PIE IX PRISONNIER AU VATICAN
««..«.y.»».»...»..» ............................ jj> t»»»««»»»««»«»««««»»«»»««T»..^.. ... S3SS5S5M3S
Complicité de l'Europe. — Emeute dans la cité Léonine. — Encyclique de Pie IX imprimée à Genève. — Le pape trace l'historique de l'invasion de Rome. — Pie IX est vraiment prisonnier. — Justification de sa conduite. — «Mort au pape ! » — Comment la police italienne entend protéger le pape. — « Je viens de faire un premier pas dans le chemin de la conciliation. » — Propter metum Judœorum. — Pourquoi le pape n'a pas quitté Rome. — La légende de « Domine, quo vadis» ? — Moïse et Pie IX.
E sacrilège était consommé : Rome était entre les mains triomphantes de la Révolution, conduite et dirigée parla monarchie de Savoie ; Pie IX dépouillé successivement de tous ses États, sans que l'Europe se fût sérieusement émue de tous ces attentats, était réduit à s'enfermer dans son palais du Vatican, n'ayant plus désormais l'indépendance et la liberté nécessaires pour exercer son ministère sacré.
Les barbares, les empereurs d'Allemagne, des princes puissants s'emparèrent quelquefois, dans le cours des siècles, des États du saint siège ; ils employèrent la violence ouverte, ils n'invoquaient point d'autres droits que celui du plus fort, et ils ne dissimulaient point sous d'hypocrites sophismes les appétits de leur ambition ou les satisfactions de leurs vengeances. Mais l'Italie s'est emparée de Rome et des États de l'Église par la ruse et l'hypocrisie, elle n'a pas osé s'attaquer
Ipie ix prisonnier au Œattcan. 99
de front à l'auguste pontife, elle a sapé son autorité par le mensonge et l'émeute, envahi ses provinces de biais, si l'on peut s'exprimer ainsi, se posant comme la protectrice des droits des peuples qui gémissaient, disait-elle, sous le joug abrutissant des prêtres. Telle est la vérité, et nous ne saurions trop souvent le proclamer. La chute du trône pontifical, arrivant au milieu d'événements presque inouïs dans l'histoire, ne produisit pas l'émotion qu'elle eût fait naître en d'autres circonstances : les succès prodigieux de la Prusse, l'effondrement épouvantable de l'empire français, l'indigne surprise du 4 septembre, Paris assiégé, la lutte sanglante et désespérée d'une nation accoutumée à la victoire, détournèrent l'attention publique, et cependant, les nouveaux maîtres de Rome avaient amené, à leur suite, une cohorte d'hommes perdus, accourus de toute l'Italie vers la capitale. Cette troupe d'hommes, dangereux et violents, allaient aider à la réalisation du plan italien. La convention stipulée entre le général Cadorna et le général Kanzler laissait au pape la cité Léonine ; mais il fallait un prétexte au gouvernement pour supprimer cette partie de la convention. Les bandes dont nous venons de parler furent envoyées dans cette partie de la ville, avec la mission de fomenter une émeute sur la place Saint-Pierre, aux portes mêmes du Vatican. Le complot fut exécuté, sous la conduite de Tognetti, cousin du malheureux qui, en 1867, avait fait sauter la caserne Serristori : les cris de ces furieux, leurs menaces de mort contre le pape, leurs tentatives feintes ou réelles pour pénétrer dans l'intérieur du pa-
CA
ioo histoire De Pie ir,
lais pontifical, la mort d'un gendarme pontifical tué sur les escaliers mêmes du Vatican, inspirèrent à l'entourage du saint père de sérieuses craintes. La garde pontificale était impuissante à réprimer cette foule.
Le cardinal Antonelli fit alors avertir le commandant des troupes italiennes du danger que courait la personne du pape, et un bataillon fut aussitôt envoyé dans la cité Léonine. Il y resta ! les stipulations signées par les deux généraux furent ainsi annulées : Pie IX devenait réellement prisonnier; les soldats de Victor-Emmanuel montaient la garde sur les degrés mêmes du Vatican. Ils n'étaient, en effet, séparés des Suisses, placés derrière la grande porte de bronze,que par 5 ou 6 marches seulement de l'escalier extérieur. Sous le pavillon du Belvédère, une sentinelle mit en joue Mgr de Mérode qui regardait par la fenêtre.
