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me. Il me faut beaucoup de force et Dieu me la donne. Deo grattas !

({ Hier, en revenant de la Scala-Santa, j'ai vu tous les drapeaux que l'on a mis dans Rome pour se protéger. Il y en a des Anglais, des Américains, des Allemands, même des Turcs. Le prince Doria en a mis un anglais, je ne sais pourquoi.

« Quand je suis revenu de Gaëte, j'ai vu aussi sur mon passage beaucoup de drapeaux qui alors avaient été mis en mon honneur. Aujourd'hui, c'est différent ; ce n'est pas pour moi qu'on les a mis.

« Ce n'est pas la fine fleur de la société qui accompagne les Italiens quand ils attaquent le père des catholiques. C'est une miniature de ce que faisaient les jeunes Romains qui se rendirent au camp de César lorsqu'il passa le Rubicon. Le Rubicon est passé: Fiat voluntas tua in cœlo et in terra. — Pot viene il codice dei fatti compiuti. »

En ce moment, un officier d'état-major porta, de la part du général Kanzler, la nouvelle que les brèches étaient praticables; les membres du corps diplomatique se retirèrent et laissèrent le saint père délibérer avec le cardinal Antonelli ; après quelques instants, le pape les fit appeler et, les larmes aux yeux, leur adressa ces mots :

« Je viens de donner l'ordre de capituler ; on ne pourrait plus se défendre sans verser beaucoup de sang, ce que je ne veux pas. Je ne vous parle pas de moi ; ce n'est pas sur moi que je pleure, mais sur ces pauvres enfants qui sont venus me défendre comme

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leur père. Vous vous occuperez chacun de ceux de votre pays. Il y en a de toutes les nations, surtout des Français. Pensez aussi, je vous prie, aux Anglais et aux Canadiens, dont personne ne représente les intérêts ici. Je vous les recommande tous pour que vous les préserviez des mauvais traitements dont d'autres eurent tant à souffrir, il y a quelques années.

« Je délie mes soldats du serment de fidélité qu'ils ont fait, afin de leur laisser la liberté.

« Pour les conditions de la capitulation, il faut voir le général Kanzler; c'est avec lui qu'il faut s'entendre. »

C'en était fait : à neuf heures et quart, la muraille s'était écroulée sur une largeur de trente mètres, dans la villa Bonaparte. La brèche était praticable, mais les Sardes n'osèrent pas avancer, car, debout sur ces ruines teintes de leur sang, ils voyaient les terribles zouaves et les héroïques soldats de la légion d'Antibes, faisant de leur corps un rempart nouveau et, quand un des leurs tombait, serrant leurs rangs et continuant le feu en chantant X hymne de Pie IX.

La lutte fut terrible et quand le drapeau blanc, arboré par ordre du souverain pontife, mit fin au combat, les zouaves se résignèrent à regret : pour la première fois l'obéissance au pape leur parut difficile. Ils cessèrent le feu : il était dix heures dix minutes du matin.

Voyant qu'ils n'avaient plus rien à craindre, les Piémontais s'avancèrent vers la brèche et ouvrirent, à cent mètres, une fusillade effroyable sur les zouaves. Ainsi provoqués par cette lâche trahison, les zouaves

ripostèrent si énergiquement que les masses italiennes reculèrent en désordre.

Mais l'ordre était donné : le drapeau blanc fut planté sur la brèche et la fusillade cessa de nouveau.

On vit alors une chose inouïe : les Piéinontais, reprenant leur marche en avant et tirant sur le drapeau parlementaire, se ruèrent comme des bêtes fauves vers la brèche, l'escaladèrent et, la baïonnette au bout du fusil, se précipitèrent sur les zouaves qui, debout, l'arme au bras, ne répondirent ni à leurs menaces ni à leurs coups. Ne trouvant plus d'obstacle, l'armée italienne fit son entrée par la porte Pia, que l'histoire montre comme celle presque toujours choisie par les barbares. Une bande de vagabonds et de repris de justice l'accompagnait et l'acclamait de ses cris : à de tels vainqueurs un semblable triomphe était bien dû. Les soldats pontificaux étaient maltraités, assassinés, et la rage de ces bandits s'acharnait jusque sur le corps des braves morts au poste d'honneur et pour la plus noble et la plus sainte des causes (:).

