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PIE IX ET LE GOUVERNEMENT FRANÇAIS, APRÈS LE RETOUR A ROME

Prédilection de Pie IX pour la France.— Tiraillements avec le gouvernement français. — L'homme qui ne parle pas et qui ment toujours. — Présents réciproques. — Création de trois cardinaux en France. — Sainte-Geneviève rendue au cuite. — Question du Sacre. — Naissance du Prince impérial. — Pie IX parrain. — Les évéques français invités au baptême, — Le cardinal Patrizzi, légat a latere, — Prélats qui l'accompagnent.— Réception du légat aux Tuileries.— Le baptême à Notre-Dame. — Visite des évéques français au cardinal légat. — La Rose d'or décernée à l'Impératrice.— Le cardinal légat dans les églises de Paris.— L'aéronaute Ronciot. — Vœu de Napoléon m à Notre-Dame de Liesse. — Laval érigé en évêché, Rennes en archevêché. — Aumôniers des dernières prières. — Chapitre de Sainte-Geneviève. — Grande aumônerie de France.

La nation fille aînée de l'Eglise occupail une place particulière dans le cœur de Pie IX. Une bonne part de cette place revenait au gouvernement lui-même.

Le Saint -Père, une fois remonté sur son trône, se laissant aller aux tendances de son cœur généreux, oublia promptement ses griefs et sa défiance contre l'auteur de la lettre à Edgar Ney. U saisit avidement toutes les occasions de prodiguer au gouvernement, à son chef et à la nation tout entière, les marques de sa reconnaissance et de son affection paternelle.

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Le gouvernement français s'empressa de réduire à une seule division reffectif du corps d'occupation. En conséquence, le gépéral Bnraguay d'Hilliers fut rappelé à Paris pour occuper son sîége à l'Assemblée nationale» et remplacé à Rome par le général Gémeau, commandant supérieur des ù* et 6"* divisions militaires. Cette modification dans Tannée d'occupation porte la date du 24 avril 1850.

Or, le r' janvier 1851, le nouveau commandant en chef de l'armée française à Rome, se présentant, entouré de son état-major, devant le Saint-Père, lui adressa ces paroles de respectueux dévouement : < Une « armée française a eu la gloire de verser son sang <( pour ramener le Pape dans la capitale du monde « catholique ; la gloire du corps d'occupation sera de € l'y maintenir. Pour cela, il aura toujours la volonté « ferme, calme, persévérante, et au besoin la force et < rénergie que la Religion met au cœur des soldats « français et chrétiens, »

Le Saint-Père répondit :

€ J'accueille, toujours avec le plus grand plaisir chaque circonstance qui me permet de confirmer à la France et à son armée les sentiments de ma reconnaissance. Celle que vous m'ofTrez, Monsieur le Général, et qui répond si bien aux vœux démon cœur, me rappelle les pensées d'affection paternelle qui sortent si spontanément de mon âme à l'égard de la généreuse nation à laquelle vous appartenez, qui a si fort contribué au rétablissement de l'ordre dans la capitale du monde catholique.

< Les sentiments que je vous exprime sont partagés

par It très-grattde majorité des Romains. Hier encore^ ^nd j'allai rendre, avec plus de raison qu'e» tout autre temps, mes actions de grâcQs au Seigneur, au moment où je traversais la foule immense réunie dans l'église du Gesù^ où se trouvaient les soldats français, j'ai été ému jusqu'aux larmes en voyant venir à moi one femme qui, élevant la voix, me dit: Saint Père, bénissez les Français qui nous ont délivrés des poignards de r anarchie et de tant de maux. Autant donc par spontanéité propre que pour m' unir aux vœux si justes de eette population, je vous bénis. Monsieur le Général, je bénis L^armée, je bénis la nation française et son chef. >

Aucun de nos malheurs n'a trouvé insensible l'âme tendre de Pie IX.

Noos verrons plus tard que les tristes défaillances du gouvernement français n'ont pu altérer les sentiments de Pie IX envers notre pays. Les bienfaits que le Saint- Père ne cessa de répandre sur la nation très-chrétienne, soit dans l'ordre temporel, soit dans l'ordre spirituel, doivent être comptés en même temps parmi les gloires de la France et parmi les gloires de Pie IX.

Le président de la République avait laissé tranquillement l'Assemblée et le ministère déchirer le programme inquiétant de la lettre à Edgar Ney. Mais l'esprit du foctum présidentiel resta sommeillant dans la conscience taciturne de cet homme qui sans parler mentait toujours. Les petits tiraillements passaient inaperçus.Rome fermait les yeux sur des taquineries sans nom, telles que le refus d'extradition de Gernuschi, la défense faite aux soldats français de porter la médaille de l'expédition de

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Rome. La mansuétude pontificale ne fut pas atteinte par ces traits dignes de la main d'un Parlbe. Pie IX daignait recevoir les petits présents du chef de la République française. Le prince Louis Bonaparte, de la même main qui avait écrit la lettre à son aide de camp, offrit un riche encensoir au Chef de l'Église. Sa Sainteté envoya en échange au président de la République un livre d'Heures magnifique portant, incrustée dans la couverture , une croix en or qui avait appartenu à Ghartemagne.

Dans ce temps-là, le Prince-Président était devenu, dans un degré tout à fait édifiant, Tami du dergé et le modèle des enfants de l'Église.

Il se prêta avec empressement à la création de trois chapeaux cardinalices en France (1).

