Gazetta del Popolo du 7 nov
ii4 gugtoire De Iftie ir,
taire d'État d'envoyer les clefs du palais, de nommer les délégués chargés d'assister à la prise de possession et de dresser l'inventaire du mobilier.
Lorsque, dans les premiers jours de l'invasion, le général Cadorna avait fait demander les clefs du Quirinal, Pie IX avait répondu au sous-intendant du palais : « Depuis quand les voleurs ont-ils besoin de clefs pour ouvrir mes portes ? Qu'ils les crochètent ou qu'ils les abattent. Les soldats de Bonaparte, venant enlever Pie VII, entrèrent par les fenêtres du Quirinal et n'eurent pas l'insolence de lui demander les clefs.»
Reportant la réponse à l'envoyé de Cadorna, l'employé pontifical ajouta : « Entrez donc dans le palais, comme vous êtes entré dans la ville... par une brèche.»
Antonelli ne pouvait répondre d'une façon différente à La Marmora.
Le 9 novembre 1870, à midi, le gouvernement prit possession du Quirinal, dont un serrurier, nommé Joseph Capanna, vint ouvrir les portes avec de fausses clefs (I).
Le même jour, le cardinal Antonelli adressait au corps diplomatique une protestation contre cette violation du droit de propriété : le palais du Quirinal étant, depuis trois siècles, l'habitation d'été des souverains pontifes et le lieu destiné à la réunion des conclaves.
De ce jour, date l'ère de sacrilèges que nous n'es-
1. Ce malheureux serrurier fut bientôt puni de sa coupable complaisance. Les clients abandonnèrent sa boutique et, réduit à la misère, après avoir fait faillite, il fut frappé de mort subite. L'un des notaires qui dressèrent l'inventaire, après avoir volé le gouvernement par une série de faux actes, s'échappa de Rome et alla demander à la Grèce la faculté de manger impunément l'argent qu'il avait ainsi amassé.
IRome sous îJictor=aEmmanuel if. 115
saierons pas de raconter en détail et contre lesquels le cardinal Antonelli protesta énergiquement et d'une manière générale, le 24 janvier 187 1.
Le 8 décembre, fête de l' Immaculée-Conception, les catholiques, qui sortaient de la basilique vaticane, furent insultés et menacés. Trois jeunes Romains, gravement blessés, coupables d'avoir cru à la liberté de la prière, furent saisis et emprisonnés : ils s'étaient défendus contre les assassins, et ce fut tout leur crime. D'autres eurent le même sort sur le seuil de l'église de Saint- André délia Valle. La police arrivait toujours trop tard et n'emprisonnait jamais que les victimes.
Quelques jours plus tard, l'église du Gésu est profanée : le nom adorable du Sauveur qui surmontait sa façade fut brisé par le marteau des hommes du gouvernement. C'est le commencement de la profanation des églises et des sanctuaires les plus vénérables, dans lesquels les Piémontais entraient le chapeau sur la tête, le cigare à la bouche ; la Scala Santa, que les fidèles gravissent à genoux, est souillée par des hommes ivres de vin et d'impiété ; les prédicateurs sont insultés publiquement ; les prêtres injuriés, frappés, poursuivis à coups de pierre ; les marches des églises frottées de savon, afin de faire tomber les fidèles qui s'y rendaient. On représentait, dans les mascarades du carnaval, le pape et les mystères les plus augustes de la religion, indignement parodiés, travestis; l'obscénité des théâtres devint telle que le cardinal vicaire crut devoir en écrire au ministre Lanza qui n'en tint aucun compte.