Le même jour, à la villa Albani, le général Kanzler s'abouchait avec Cadorna et il fut contraint de signer la capitulation suivante :

« Art. Ier. La ville de Rome, sauf la partie limitée au sud par les bastions San-Spirito, comprenant le mont Vatican et le château Saint-Ange et qui constitue la cité Léonine ; son armement complet, drapeaux,

I. Lorsqu on prévint le général Cadorna de tous les crimes commis par ces bandes, il répondit philosophiquement : « Lasciate il ftopolo sfoçarsi. Laissez le peuple se dégonfler. »

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armes, magasins de poudre, tous les objets appartenant au gouvernement, seront remis aux troupes de Sa Majesté le roi d'Italie.

« Art. 2. Toute la garnison de la place sortira avec les honneurs de la guerre, emportant ses drapeaux, armes et bagages. Les honneurs militaires une fois rendus, elle déposera ses drapeaux et ses armes, à l'exception des officiers, qui garderont leur épée, leurs chevaux et tout ce qui leur appartient. Les troupes étrangères sortiront les premières ; les autres viendront ensuite, selon leur ordre de bataille, avec la gauche en tête. La sortie de la garnison aura lieu demain matin à sept heures.

« Art. 3. Toutes les troupes étrangères seront dissoutes et les soldats renvoyés immédiatement dans leurs foyers par les soins du gouvernement italien,

« Art. 4. Les troupes indigènes seront constituées en dépôt sans armes avec les allocations qu'elles ont actuellement. Le gouvernement du roi se réserve de statuer sur leurs positions futures.

« Art. 5. Elles seront envoyées à Civita-Vecchia dans la journée de demain.

« Art. 6. Les deux parties nommeront une commission composée d'un officier d'artillerie, d'un officier du génie et d'un fonctionnaire d'intendance pour la remise dont il est question à l'article premier. »

Le lendemain, 21 septembre, à 7 heures, les zouaves, qui avaient passé la nuit sous les colonnades de la place de Saint-Pierre, se formèrent en carré sous les ordres du colonnel Alet. Il leur fit alors présenter les armes

et, élevant son épée, il cria : « Vive Pie IX, pontife et roi ! » Ce cri attira le pape à la fenêtre de sa chambre, il se montra encore une fois à ses chers soldats. Debout, entouré de quelques prélats, il étendit les bras comme pour presser tous ses enfants sur son cœur, puis, levant vers le ciel ses mains et ses regards, il prononça les paroles de la bénédiction.

Vive Pie IX! répétèrent de nouveau tous les soldats. Les dragons et les artilleurs déchargèrent en l'air leurs carabines comme pour donner encore à leur roi une dernière salve d'honneur. On agitait les képis ; les uns présentaient les armes, les autres les élevaient fiévreusement, tous les yeux étaient pleins de larmes. ...

Cette scène fut trop forte pour le cœur de Pie IX, sa voix s'éteignit dans un sanglot et il tomba à moitié évanoui dans les bras de ceux qui l'entouraient.

Lorsqu'il fut revenu de cette douloureuse émotion, il chercha la solitude dans les salles de Raphaël. Le général Kanzler fut introduit près de lui avec madame Kanzleret le P. Vannutelh. Ils le trouvèrent qui marchait silencieux, la tête inclinée ; ils se jetèrent à ses pieds. « Le pape, dit le P. Vannutelli, semblait extraordinairement souffrant et épuisé ; cependant l'expression de son visage restait calme et pleine de bonté. Il interrogea ma sœur, qui fondait en larmes, et la questionna sur l'hôpital où elle avait passé la journée de la veille, auprès des blessés. Les pauvres enfants ! ajoutat-il, daigne le ciel les récompenser ! C'a été un grand crime ; il doit retomber sur la tête de ceux qui l'ont commis. »

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Le crime était consommé: Pie IX désormais était prisonnier dans son palais.

Les soldats pontificaux, avant de déposer les armes, défilèrent devant l'armée italienne. A côté de Cadorna, de Bixio, de Cosenz, on remarquait un autre personnage qui paraissait triomphant de contempler les soldats désarmés de la papauté. C'était le comte d'Arnim, ministre de Prusse (*).

I. En 1867, M. d'Arnim viola l'étiquette de la cour pontificale, en se présentant dans la cour du Vatican dans une voiture à un cheval. Le factionnaire l'arrêta. Le ministre en référa à sa cour. M. de Bismarck, déjà vainqueur à Sadowa, le prit de haut. Il ordonna à son représentant d'abaisser les armes de la légation si la cour pontificale ne lui donnait pas raison. Le cardinal Antonelli écrivit au comte d'Arnim au nom du saint père que Sa Sainteté « permettrait dorénavant aux représentants des grandes puissances d'arriver avec un quadrupède quelconque, 2> même, ajoutaient les Romains, avec la monture du roi d'Yvetot.

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