Cette garde, le pontife lui-même s'est chargé de faire connaître au monde de quelle façon on l'exerçait. « Des personnes, dit-il dans une lettre adressée aux cardinaux à la date du 29 septembre, sortant de notre palais du Vatican, ont été fouillées par des soldats du nouveau gouvernement qui voulaient savoir si elles ne portaient rien sous leurs habits. On a réclamé contre ce procédé, et il a été répondu que cela avait été fait par erreur et qu'on s'en excusait. Mais qui ignore avec quelle facilité des erreurs de ce genre peuvent se reproduire et en amener d'autres ? »
Pie IX, du reste, n'avait point accepté la concession de la cité Léonine que lui faisaient les vainqueurs. La capitulation de son général, il l'avait subie, après avoir
Ipte ix prisonnier au (tîatkan, 101
montré suffisamment qu'il cédait à la violence. Désormais il restera confiné dans l'enceinte même du Vatican et il attendra de la générosité de ses enfants le pain de ses serviteurs et le sien propre.
Le Ier novembre 1870, il adressa à tous les évêques une encyclique qu'il fut contraint de faire imprimer à Genève :
« Tandis que mes peuples jouissaient d'une paix profonde, disait-il, le roi de Piémont et son gouvernement, saisissant l'occasion de la grande guerre qui divise deux puissantes nations de l'Europe, à l'une desquelles ils avaient promis de respecter l'état actuel du domaine ecclésiastique, d'en interdire la violation aux factieux, résolurent tout à coup d'envahir les restes de ce domaine, et jusqu'à notre saint siège, et de les réduire sous leur puissance. Mais pourquoi cette invasion hostile, et quelle cause y assigner ? On connaît aujourd'hui, en tout lieu, la lettre que, le 8 septembre dernier, le roi nous écrivit et nous fit remettre par son envoyé auprès de nous, dans laquelle, par une série longue et mensongère de mots et de phrases, et tout en affichant les noms de fils dévoué et de catholique, sous le prétexte de maintenir l'ordre et de sauver le pontificat et notre personne, on nous demandait de ne point considérer comme un acte d'hostilité le renversement de notre pouvoir temporel, et de renoncer volontairement à ce pouvoir en nous fiant aux vaines promesses qui nous étaient faites, afin de concilier ce qu'on appelait le vœu des Italiens avec le droit suprême et la liberté de l'autorité du pontife romain. Nous dûmes sans doute
io2 histoire De Pie ix.
trouver fort étrange ce procédé, destiné à couvrir et à déguiser la violence qu'on allait bientôt nous faire, et plaindre du fond du cœur ce roi qui, poussé par d'injustes conseils, inflige chaque jour de nouvelles blessures à l'Église et, tenant plus compte des hommes que de Dieu, ne songe pas qu'il est au ciel un Roi des rois, Seigneur des seigneurs, sans faveur pour aucune personnalité, sans crainte pour aucune grandeur, parce qu'il a fait également le petit et le grand, et qu'il réserve aux puissants des châtiments proportionnés à leur puissance... »
Puis Pie IX rappelle la conduite de Pie VII, et emprunte ses paroles, dans des circonstances semblables, pour prouver qu'il ne pouvait condescendre aux exigences du roi de Piémont et renoncer à son pouvoir temporel.