Le ministre de l'instruction publique et des cultes, M. de Parieu , caractère ferme et droit autant que religieux, dans une lettre du 14 octobre 1850, expose, en ces l^mes, au président de la République les motife de cette création :

c Monsieur le Président,

c Le Souverain Pontife, dans le dernier consistoire, vient de désigner trois cardinaux nouvellement accordés à l'Église de France. Le pays applaudira à cet acte de haute bienveillance qui n'est pas seulement un gage des

(l-)Pie IX avait déjà honoré de la pourpre deux préUts français, Ugr Giraud, archevêque de Cambrai, et Mgr Dupont, archevêque de Bourges (F. !•' «o/., page 210).

rapports excellents et de Tinfluence de votre gouverne* ment aupfès de la cour de Rome» mais qui répand encore un lustre nouveau et mérité sur les vertus de répiscopat français.

« Il importe à la France, disait Portalis, d*avoir des représentants dans le Sacré-Collége» pour soutenir les droits de son clergé, pour appuyer auprès du Pape les demandes qu'elle pourrait faire dans Tordre spirituel, enfin, pour concourir à l'élection du Chef de l'Église, et établir l'équilibre entre elle et les autres puissances.

■ Voire gouvernement devait surtout se rappeler ces maximes, Monsieur le Président, alors que le Saint- Siège, faisant appel à toutes les forces de la catholicité, allait introduire au sein du Sacré-GoUége, dans une mesure plus large que par le passé, les représentants des autres nations... »

Le ministre propose ensuite au chef de TÉtat l'approbation du crédit nécessaire pour rinslallation des nouveaux titulaires, qui étaient : Mgr Gousset, archevêque de Reims , Mgr d'Âstros , archevêque de Toulouse , et Mgr Mathieu, archevêque de Besançon.

Dans ses voyages officiels, fréquents à cette époque, le Prince-Président ne manquait pas de rendre à Dieu ses premières visites et d'adresser aux évêques ses premières paroles. Lorsque , puissamment aidé par les sympathies presque générales des catholiques de France, il eut franchi les degrés du trône, il distribua généreusement à ses amis et complices, la récompense de leur périlleux dévouement , mais il n'oublia pas ensuite

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la Providence dont il se croyait le pupille privilégié.

Un des plus beaux témoignages de sa pieuse gratitude fut la restitution au culte de Téglise monumentale dédiée à Tauguste patronne de Paris. Cet acte réparateur, décrété le 6 décembre 1851 » s'accomplit le 3 janvier 1853, date mémorable dans les annales de l'Ëglise de Paris, date d'expiation solennelle où cessait un scandale public, où l'église profanée si longtemps sous le nom de Panthéon était rendue à Dieu sous l'invocation de sainte Geneviève. L'archevêque de Paris, Mgr Sibour, put, dans cette circonstance, faire redire aux échos de l'enceinte sacrée ces instructives paroles :

« Ce temple auguste, qu'une volonté souveraine et réparatrice nous a rendu, est une image fidèle, depuis trois quarts de siècle, des vicissitudes et des triomphes de l'Église parmi nous. Ses destinées sont celles de la Religion elle-même. Outragé, quand la Religion est outragée, il se relève avec «lie et voit ses douleurs se changer en joie, quand le temps des grandes crises est passé. ...

€ Heureux les Princes lorsqu'ils ont reçu du Ciel assez de sagesse et de puissance, pour résister, quand il le faut , au torrent de l'opinion publique , après avoir discerné la fausse de la vraie, et qu'ils savent faire, non ce que les âmes égarées ou corrompues demandent, mais ce qui demeure caché dans le cœur des honnêtes

gens ! »

Le prélat, après avoir invoqué sur Paris la puissante intercession de sa glorieuse Patronne, lui adressa pour le prince cette prière :

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€ Protégez cet Empereur qui répare les injures du passé, et augmente la gloire de ce Sanctuaire qui vous est si cher, et qui est cher à la France ; obtenez-lui du Ciel les grâces qui font les princes véritablement grands ; ce sont les mêmes qui font les princes religieux. »

Heureux surtout, pouvons-nous ajouter, les princes à qui Torgueil de la puissance ne fait pas oublier ces salutaires vérités.

Nous ne hasardons rien, en disant que le nouvel empereur, qui s'était proposé pour modèle le chef de sa dynastie, songeait, dès lors^ à faire imprimer sur son front, par la main d'un Pape, l'onction sacrée des rois ; il multiplia, dit-on, les avances auprès de Pie IX, et alla jusqu'à offrir, confidentiellement, l'abolition des Articles organiques du concordat, et une modification de la loi abusive qui rend obligatoire, en France, la priorité du mariage civil sur le mariage religieux. Ces tentatives se brisèrent devant la résistSnce de Pie IX qui ne voulut pas sans doute, en marchant sur les traces de Pie VU, créer une servitude à la Papauté. Un intérêt de premier ordre pour l'Église de France aurait toutefois triomphé de la répugnance du pieux Pontife. Pie IX posa, dit-on, pour condition à son acquiescement le rétablissement en France de la loi sur le dimanche, dont l'oubli fatal met la nation française au ban de TEurope civilisée. Mais la fille ainée de l'Église est aussi, maintenant, la fille privilégiée de la Révolution, et à ce titre, Napoléon III, enfaM lui aussi de cette Révolution, ne voulut pas renier sa mère en accédant au vœu du Père commun. Le rêve du sacre se trouva donc, un beau matin, complètement évanoui.

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L'empereur trouva plus tard roccaaion de mettre â une nouvelle épreuve la condescendance pontificale.

Le 30 janvier 1653, Napoléon III épousait* à Notre- Dame de Paris, mademoiselle Eugénie de Montijo^ comtesse de Téba. « Les adonê raillèrent^ la hourgeoUie s^étonna^ dit un admirateur du second empire. (Le Vosgien iVingt ans du règne de Napoléon HI, page 1 48.)

