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CHAPITRE IX

PIB IX ET AFFAIRES BELIGIEUSBS DB FRANCB.

Mission divine de la France. ^ Le parti cathoHque en 1848. ^ L'Ère nouveUe, ^ MM. de Montalembert, de Falloux et Thiers.

— La loi sur la liberté d'enseignement. — A?isda Saint- Père.

— Qaeslion des Classiquei ^ Scission entres les évéques. — VUnivers interdit. — Donoso Cortôs et Fabbé Gaduel. — Attitude conciliante da cardinal Donnet. — L. Veoillot à Rome. — Encyclique du 21 mars i8S3. — Livre sur le Droit c<nttumier condamné à Rome. ^ Le Aationalisme et le Traditionalisme, — Phases de la lutte philosophique. — La doctrine traditionaliste dénoncée à Rome. ^ Les Annales de ^losophie chrétienne. — Décret de la sainte Congrégation de VIndew. — Les conciles provinciaux. — La liturgie romaine rétablie en France. — Les écrivains soumis, les auteui^ en révolte. — Assassinat de Mgr Affre. ^ Douleur de Pie IX. — Exécution de Verger.

Jusqu'ici les faits qui se pressaieiit sous notre plume nous ont forcé de rester attaché aux pas de Pie IX sur le terrain des affaires de Rome. Maintenant que le saint Pontife jouit de la paix, au milieu de son peuple, èloi* gnons-nous un instant de ce théâtre de ses combats, de ses épreuves et de son triomphe, pour aller recueillir dans le vaste champ de TËglise les faits intéressant la religion, qui ont composé pourTauguste Chef de rËglise, tantôt une couronne de fleurs, tantôt une couronne d'épines, mais toujours une auréole de gloire.

La première contrée où nous appellent les affaires religieuses, c'est la France.

Saint Rémi, ce nouveau Samuel, qui reçut de Dieu la mission de sacrer le premier roi chrétien du peuple fraoc, dit à Clovis, la veille du baptême de ce prince :

c Apprenez, mon fils, que votre royaume est prédes^ liné de Dieu à la défense de l'Église romaine, qui est la seule véritable Eglise du Christ. Ce royaume sera un jour grand entre tous les royaumes de la terre. H embrassera les limites de Tempire romain et soumettra tous les autres royaumes à son sceptre. Il durera jusqu*à la fin des temps; il sera victorieux et prospère tant qu'il restera fidèle à la foi romaine et ne commettra pas un de ces crimes qui ruinent les nations. Mais il sera rudement châtié toutes les fois qu'il sera infidèle à sa vocation. > (Annal. Baranii.)

Toute l'histoire de France se trouve dans ces paroles prophétiques.

Le pape Grégoire IX confirmait cet oracle^ lorsqu'il écrivait à saint Louis :

c Comme autrefois, entre les tribus d Israël, la tribu de Juda reçut des privilèges tout particuliers^ ainsi le royaume de France a été distingué entre tous les peuples de la terre par une prérogative d'honneur et de grâce.

c De même que cette tribu n'imita jamais les autres dans leur apostasie, mais vainquit au contraire en maints combats les infidèles, ainsi le royaume de France ne peut jamais être ébranlé dans son dévouement à Dieu et à l'Église; jamais il n'a laissé périr dans son sein la liberté ecclésiastique ; jamais il n'a souffert que la foi

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chrétienne perdît son énergie propre... Jésus-Christ Ta pris en possession comme un carquois d'où il tire fréquemment des flèches choisies, qu'il lance avec la force irrésistible de son bras, pour la protection de la liberté et de la foi de TËglise, le châtiment des impies et la défense de la justice. > (Labbe, ColUe. Coneil. tom. XI, p. 366.)

C'est pourquoi la sève catholique est toujours providentiellement vivace au sein de la nation française. On ne la vit en aucun temps plus féconde qu'à la suite de la révolution de 1848.

Alors se réveilla, au cri de la liberté, ce qu'on appela le parti catholique^ expression bien impropre; car, selon la remarque de Mgr Guibert, alors évêque de Viviers {Circulaire à son Clergé^ 2 février 1 853), « Dans un pays où les catholiques sont en petit nombre, comme en Angleterre et dans quelques États de l'Allemagne, on donne cette qualification à une minorité qui combat pour ses droits, encore n'est-ce pas elle qui se la donne, elle la reçoit de ses adversaires. Mais se présenter devant la France catholique sous le nom de parti catko^ lique^ c'est évidemment s'isoler, faire une scission, ou du moins une chose dont on cherche la raison, sans pouvoir la trouver. > Mais cette expression ayant prévalu, nous sommes obligés à regret, nous l'avons déjà dit^ de nous en servir.

Le parti catholique doit sa naissance à la nécessité d'obtenir la liberté d'enseignement, promise par la Charte de 1830 (Art. 69, n* 8), jurée par Louis- Philippe, et toujours refusée par ce roi constitutionnel et

son gouvernement. La lutte, interrompue quelques années, recommença vivement en 1843 et 1844. Alors parurent sur la brèche» dans les Chambres, le comte de Montalembert ; dans la presse, VUnivers^ les Villes et Campagnes^ V Ami de la religion^ et d'autres journaux. Mais le droit revendiqué resta toujours à Tétat de lettre morte.

Ce qui distinguait h parti en question, cette remarque est importante, c'était l'absence de toute hostilité systématique contre le Pouvoir. On admettait 1830 avec sa Charte, son roi, sa dynastie, et Ton se bornait à réclamer du gouvernement la liberté de l'Église. La résolution était formelle de n'aller ni à droite, ni :\ gauche, de ne faire aucun pacte avec le parti légitimiste^ aucune alliance avec le parti révolutionnaire^ ni même avec l'opposition dynastique. On ne tendait pas plus à la réforme électorale qu'au rétablissement de la branche ainée ; on s'abstenait de faire des épigrammes contre la cour : on ne demandait que la suppression du monopole universitaire et la liberté de l'Église.

Sur. les questions religieuses, accord parfait : l'amour de TÉglise sans aucune espèce de réserve; les doctrines romaines sans aucune espèce de mystère; la conviction absolue que le successeur de saint Pierre est le Vicaire de Jésus-Christ, que sa parole est infaillible, que ses décrets sont irréformables, et qu*il a dans l'Église et dans le monde tous les droits qu'il s'attribue.

De là, contre le parti catholique, diverses hostilités qu'il faut constater à leur source. Bostilité des légitimistes, plus ou moins gallicans ; hostilité des gallicans^

plus OU moins légitimistes; hostilité des révolutionnaires, universitaires sans exception; hostilité des universitaires, invariablement révolutionnaires à quelque degré, et qu'on trouvait partout à cheval sur quelque principe anticatholique.

Les champions de l'université et de la révolution reprochaient au parti catholique, comme ils le font encore aujourd'hui, d*être légitimiste, ultramontain, jésuite, rétrograde, etc. L'université avait la parole partout^ écrivait partout, siégeait partout, et partout donnait libre cours à ses invectives et à ses violences ; elle tonnait du haut de son Olympe officiel contre les évêques eux-mêmes, et contre les doctrines réactionnaires qui osaient barrer le chemin à la révolution, à l'esprit moderne.

La révolution de février 1848 jeta d'abord dans le parti catholique un instant d'incertitude et des germes de division. On parla de le supprimer ou au moins de le transformer. Cette opinion fut accréditée par M. de Falloux, déjà très-influent parmi les catholiques. Élu député dans l'Anjou^ son pays natal, il provoqua la dissolution immédiate du Cercle catholique d'Angers, qui n*a jamais pu se rétablir depuis.

Des opinions du moment sortit VÊre nouvelle^ journal fondé par le P. Lacordaire et F. Ozanam, auxquels vint bientôt collaborer le comte de Coux, rédacteur en chef de VUnivers. Le but de celte création était de fournir aux catholiques un organe qui déplût moins à la révolution. Le P. Lacordaire abandonna bientôt la rédaction de la nouvelle feuille qui tomba ensuite^ maU

gré le tolent et l'influence de Tabbé Marel, sous la réprobation des évêques. VÈre nouvelle, en eflet, tendant la main aux républicains purs, plaidait pour Talliance des catholiques avec la démocratie, soutenait la candidature du général Cavaignac^ et, au nom de l'esprit moderne^ représenté par le système parlementaire, menaçait le parti catholique proprement dit. Ce dernier sentit la nécessité de prendre un pied plus ferme dans Tarène. Il était englobé et un peu disséminé dans le grand parti de Tordre qui comptait parmi ses guides M. de Fallonx, dont on admirait le talent, Tactivité, la foi, l'énergie. Mais le parti de l'ordre, sous l'influence des idées courantes, avait un goût de conciliation qui tournait visible aient à la transaction. Au sein de la Constituante elle-même, assemblée froide et inintelligente dans les questions capitales, on voyait parmi les hommes d'ordre ce qu'on nous permettra d'appeler des navettes qui couraient en tous sens pour arriver à. des compromis fallacieux, à des combinaisons éphémères.

