adressa une touchante allocution à ces jeunes élèves, appelés à porter la foi, au péril de leur vie, jusqu*aux extrémités de la terre.

Ensuite, quittant ces lieux vénérés, le Saint-Père, toujours suivi de son illustre et nombreux cortège, se rendit à Tégiisc Siinle-Agnès. C'est un des plus anciens sanctuaires de Rome, pourvu de richesses et de beauté^s artistiques. Pie IX, après avoir aloré le très- saint Sacrement et \éi\éré les reliques de Sainte-Agnès visita toutes les (tarties de ranti({ue basilique et se rendit ensuite au preshytcre qui est un couvent des chanoines réguliers de Lnlran, où le repas frugal avait été préparé.

La collation terminée, le Saint-Père se rendit dans une salle du eouvent. On le fit asseoir dans un fau'euil surmonté d'une draperie disposée en forme de baldaquin. La conversation se prolongeait, il était quatre

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heures. Les supérieurs de la Propagande vinrent supplier Sa Sainteté d'accorder un moment d'audience à leurs élèves qui désiraient lui offrir leurs hommages et recevoir sa bénédiction.

Pie IX accéda avec empressement à ce-pîeux désir, et bientôt plus de 120 personnes se trouvèrent réunies dans la salle.

Tout à coup, la poutre principale qui soutenait le plancher se rompit par le milieu, précisément au point où les élèves de In Propagande se trouvaient agglomérés en masse serrée. Par un bonheur providentiel, les deux portions du plancher, au lieu de s'affaisser subitement, s'abaissèrent assez lentement pour que la chute des nombreux assistants pût s'effectuer sans une trop grande secousse. Ce mouvement fut bientôt amorti, puis arrêté par la présence à l'étage inférieur de tréteaux, de chariots et de lonneaux, qui empêchèrent les deux portions (lu plancher de prendre une direction trop verticale.

Pendant quelques instants un nuage de poussière impénétrable à la vue ne permit pas d'apprécier la porlée de Tcvénement. On aperçut bienlôt au fond d'un souterrain obscur qui régnait sous le plancher brisé, et au centre de l'ciifoncement formé par les deux plans inclinés, une masse confuse de personnes renversées, parmi lesquelles on appelait à grands cris le Saint-Père. Pic IX que le calme le plus parfait n'avait pas abandonné un instant, répondit aussitôt qu'il n'avait aucun mal, et fut bientôt conduit hors du souterrain par Mgr de Mérode. Ce dernier, se trouvant dans la cour au moment du dorordre, et averri du danger par le fracas de l'ébou-

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iement, avait fait ouvrir les portes de l'étage inférieur. On s'occupa aussitôt d'organiser le sauvetage, soit par les issues du souterrain, soit par des échelles qui furent placées le long des plans inclinés.

Le cardinal Antonelli, atteint seulement d'une légère contusion au front, s'échappa par cette voie ; mais, au premier moment, ne retrouvant pas le Pape, il redescendit dans le cnveau à la recherche de Sa Sainteté. Le cardinal Marini avait à la tête deux blessures, heureusement sans gravité. On eut quelque peine à retirer du milieu des décombres le cardinal Patrizzi, le cardinal d'Andréa et le cardinal de Lisbonne^ qui sortirent d'une position très-dangereuse sans aucune atteinte. Le cardinal Schwartzemberg était resté suspendu en l'air sur une planche qui n'avait pas cédé. Son Eminence rendit de grands services par les indications qu'elle donna dans ce moment critique. Le général Hoyos était blessé à la jambe; le général de Montréal paraissait grièvement atteint ; il fut relevé sans connaissance, et le visage couvert de sang, provenant d'une blessure extérieure à l'oreille. Il se remit bientôt, quoique fortement contusionné.

Le Souverain-Pontife^ s'oubliant lui-même, encourageait du geste et de la voix les travailleurs à sauver les cardinaux, les prélats, les officiers, les élèves delà Propagande, ensevelis sous les décombres. Ces derniers se trouvaient les plus maltraités ; tombés au centre, ils avaient reçu le choc do tous les assistants.

La chute avait été profonde, les poutres et les murailles qui s'étaient écroulées sur les victimes avaient T. m. 25

considérablement augmenté ie danger ; cependant personne n'avait péri, personne même n'avait été grièvement blessé. A cette vue, le pape s'écria : c'est un mi^ racle, allons remercier Dieu. Tout le monde lui fit escorte jusqu'à l'église, et Pie IX, d'une voix profondément émue, entonna le Te Deum et fit donner la bénédiction du Saint-Sacrement.

A l'exemple du Souverain Pontife, chacun, dans cette circonstance, regardait comme un miracle le salut de tous. Sur plus de 120 personnes, non-seulement pas une ne fut tuée par les poutres et les masses de pierres qui les ensevelissaient, mais pas une n'éprouva une fracture, ni même une blessure grave, sous cette avalanche de blocs, de madriers, de verres et de débris. Le Saint- Père, par une protection toute spéciale, avait glissé doucement dans sa chute ; le baldaquin suspendu sur sa tête l'avait garanti; il n'avait pas la moindre contusion.

Pie IX avant de quitter ce théâtre éclatant de la protection de Marie, bénit, tous les pauvres blessés de la Propagande, en disant : J'ai confiance dans la Vierge Immaculée ; personne ne perdra la vie. Sa divine patronne n'avait garde de le faire mentir.

Le Saint-Père rentra paisiblement dans Rome. La nouvelle de la catastrophe de Sainte- Agnès se répandit dans la ville avec la rapidité de l'éclair. Sur le soir, une multitude innombrable se rendit au Vatican pour avoir la certitude que le bien-aimé Pontife était sain et sauf; puis^ tout le monde courut aux églises pour offrir au Seigneur un tribut d'actions de grâces.

Le cardinal-vicaire seconda cet élan de la population

en ordonnant des prières publiques dans toutes les églises ; et de leur côté, le Sénat et le Conseil de Rome firent célébrer, dans Téglise de Sainte-Marie d'Ara-C^K, un Triduum solennel d'actions de grâces en l'honneur de rimmaculée-Conceplion. Le Saint-Père s'y rendit en personne, le troisième jour, 1 8 avril, accompagné du collège des cardinaux^ du général commandant en chef de l'armée française et d'autres personnages distingués. A l'entrée et à la sortie de l'église, il fut accueilli par les pieuses acclamations d'un peuple immense qui couvrait la grande place du Capitole, les degrés du palais sénatorial et le versant des collines environnantes.

Pie IX, pour témoigner de sa reconnaissance, voulut convertir la salle où était arrivé l'accident en un élégant oratoire dédié à la Très-Sainte Vierge et à Sainte Agnès. Une commission fut nommée à cet effet, et il fut décidé que ladite salle serait ornée de trois fresques qui représenteraient: ]<> le Pape adressant une allocution aux élèves de la Propagande, dans les catacombes de Saint- Alexandre ; 2* l'écroulement du plancher de la salle abbatiale, et tous les détails du drame qui en fut la conséquence ; 3<» le Te Deum entonné par le Saint- Père en action de grâces, dans la basilique de Sainte- Agnès.

Tous les ans, jusqu'à cette heure, Rome catholique a célébré par des prières d'action de grâces l'anniversaire de la catastrophe du 12 avril 1865.

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