Le Ier février 1873,1e même cardinal Patrizzi protesta
u6 histoire De Ipte tr.
contre les excès du journalisme, et spécialement, contre la Capitale qui publiait une série de feuilletons contre la divinité de Jésus-Christ. Le procureur général répondit que la loi était impuissante pour fermer la bouche à ceux qui, par conviction ou par passion, soulèvent de semblables discussions. Il terminait en disant : « La religion est appuyée sur des bases trop solides pour éprouver quelques dommages de pareilles attaques. »
A cette occasion, XUnità cattolica suscita une imposante manifestation dans l'Italie : douze volumes de 1,400 pages chacun furent couverts de signatures et déposés aux pieds du saint père, avec une offrande de plus de deux cent mille francs : le tout recueilli en trois mois. Elle publia de plus une consultation légale, par laquelle il était prouvé que la réponse du procureur général était en opposition avec la législation. Le gouvernement et les impies gardèrent le silence, ne pouvant ni détruire cette consultation, ni empêcher cette solennelle manifestation.
Il nous faut maintenant revenir sur des événements plus graves et sur des faits émanés du gouvernement lui-même.
Au mois de décembre 1870. une terrible inondation ravagea la ville de Rome ; Victor-Emmanuel fut sollicité, et presque contraint, par ses ministres de venir montrer, par sa présence, l'intérêt qu'il prenait à la population rudement éprouvée par ce désastre.
Le roi vint, comme à la dérobée ; il n'osa habiter le Quirinal, il se montra dans quelques quartiers et repartit aussitôt.
Eome sous <Htctor= (Emmanuel il 117
Pie IX, toujours père, songea aux besoins de son peuple et, malgré sa pauvreté, il fit distribuer cent mille francs aux inondés. Victor Emmanuel se serait alors écrié : « Je ne puis permettre que le pape donne plus que moi. Dites dans les journaux que je donnerai deux cent mille francs ! »
Le 23 janvier 1S71, le prince Humbert, héritier de la couronne d'Italie, et la princesse Marguerite faisaient leur entrée solennelle dans Rome, au bruit des salves de l'artillerie et des forts et ils s'installaient au Quirinal. La princesse, pour recevoir les applaudissements d'une foule soudoyée, n'hésita pas à paraître dans la loge pontificale du haut de laquelle le Pape, après son élection, donnait au peuple sa première bénédiction.
Cinq mois plus tard, le 2 juillet, le roi revenait à Rome et se faisait conduire par un détour au Ouirinal. Quand il y fut arrivé, la foule l'appela au balcon ; mais il se fit attendre, comme si une crainte superstitieuse l'arrêtait à cette limite dernière de la forfaiture. La populace redoubla ses cris. Un domestique vint alors jeter une tenture sur la balustrade, et le roi parut enfin, presque tremblant ; il s'avança lentement vers le balcon et salua, de cette même place, où le nouveau pape élu avait coutume de bénir le peuple. Dans le palais des papes, sur le balcon du Quirinal, ajoute un témoin oculaire, à cette place, entre les statues de saint Pierre et de saint Paul, sous l'image de la sainte Vierge, non, je n'oublierai jamais l'effet que me produisit la face de Victor-Emmanuel. Le roi n'osa dormir au
n8 fôxgtoite De Pie ix.
Quirinal et, la nuit venue, il repartit pour Florence.
Le 4 mars 1871, le gouvernement, ayant besoin d'édifices pour établir ses ministères et ses administrations, trouva plus simple de s'emparer des couvents que leur position, leur grandeur et leur bon état de conservation rendaient plus propres à cet usage, et il en décréta l'expropriation. L'Etat fixa lui-même le prix d'une indemnité qui, en réalité, n'entra jamais dans la caisse des véritables propriétaires, les religieux dépossédés. Ce n'était là qu'un prélude ; il entrait dans les desseins du gouvernement de supprimer à Rome les couvents, comme il l'avait fait dans le reste de l'Italie. Pour Rome la mesure était encore plus grave, car elle ne tendait à rien moins qu'à la destruction des ordres religieux. C'est à Rome, en effet, auprès du pape, que résident les supérieurs généraux (1).