En présence de cette fluctuation des partis. Montalembert, subissanll'atteintedu découragement, songeait à s'effacer pour laisser la place Ubre à M. de Falloux; mais on lui fit comprendre que M. de Falloux ne pouvait aucunement devenir le chef du parti catholique, par la double raison qu'il ne saurait ni suivre ce parti dans sa voie^ ni Ten traîner dans la sienne, et que sa retraite serait à la fois le signal des accommoden^ents et du désarroi. Montalembert prit un parti plus héroïque que celui de la retraite, il resta à la Chambre et à la tête des

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catholiques. Mais ne voulant pas être accusé de repousser absolument les idées de transaction, et résolu aussi de ne pas les introduire, il marcha de fait à la suite de M. de Falloux. Cette sorte d'abdication non avouée mais connue fit à M. de Falloux une de ces positions de frontière dont les hommes politiques apprécient l'utilité. Il représentait suffisamment les légitimistes et les catholiques. C'est pourquoi le président de la République, le prince Louis-Napoléon, voulant satisfaire toutes les nuances du parti de Tordre, offrit à M. de Falloux, sous l'inspiration de Thiers, Tàme de toutes les révolutions depuis 1830, le portefeuille de Tinstruction publique. C'était juste le créer grand maître de l'Université. Le parti catholique ne voulait pas entrer dans la redoutable forteresse du monopole par une poterne de secours, mais par une brèche pour la démanteler. Néanmoins, après délibération, les catholiques opinèrent pour l'acceptation du portefeuille.

Faut-il s'étonner de voir, dans cette circonstance, Thiers s'incliner vers le parti catholique ? Mobile sur des erreurs enracinées, il se sentait cependant de la bienveillance pour la religion. Il lui faisait la grâce de l'élever au rang de soeur immortelle de Timmortelle philosophie ! Au fond, la catastrophe de 1848, dont il avait lui-même provoqué l'explosion, sans le vouloir, avait profondément déconcerté sa prétendue habileté, et le socialisme devant lequel il se sentait impuissant lui faisait peur. Il voulait combattre le socialisme en bas par la religion, mais pour que la religion ne devînt pas trop prépondérante, la contre-peser en haut par la philoso-

phie. Dans ce dessein, il aurait volontiers donné le peuple à TÉglise, tout en laissant la bourgeoisie à l'université. Une bonne occasion s'offrait à lui d'abjurer son éclectisme et d'embrasser la vérité; mais pour réaliser cet effort, il manqua ou d'assez de lumière ou d'assez de courage; et il écrivit même, après 1849, des pages dont le christianisme et le Saint-Siège n'ont pas lieu de se féliciter, surtout dans le dernier volume du Consulat et de VEmpire.

Quant à M. de Falloux, devenu ministre de l'instruction publique et des cultes, il différa peu de ses prédécesseurs et de ses successeurs. L'Église lui dut d'excellents évêques. Ainsi l'on vit entrer successivement dans les rangs de l'épiscopat Mgr Foulquier pour Monde, Mgr de Salinis pour Amiens, Mgr Dupanloup pour Orléans, Mgr Pie pour Poitiers, Mgr de Dreux-Brézé pour Moulins ; hommes de foi, de doctrine et de talent. Mais le Ministre négligea de surveiller ses bureaux ; il ne diminua pas les entraves et les vexations dont ils se sont étudiés de longue date à entourer l'action épiscopale. Des prescriptions gênantes et injurieuses, qu'il pouvait abolir par simple arrêté ministériel, sont restées en vigueur ; le nombre s'en est même accru. Sans doute, on abusa de son inexpérience, et il comptait avoir plus de temps. Peut-être aussi que tout occupé de sa grande affaire de conciliation avec l'Université, il voulut éviter de se compromettre comme ministre des cultes. En6n, son passage fut rapide, et l'administration ecclésiastique n'eut pas lieu de s'en féliciter plus que de tout autre Mais. l'Église tout en tière, et la France

catholique en particulier, lui doivent des actions de grâces, et pour l'expédition de Rome due en partie» comme nous l'avons vu, à sa foi courageuse, et pour le triomphe partiel remporté sur le monopole universitaire par la loi de 1850. Ce sont là des grandes œuvres qui laissent dans l'ombre les menus détails.

M. de Falloux n'avait pour ainsi dire accepté le portefeuille ministériel que pour la question de l'enseignement, et là il eut son action distincte et prépondérante ; car, dans les affaires politiques, signalées par de graves incidents, sa conduite ne différa pas essentiellement de celle du cabinet dont il faisait partie.

Depuis la première révolution, la liberté de l'ensei* gnement était une impossibilité légale. Elle demeurait confisquée par les préjugés voltairiens, non moins que par la loi. Le père de famille ne pouvait pas, ne devait pas suri oui confier l'éducation de ses enfants à d'autres maîtres qu'à ceux dont la révolution lui garantissait par son paraphe, la moralité, la discipline religieuse et la science. L'État divinisé était devenu une espèce de dieu Terme aussi sourd qu'aveugle, qui s'élait embusqué dans un camp retranché d'où il ne sorlait plus. Vainement des luttes formidables de tribune, d'éloquentes polémiques avaient retenti dans le monde, pour reconquérir ce droit imprescriptible ; la révolution le gardait, la révolution s'obstinait à le refuser, en se gloriBant d'avoir émancipé le génie de la liberté. Elle se mentait à elle-même. Mais les principes qu'elle avait po^és ne pouvaient manquer de produire leurs conséquences, et le monopole devait tomber comme un fruit corrompu^

L'abattre fut la tâche réservée à la république de 1848.

Nous l'avons dit, le premier soin de M. de Falloux, après son installation au ministère de rinstruciion publique, fut de s'occuper de la liberté d'enseignement. Il s'empressa de nommer une commission pour préparer la loi. Toutes les nuances de l'opinion en matière d'enseignement, même des nuances jusque-là quasi-imperceptibles, y étaient représentées, mais avec un art exquis pour assurer la majorité à la conciliation telle que la voulait le Ministre. A côté de quelques personnes dont l'aptitude n'avait pas encore été soupçonnée, brillaient les illustres du corps enseignant. Cousin, Saint-Marc Girardin, Dubois. La part des catholiques était belle : de Montalembert d'abord, ensuite l'abbé Dupanloup et l'abbé Sibour ; puis MM. de Gorcelles, de Riancey, de Melun, Fresneau, de Monireuil, Cochin, Laurontie, rédacteur en chef de VUniorij Roux-Lavergne, représentant du peuple et collaborateur de VUnivers. On remarquait avec peine quelques lacunes. Pourquoi, par exemple^ aucun évêque n'en fa\sait-il partie quand la prélalure universitaire s'y trouvait convoquée ?

Nous n'entrerons pas dans le récit des longues péripéties de cette grave question. La loi fut préparée, discutée à la tribune et votée, le 15 mars 1850, avec quelques modifications apportées au projet de la commission. Elle consacrait le principe de la liberté de renseignement secondaire, mais elle consacrait aussi la prédominance de TÉtat. Elle fut un objet de contradiction momentanée au* sein du clergé et du parti catholique. Plusieurs évêques la repoussaient; quelques-

uns, comme réminent évêque de Langres, Mgr Parisis, qui avait contribué plus que personne à la préparer, ne l'acceptaient que sous bénéGce d'inventaire.

L'épiscopat français se souvint alors que^ dans les controverses religieuses, il y a au sommet de la hiérarchie un juge suprême qui a la mission de dissiper tous les doutes. Pie IX consulté déclara que Tesprit qui avait présidé à la confection de la loi étant un esprit de transactioni il fallait savoir faire quelques sacrifices. Mgr Fornari, nonce apostolique à Paris» communiqua l'avis du Saint- Père aux intéressés vers la mi- mai. Aussitôt, lesévêques furent unanimes à ne plus rechercher qu'une chose, le meilleur parti possible à tirer de la loi; ils n'hésitèrent plus à entrer dans les conseils établis par la nouvelle législation, et s'efforcèrent d'accomplir avec cette sagesse et ce zèle qui ne se démentent jamais, avec ce respect inaltérable qu'ils portent au Chef de l'Église, les instructions qu'ils avaient reçues du successeur de Pierre. Les fidèles, à leur tour, s'inclinèrent avec 1 abnégation la plus absolue devant la décision du Père commun, dont les oracles sont pour les catholiques la règle irréformable de leur conscience et de leur conduite.

La nouvelle loi, tout imparfaite qu'elle était, porta d'heureux fruits qui justifièrent la prudence du Saint- Père.

Un peu plus tard, la sollicitude de Pie IX pour l'éducation de la jeunesse éclatait encore dans plusieurs documents, entre autres, dans un bref du 19 mai 1851, adressé au comte Mole, président du comité de Tensei-

gnement libre à Paris, et qui avait pris soin de faire connaître à Sa Sainteté la fondation de ce comilé. Le Saint-Père, après avoir félicité le comte Mole» ainsi que les évêques et les laïcs faisant partie de cette salutaire institution, ajoute : c Nous avons la confiance qu'avec Taide de Dieu, tous ceux qui se sont associés à ce Comité, ayant sans cesse devant les yeux le culte de Dieu, l'honneur de notre religion et le véritable intérêt de la société civile, déploieront, chacun sous la direction de son évêque, toute leur influence, tout leur dévouement, tous leurs efforts, pour que, dans toutes les parties de la France, la jeunesse puisse être formée de bonne heure à la piété et à toutes les vertus, recevoir Tinstruction la plus parfaite, se pénétrer de la plus saine doctrine, sans le mélange d'aucune erreur. >

La société religieuse^ aussi bien que la société civile, ressemble assez à une mer exposée nuit et jour aux coups imprévus d'une tempête. Le Vicaire de Jésus- Christ est le divin pilote qui, d'un mot, calme les vents et apaise les flots agités. On en vit bientôt un nouvel exemple dans la bruyante Question des classiques. Cette question fut un orage des plus inattendus; elle souleva tout à coup les esprits, partagea le clergé en deux camps, et passionna outre mesure les champions mêlés à la lutte.