De ce mariage, naquit, le 16 mars 1856, le futur héritier des destinées napoléoniennes, le Prince impérial. Le jour 'même de sa naissance, la bénédiction du Samt*- Pèpe^ apportée par rélectricité, descendait sur le berceau du nouveau-né. Une dépcclie télégraphique, «ignée par Tempereur lui-même, et se terminant par la demande de la bénédiction apostolique, avait été expédiée i Rome sans délai. £lle était adressée à Sa Sainteté fcrsonnellement. Au moment où elle arriva. Pie IX assistait, à Saint-Pierre, à Toffice des Rameaux, et c'est pendant le chant de la Passion qu'elle fut communiquée à S. Em. le cardinal Antonelli. La nouvelle pénétra dans 4e temple sacré par beaucoup de côtés à la fois, et surtout par des soldats français qui s'y rendaient en foule. Un peu après onze heures^ le canon du château Saint-Ânge se chargea de Tannoncer à la ville entière par une salve de 101 coups de canon. Toutes les classes de la société prirent à cet événement la part la plus vive, et la nouvelle fut accueillie partout avec, des sentiments de joie et d'espérance.

Quant au Saint-Père, ce n'est qu'après l'office jqu'il prit coimaissanoe de la dépêche impériale. A peine fut*il retiré dans la partie de la chapelle de la HAié où il revêt

ef quitte les ornements sacrés, que S. Em. le cardino] Antonelli s'empressa de lui remettre le message impérial. Un des cardinaux auquel on communiqua officiellement In nouvelle fut S. Em. le cardinal Patrizzi, vicaire général de Sa Saintetéi désigné pour représenter le Souverain Pontife au baptême du jeune prince. A mesure que les autres cardinaux et les nombreux prélats du cortège pontifical étaient informés de la grande nouvelle, ils formaient des groupes où la joie se manifestait par des signes non équivoques.

Les échos joyeux du canon réveillèrent dans le cœur des soldats français l'allégresse la plus expansive et la plus bruyante, et toute la journée, Rome fut pleine des manifestations de leur enthousiasme. Le Cercle des officiers ne désemplit pas de toute la journée, et aussitôt que la nuit fut venue, les feux de Bengale, les lanternes vénitiennes, les lanternes de gaz et des milliers de lampions transformèrent leur élégantcasinoen un édifice enchanté, pendant que deux orchestres charmaient la multitude par de brillants concerts. Les palais des généraux, l'Académie impériale, l'ambassade se distinguaient aussi par de splendides illuminations. Quelques hôtels particuliers s'étaient même associés à cette fête, et l'église Saint- Louis témoignait, par les mille feux dont étincelait sa façade, que la religion, comme la patrie, était intéressée dans l'événement que célébraient à Tenvi toutes ces manifestations nationales.

Un grand nombre de Français et même d'étrangers se firent un devoir d'aller s'inscrire à l'ambassade de France. Le corps diplomatique voulut s'associera la joie de

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cet événement : il assista au Te Deum solennel qui fut chanté le jour de Pâques à Saint-Louis, et pour lequel on avait fait des préparatifs inusités.

 Paris, le Moniteur du 16 mars annonça en tête de ses colonnes la naissance du Prince, et à cette nouvelle il ajoutait : c Sa Sainteté le Pape étant le parrain du Prince impérial, et S. M. la reine de Suède la marraine, le Prince impérial a reçu, outre les noms de Na-^ poléon, Eugène, Louis^ ceux de Jean^ Joseph.

L'empereur savait donc d'avance que Pie IX consentait à devenir le parrain de son fils (1). C'était un dédommagement de l'échec éprouvé au sujet du sacre, et celte haute parenté spirituelle entourait d'une auréole sans pareille le fils d'Eugénie de Montijo^ comtesse de Téba.

L'enfant fut ondoyé, et la cérémonie du baptême remise au samedi 1 4 juin. Une lettre fut adressée par l'empereur à tous les évêques français pour les inviter à cette solennité. Cette lettre était ainsi conçue :

c Monsieur l'Evêque de , nous irons nous-même

présenter notre fils au baptême, dans l'église de Notre- Dame de Paris, le samedi quatorzième jour* de juin .

(1) Plusieurs papes fureot parrains d'enfants royaui. Ainsi^ saint Pie V tint sur les fonts Isabelle, fille de Philippe II, roi d'Espagne ; Clément VIII, le dauphin de France, qui fut plus tard Louis XIII, à qui il donna pour la première fois la layette bénite; Urbain VIII, Marie-Eugénie, fille de Philippe IV, roi d'Espagne ; et Clément IX, le dauphin de France, fils de Louis XIV. Ces papes forent représentés respectivement par le nonce Castagna (depuis Urbain VII,) le cardinal de Joyeuse avec le caractère de légat a latere, le cardinal François Barberini, investi du même titre, et le cardinal de Vendôme en qualité de légat apostolique.

Il nous a semblé que le dergé de France, associé aux joies de la patrie comme à nos espérances, devait être représenté par ses premiers pasteurs dans cet acte solennel.

« Nous sommes assuré, d'ailleurs, que Tépiscopat sera heureux d'unir ses prièies aux vœux exprimés au nom du Père commun des fidèles, et d'assister en cette circonstance le représentant de S. S. le pape Pie IX. Nous désirons donc, Monsieur TEvêque, que vous ayez à vous rendre à Paris pour assister à la cérémonie du baptême du Prince impérial. Cette lettre n'étant à autre fin, nous prions Dieu qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.

« Donné au palais de Saint-Cloud, le 18 mai 1856.

.< Napoléon. »

On reconnaît dans cette lettre une imitation de l'ancienne formule des rois de France.

