ROME SOUS LE SCEPTRE DEVICTOR- EMMANUEL II
Le plébiscite du 2 octobre. — Prise du Quirinal. — Les fausses clefs du serrurier Gapana. — Les scandales et les sacrilèges de Rome. — L'inondation. — Arrivée d'Humbert et de Marguerite.
— Entrée de Victor-Emmanuel. — Expropriation des couvents. — Protestation de Pie IX. — Suppression des ordres religieux. — Manière de procéder du secrétaire de la Junte liquidatrice. — Les temples protestants à Rome. — La police italienne. — La loi des garanties. — Le ministère Depretis- Nicotera. — La chambre des députés et ses blasphèmes. — Rome n'est plus la cité des cérémonies et des fonctions saintes.
— Les cardinaux participent au deuil et à la captivité du pape. — L'allocution du 12 mars. — Depretis et les biens des paroisses.
— L'Exequatur. — Mort de La Marmora. — Mort de Victor- Emmanuel. — Ses funérailles. — Avènement d'Humbert I. — Protestation de Pie IX.
ICTOR-EMMANUEL, maître des États des princes italiens, avait cherché à faire sanctionner par le suffrage populaire ses conquêtes iniques. Ayant consommé son crime par l'envahissement de la capitale du monde chrétien, il voulut jouer le dernier acte de la comédie, conduite avec tant d'art et de perfidie, depuis la prise des Romagnes jusqu'à l'annexion du royaume des Deux-Siciles : le peuple romain fut donc convoqué dans ses comices électoraux pour le 2 octobre. Si les événements antérieurs n'avaient déjà fait connaître les moyens employés par le gouvernement italien dans les opérations de ce genre, le prétendu plébiscite du
ii2 histoire ne Pie ix.
2 octobre 1870 aurait suffi pour faire apprécier la déloyauté du gouvernement de Victor-Emmanuel. Dans une ville de deux cent mille âmes, où presque tous les fonctionnaires militaires et civils avaient donné leur démission, protestant ainsi contre le nouvel ordre de choses, on ne trouva dans l'urne que 46 bulletins négatifs ; tous les autres, au nombre de quarante mille avaient accepté la déchéance du pape et l'avènement de la royauté de Victor-Emmanuel ! Le gouvernement n'eut pas honte de proclamer, en face de l'Europe, un pareil résultat et, chaque année encore, il célèbre le souvenir de ce véritable escamotage. On sait, en effet, comment eut lieu ce plébiscite : les Romains n'y prirent généralement aucune part ; les employés du gouvernement, des étrangers, des hommes tarés, payés et mandés à Rome dans ce but, coururent aux urnes et portèrent successivement leurs votes dans plusieurs collèges électoraux. Le ministre Lanza obligea les compagnies de chemins de fer à transporter gratuitement tous les émigrés romains qui se présenteraient dans les stations du royaume munis de cartes délivrées par les préfets et sous-préfets....
Chaque convoi jetait sur le pavé de Rome mille à douze cents Piémontais, Lombards, Romagnols ou Napolitains venant visiter la Ville éternelle aux frais des actionnaires des chemins de fer. Il est arrivé ainsi plus de dix mille Italiens étrangers à la ville de Rome.
Après avoir remis à Victor-Emmanuel, alors à Florence, le résultat de cet étrange plébiscite, on mit les scellés sur le palais du Quirinal et un décret royal
Eome sous (Hictor^mmanuel ij. 113
annonça que Rome et les provinces romaines faisaient désormais partie intégrante du royaume d'Italie. «Le souverain pontife, disait l'article 2 de ce décret, conserve la dignité, l'inviolabilité et toutes les prérogatives personnelles du souverain. » Le lecteur sait déjà à quoi s'en tenir sur la manière dont on entendait conserver les prérogatives personnelles du seul et légitime souverain de Rome. Victor- Emmanuel toutefois annonçait la publication d'une loi qui devrait déterminer les garanties de l'indépendance du pape et du libre exercice de son pouvoir spirituel.
Dans les premiers jours de novembre, le gouvernement, qui avait hâte de s'emparer du Quirinal, provoqua par ses agents secrets une démonstration nécessaire à ses desseins. Le 5 au soir, la bande qui était entrée à Rome par la brèche de la Po7'ta Fia se réunit sur la place de Venise et, après avoir traversé le Corso, la place d'Espagne, se rendit devant le Quirinal. Tout le long de cette course tumultueuse, elle avait crié : « Vogliamo il Quirinale! Vogliamo il collegio romano! Abbasso i Gesuiti/ïï Quand la manifestation fut achevée, les gendarmes et les bersagliers dissipèrent sans peine cette tourbe, à laquelle, du reste, « d'honorables patriotes » venaient de donner l'assurance que ses vœux seraient accomplis (*).
En effet, le 7 novembre, le général de La Marmora écrivait au cardinal Antonelli que le conseil des ministres avait décidé à l'unanimité d'annexer le Quirinal au domaine royal et il priait en conséquence le secré-