Dans un ouvrage intitulé Le Ver rongeur des sociétés modernes ou le paganisme dans Véducation, l'abbé Gaume, vicaire général de Nevers, exposait qu'une des principales causes de l'affaiblissement de la foi, depuis l'époque de la Renaissance, c'était l'obligation imposée à

la jeunesse d'étudier à peu près exclusivement les auteurs païens, et que par suite^ Télément religieux avait perdu considérablement de son action dans les sociétés modernes. Par la même, Tauteur attaquait vigoureusement l'éducation universitaire qui porte des fruits de mort; car, de l'ignorance ou de l'oubli de la religion on passe aisément au mépris. Peut-il en être autrement qunnd, durant tout le cours de leurs études^ on répèle aux jeunes gens que rien n'est beau dans la littérature, la poésie, la philosophie, l'histoire, les sciences et les ails, que ce qui est d'origine païenne? De là, le mépris delà religion, de l'autorité paternelle, l'apologie delà polygamie, du divorce qui reparaissent dès le commencement du seizième siècle, autorisés par la prétendue réforme, et qui remontent au paganisme. Telle est la cause qui a changé le caractère de la société, substitué la révolte et la haine à Tobéissance et à l'amour, engendré la guerre extérieure et la guerre intestine; un amour féroce de la liberté, un patriotisme faux et sauvage, un despotisme brutal passant tour à tour des mains de la multitude aux mains d'un seul ; un servilisme abject, une tendance marquée au communisme et au socialisme, c'est-à-dire, à la décadence et à la ruine. Telle est la conclusion de la thèse savamment et clairement exposée par le vigoureux athlète ; et son livre eut un immense retentissement, preuve qu'il venait de toucher une plaie véritable. Il proposait pour remède de bannir absolument les auteurs païens des basses classes, et de ne les mettre aux mains des élèves des hautes classes^ qu'après les avoir convcmbicment expurgés.

Il s'en fallut bien que tout le monde partageât les idées émises dans le Yer rongeur. Elles furent le signal d'une polémique vive, profonde, irritante, parmi les catholiques. Mais les adversaires les plus ardents de Tabbé Gaume convenaient aisément qu'il fallait faire un choix parmi les auteurs païens^ et donner aux auteurs chrétiens, trop négligés jusque-là, une place d'honneur dans lesétudes. L'évêque deNevers lui-même fut de ce nombre.

Mgr Dupanloup, qui occupait depuis trois ans le siège d'Orléans, et que plusieurs estimaient très-compéten^ dans la question^ se hâta de prendre fait et cause pour les auteurs profanes.

Dans une lettre du 19 avril 1852 aux supérieure et professeurs de ses petits séminaires et autres ecdésias* tiques j Tardent prélat s'applique à réfuter la thèse de l'abbé Gaume. Louis Yeuillot, rédacteur en chef de r Univers, se permit de discuter dans son journal les arguments de l'évêque d'Qrléans. Ce dernier, prenant aussitôt non la plume mais la foudre, lance contre la feuille catholique une sentence d'interdit {mandement du 31 mai). Dans cet acte de haute juridiction épiscopale, le célèbre publiciste est accusé dlrrévérence envers la parole d'un évêque, de déloyauté, de calomnie, et l'existence de son journal signalée comme un danger dans l'Église. En conséquence le prélat défend à ses prêtres la lecture de V Univers.

Peu de jours après, parut une lettre de L. Yeuillot

répondant, en termes pleins de déférence, de respect et

de soumission aux accusations portées contre lui : celle

de calomnie^ s'il V avait méritée^ disait-il, déslionarerait T. m. 26

le rédacteur de VUnivers ; si le journal est um ç&uvre sérieusement compromettante^ il ne sera pas nécessaire de déshonorer les ouvriers^ que NN. SS. parlent, et à Vinstant, sans délai, sans hésitation et sans plainte, nws obéirons; ce sera fait en un jour et pour longlemps, Uo tel langage était-il celui d'un sectaire?

Mgr. Clausel de Montais, évêque de Chartres, suivit Topinion de l'évêque d'Orléans et retira son abonnement a VUnivers.

Non content d'adhésions isolées, Mgr Dupanloup soumit à la signature des évéques une déclaration habilement rédigée. Elle contenait les quatre articles que voici:

« I. Les actes épiscopaux ne sont en aucune façon justiciables des jouienaux, mais seulement du Saint-Siège et de répiscopat ;

€ II. L'emploi dans les écoles secondaires des classiques anciens convenablement choisis» soigneusement expurgés et chrétiennement expliqués, n'est ni mauvais ni dangereux ; et prétendre le contraire^ ce serait condamner la pratique constante de tous les évéques catholiques et des plus saintes congrégations religieuses, puisqu'il est de notoriété publique que, jusqu'à ce temps, tous les évéques et toutes les congrégations enseignantes ont admis les anciens classiques grecs et latins dans leurs écoles.

€ IIL L'emploi de ces classiques anciens ne doit pas toutefois être exclusif, mais il est utile d*y joindre, dans la mesure convenable, comme on le fait généralement dans toutes lés maisons d'éducation dirigées par le clergé, l'éfud^ et l'explication des auteurs chrétiens.

€ Vf. C'est aux évêques seuls qu'il appartient, chacun dans son diocèse respectif, et sans que nuls écrivains ou journalistes aient à cet égard aucun contrôle à exercer, de déterminer dans quelle mesure les auteurs, soit païens, soit chrétiens, doivent être employés dans leurs petits séminaires et dans les écoles secondaires confiées à la direction du clergé diocésain. >

Des mandataires de Mgr l'évêque d'Orléans parcoururent clandestinement divers diocèses, principalement ceux du midi de la France, pour proposer aux évêques d'apposer leur signature à ladite déclaration. Le fait est hors dé doute. Nous n'en donnerons pour preuve qu'uae lettre de Mgr l'évêque de Moulins, adressée à Mgr Dupanloup, et datée de Yiehy le 30 juillet 1852. On y lit : Pendant que votre mandataire arrivait à Moulins^ porteur de la déclaration que vous avie% la bonté de pro^ poser à ma signature.... il me semble impossible de vous refuser ce témoignage d'adhésion que vous me demander sans joindre en même temps à mon refus les raisons qui r excusent. Quant aux principes formulés dans les arti-^ cles^ je ne sawais en affirmer la vérité....

Au milieu de ces déhats dont l'importance et la gra* vite ne présentaient rien de rassurant pour la paix de l'Eglise^ plusieurs évêques s'adressèrent à S. Em. le cardinal Gousset, archevêque de Reims, pour lui faire quelques communications et connaître ses vues et sa pensée à ce sujet, afin de pouvoir se diriger sûrement eux-mêmes.

Dans sa réponse datée de Reims le 30 juin 1852, réminent prélat fait remarquer qu'il ne s'agissait point

« d'une question dogmatique, morale ou canonique. Ce n'était donc pas une controverse théologique^ mais une question d'histoire, de pédagogie, de méthode, d'études, de système d'éducation, de toutes matières auxquelles les laïques pouvaient prendre part, aussi bien que le clergé, et au sujet desquelles l'Episcopat peut penser diverse* ment sans se compromettre en rien pour ce qui concerne le dépôt de la foi et de la doctrine, surtout en contenant l'effervescence et arrêtant les écarts de part et d'autre. Après quelques essais, ajoutait le vénérable archevêque, on verra, je l'espère, des prélats favoriser plus ou moins les auteurs chrétiens, en les faisant même dominer sur les auteurs païens, selon qu'ils seront plus ou moins persuadés^ comme je le suis moi-même, que la société, parmi nous surtout, a besoin d'être régénérée et qu'elle ne peut l'être que par une éducation conh plétement chrétienne. La société étant malade, il luifaut un autre régime, un autre système d'éducation que celui qu'on a suivi dans ces derniers temps^ puisque ce sys* tème n'a pu V empêcher de tomber dans un état alarmant où elle ne donne guère signe de vie que par des convul^ sions. »

* En parlant ainsi Mgr Gousset dont on connaissait les talents, les vertus, la sagesse, le profond discernement, cherchait à répandre quelques lumières au milieu des partis en présence, à calmer les esprits et à faire partager ses appréciations. On sait d'ailleurs, par une lettre du 2 juin de ladite année, adressée par le vénérable cardinal à M. l'abbé Gaume, que l'archevêque de Reims n'était pas tout à fait étranger à la publication du Ver

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rongeur, et qu'il ne pouvait être insensible aux attaques dont ce livre était Tobjet.

 son tour, Mgr Parisis, évêque de Langres, écrivant à l'abbé Gaume, le 5 juillet, lui disait : c Aujourd'hui, le gallicanisme est jugé, eh bien ! il faut que le paganisme le soit aussi. U faut que Ton sache comment son introduction a été une faute, comment son règne dans la société chrétienne a été un grave danger. Pour moi, je disais, il y a quinze ans, à ceux qui m'entourent, à Toccasion de la pauvre petite lettre si modérée que j'écrivais aux directeurs et professeurs de notre petit séminaire: < Avant un demi-siècle on comprendra que la Renaissance a été la plus redoutable épreuve de TEglise de Dieu depuis son berceau. »

Une lettre du cardinal Antonelli à l'archevêque de Reims, en date du 30 juillet, faisait connaître que le Saint-Père approuvait les vues de Mgr Gousset dans la controverse, et touchait légèrement l'irrégularité de la direction que l'affaire avait prise. Cette observation visait clairement la conduite de l'évéque d'Orléans et l'envoi insidieux de la déclaration à signer.