« Notre réponse, dit-il, n'était pas encore remise au roi, que son armée s'était déjà emparée de villes tranquilles et intactes jusqu'alors dans notre domaine pontifical, après avoir aisément dispersé les garnisons qui avaient essayé de résister. Et bientôt après, se leva ce jour funeste du 20 septembre, où nous vîmes cette ville de Rome, siège du prince des apôtres, centre de la religion catholique, et refuge de toutes les nations, assiégée par des milliers de soldats, livrée aux armes et à la violence, avec une brèche ouverte en ses murs, et sous la terreur d'un bombardement, par l'ordre de celui qui venait de nous attester solennellement son affection filiale envers nous et sa fidélité envers la religion. Fut-il jamais pour nous, pour tous les bons,
Pie ir prisonnier au Vatican, 103
rien de plus triste que ce jour où nous avons vu troubler et renverser tout l'ordre public, insulter d'une voix impie dans la personne de notre humilité la dignité et la sainteté du suprême pontificat, abreuver d'opprobres nos fidèles cohortes,et introniser la licence et l'émeute, là où naguère on n'apercevait que les sentiments de fils dévoués qui cherchaient à consoler les douleurs du père commun ? Depuis ce jour, s'accomplissent sous nos yeux des choses qu'on ne peut mentionner sans soulever la juste indignation de tous les bons : des livres infâmes remplis de mensonges, de turpitudes, d'impiétés, exposés en vente à bas prix et répandus partout ; de nombreux journaux, publiés chaque jour pour corrompre les esprits et les mœurs, pour vilipender et calomnier la religion, pour enflammer l'opinion publique contre nous et contre ce siège apostolique ; d'impures et indignes images et d'autres œuvres du même genre, publiées pour exposer à l'insulte et au ridicule les choses et les personnes sacrées ; des honneurs et des monuments accordés à ceux que la justice et les lois ont punis pour leurs crimes ; les ministres de l'Église, contre qui on soulève les passions, insultés pour la plupart, quelques-uns même frappés et blessés traîtreusement ; plusieurs maisons religieuses soumises à d'injustes perquisitions; notre palais duQuirinal violé, un cardinal de la sainte Eglise romaine violemment chassé des appartements qu'il occupait * d'autres ecclésiastiques, appartenant à notre maison, exclus de cette demeure et accablés de vexations ; des lois et des décrets portés, qui blessent manifestement et suppri
ment la liberté, l'immunité de la propriété et les droits de l'Eglise de Dieu ; et tous ces maux déjà si graves, si Dieu n'y met obstacle, s'aggraveront encore, nous le craignons. Et cependant, notre condition présente nous empêche d'y apporter aucun remède, et nous avertit ainsi de la captivité où nous sommes et de l'absence de cette pleine liberté que le gouvernement intrus, dans ses mensongers rapports,dit au monde qu'il nous laisse dans l'exercice de notre ministère apostolique. »
Pie IX termine son encyclique par d'énergiques protestations : il déclare nuls et de nul effet tous les actes et tous les décrets du gouvernement usurpateur.
Le pape était si peu libre que les journaux italiens qui reproduisirent l'encyclique furent saisis.
A partir du 20 septembre, Pie IX ne sortit plus du Vatican. Il ne pouvait plus, en effet, reparaître dans les rues de Rome, dont il était le seul vrai roi. Son apparition au milieu de son peuple, qui l'aimait toujours et l'eût salué d'enthousiastes acclamations, eût amené de sanglantes collisions, et Pie IX ne voulait pas voir couler le sang de ses sujets. Pouvait-il d'un autre côté confier sa personne aux troupes italiennes qui lui eussent servi d'escorte et de défense peut-être contre le poignard des sectaires ? Du reste, la police italienne ne fit rien pour défendre et protéger la dignité du pontife. Quand le 28 octobre 1873, une bande de sicaires allait, à la suite d'une troupe de musiciens, pousser sous les fenêtres du Vatican des cris de mort, nul ne songea à les inquiéter. Pendant longtemps ils hur-
Ipie ix prisonnier au Vatican, 105
lèrent ces menaces : Mort au Pape ! Vive Victor- Emmanuel ! et les gendarmes, les agents de la questure, tranquilles et calmes dans leur poste de la place Saint-Pierre, ne prirent nul souci d'arrêter cette démonstration.
Le peuple romain ne manqua jamais aucune occasion de témoigner son dévouement à la personne du saint père. Ses sentiments éclataient publiquement et de la façon la plus imposante chaque année aux jours anniversaires de l'élection et du couronnement de l'immortel pontife. Toutes les classes de la société envahissaient alors, en flots pressés, l'immense basilique de Saint-Pierre et, d'une voix émue par la douleur, la prière et l'espérance, tout ce peuple adressait à Dieu le cantique de l'action de grâce. Rien n'était émouvant et sublime comme cette pacifique démonstration !
Le 21 juin 1874, Pie IX voulut jouir de ce spectacle et, du haut de la tribune intérieure de la basilique, de manière pourtant à n'être pas vu, il assista à la cérémonie célébrée en son honneur par ses enfants. Après la bénédiction du saint Sacrement, les fidèles se retiraient en silence, lorsque tout à coup une voix s'écria du milieu de la foule : « Ecco il Santo Padre ! » Pie IX retournait dans ses appartements et on l'avait vu de la place passer près d'une fenêtre de son palais demeurée ouverte.