« Oui pourra nier, dit à ce sujet Pie IX, que supprimer les ordres religieux à Rome, ou même en limiter arbitrairement l'existence, ne soit non seulement attenter à la liberté et à l'indépendance du pontife romain, mais de plus lui arracher des mains un des moyens les plus puissants et les plus efficaces pour le gouvernement de l'Église universelle ? »
Mais la protestation de Pie IX, adressée sous forme de lettre au cardinal Antonelli, le 16 juin 1872, resta
1. Le 4 mars parut le premier décret d'expropriation ; il comprenait huit couvents : i° celui des Oratoriens, santa Maria délia Vallicella; 2° des Cordeliers, attenant à l'église des Douze-Saints-Apôtres ; 30 des religieuses Clarisses, à Saint-Silvestre in capite ; 40 des Lazaristes, à Saint- Silvestre du Quirinal ; 50 des Augustins, à Santa-Maria délie Vergini ; 6° des Théatins, à Saint-André délia Valle ; 70 des Dominicains, à Sainte-Marie de la Minerve ; 8° des Augustins, à Saint-Augustin.
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sans effet, et le gouvernement italien n'en continua pas moins la persécution. Le 20 novembre, il présentait à la Chambre des députés le projet de loi contre les ordres religieux à Rome et. le 19 juin 1873, Victor- Emmanuel sanctionnait une loi votée par les deux Chambres.
Disons de quelle manière le gouvernement appliqua la nouvelle loi. Il institua une junte liquidatrice dont la mission fut de confisquer et d'administrer les biens des couvents. Du 20 octobre au 16 décembre 1873 ils liquidèrent soixante-dix maisons religieuses. Il fallut dans plus d'une user de violence: le pape avait défendu aux religieuses d'ouvrir leurs portes ; mais les membres de la junte ne s'arrêtèrent pas devant la nécessité d'employer la violence. Plus d'une fois les portes furent brisées à coups de hache.
Les couvents des religieuses Camaldules de Saint- Antoine, près Sainte-Marie-Majeure, des Carmélites de Sainte-Thérèse, dans la rue Porta-Pia, etc., furent violés de cette façon. Le cardinal-vicaire avait envoyé son secrétaire pour protester contre la violence ; mais on lui imposa silence et, après avoir fait agir les pinces et la hache, on pénétra dans l'intérieur du monastère. Le secrétaire prononça alors les paroles suivantes :
« Maintenant que le sacrilège attentat est consommé, maintenant qu'à coups de hache et de marteau on a renversé les portes du refuge sacré des vierges du Seigneur, foulant ainsi aux pieds les droits sacrés de la propriété, je proteste au nom de la religion outragée, au nom de l'humanité, au nom de ces pauvres femmes
îjMgtotre De Pie ix.
sans défense. » On leur donnait huit jours pour évacuer le couvent et on leur assignait pour séjour un autre monastère d'un ordre différent.
L'hypocrisie fut souvent ajoutée à la violence, et tout le monde connaît à Rome la façon de procéder du secrétaire de la junte chargé de ces exécutions : en dépouillant les religieuses, il se recommandait à leurs prières.
Les moines, dépouillés de tous leurs biens, chassés de leurs couvents, reçurent une rente de cinquante francs par mois s'ils étaient prêtres, et de vingt-cinq s'ils étaient laïques (*). Les objets précieux, les livres, tout fut enlevé et déclaré bien de l'Etat. Dans un coin du couvent, on laissa quelques cellules à la disposition du recteur de l'église appartenant au couvent, où il peut habiter avec un ou deux religieux dont le secours lui est nécessaire pour l'administration de la paroisse ou le service de l'église. La junte a consenti à accepter comme recteurs des églises les religieux qui la desservaient, à la condition qu'ils ne porteraient plus l'habit monastique. Les Jésuites seuls ont été absolument exclus et bannis : il a même été défendu aux recteurs du Gesu et de Saint-Ignace de permettre aux pères de la Compagnie de prêcher ou de confesser dans ces sanctuaires créés par eux, où reposent les corps de leur fondateur et de leurs saints et qui furent pendant des siècles le siège de leur apostolat.