Mgr Dupanloup parut effrayé de la tournure que prenait la question. Le 3 août, se trouvant au château de La Combe (1) près Grenoble, il adressée VAmidela Religion une note dans laquelle il s*efforce d'empêcher la publication des déclarations épiscopales relativement au journalisme et aux classiques : « Nous espérons, ajoutet-il, que nous ne verrons pas se reproduire ^les torts

(1) Où il est mon le il octobre 1878.

et les fautes dont noua avons eu tous à gémir. U serait donc inutile en ce moment de donner un nouveau prétexte à la contradiction des langues, et un aliment à la polémique irritée des journaux. • Et Tillustre et vigoureux polémiste célèbre le bienfait de Tunion qui résulte de la êoumiision à celui que Jésus-Christ a mis au centre de son Eglise pour y tenir tout uni dans la foi^ dans robéissance et dans Famour.

Le rédacteur en chef de V Univers en avait appelé au Docteur suprême. Le 20 septembre, il écrivait de Boulogne-sur-Mer à M. Dulac, son savant collaborateur :

« Si quelque chose est à décider^ l Eglise décidera : la prudence et le respect nous font également un devoir de nous retirer du débat. Notre rôle est d'attendre et de nous taire; e*est commencer d'obéir. Donnons cet exemple^ dût il ne pas être imité. »

En I8à3, une nouvelle complication vint s'ajouter aux difficultés pendantes. Donoso Certes, marquis de Valdt gamas, célèbre publiciste espagnol et ambassadeur à Paris, avait publié un livre remarquable intitulé: Essai sur le catholicisme, le libéralisme et le socialisme. Les éloges réitérés que VUnivers prodiguait à ce livre et à son auteur parurent fatiguer le grand vicaire d^Orléans, M. Tabbé Gaduel, ancien professeur de théologie. Il s'empara du volume, disséqua minutieusement son contenu , et dans une série d'articles que publia Y Ami de la Religion releva les erreurs philosophiques et théologiques de Tami de Louis Yeuillot. Il écrivit même à l'auteur et lui proposa de soumettre ses écrits à son Ordinaire, ajoutant que si les juges de la doctrine y

recomnaiBsent les erreurs que lui-même y a vues, il devra, ainsi que M. Yeuillot qui a publié et propagé le livre, les réparer dans la mesure que la sagesse des supérieurs aura indiquée, et que sa foi et sa vertu lui conseilleront.

L'illuslre auteur de V Essai ne parut pas se préoccuper beaucoup desconseils de l'ancien professeur de théologie, non plus que de ses accusations. II s'en tint à la déclaration qu'il avait faite dans une lettre, en date du 23 janvier 1853, adressée au rédacteur de V Univers et publiée dans ce journal : « Je condamne tout ce qu*a condamné, tout ce que Èondamne, tout ce que peut condamner à l'avenir , dans les autres ou dans moi, la sainte Eglise catholique, dont j'ai le bonheur d'être le fils soumis et respectueux, d

Le rédacteur en chef de VUniverSf qui était encore tout noirci des foudres parties d'Orléans, osa se permettre des réflexions critiques sur les appréciations de M. l'abbé Gaduel. Le châtiment ne se fit pas attendre. Le vicaire général d'Orléans, par une lettre datée du 10 février, déféra à Mgr Tarchevéque de Paris cinq articles de L. Yeuillot, dans lesquels il se croyait outragé et calomnié.

Mgr Sibour, archevêque de Paris, avait de longue date différents griefs contre VUnivers. Il n'avait pas oublié, en particulier, l'affaire du Dictionnaire de Bouillet^ approuvé par lui, accusé d'erreur par VUnivers^ et condamné ensuite par la Congrégation de \lndex^ en 1850.

Le 17 février parut une ordonnance archiépiscopale qui portait contre VUnivers une sentence de condamnation

longuement motivée, et défendait en même temps toute discussion aux rédacteurs du journal. Ceux-ci, en Tabsence de leur rédacteur en chef, qui venait de partir pour Rome» se contentèrent de publier une note où ils faisaient remarquer que « s'ils étaient condamnés^ ce n'était pour aucune erreur contraire à la foi ou aux mœurs. »

La division s'accentuait d'une manière alarmante au sein de l'épiscopat. Mgr Guibert, évêque de Viviers (aujourd'hui archevêque de Paris), avait annoncé, dans une circulaire du 2 février à son clergé, qu'il relirait son abonnement à YUnivers. Plusieurs évêques, notamment Mgr Regnault, nouvel évêque de Chartres, et Mgr de Mazenod, évêque de Marseille, approuvèrent leur collègue de Viviers et louèrent ses appréciations.

D'un autre côté, plusieurs évêques prirent vigoureusement la défense de VUnivers.

L'évêque de Moulins, Mgr de Dreux-Brézé, dans une circulaire adressée à son clergé, le 26 février, déclare qu'il permet la lecture de VUnivers dans son diocèse.

Le 2 mars, Mgr Debelay, archevêque d'Avignon, écrit à son clergé qu'il lui parait sage de conserver au clergé comme aux fidèles de son diocèse le journal qui depuis vingt ans soutient avec courage et talent les grands intérêts catholiques.

Mgr de Prilly , évêque de Châlons, tient â son clergé un langage plus explicite encore : «c Je suis, dit-il, abonné au journal YUniver$ et je continuerai de l'être. C'est vous dire assez que l'on peut en faire autant. Après tant de services rendus à la religion, M. Veuillot avait droit à cette marque que je lui donne volontiers de mon estime,

de mon intérêt et de ma sincère affection. Il est maintenant à Rome aux pieds du Saint-Père, à qui il explique ses raisons ; la réponse est facile à deviner, heureux si on sait la comprendre I le Pape nous dira à* tous : Pax vobis. > La prédiction se vérifia, comme nous le verrons.

L'archevêque de Paris n'en continua pas moins la polémique.Le 9 mars,il déféra solennellement au Saint-Siège la lettre circulaire de l'évêque deMoulins.Sa lettre au Pape est très-développée. On y lit ce qui suit : « Je savais que l'on tâchait de scinder en deux parts l'Épiscopat français.. . Mais j'ignorais que le mal fut déjà si grand et que FEpis* copat consentit à s'armer contre lui-même, en donnant publiquement l'exemple de l'oubli des saints canons et des règles de la hiérarchie ecclésiastique : voilà ce que j'ignorais, ce que Mgr de Moulins a voulu nous apprendre à tous, et ce que Messeigneurs de Châlons et d'Avignon viennent de confirmer. »

L'archevêque d* Avignon ainsi mis en cause adresse à VVnivers une note en date du 13 mars, dans laquelle le vénérable prélat déclare que c par sa circulaire du 2 mars il avait accompli un devoir sans sortir de la limite sévère de son droit. Il ne pouvait donc accepter la censure qu'avait faite de cet acte Mgr l'archevêque de Paris, dans sa lettre du 9 mars. Ainsi que l'archevêque de Paris, l'archevêque d'Avignon ne relève que du Pape en ce qui concerne la direction qu'il donne à ses prêtres. >

On voyait ainsi l'Épiscopat firançais tristement divisé en deux camps également nombreux, également armés, également résolus. Un volume ne. suffirait pas pour

400 HISTOIRE DE t>IB IZ ET DE SON PONTIFtCAl*.

raconter dans Ions ses détails cette lutte mémorable. Disons seulement que dans la mêlée se trouvaient des esprits pacificateurs qui s'entremettaient entre les deux partis pour conjurer la tempête. Tel fut Tillustre cardi*^ nal archevêque de Bordeaux.