Ces mots : Voici le saint père ! produisirent sur la nombreuse réunion un effet magique ; ils furent le signal de la démonstration la plus imposante qu'il soit possible d'imaginer. En un clin d'œil, toutes les têtes
io6 histoire De l£>ie ix.
se découvrirent, des milliers de mouchoirs blancs s'agitèrent dans les airs et les cris de : Vive Pie IX ! vive le Pape-roi ! s'échappèrent de toutes les poitrines. Ce fut un moment d'enthousiasme indescriptible et dont la spontanéité semblait encore accroître l'élan.
Les gendarmes, les agents de police, les gardiens municipaux, partout mêlés à la foule, cherchaient à lui imposer silence ; mais leurs efforts pour calmer le peuple ne faisaient que l'exciter davantage et le pape-roi était acclamé par des accents plus énergiques et par des vivats plus chaleureux. La police fit alors des arrestations parmi lesquelles deux dames étrangères. Quand un régiment de Bersagliers accourut pour rétablir le calme, la place de Saint-Pierre était évacuée.
Le soir une démonstration dans le sens contraire avait lieu: sur la place Colonna où se réunissent ordinairement les Romains pour causer de leurs affaires,s'entretenir des nouvelles du jour et entendre la musique, plusieurs individus,à l'aspect féroce, firent entendre des cris de mort contre le pape et le clergé, puis se rendirent de là sur la place Saint-Pierre, où ils firent retentir sous les fenêtres du pape d'abominables vociférations : Abbasso UVaticano ! Morte ai preti ! Abbasso ilpapa-re ! criaient ces voix avinées. La police intervint pour dissiper ces émeutiers, mais seulement après que la manifestation avait eu toute la liberté dont elle avait besoin. Les insulteurs du pape ne furent point autrement inquiétés, tandis que de jeunes Romains payèrent, par l'amende et la prison, l'honneur de s'être trouvés quelques heures plus tôt parmi les milliers de catholiques
Ipte ix prisonnier au ïîatican. 107
qui acclamèrent l'auguste vieillard dont la main ne se levait jamais que pour bénir.
De tels faits étaient la justification trop complète de la captivité volontaire à laquelle Pie IX s'était condamné : sa dignité, le bonheur de son peuple ne lui en faisaient-ils pas une douloureuse obligation ?
Pie IX disait à la noblesse, dans les derniers jours de décembre 1876 :
« A moi, certaines personnes ont dit (et cela m'a été dit ces jours-ci) : Pourquoi ne sortez-vous pas du Vatican ? je dois répondre : Temptis meum nondum advenit. Pour le moment, je ne puis sortir, pr opter metum Judœorum. Ce lieu où je me trouve c'est la petite Galilée, dont je ne dois pas franchir les limites ; il est certain que je ne puis mettre les pieds hors de cette enceinte du Vatican propter metum Judœorum, par crainte des Juifs. »
En 1873, Pie IX voulut voir, avant sa pose, la mosaïque reproduisant le tableau de l'Assomption de Jules Romain, commandée pour la basilique Saint-Paulhors-les-Murs. L'atelier des mosaïques est attenant au Vatican ; pour s'y rendre Pie IX dut franchir l'enceinte de son palais. Comme il sortait, le cardinal de Bonnechose, arrivé la veille, se rendant lui-même au Vatican, le rencontra sur son passage.
En le voyant, le pape ralentit le pas, puis embrassant et relevant l'archevêque prosterné à ses pieds, il lui dit avec émotion : « Chère Éminence ! c'est une circonstance tout exceptionnelle... Voici la première fois depuis deux ans que je passe par ici !» Après la visite
io8
Ç)î0toite De Pie ix.
à l'atelier, Pie IX rentra au Vatican parle petit chemin qui conduit aux jardins pontificaux en longeant les murs de Saint-Pierre. Des ouvriers qui travaillaient à la basilique se mirent à crier : Santo Padre, la benedizione, et Pie IX, se tournant vers eux, les bénit.