L'auguste parrain avai t désigné, nous l'avons dit, pour tenir l'enfant à sa place l'éminent cardinal Patrizzi, évêque d'Âlbano, vicaire général de Sa Sainteté.

Né en 1798, Constantin Patrizzi était d'une des plus nobles et des plus anciennes familles de Rome. Le chef de cette famille était porte- étendard héréditaire de l'Eglise romaine. Le père du cardinal, le marquis Naro Patrizzi, était sénateur de Rome.Son Éminence, cardinal depuis 1836, avait été élevé par Grégoire XVI à h dignité de cardinal vicaire. A ce titre, il exerçait les fonctions épiscopales dans le diocèse de Rome. Le choix d'un tel personnage pour remplacer Pie IX au baptême

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du Prhice impérial, témoignait de l'importance attachée parle Saint-Père à la mission qu'il allait remplir.

Le cardinal Patrizzi^ parti de Rome le 4 juin, s^embarqua, le 5, à Civita-Vecchia. Son Éminence avait reçu du Saint-Père le titre de Légat à latere^ c'est-àdire le titre le plus élevé que puisse avoir un représentant du Saint-Siège. Les légats à latere font porter devant eux la croix pontificale. Depuis le cardinal Caprara, envoyé à Paris par Pie Yll, au commencement du siècle, le Saint-Siège n'avait envoyé aucun légat à latere en France. Nous croyons même qu'il n'en avait envoyé en aucun autre pays.

Les prélats qui accompagnaient le cardinal Patrizzi étaient au nombre de trois, savoir: Mgr Gapalti, conseiller d'Etat et secrétaire de la S. Congrégation des Rites; Mgr Giannelli, auditeur de Rote, et Mgr Monaco de la Valette, prélat domestique de Sa Sainteté, président de l'Académie de l'Immaculée-Gonception et employé à la Sacrée Congrégation des affaires ecclésiastiques extraordinaires.

Ces trois noms représentaient la science ecclésiastique et la pratique des affaires unies à la plus aimable courtoisie et à la piété la plus exemplaire.

Né à Rome en 1811, Ânnibal Capalli avait été élevé comme Pie IX au séminaire de Yolterra. La charge qu'il occupait, depuis dix-huit mois, à la S. Congrégation des Rites, l'avait mis en rapport avec plusieurs évêques français et un grand nombre de membres du clergé séculier et régulier. Sa présence à Paris allait être une joie véritable pour le clergé, et l'occasion de resserrer

eDCore des relations qui, chez quelques-uns, étaient devenues de Tamitié (1).

On connaissait aussi à Paris les qualités solides et aimables de Tancien auditeur de la nonciature^ Mgr Giannelli : le souvenir en était encore présent à tous ceux qui l'avaient connu en France. Homme aux fortes études, Mgr Giannelli n'était pas seulement versé dans les matières ecclésiastiques et canoniques, mais aussi dans les littératures grecque et latine (2).

Quant à Mgr Monaco delà Valette, quoique d'origine française, son nom était pour beaucoup en France un nom inconnu ; mais à Rome^ on savait avec quel éclat il avait soutenu à la Sapience, quelques années auparavant, en présence du Souverain Pontife, des cardinaux et des théologiens les plus célèbres^ une de ces luttes solennelles dont on ne sort vainqueur qu'au moyen d'une science incontestable. On savait que, jeune encore, il avaitdonné à presque toutes les sociétés savantes de Rome des écrits très-remarques, et qu'après avoir dirigé successivement les travaux des différentes sections de l'Académie de rimmaculée-Conception, il en avait été élu

(1) Mgr Capalti fui éleré au cardinalat en 1868. Au concile do Vatican, il lutta avec force contre le groupe d'évôques allemands, français, bon^ois et orientaux, opposés à la définition dogmatique de l'infaillibilité.

(2) Pierre Giannelli était d'un rang obscur. La ville de Terni le vit uaitre en 1807. Il fut le dernier nonce à la cour de François II, roi de Naples, où sa fermeté et son habileté consolidèrent les relations affectueuses des deux gouvernements, et aplanirent les différends ecclésiastiques. Il reçut le chapeau de cardinal en 1875. Aujourd'hui, bien que maladif, le cardinal Giannelli travaille beaucoup et vit loin du monde.

président par un vote presque unanime; Ton savait enfin qu'à la Congrégation des affaires ecclésiastiques extraordinaires, il rendait des services tels qu'il était permis de saluer en lui Tune des espérances de la diplomatie pontificale. Le jeune prélat allait être heureux de faire connaissance avec nos œuvres et nos communautés de France ; celui qui depuis des années allait chaque di« manche catéchiser, avec un zèle et un succès admirables, les jeunes élèves des fils de notre vénérable Lasalle, à San-Salvatore inLauro, et qui ne refusait son ministère à aucune œuvre d'instruction chrétienne ou de charité, allnit étudier avec bonheur les établissements de toute sorte enfantés par la religion sur le sol français, et qui font la gloire de notre patrie (1).

Le représentant du Saint-Père débarqua, le 6 juin, à Marseille, où l'attendait MgrSacconi, nonce apostolique. Dès son arrivée sur le sol français et jusqu'à Paris, le cardinal fut entouré de tous les honneurs religieux et civils dus à son rang élevé.

Le 13 juin, c'est-à-dire la veille du baptême, l'empereur reçut le cardinal eu audience publique, au palais des Tuileries, dans la salle du Trône.

Le souverain, debout devant le trône, avait à ses côtés : le ministre des affaires étrangères, le ministre de l'instruction publique et des cultes, le grand chambellan et les officiers de service de sa maison.