Dès le début de la campagne , au mois de juin 1 852, Mgr Donnet écrivait à Tévêque d'Orléans : « Si dans le tumulte du combat quelques écrivains, emportés par une imprudente ardeur, ont parfois compromis la cause quMIi$ voulaient servir, j'éprouve, je l'avoue. Monseigneur, par là même un plus vif désir de leur tendre la main pour les ramener et les conserver dans les rangs d'une milice plus humble, plus défiante d'elle-même et non moins dévouée. »

Quelques mois plus tard, effrayé des proportions que prenait la dispute, l'éminent cardinal écrit au rédacteur en chef de l'Univers pour l'engager à cesser le combat, et afin de donner plus d'efficacité à ses conseils paternels, l'Ange de la paix laisse apparaître la pointe du glaive. <L J'ignore, dit-il en finissant, si je serai mieux compris que ne l'ont été ceux de mes vénérables col-lègues qui ne vous ont pas épargné leurs avertissements ; quoi qu'il en soit, j'attendrai jusqu'à l'ouverture des, classes; mais si, après les manifestations si précises de Leurs Ëminences les cardinaux de Lyon, de Bourges, de Besançon, et les deux lettres si pleines de douleur et de raison du doyen de l'Épiscopat français, Mgr l'évêque de Chartres, vous continuez une lutte qui ne peut désormais avoir d'autres résultats que d'éterniser la discorde^ j'interdirai l'entrée de votre journal

HI8T0IRB Ol PJB IX ET DS SON PONTIFICAT. 401

dans las séminaires et dans toutes les écoles libres de IBM diocèse {Lettre du 16 septembre 1852). >

Pendant la bourrasque ainài déchaînée sur TÉglise de France» que faisait le Chef de la chrétienté ? Comme Jésus-Christ, Pie IX sommeillait dans la barque. Louis Yeuillot était à ses pieds, recevant de sa main la communion, à l'heure même où retentissait dans Paris Tanathème de l'archevêque contre VVnivers. Cette coïncidence fut remarquée, dit un biographe de Pie IX, et Ton sut bientôt, à la cour de Rome, que le Pape avait été profondément centriste de cette mesure, c J'aurais compris, dit le Saint- Père, qu'on donnât un avertisse*^ ment paternel aux rédacteurs de VUnivers; mais condamner avec une sévérité inome un journal qui, depuis vingt ans, défend la religion et le Saint-Siège avec le plus admirable dévouement, c'est inconcevable. Évidem* ment j'ai quelque chose à faire et je le ferai. j> {Bis* Unre de Pie IX le Grand, approuvée par Mgr l'évêque de Poitiers.)

Ce que fit Pie IX, dans cette circonstance, est digne de remarque. Par son inspiration, L. Yeuillot écrivit au se^ crétaire des heures latUies, Mgr. Fioramonti, comme pour demander conseil, afin de provoquer une réponse. Sa lettre est du 3 mars. La réponse du prélat, datée du 9, passa sous les yeux du Pape avant d'être envoyée à son adresse. En voici le passage significatif: € Votre journal^ à raison des matières qui font l'objet de ses travaux, et apprécié d'abord comme il l'est pour votre talent d'écrivain, excite ici comme en France et dans les autres contrées étrangères, un grand intérêt, et on le

regarde comme très -propre à traiter les choses qui doivent l'être dans le temps présent. Cependant des personnes qui tiennent fortement à certains principes, à certains usages^ à certaines coutumes^ ne portent pas du tout sur votre journal le même jugement. Comme ilsne peuvent pas rejeter ouvertement ses doctrines, ils cherchent depuis bien longtemps ce qu'ils pourraient reprocher au rédacteur, et s'ils n'auraient pas autre chose à reprendre que la vivacité de son langage et sa manière de s'exprimer. Les rédacteurs d'autres feuilles, bien qu'elles soient religieuses, se montrent également prêts et ardents à attaquer votre journal, selon l'occasion et avec violence, il en résulte qu'ils font pénétrer, peu à peu, la défiance dans les âmes qu'attire surtout en ce temps Tamour de la pure doctrine, et qu'ils relardent ainsi d'une manière déplorable le mouvement qui les entraine par une impulsion chaque jour plus forte dans l'obéissance et l'amour du Siège Apostolique. De tels efiels sont surtout douloureux au sein d'une nation que distinguèrent toujours d'une façon admirable le zèle et l'amour de la très-sainte religion, et qui aujourd'hui,, . cela est manifeste, se fait remarquer par le vif désir dé' se voir unie par des liens plus étroits à la Mère et Maitresse de toutes les églises... > La lettre recommande ensuite au rédacteur de YVnivers de n'imprimer aucune flétrissure au nom des hommes distingués, et termine ainsi : « Quoique les ressentiments et les divisions qui se sont fait jour paraissent avoir atteint un certain degré de gravité et soient maintenant un obstacle à votre journal reUgieux, je ne parviendrai jamais à me per-

suader que cela puisse être durable ; loin de là, j'ai la confiance que ceux qui pour le moment vous sont contraires seront bientôt unanimes à louer le talent et le zèle avec lesquels vous ne cessez de soutenir la religion et le Siège Apostolique. >

Ce grave document prépara, les voies à la solennelle intervention du Saint-Père qui, pour mettre fin aux débals, publia TEncyclique du 31 mars 1853, adressée aux cardinaux, archevêques .et évêques de France. Pie IX loue de nouveau la noble nation française que tant de beaux noms ont illustrée et qui a si bien mérité du Siège Apostolique ; puis, rendant un éclatant témoignage aux éminentes vertus, à la science et à la charité de ses évêques, il conjure ceux-ci, avec les plus vives instances, de rentrer dans le sentier de Tunion et de la paix. Viennent ensuite des encouragements aux écrivains qui défendent les droits, les intérêts, les enseignements de TÉglise, encouragements tels qu'ils placent ces écrivains sous la tutelle immédiate des premiers pasteurs. Il appartient à la sollicitude épiscopale d'exciter le zèle de ces hommes de talent, et s'ils venaient à manquer en quelque chose, de les avertir avec de paternelles paroles et avec prudence. Enfin le Saint- Père, abordant la question de l'éducation de la jeunesse, la résume dans une recommandation fixant les règles que le bon sens et le dévouement des maîtres chrétiens avaient acceptées par avance : une juste part faite aux chefs-d'œuvre des auteurs sacrés, et la conservation des auteurs profanes soigneusement expurgés : Ut adolescentes derici... eloquentiam tum ex sapientissimis Sanetorum Patrum

operibusj tum ex clarissimU ethnicis uriptoribuê ab omni labepurgatis addiscere.... vaUanU

Immense fut l'impression produite dans TÊglise de France par TEncyclique du 21 mars. Pierre venait de parler par la bouche de Pie IX. Toutes les divisions se dissipèrent en un instant. La parole apostolique fut comme un souffle bienfaisant qui vint purifier Tair chargé d'orage et de miasmes contagieux.

L'archevêque de Paris s'empresse de donner le premier l'exemple de l'obéissance au Saint-Père. Dès le 8 avril, il lève les défenses qu'il avait portées contre V Univers^ et déclare qu'il veut mettre en pratique les conseils de l'Encyclique, entrer sans réserve dans les intentions du Chef de l'Église, contribuer à Tapaisement des discussions, et réjouir le cœur du Souverain Pontife. Il était impossible de faire avec pkis de simplicité un plus noble usage de Tautorité épiscopale.

Deux jours après, VUniverSf de son côté, publiait une déclaration collective de ses rédacteurs dans laquelle, répondant à l'acte de bienveillance que venait d'accomplir l'archevêque de Paris, ils disaient : c Cet acte nous impose une nouvelle et plus étroite obligation de n'user qu'avec sagesse de la liberté qui nous est laissée, et de corriger dans notre œuvre ce qui a besoin d'être corrigé, en l'améliorant autant que cela nous sera possible. Ayant toujours présentes les règles qui nous ont été tracées^ nous devons surtout nous attacher à. éviter tout ce qui pmirrait paraître contraire à cette modération chrétienne qui n'exclut pas la défense libre»

franche, énergique de la vérité. Nous aurons mn$i Tassurance de nous conrormer aux. intentions des vénérables prélats qui ont fait connaître leur pensée sur ce qu'ils jugeaient mériter leur blâme ou leurs encouragements dans nos travaux. Nous aurons surtout la consolation d'obéir à notre archevêque, qui. par les mesures qu'il avait cru nécessaires de prendre, voulait nous rendre plus dignes de la sainte cause pour laquelle nous avons l'honneur et le bonheur de combattre. »

Telle est toujours la solution des difficultés dans l'Église catholique. Tel est le spectacle que donne constamment la divine hiérarchie établie par Jésus-Christ. Des questions se posent^ des différends surgissent, des débats se poursuivent. Rome élève la voix : ses conseils sont des préceptes, ses désirs sont des ordres, les plus beaux exemples partent des plus hauts rangs. L'épiscopat tout entier sembla, dans cette circonstance, parler par la bouche de Tévêque de Saint-Claude, Mgr Mobile (1), disant à son clergé, lorsqu'il promulgua l'Encyclique : c Celte lettre qui est un événement, cette lettre admi^ rable, nous l'avons reçue à genoux, en bénissant, en remerciant Dieu ! ■ Contraste frappant avec ce qui se passe journellement dans la région des pouvoirs humains, où les moindres orages amoncellent des ruines.

Le gallicanisme aux abois voulut profiler des déchirements de l'Église de France pour faire entendre son chant du cygne qui se perdit sans écho dans le concert des dévouements à Pie IX. L'auteur d'un mémoire ano-

(I) Depuis évoque de Versailles, et décédé en 1877,

nyme intitulé : Sur la situation présente de VÉglise gallicane relativement au droit coutumier^ soutenait que les coutumes de TÉglise de France n'avaient pas été abrogées par le concordat, et que les sentences disciplinaires des Papes ne sont applicables qu'autant qu'elles ont été promulguées dans les diocèses. Il contestait Tautorité des décrets de VIndex, blâmait le mouvement liturgique^ reprochait aux journalistes religieux de chercher avant tout à complaire à la cour ife Rome, et finissait en conseillant aux évêques de s'entendre entre eux pour obtenir du Pape un tempérament à ses décisions.