En rentrant dans son palais, le saint père dit en souriant aux prélats qui l'entouraient : « Eh bien ! Je viens de faire un premier pas dans le chemin de la conciliation ! »
En 1875, au m°is de février, Pie IX, qui n'était point descendu dans la basilique du prince des apôtres depuis sa captivité, résolut de s'y rendre, afin d'examiner les travaux qu'il y avait fait exécuter à ses frais. Le jour de l'ouverture du carnaval, à midi, entouré de sa cour, il pénétra dans l'enceinte sacrée dont les portes avaient été fermées dès le matin. Le chapitre le reçut, et Pie IX, après avoir prié et baisé le pied de la statue de saint Pierre, rentra au palais d'où il ne devait plus sortir qu'en 1876, pour donner audience dans cette même basilique à quatre mille pèlerins espagnols qui étaient venus voir Pierre dans les chaînes.
Les quelques faits que nous avons rapportés suffisent pour prouver que la captivité de Pie IX, si elle était volontaire, en un sens, n'en était pas moins réelle et nécessitée par la nature même de l'invasion. Si ses mains, comme celles de saint Pierre, n'étaient pas chargées de chaînes, s'il n'était pas gardé par des geôliers dans les profondeurs de la prison Mamertine, il restait néanmoins prisonnier, puisqu'il n'avait plus la liberté d'exercer dans sa propre ville son ministère
Pie ix prisonnier au Vatican* 109
apostolique. A l'arrivée des Italiens, il eût pu quitter Rome et chercher un asile sur un autre point du globe. Le reste de l'Europe, il est vrai, ne lui offrait guère à cette heure plus de sécurité et de paix ; mais il ne voulut pas s'éloigner de Rome, comme il l'expliqua dans sa lettre adressée au cardinal vicaire, le 12 juin 1872, « par des raisons du plus grand intérêt pour la religion. »
Il lui a semblé entendre les paroles que Notre- Seigneur adressait à saint Pierre, quittant Rome pour fuir la persécution, et il est resté au milieu de son peuple.
Le 29 septembre 1872, il recevait en audience particulière le cardinal de Bonnechose. « Je veux, lui dit-il, vous offrir un présent. L'objet est en soi de peu de valeur, l'intention en fera tout le prix. » Puis, faisant allusion aux conjectures qu'on faisait alors sur son départ, il ajouta: «Quand je médite sur ce sujet, il me vient toujours à l'esprit cette scène touchante de la vie de saint Pierre. Lorsque le prince des apôtres, fuyant la persécution, quitta la ville de Rome, il rencontra, non loin de la porte Saint-Sébastien, Notre-Seigneur portant la croix d'un air attristé : Domine, quo vadis ? Seigneur, où allez-vous ? s'écria Pierre. Je vais à Rome, répondit Jésus, pour y être crucifié de nouveau. Pierre comprit, et il resta à Rome. Je fais de même, car si je quittais en ce moment la Ville éternelle, il me semble que Notre-Seigneur m'adresserait le même reproche. Eh bien ! c'est cette scène, qui n'est sans doute qu'une légende, mais une
no histoire De Pie ix.
pieuse légende, que je veux vous laisser en souvenir. »
Et Pie IX offrit au cardinal un magnifique camée en ivoire, entouré d'un cercle d'or, représentant la scène du Quo vadis.
L'année suivante, le saint père envoyait aux religieuses de Saint-Joseph de Bordeaux un beau reliquaire, orné d'une sculpture sur ivoire, représentant le même fait. « Ce tableau, dit-il en le remettant au prélat chargé de le faire parvenir, dira aux sœurs de Saint- Joseph pourquoi je ne vais pas en France. »
Pie IX a fait traiter ce sujet par plusieurs artistes ; et on ne saurait traduire autrement cette pensée : Le pape est resté à Rome parce que Dieu l'a voulu !
Sa présence, on n'en saurait douter, a plus d'une fois arrêté les usurpateurs de Rome dans la voie des sacrilèges et des spoliations. Cette dernière pensée fut gracieusement exprimée par l'offrande de M. Sauve, à l'occasion de son Jubilé pontifical, en 1871. Sur le piédestal d'une belle statue en argent, représentant le Moïse de Michel- Ange, il avait fait graver l'inscription suivante :
moyses. in. monte.
Prece. hostes. fundit.
plus. ix. p. m. in. vaticano, monte.
Orans. Romam. sospitat.
Moïse par sa prière sur la montagne défait ses ennemis ; Pie IX souverain pontife priant sur la montagne du Vatican sauve Rome.