(1) Mgr Raffeale Monaco La Valetta, né à Aquila en 1827, créé cardinal en 1868, estaujoard'iioi (1878) ce qa*était en 1856 le cardinal Patrizzi, c'est-à-dire vicaire général de Rome.

Son Ëininence préseDia à rempereor le ftref pOBÉifical et prononça un discours en latin.

L'empereur répondît :

c Je suis trèsHreconnaissant envers Sa Sainteté le papa « Pie IX de ce qu'il a bien voulu être le parraki de l'en- « fant que la Providence m'a donné. En hii demandant c cette grâce, j'ai voulu attirer d'une manière parti- € cnlière sur mon fils et sto* la France la' protection du € Giel. Je sais qu'un des moyens les plus sûrs de la mécc riter, c'est de témoigner de toute ma vénération pour « le Saint-Père, qui est le Représentant de Jésu8*Ghrist € sur la terre. •

Le cardinal Patrizzi présmta ensuite à Sa Majesté les prélats et les personnes attachés à sa mission, et l'empereur s'entretint quelques instants avec Son Ëminence.

Le cardinal légat avait été conduit à l'audience impériale avec des voitures de la cour : la garde faisait la haie et portait les armes ; les tambours battaient le rappel.

Après l'audience, S. Em. le cardinal Patrizzi fut conduit au pavillon Marsan avec le même cérémonial.

Le lendemain, samedi 14 juin, eut lieu^ à Notre-Dame, la cérémonie du Baptême, à laquelle on avait voulu donner un éclat et une solennité incomparables.

Une double haie, formée par la garde nationale à droite, la garde impériale et la troupe de ligne à gauche, était rangée sur tout le parcours du cortège, depuis le palais des Tuileries jusqu'au parvis Notre-Dame, en passant par le jardin des Tuileries, la place de la Ck)ncQrd6, la rue de Rivoli, la place de l'Hôtel-de-Ville, le pont

d'Arcolo, eie. Ln garde impc^riale occupait, du câté gauche* les abords des Tuileries et de Notre-D^Uha*

Une foule compncte se pressait derrière celte iloublje haie. Les fenêtres, les balcons, et jusqu'aux toits dispa.raissaient sous la multitude des spectateurs.

S. Em. le cardinal Patrizzi et sa suite sortirent des Tuileries dans deux voitures escortées par des escadrons de cavalerie, La voilure du logat était attelée de huit chevaux mnguifiqucment c 'paraçjnnés ; des Ia(|uai8 en grande livrée les tenaient par la bride. La voiture allait au pas. La foule se découvrait respectueusement sur le passage du légat, et, en plusieurs endroits^ des voix nombreuses s'élevaient pour lui demander sa béné-* diction. La voiture du cardinal était large et ornée de glaces, de telle sorte que tout le monde pouvait apercer voir Son Eminence. Les tambours battaient aux champs sur son passage.

Environ une demi-heure après le passage du légat, on vit défiler le cortège impérial.

Ce fut un jour de fête pour tout Paris ; beaucoup de boutiques étaient fermées, même dans les quartiers où ne passait pas le cortège.

Arrivée à Notre-Dame vers cinq heures, Son Em. le Légat fut reçue par Mgr l'Archevêque de Paris, entouré de son clergé. Le représentant du Souverain Pontife fut conduit processionnellementetavec pompe au trône qui lui avait été préparé.

Une foule immense, qu'augmentaient encore à chaque instant des flots de voyageurs arrivés par les trains» de plaisir, se pressait depuis le matin dans les rues (pie

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devait parcourir le cortège et aux abords de Noires- Dame. Toutes les croisées étaient tendues, toutes les maisons pavoisées. Sur la place du Parvis et à l'entrée de la rue d'Ârcole se dressaient des mâts portant des bannières aux armes de l'empire. En avant du portail de réglise, on avait construit un porche d'une élégance et d'une légèreté remarquables. La place était sablée et jonchée de feuillages et de fleurs*

On ne saurait se faire une idée du coup d'œil vraiment féerique qu'offrait l'intérieur de la* cathédrale. Une décoration splendide avait complètement transformé le monument, et l'on était frappé, en entrant, d*uh irrésistible mouvement d'admiration. Ces voûtes, d'un bien tendre, parsemées d'étoiles, ces verrières improvisées qui tamisaient un jour harmonieux et doux, ces tentures d'un rouge vigoureux, qui faisaient parfaitement ressortir les brillants uniformes ; au fond du chœur, éclairé par des milliers de bougies, un ardent foyer de lumières éblouissantes ruisselant comme de l'or en falîon sur l'estrade des évêques^ qui, au nombre de soiiante-^quin7«e, étaient rangés en gradin sur leurs sièges^ crosses et mitres, dans leurs magnifiques habits pontifi* eaux;lottt cet ensemble présentait un spectacle à défier le plus habile pinceau.

Peu d'instants avant l'arrivée de la famille impériale, le. légat revêtit ses ornements pontificaux. L'archevêque alla au-devant du cortège, impérial, qu'il reçut et accompagna jusqu'au haut de la nef. L'empereur et l'impératrice^ avant <l'aller occuper Ittip prie -Dieu, attendirent debout que le légat eut

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frit sar le Prince impérial left prières derezorcisnie.

On procéda ensuite à la cérémonie bapèUmale. Ce fut te cardinal légat qui administra le sacrement au file spirituel de Pie IX, qu'il était venu représenter comme parrain (1).

Après le baptême, Tempereur, rimpératricOi le cardinal légat signèrent Tacte sur les registres. L'archevêque de Paris présenta lui-même le registre et la plume aux augustes personnages.