Cette brochure insidieuse de 190 pages in-8^ était Tœuvre d'un ecclésiastique qui ne se nommait pas (1). Écrite en apparence pour les seuls évéques,. elle fut bientôt envoyée à tous les séminaires, puis mise publiquement en vente. Ce fut alors que Tépiscopat dut s'en occuper. Elle fut d'abord frappée d'une solennelle condamnation par Mgr Doney, évêque de Montauban qui, dans une circulaire du 4 mars 1853 aux supérieurs, directeurs et professeurs de son séminaire, flétrit ledit mémoire c comme injurieux au Souverain Pontife, aux conciles provinciaux^ aux évêques qui ont tenu ces conciles et comme propre à semer dans les séminaires des sentiments de défiance et d'insubordination.... et les germes dangereux du presbytérianisme et de l'indépendance des prêtres à l'égard de leurs évêques respectifs».

Le dernier coup fut porté à ce libelle audacieux par le

(1) Vabbé Michon.

Pape lui-même qui, dans Tencyclique du 21 mars, citée plus haut, s'exprime ainsi au sujet dudit mémoire : t Ici nous ne pouvons nous empêcher de vous exprimer la grande douleur dont nous avons été affecté lorsque parmi tant d'autres mauvais écrits, dernièrement publiés en France, il nous est parvenu un libelle imprimé en français et édité à Paris avec ce titre : Sur la situation présente de VÊnlise gallicane relativement au droit cou^ tumier, dont l'auteur contredit de la manière la plus manifeste ce que nous vous recommandons et inculquons avec tant de sollicitude. Nous avons adressé ce libelle à la congrégation de Vlndex^ afin qu'elle le réprouve et le condamne. > Cette condamnation pulvérisa la brochure et porta un nouveau coup mortel au gallicanisme.

Une autre question d'une plus haute portée s'agitait, en France, dans les hautes sphères de la philosophie, savoir: la grave question du Traditionalisme. Notre rôle d'historien, ici comme dans la question des classiques, est d'exposer les faits et les doctrines^ en un mot d'instruire le lecteur, non de le passionner, et de montrer le Docteur suprême intervenant au moment opportun entre les combattants, et déployant à leurs yeux l'étendard de la vérité pour rallier les esprits et les cœurs.

Le Rationalismey c'est-à-dire la souveraineté absolue de la raison dans la recherche de la vérité, est la grande erreur du temps. Il a pour contre-parlie le Tradition nalisme ou la souveraineté exclufiive de la tradition.

Toujours la raison humaine a nourri contre la tradition de sourdes inimitiés. C'est que la tradition est une T. m. 27

forme d'autorité, et qu*au fond de la raison humaine il y a un instinct do révolte. Toutefois la raison n*ayail pas encore poussé, comme aujourd'hui, le rêve de son indépendance jusqu'à la négation de toute autorité. Or, déclarer la raison souveraine absolue, c'est mettre implicitement dans Thomme un attribut de Dieu. Encouragé par ce premier succès, le rationalisme devait promptement aboutir à Tapothéose de la raison ; il avait commencé par mettre le divin dans la raison humaine, il était logique qu'il finit par l'adorer. Une fois pénétré de ridée de son indépendance et de sa force, l'esprit humain s'empressa de se signaler par des miracles de foHe, et déploya tout à coup pour l'erreur une fécondité inouïe. En arrachant les fondements de l'autorité, on avait du même coup ouvert toutes les écluses de l'erreur ; elle se précipita par torrents ; elle déborda de tous côtés, le monde en fut inondé ; et ce déluge épouvantable attesta que la souveraineté de la raison eçt la suprême déraison^ que c'est un trône préparé à toute extravagance qui voudra se décorer du nom de philosophie.

Le monde s'émut à bon droit des prétentions du rationalisme, et c'est pourquoi les défenseurs de la tradition réagirent vigoureusement. On s'en prit d'abord au système de Descartes qu'on accusa d'être la source impure du rationalisme moderne. Ce système qui, prenant la raison pour base, roule sur le fameux enthymême ijepense^ doncfexUte^régn^iil seul dans l'école depuis près de deux siècles. En vain la méthode de Descartes trouva de zélés défenseurs ; en vain, au commencement de ce siècle.

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le savant et jndîcieux Emery, supérieur de Saint-Sulprce, fit un livre où se trouve solidement étayée la doctrine du grand penseur des temps modernes, le cartésianisme n'en fut pas moins battu en brèche, Dom Guéranger surtout porta de rudes coups à la méthode de Descartes.

A la place de la raison, on csnya <l*inlronîser la Iradilion. Toutes les vaiiétés de systèmes issues de la réaction traditionaliste peuvent se résumer dans cette formule générale : Toute vérité doit venir â Thomme par renseignement, c'est-à-dire, par le dehors. Cette proposition eut la bonne fortune de rencontrer pour la populariser des penseurs d'élite. Ainsi M. de Bonald, au commencement de ce siècle, systématisant à sa manière ridée qui envahissait les intelligences, entreprit de substituer à la puissance de la raison la puissance de ht parole. Selon lui, Thomme n*a pu inventer le langage, car rinvention du langage suppose Texercice de la peasée; or, avant la parole, la pensée n'existe pas; donc le langage a dû être révélé, et la première parole que l'homme entendit lui apporta la première vérité qu'il connut.

La réaction ne s'en tint pas là. Un homme qui semblait fait pour la personnifier .en lui descendit dans l'arène. Appuyant toute la philosophie sur le témoignage, il n'hésita pas à condamner à l'impuissance la raison individuelle et ne lui laissa que la royauté de son néant. Par rentrainement d*une parole qui portait avec elle la domination de l'éloquence, cet homme fit gravitbr autour de sa pensée l'élite des intelligences de son temps. Dé Bonald avait été le précurseur, Lamennais fut le m^sie.

Quand l'Église, en condamnant le nouveau système, fit revivre une première fois la rtfison anéantie, le célèbre novateur se hâta d'immoler à sa propre raison la plus haute autorité de la terre, sans s'apercevoir que luimême il donnait ainsi le coup de grâce à son critérium philosophique. On se détacha aussitôt de sa personne, et la solitude qui se fit autour du génie foudroyé et rebelle sera une des gloires de l'Église, en France, au dix-neuvième siècle.

Mais à côté d'une sincère soumission à l'autorité de l'Église, la plupart de ces intelligences, formées à la pensée dans le courant de la réaction traditionaliste, gardèrent de leurs idées tout ce qui n'était pas incompatible avec la rigoureuse orthodoxie. On ne détruisit plus la raison, mais on continua de faire une trop large part à la tradition. Un très-petit nombre se rencontrèrent qui surent restituer à la raison la plénitude de ses droits. Une antipathie invincible contre la raison humaine continua de s'agiter même dans les esprits les plus soumis aux décisions pontificales. La raison était une vieille ennemie, on lui gardait rancune. On lui laissa reprendre le moins possible de tout ce qu'on lui avait disputé ; et sous les diverses nuances de Técole intitulée Catholique, toujours on vit percer une tendance fortement accusée, dans les discours et dans les livres, à amoindrir au profit de la tradition la puissance rationnelle : génération des idées par l'enseignement, impossibilité de la pensée sans la parole, nécessité de la révélation pour constituer la certitude* On rentrait dans ce triple cercle par une porte ou par une autre. Pourtant on ne doit pas oublier

que la raison et la tradition sont deux puissances légitimes qui viennent de Dieu. S'il plut à la bonté divine d'éclairer Thumanité par deux lumières à la fois, de quel droit prétendrait- on lui enlever l'une ou l'autre? Si les rationalistes sont insensés d'éteindre dans sa main droite le flambeau de la tradition, les traditionalistes sont-ils sages d'éteindre dans sa main gauche le flambeau de la raison ? Si la tradition est la splendeur du jour, la raison est un bel astre de la nuit ; et ceux que n'illuminent pas encore les saintes clartés de la révélation, comment trouveront-ils le chemin qui peut les y conduire, si vous leur retirez le seul flambeau qui reste pour éclairer leurs pas î

c La foi est nécessaire à la raison; l^ pour la guérir, et 2'' pour l'élever à cette fin sublime que Dieu a donnée à l'homme et qu'il n'est pas permis à l'homme de négliger sans se perdre. C'est donc pour être fidèle à sa destinée que la raison cherche la foi et s'y unit. L'accord de la raison et de la foi résume toute la loi de son intel* ligence, comme l'accord de sa volonté et de la grâce résume toute la loi de son cœur (l).>

Parmi les publications qui, en France, s'occupaient ex professa de ces matières épineuses, se distinguaient les Annales de philosophie chrétienne, dirigées depuis de longues années par M. Bonnetty. Plusieurs évéques, gardiens de la foi^ crurent découvrir dans les savantes et chrétiennes pages de ce recueil des propositions entachées d'exagération contre le rationalisme. Le savant

I.Lb cardinal Dechamps : Pie IX et les erreurs contempùraines, ch. IV.

directeur des Annales était d'ailleurs encouragé et soutenu par des personnages qui offraient toute garantie^ entre autres, parMgr Doney* évêque de Montauban, qui jouissait de la plus hdute autorité dans les questions philosophiques. La Revue catholique de Tuniversilé de Louvain discutait les mêmes thèses. Les esprits s'échauffaient. C'est alors que pour couper court aux dissensions qui menaçaient de troubler l'Église comme au temps de la question des classiques, la sainte congrégation de Vlkdex^ saisie de l'affaire^ arrêta les termes d'un décret dogmatique, qui reçut la sanction du Souverain-Pontife, et conçu en ces termes:

Décret delà Sacrée Congrégation de Vlndex^ du II juin 1855.

« La Sacrée Congrégation de l'Index, dans l'assemblée générale tenue au palais apostolique du Vatican, le 1 1 juin 1855/Ie doute suivant ayant été proposé : c Si les « thèses suivantes de philosophie doivent être approu- « vées et offertes à la souscription de M. Bonnetty, au- « teur de la revue qui a pour titre : Annales de philoso- « phi^ chrétienne^ » — après avoir entendu préalablement et mûrement pesé les suffrages des théologiens, a décidé et décrété : « Que ces propositions doivent être c approuvées et offertes à la souscription de l'auteur « du susdit ouvrage, sauf toujours le jugement ultérieur € du Siège apostoli'|ue sur la totalité de cet ouvrage. >

« Le<|uel décret des Em. Pères ayant été poiHé par moi soussigné à Notre très-saint seigneur le Pape Pie IX,

le 15 juin de cette année 1855, Sa Sainteté Ta confirmé et a ordonné qu'il soit mis à exécution.

c Voici les propositions:

c 1** Quoique la foi soit au-dessus de la raison, il ne peut' jamais exister entre elles aucune opposition, aucune contradiction, puis |ue toutes les deux viennent de la seule et même source immuable de la vcriié, de Dieu très-bon et très-grand, et qu'ainsi elles se prélent un mutuel secours. {Encyclique de Pie IX, du 9 novembre 1846.)

c 2* Le raisonnement peut prouver avec certitude rexistence de Dieu, la spiritualité de Tâme, la liberté de l'homme. La foi est postérieure à la révélation ; on ne peut donc convenablement l'alléguer pour prouver Texistence de Dieu contre l'athée, pour prouver la spiritualité et la liberté de l'âme raisonnable contre un sectateur du naturalisme et du fatalisme. (Proposition sous» crite par M. Bautain, le 8 septembre 1840.)

c 3* L'usage de la raison précède la foi, et y conduit l'homme par le secours de la révélation et de la grâce. (Proposition souscrite par M. Bautain, le 8 septembre 1840.)

c 4* La méthode dont se sont servis saint Thomas, saint Bonaventure et les autres scholastiques après eux, ne conduit point au rationalisme et n'a point été cause de ce que dans les écoles contemporaines la philosophie est tombée dans le rationalisme et le panthéistne. En conséquence il nW pas permis de faire un crime à ces docteurs et à ces maîtres de s'être servis de cette méthode, surtout en présence de l'approbation, ou au moins du

silence de rÉglise. (Proposition contraire à diverses propositions de M. Bonnelty.)

< Jérôme, cardinal d'Andréa, préfet.

Fr. Ange- Vincent Modena, de V ordre des

Fr. 'Prêcheurs^ secrétaire de la S. CéOti"

grégation de llndex. i>

Celte déclaration fut soumise par Mgr Sacconi, nonce apostolique à Paris, à la signature de M. Bonnetty, qui n'hésita pas à apposer au bas de ce document la déclaration suivante :

« J'adhère volontiers, de cœur et d'âme, aux susdites propositions. Augustin Bonnettt. »

La sainte congrégation de VIndex avait d'ailleurs usé des plus grands égards envers l'éminent publiciste, comme l'attestent les paroles suivantes qu'adressa au nonce le P. Modena, par l'ordre môme de la dite congrégation :

c Je suis obligé, en raison de ma charge, de faire part à Votre Excellence révérendissime de ce qui, dans la dernière congrégation de l'Index, a été délibéré à l'égard de l'ouvrage périodique dirigé et publié par M. Bonnetty.

<L Connaissant par beaucoup de preuves l'intention et l'çsprit du rédacteur, qui n'est pas seulement orthodoxe, mais encore très-dévoué au Saint-Siège, et qui a bien mérité de la religion par beaucoup de travaux et par les incessantes fatigues auxquelles il se livre depuis longtemps pour le soutien des saines doctrines, on

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a voulu user envers lui des égards bienveillants et distingués^ pratiqués d*autres fois, dans des cas semblables, envers des écrivains éminemment catholiques, en ne promulguant pas, au détriment de leur réputation, des jugen)enls qui déclareraient leurs opinions ou erronées, ou suspectes, ou dangereuses ]>

Ainsi se termina pacifiquement encore lanouvellecampagne entreprise avec une ardeur trop peu mesurée, par les défenseurs de TEglise elle-même, contre l'impiété rationaliste. Cette guerre sacrée déclarée au rationalisme avait en réalité atteint la raison elle-même. 11 fallut que TËglise^ naguère si brutalement insultée par les révoltes de la raison, vînt la couvrir de son égide, et frapper d'un même coup les exagérations du zèle et les témérités du génie. Et ce fut un spectacle capable de faire réfléchir Timpiété elle-même que de voir le Gardien suprême des doctrines traditionnelles protéger la raison du haut de ce trône, d'où le rationalisme avait voulu précipiter et la Papauté et la tradition vivante.

Avec la gloire qui revenait à Pie IX de Tapaisement de tous ces conflits, la France lui donnait encore les plus douces consolations.

Les assemblées provinciales du clergé, interrompues depuis longtemps par la tyrannie révolutionnaire étaient remises en pleine vigueur.

Chose étonnante ! Même sous nos rois chrétiens, au beau temps des libertés gallicanes^ les conciles n'existaient plus en France que de nom. Un évêque, retenu prisonnier dans son diocèse, n'osait pas même, dans la crainte de déplaire à un avocat quelconque, juif ou

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hérétique, devenu ministre des cultes, sortir poiii* ainri dire do son palais ; le serment qu'il faisait, au jour de son sacre, d'alleràRomet;tWer^Peffum, était devenu une lettre complètement morte. On ne savait plus môme le chemin de la ville étemelle pour aller recevoir le chapeau, quand on était nommé cardinal.

La république de 1848, qui prenait avec affectation le contre-pied de la monarchie, délivra l'Ëglise de ces libertéi tyranniques, aussi puériles que gênantes. Le terrain fut déblayé^ raffranchissement se fit sans grande difficulté. Toutefois, les évêques, avant de se débarrasser du joug des Organiques et d'user de leurs droits de citoyens, consuhèrent le Saint Père qui appuya de toutes ses forces la reprise des .conciles pirovinclaox, devenus si nécessaires dans ces jours dé trouble et d'obscuHté.

Aussi, dès 1849, la convocation des conciles fut annoncée publiquement en vertu de la seule autorité des évêques, et ils se tinrent, sous la présidence des métropolitains, dans Tune des villes de chaque province ecclésiastique.

Partout également des synodes diocésains, composés de prêtres choisis et nommés au suffrage par leui's frères dans le sacerdbce^ furent convoqués et présidés par rOrdinaire, et produisirent les plus heureux fruits pour là société chrétienne et même pour la société civilef.

Remarquons toutèfois^ que, flairant' tout-^à-coup une odeuf d'ancien régime, le nouveau gouvernemeAt napoléonien, miàrbhadt surlds hrisées deâ ptrtements;' et

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chargeant la batterie desOrganiqoe», crut faire mrcoup de maître en hnçant, la veille même de T ouverture du concile de Paris (16 septembre 1849), un décret qui autorisait, pendant Tannée courantCi la tenue des conciles provinciaux et des synodes diocésaine.

La reprise de ces sointea assemblées, inaugurée dans la capitale de la France, se poursuivit avec une majesté, une sérénité et une force singulières* Succès*» sivement^ les provinces de Reims, de Lyon, de Houen, de Bordeaux, d'Alby, de Toulouee^ d'Aix^ de Sens, etc.. Turent témoins de ces solennelles assnes où éclataîenl à la fois une tendre et filiale soumission pour la Chaire apostolique, et unsoinjatoux de Tbonneur, dw droits et de la discipline de la sainte Église. Tous les actes sortis des délibérations épiscopales s'achemônaiefit promptement vers Rome, et en revenaient, quelquefois avec de légères modifications, revêtus de la sanction in« faillible du Siège apostolique^ Cette heureuse innovation dans les coutumes du clergé da France annonçait que le gallicanisme avait vécu.

Les évoques, le clergé et les fidèles prenaient aussi volontiers le chemin de Rome, et Ton vit s'oi^aniser ces édifiants pèlerinages vers la ville éternelle, qui n'ont plus discontinué, et qui donnèrent à Pie IX tant de consolation et de force dans la tristesse des mauvais jours.

A la faveur des fréquents voyages des évëques ûd limina apostolorutn^ le SaintPère put nouer avec Tépis-* copat français CCS relations intimes d*ou sortit providetitiellement cette puissante unité hicrarchique^ qui allait devenir si nécessaire en face de» événements cachés en-

eore derrière le rideau entr*ou vert d 'tin prochain avenir.

Un des premiers fruits de celte heureuse intimité fut le retour des diocèses de France à l'unité liturgique.

On sait que saint Pie V» inspiré par les décisions du Concile de Trente, promulgua, en 1568, une constitution qui rendait le Bréviaire romain obligatoire dans toutes les églises dont le bréviaire avait moins de deux cents ans de date; et en 1570, il décréta la même mesure pour le Missel romain.