La cérémonie commencée à six heures un quart fut terminée à sept heures. La famille impériale et le cardinal-légat furent successivement reconduits par TAr^ chevêque et le clergés à leur sortfe de la métropole, avec le même cérémonial qu'à Tarrivée.

Les invités, qui remplissaient Notre-Dame, traversèrent lentement la foule immense qui encombrait les abords de Tédifice.

En quittant là cathédrale. Leurs Majestés, le légat, les archevêques et les évêques, les ministres, etc., se rendirent à rHôtel-de-vitle, où se trouvait préparé un grand dîner donné par la ville de Paris.

Le soir, les édifices publics et un grand nombre de maisons particulières furent illuminés.

Ajoutons, pour compléter cette description, que la parure des nobles dames de la cour du second empire,

(I) Oq remarqua le vase choiêi pour ce tNiptéme princier. Suivant une tradition pieusement conservée, saint Louis lui-même l'avait rapporté des croisades, et ce vase avait servi au baptême des enfeuts du saint foi. Il était en cuivre damasquiné et niellé, da plu0 l)eaa.styic persan de la On du douzième siècle.

iii HISTOIRE tiB PIB lit KT OR BON PQNTIFICiATy.

étsàU dans cette circonstance, et jusquçs.ei) face, des» aulcl8« .d*un décolleté â rchdre jnlouse.s les danseuses dé Versailles sous Louis XV. Triste préspge des span— dnles futurs de cette cour, .q«e ne sjit pas réprimer celle dont ki cœur maternel Iressaillittnntde fois, le jour du bapicme, en enlendjant le cri : Vive llmpératrite! Le 17 juin, le cardinal légat reçut la visite en corps de LL» EE. les cardinaux et de NN. SS. les archevê|ues et évêques de France prcsojts à Paris. Le cardinal de Bonald, archevê(|ue de Lyon, portant la parole au nom de ses vénérables collègues, s'exprima en ces termes :

« Eminence,

« Les évêques de France, réunis à Paris, viennent € offrir au Souverain Pontife , en Votre personne, « l'hommage d'un dévouement qui n'a jamais faibli et % d'une vénération que la foi leur inspire pour le Vi- « caire de Jésus-Christ, pour TEvêque des. évêques, « pçur rOracie de l'Eglise. Nous exprimons ces senti- € ments au plus digne organe de Tautorité pontificale. «Transmis par Votre Eminence au Père coipmun des • fidèles, ils lui seront plus agréables, et ils. seront <. accueillis par Si Sainteté avec une plus grande et f plus paternelle bienveillance. •

C'est alors que Mgr de Donald pria le cardinal légat de vouloir bien déposer aux pieds du Saint-Père les vœux unanimes des archevêques et évêques de France pqur quela fête du Sacré-Cœur, qui jusqu'alors n'était que de concession, devint une fête obligatoire de TE*

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glise universelle, et pour la béatincalion de la vénérable religieuse de Paray-Ie-MoniaK qui a spécialement contribué à l'institution de cette fcte.

S. Em. le cardinal Irgat répondit qu'il transmettrait fidèlement à Pie IX ces vœux et témoignages si éclatants de vénération et d'alToclion dont répiscopal français le rendait dépositaire* et qui ne manqueraient pas de toucher profondément le cœur de Si Sainteté^ plein d'une si vive sympathie pour Tépiscopai et le clergé de France.

Pie IX, qui se distingua toujours par un goût exquis d'à-propos, fit remettre à Timpératrice des Français, i Toccasion du baptême du jeune prince, la rose d'or bénite cette année.

La pieuse cérémonie eut lieu, le joudi 19 juin, dans là chapelle du palais de Saint-CIpnd. A onze heures, deux voitures quittaient le palais des Tuileries pour aller à Saint-Cloud. Une voiture spéciale était alTectée aux personnes de la maison de Son Émincnce qui portaient, dans un étui d'cbène. la rose bénite. Celait un rosier d'or couvert de roses en fleur, au-dessus desquelles la fleur consacrée dominait. Le rosier sortait d'un vase également d'or massif, et le vase était sur un socle de lapis-hiziili où étsneiit incrustées en mosaïque les armes du Pape et celles de rKmpcreur, Sur le vase d*or se voyaient deux bas reliefs représentant: l'unja naissance de la Vierge ; l'autre, sa Présentation au Temple.

La remise se fit dans les formes lilurgiqutts usitées en pareille circonstance et que nous avons décrites ailleurs. (Tome II, page 282.)

Après la cérémonie, le cardinal légat offrit à Tempe-

reuTt au nom du Pape, un tableau en mosaïque, d'un très-beau travail» représentant Saint Jean-Baptiste au désert f d'après Guido Béni. Son Eminence remit ensuite pour le nouveau baptisé un magnifique reliquaire orné d'émaux et de pierres précieuses gravées, et contenant une relique de la sainte crèche.

Llllustre représentant de Pie IX, pendant son.séjour dans la capitale de la France^ fut entouré des plus grands honneurs^ de la part tant des fidèles que du clergé. Invité à honorer de sa présence un grand nombre d'églises, il y fut accueilli partout avec enthousiasme, au milieu des pompes de la religion. Les églises de Notre-Dame des Victoires, de Sainte-Geneviève, de Saint-E(ienM da Mont, de Saint-Séverin, de Saint-Sulpice, la basilique de Saint-Denis, etc., reçurent tour à tour sa visite solennelle. Il célébra même le saint sacrifice, en présence des fidèles, dans plusieurs de ces églises, notamment sur le tombeau de sainte Geneviève, et sur celui de saint Vincent de Paul^ rue de Sèvres. Dans la chapelle des Lazaristes, il distribua la sainte communion aux membres des Conférences de Saint- Vincent de Paul, réunis pour la circonstance, au nombre de 2500, autour de leur vénérable président M. Baudon. Il visita également plusieurs maisons ecclésiastiques d'éducation , telles que le séminaire de Saint- Sulpice, le CùUége de V Immaculée-Conception A Vaugirard, recevant partout d'éclatants témoignages de vénération et d'amour, qui, dans sa personne^ s'adressaient au saint Pontife dont i' était le représentant.