Ces prescriptions du Siège apostolique furent observées, même en France, pendant le seizième siècle. Mais au dix-seplième, on vit les évêques français se donner licence sous ce rapport. Le mal ne fit que croître et le dix-huitième siècle surtout se distingua dans cette triste voie d'indépendance liturgique. Durant ce siècle, des liturgies nouvelles remplacèrent presque partout en France le rite romain. Tout évêque voulut avoir sa liturgie propre. Douze diocèses seulement restèrent constamment fidèles à la liturgie mère et maîtresse, savoir : Âix, Ajaccio, Avignon, Bordeaux, Cambrai, Saint-Flour, Marseille, Montpellier, Perpignan, Quimper, Rodez et Strasbourg.

Les liturgies diocésaines usitées en France, en 1840, ne remontaient pas au delà des dix-huitième et dixneuvième siècles. La plus ancienne^ celle d'Orléans, datait seulement de 1693 ; celle de Paris de 1736, et on en fabriqua jusqu'en 1836.

Ces diverses liturgies comptaient parmi leurs auteurs

des écrivains suspects, des hérétiques reconnus. On en jugera par les noms suivants. Parmi les évêques : Pa-

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Villon^ d'Aleth; Bossuet, de Troyes ; Caylus, d'Auxerre; Montazet, de Lyon ; pnrmi les faiseurs : Petit-Pied, Le Tourneur, Du Vert» Fomard, Vigier, Robinet, Jacob, prêtres ; Santeul, diacre ; le Brun des Marettes, Mesen* guy, minorés ; Coflin et Baudet, laïques.

Introduites en violation flagrante des lois de rÉgIise> ces liturgies n'étaient que tolérées à regret par le Saint* Siège. Mais si profond était Tabime où Toubli avait fait tomber en France les lois canoniques les plus sacrées, que de respectables évêques, avec la bonne foi la plus entière et Tomnipotence la moins scrupuleuse, faisaient et défaisaient la liturgie dans leurs diocèses.

Mais rhomme $' agite et Dieu le mène^ a dit Féneloa {sermon pour V Epiphanie). Celle vérité^ confirmée par rhisloire, demeure inconlestable en ce qui concerne le mouvement liturgique, au milieu du 19^ siècle. Qui eût songé, au commencement de ce siècle, alors que des. nouveautés de tout genre avaient pénétré jusque dans le sanctuaire, que de tant de ruines amoncelées par le jansénisme, le gallicanisme et le philosophisme, il surgirait une réaction si triomphante conlre le passé.

Le mouvement liturgique s'accentua surtout à partir de 1830.

L'épuisement des livres, Tincohérence et ladiflbrmité résultant de la nouvelle circonscription fixée par le Concordat, les discussions dont la question liturgique fut Tobjet, les savants écrits qu'elle suscita, en tête desquels il faut placer les Institutions liturgiques de don) Guérangaer, dont la publication commença en 1840, quelques mandements épiscopaux en faveur de la litur-

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gie romatiiet les avertissement fysrtemete 4cs 5iliV6«« roios Pontifes Grégoire XVI et Pie iX, ouvrirent les yeux aux ëvêqaes français et éveillèrent le scrapale dans leurs <x)nscienccs. On oommençsi à douter de la régularité de ce4|ui s^était fait, on sentit s*ébranler pea à peuiettë abrle d^aitachement JQdaï|ue qn'on avait pour les litargies particulières. On comprit mieux aussi que Tunion complète avec Rome était la condition la plus sûre de la force morale des évêqifes, que l'isole* ment était fatal dans des temps si troublés, et que cet isolement avait «on remède unique mais infaillible dans la haute direction du Saint-Siège. Sous Tinfluence de ces causes diverses, qui simposaient aux volontés les plus rebelles, on vit les préventions tomber^ les préjugés «fisparakre, les doctrines romaines pénétrer profon^ dément dans les esprits, et uniittachement plus inviolable que jamais à la Chaire de Pierre devenir un besoin universel parmi le clergé et les fidèles. Pie IX devint véritablement, parmi le% catholiques, le roi des esprits et des cœurs.

Dans de telles conditions^ la réaction s'accentua avec une rapidité merveilleuse. En 1848, onze diocèses avaient fait retour à la liturgie romaine ; en 1 855 les diocèses non romains étaient devenus la minorité, et en 1864 il n'en restait pins que treize en dehors de l'unité, savoir: Paris, Besançon, Grenoble, Chartres, Lyon, Belléy, Séez, Orléans, Tulle, Verdun, Dijon, Clermont et Pamiers; Besançon et Oriéans, les derniers à se rendre, sent actnrileoieat dans le coMcrt universel. - A Lyon, la question liturgiqae, après avoir sonfefé

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de ^iénfes et llcheiises pplémtqQe?» lut beur^M^ment tranchée par Pie IX, dan3 soo bref 4ai 17 inar$ 1$64. L'Église de Lyon gardfiit son antiqt^ liturgj^, lirais le clergé devait prendre le Bréviaire et le Missel Tfhmains.

Aujourd'hui Tunité liturgique est complète en Franc»* Ainsi, dans Tespaee de quelques années» par la force du droit, et par l'eiTet des exhortations persévérantes du Saint-3iége, il s*est opéré en France un de ces mouvements les plus extraordinaires que les annales d^ TÉglise aient eu à enregistrer ; et tandis que le protestantisme donnoit au monde le triste spectacle de la (^ivisîop, de la dislocation et de la ruine, on put constater, au sein du catholicisme, un acheminement de plus en plus prononcé vers une unité compacte.Ce mouvement, répétons-le, fut providentiel. La division des catholiques aujourd'hui serait un danger particulièrement redoutable^ Leur union est leur force et leur gloire, comme elle fut tout à la fois la gloire, la force et Tœuvre de Pie IX*

On vit, il est vrai, dans des régions inférieures quelques faits d*une obstination affligeante, à côlé de généreux sacrifices d*amour-propre. Aux beaux exemples des Bonnetty, des abbés Lequeux et Chantôme, qui, condamnés pour des propositions téméraires, s'empressaient de souscrire humblement aux sentences qui les avaient frappés^ répondirent malheureusement l'aveuglement plein d'orgueil des abbés Michon et Guettée, condamnés, l'un, nous l's^vons vu, pour son Droit coutumier^ l'autre pour son Histoire de VÊglise de France ; ils bravèr^^iU les foudres qu'ils avaient trop méritées, et qui ne les

couchèrent pas moins dans l'oubli et le néant. L'abbé Guettée parait s*être repenti plus tard.

Le plus coupable de tous les rebelles fut Ténergumène qui» chargeant son bras parricide d'un double sacrilège, frappa l'archevêque de Paris, en présence des autels, au milieu des pompes d'une grande solennité, dans l'église Saint-Etienne du Mont : attentat exécrable dont l'auteur n'avait point trouvé son modèle^ et qui, espérons-le, ne trouvera jamais d'imitateur. Les illustres successeurs de saint Denis semblent voués au martyre l'un après l'autre. Mais de toutes les immolations la plus horrible fut celle du 3 janvier 1857. Mgr Sibour expira presque sous le coup.

Touchante fut la douleur de Pie fX, lorsqu'il apprit cet abominable forfait. Il s'empressa d'écrire en même temps à Mgr l'évêque de Tripoli, coadjuteur de rillustre victime, et aux trois vicaires capitulaires, MM. Buquet, Surat et Darboy. Le bref adressé à ces derniers, glorieux pour la mémoire du pontife défunt et non moins glorieux pour la main qui eu dicte les termes, porte la date du 22 janvier 1877, et débute ainsi :

dc Chers Fils, salut et bénédiction apostolique.

m Notre parole ne peut rendre, Ghers Fils, l'horreur dont nous avons été saisi en apprenant qu'au milieu d'une cérémonie religieuse, dans l'église de Saint-Etienne, Notre Vénérable Frère Marie-Dominique-Auguste Sibour, archevêque de Tillustre métropole de Paris, avait été cruellement immolé au pied des autels^ par le poignard d'un prêtre sacrilège qui n'a pas craint de commettre un si exécrable et si monstrueux attentat.

• Vous pourrez aisément comprendre par vous-mêmes dans quelle douleur ou plutôt dans quel accablement nous a plongé la mort tragique de ce pieux Archevêque, que Nous entourions d'une particulière bienveillance, à cause de son dévouement éprouvé pour Nous et pour le Siège apostolique, de sa sollicitude pastorale pour le bien de son diocèse, et des autres qualités éminentes qui brillaient en lui. Nous sommes bien persuadé que vous en avez ressenti vous-mêmes une affliction extrême^ comme le témoigne vivement la lettre si empreinte de douleur que vous Nous avez adressée au sujet de ce lamentable événement.... 9

Le Père commun des Pasteurs et des fidèles annonce ensuite aux vicaires capitulaires qu'il a fait célébrer un service funèbre pour Tarchevêque^ dans la basilique des douze apôtres.

Verger, le prêtre assassin^ se confessa avant de monter sur réchafaud. Le clergé eût souhaité s:\ dégradation qui n'eut pas lieu. On Tappela le Judas converti. L'orgueil fut le moule d'où sortit son forfait. Blasphémateur de la Vierge Immaculée, il frappa sa victime au cri de : A bas la déesse. Converti, il marcha au supplice en invoquant la Mère de Dieu. Uorgueil, dit l'Écriture, est la source de tout péché ; celui qui s* abandonne à cette passion est mille fois maudit ^ et il court à sa perte {Ecel. x, 15). Lucifer, personnifié dans l'assassin^ avait frappé Dieu dans son ministre, en usurpant le cri de guerre de l'archange fidèle : quis ut Deus ?

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