Le cardinal légat reçut, an château des Tuileries

HI8T0IRB DB PIB IX BT DE SON PONTIFICAT. 445

OU H résidait^ le jeune et intrépide aëronaute Alfred Ronciot» qui avait (ait, le 15 juin^ la remarquable ascension du ballon le Napoléon-Eugène^ et s'était blessé à la main gauche en manœuvrant pour opérer la descente. Ijd légat du Pape lui fit l'accueil le plus amical et lui remit une médaille d'argent à l'effigie de Pie IX et bénite par Sa Sainteté. On crut voir là une sanction implicitement donnée aux dangereuses expérimentations de la navigation aérienne?

L'Éminent cardinal, pendant Taudience de congé qui eut lieu à Saint-Cloud, reçut de l'empereur, le grand cordon de la Légion d'honneur avec la croix diamantée, puis quitta Paris, le matin du I*' juillet, pour retourner à Rome où il arriva le 5 du même mois.

Le 23 décembre suivant, l'empereur, en exécution d'un vœu fait conjointement avec l'impératrice, à l'occasiQn de la naissance du Prince impérial, envoyait la somme de 5000 francs au sanctuaire de Notre-Dame de Liesse. Les chroniques du temps disent que pareille somme fut envoyée, pour le même motifs à neuf autres sanctuaires de la sainte Vierge.

L'année précédente (décret du 30 août 1855), Pie IX, après les négociations d'usage avec le gouvernement firançais, avait érigé Laval en évêché. Le premier titulaire du nouveau siège, Mgr Yicarl, ancien évêque de Fréjus, fut intronisé, le 28 novembre, par Son Excellence Mgr Sacconi, nonce du Saint-Siège. Quatre ans plus tard, {décret du 26 maiiSbO), le Souverain Pontife, d'un Commun accord avec le gouvernement français, érigeait le siège épiscopal deRennes en archevêché, avecYannes,

446 HISTOIfiB OB PIB IX BT DB SON PONTIFICAT,

S&int-BrieucetQuimperpour suffragants. MgrBrossays* Saint-Marc, depuis cardinal, {décédé le21 /Vw/erl878), porta le premier, le titre d^archevéque de Rennes (I).

Elles Turent belles les années qui s'écoulèrent depuis le retour du Pape, en 1850, jusqu'à la guerre d'Italie^ en 1859. C'est Tcpoque des gloires de l'Eglise et de la France comme du pontificat de Pie IX. Dans un de ses voyages à travers les départements, le Prince-Président avait prononcé à Marseille ces nobles paroles: • Partout où je le puis, je m^elTorce de soutenir et de propager les idées religieuses, les plus sublimes de toutes, puisqu'elles guident dans la fortune et consolent dans radyersité. Mon gouvernement, je le dis avec orgueil, est peut-être le seul qui ait soutenu la religion pour elle-même ; il la soutient non comme instrument politique, non pour plaire â un parti, mais uniquement par conviction et par amour du bien qu'elle inspire, comçde des vérités qu'elle enseigne. > Magnifique protestation, mais trop épii^ée de faste et de dédain, ce qui n'empênlia pas la parole princière d'être chaleureusement applaudie, et le chef de l'Et.it de grandir dans l'estime çt Taflection des masses. Il faut avouer que les actes, pendant la période en question, ré|)Ondircnt assez bi(^n au programme de Marseille. A mesure que l'autorité s'afl rmissait , le gouvernement prenait à tâche de sads aire les besoins religieux du pays. La majorité

(I) Six mois avant sa mort, le carctinal BroBsays-saint-Marc eujui memoria in benedictivne est (I Muceti., ni, 7), écrivaii de sa muiii à Tuuteur de lUUtoire de l'ie II son Pontificat et sm siéeiif pour le ièiiciter de la publicatiça des deux prcuiiens vQiuineSt

Gcrogle

de la représentation nationale aidait en cela les bonnes dispositions du pouvoir. Cest ainsi que furent décrétées:

La fondation, dans les cimetières de Paris, des Au-môniers des dernières prières^ c*est-à-dire de prêtres charges spécialement de conduire à sa dernière demeure la dépouille mortelle des indigents {Décret du 2 1 mars 1852);

La réorganisation du chapitre canonial de Saint-Denis {décret du 25 mars 1852) ; et la création de la chapellenie de Sainte-Geneviève, ou communauté de prêtres chargés de desservir Féglise de la sainte patronne de Paris, rendue au culte.

. Ces deux dernières institutions étaient renouvelées du premier empire. Le neveu du grand Nopoléon sem-^ blait prendre à tâche d'imiter, en les modifiant suivant les besoins du temps, les institutions religieuses de son oncle.

11 eut à cœur de rétablir également, comme au temps du premier empire, la grande aumônerie de Franre. Des négociations furent ouvertes à ïVome, à cet effet. Le négociiteur fut, pour le gouvernement français , révê«]ue de Nancy , Mgr Menjaud. L'accord n'était pas s:ms di(Ticn!tés; car il importait, dans la constitution de la nouvelle aumônerie, d*écapter les conflits d'attributions qui s'étaient élevés souvent, autrefois, entre le grand aumônier et Tarchevê |ue de Paris. La sagesse de Rome sut y pourvoir, et le 31 m.irs 1 857 était promulguée la bulle d'érection de la grande aumônerie.

611e débute ainsi :

448 HISTOIRE DB PIB IZ BT DB SON POIfTIFIGAT.

« Dans notre bienveillance aposloliqae, nous accor« dons volontiers aux princes souverains ce qu'un zèle pieax les engage à solliciter pour leur consolation spirituelle.

« C'est pourquoi notre très-cher fils en Jésus-Christ Louis-Napoléon III, empereur des Français, nous ayant demandé de constituer, en vertu de notre autorité aposo tolique, ua grand aumônier ou archichapelain de la chapelle impériale, particulièrement chargé du soin spirituel de la maison impériale et des personoes qoi y sont attachées pour le service et à un titre quelconque, et demeurant dans les palais, résidences et châteaux impériaux, comme cela a été accordé aux autres princes souverains par les Pontifes romains nos prédécesseurs, en considération de la piété du sérénissime empereur et de son dévouement au Siège apostolique, nous avons cru devoir acquiescer à ses vœux.

c Par ces motirs^ de notre science certaine, après mûre délibération^ et de la plénitude de Tautorité apostolique, nous décrétons et statuons ce qui suit :

€ Il y aura dans Tempire français un grand aumô^ nier ou archichapelain de la chapelle impériale, choisi par le sérénissime empereur parmi les archevêques et évèques de cet empire.

« Â ce grand aumônier sera adjoint un autre évêque chargé de'le suppléer, en cas d'empêchement jégiiimè, danfi les fonctions qui sont de Tordre épiscopal, ainsi qu'un prêtre, qui remplira Tolfice de vicaire généraU

€ Deux autres prêtres exerceront les fonctions de secrétaire et de pro-secrétaire.

c II y aura au plu8 douze chapelaios prêtres pour faire Toffice divin et tes oérémonîes du culte dans la chapelle impériale de* Paris, dms le palais vulgairement appelé les Tuileries^ et enfin huit clercs environ et huit auUres personaes pour le service de ladite chapelle. ... »

La bulle déclare ensuite le grand aumônier exempt de la juridiction de Tordinaire, et fixe retendue de la juridiction dont il jouira lui-même. « il exercera de la même manière que les archevêques, évêques et les autres ordinaires des lieux^ la juridiction ordinaire tant sur les chapelains, sur toutes et chacune des personnes allaehées à la chapelle impériale, que sur la famille impériale et toutes les autres personnes attachées ou adjointes à son service, partout où sera l'empereur et sa cour impériale, ainsi que sur toutes les personnes de tout rang, de toute condition et de tout sexe qui vivent et demeurent dans les palais impériaux de Paris, de Versailles et de Saint-Gloud, de même que dans les résidences impériales de Fontainebleau, Compiègne, Rambouillet, et dans les châteaux impériaux de Pau, Biarritz et Strasbourg.

« 11 appartiendra en conséquence au susdit grand aumônier de diriger ht célébration des offices divins dans la chapelle impériale, dans tous et chacun des palais et résidences susnommés, et d'y établir un prêtre dûment approuvé pour exercer en son nom les fonctions paroissiales. »

Quant aux chapelains de Tannée, ils seront soumis à la juridiction de Tordinaire respectif tant que les troupes seront $or on point quelconque . de l'empire français ;

(150 . HISTOIRE Dfi PIB IX ET DE SON PONTIPICAT.

mais lorsque ces troupes seront hors des territoires de la domination impériale, excepté la ville de Rome et les Etats pontificaux, le grand aumônier conservera sa juri* diction sur les chapelains des troupes en compagne, et leur, donnera tous les pouvoirs nécessaires et extraordinaires que la bulle énumère. Après celte longue et minutieuse cnumératipn, l'acte pontifical ajoule :

c Nous voulons et ordonnons que le grand aumônier ou archi-chapelain ne puisse user et jouir d'aucune autre juridiction que celle qui vient d*étre exprimée, d*aucuns autres privilégesi facultés et induits en ce qui concerne les lieux, les choses, les personnes susénoncés, toutes dispositions contraires étant abrogées, même celles qui demaniJeraient une mention particulière et spéciale. »

Ces institutions religieuses autour d'un pouvoir quelconque en sont à la fois le plus bel ornement et le plus solide appui. Giâre à l'esprit de religion qui dominait alors dans les conseils du moharque, et qui du trône rayonnait sur la Fr ince et sur le monde, le n(»uvel empereur était entouré de l'amour et des sympathies de la France, respecté de l'étranger, admiré au loin, b5ni du Ciel, et jusquer-lû il méritait toujours le bel élop;eque Pie IX. Taisait de lui solennellement danà l'Encyclique du 21 mars 1853, al ressée aux évoques de. France: «Si jamais vous avez dû entretenir parmi vous cette concorde des esjtrits et des vo!ontés,c*e$t aujourd'hui surtout que, par la bonne volonté de notre très-' her fils en Jésus' Christ, Napoléon, eimpereur des Français, et par les^uinsdeson gauvernemeàt, FEglise catholique jouit chez vous d'une paix complète, :de ti^qiiilljté^et

de faveor. Cet heureux état de choses dans cet empire et la condition des temps doivent vous exciter plus vivement à vous unir dans on même esprit de conduite, dans les mêmes moyens, afin que la divine religion de Jcsus-ChrisU sa doctrine, Tlionnêteté des mœurs, la piéié poussent partout en France de profondes racines.... »

Louanges d*un prix inestimable pour un prince de la terre! Mais, hi'las! celui qui les méritait alors cessera bientôt d'en être digne, et nous verrons avec douleur Joas oublieux aider au succès d*un complot sacrilège contre son bienfaiteur !

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