Les généraux des ordres religieux répandus en dehors de l'Italie ont été exceptés de la loi générale
i. L'indemnité donnée aux autres religieux de l'Italie est beaucoup plus minime.
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d'expulsion : on leur a concédé momentanément le droit de résider dans la maison généralice.
Par suite de ces ordonnances, l'existence des ordres religieux est très compromise en Italie. Leurs noviciats sont généralement vides : la loi militaire, obligeant les clercs eux-mêmes à suivre le métier des armes, en rend le recrutement chaque jour plus difficile.
Comme complément de ces mesures désastreuses, toutes les sectes protestantes ont aujourd'hui des temples ou des salles évangéliques; leur nombre s'élève déjà à soixante-treize. Le pasteur Witte, dans le Diritto du 3 Mars 1879, prononçait ces paroles bien significatives : <£ En 1870, le premier véhicule qui entra dans la Ville éternelle par la brèche de la Porta Pia fut un petit chariot traîné par un chien et chargé de Bibles et d'écrits religieux. » On voit qu'à l'ombre du drapeau italien ils ont fait du progrès. Toutefois, à l'exception de quelques misérables qui les fréquentent pour recevoir de l'argent, les Italiens, les Romains surtout, se moquent d'eux ; les mécréants eux-mêmes préfèrent rester mauvais catholiques que d'embrasser l'hérésie.
« Les hérésies, disait un jour Pie IX, n'ont pu prendre racine en aucun temps, ni en Italie, ni à Rome... Si l'Italie a produit quelques hérésiarques, il est cependant vrai qu'elle est demeurée inviolablement attachée au catholicisme. La religion catholique ayant son centre en Italie et le saint siège étant ici même, c'est pour cela sans doute que cette religion catholique y demeure intacte (x). »
1. Discours aux curés et aux prédicateurs du carême, le 8 Février 1872,
histoire De W>it ix.
Le 13 mars 1871, le gouvernement italien promulgua la fameuse loi, dite des Garanties. Elle n'a pas besoin de commentaire ; il suffira d'en faire connaître les principales dispositions. On y déclare d'abord que « la personne du souverain pontife est sacrée et inviolable. » Les attentats contre lui sont passibles des mêmes peines que ceux dirigés contre le roi lui-même. Les « injures et les offenses, » par « des discours, des actes ou par des moyens indiqués dans l'art. ir de la loi sur la presse, sont punies de peines établies à l'art. 19 de cette même loi. — La discussion des matières religieuses est pleinement libre. — Les honneurs souverains et la prééminence d'honneur » sont assurés au pape et le droit « de conserver le nombre accoutumé de ses gardes lui est reconnu. » L'État lui donne une rente de 3.225,000 lires : cette dotation insérée au grand-livre est perpétuelle et inaliénable. On lui laisse en outre la jouissance des palais apostoliques du Vatican et du Latran, ainsi que la villa de Castel-Gandolfo avec toutes ses attenances et dépendances. Les musées, bibliothèques, etc., de ces palais sont déclarés inaliénables. « Durant la vacance du saint siège » nulle autorité ne pourra « apporter ni empêchement, ni restriction à la liberté personnelle des cardinaux. »
Aucun représentant de l'autorité publique ou agent de la force publique ne peut, pour accomplir des actes de son office, s'introduire dans les lieux qui sont la résidence habituelle ou la demeure temporaire du souverain pontife, ou dans lesquels se trouve rassemblé un conclave ou concile œcuménique, sinon avec Tau-
ïRomc 0ous (Htctor^mmanuel ij. 123
torisation du souverain pontife, du conclave ou du concile. — « Il est interdit de procéder à des visites, perquisitions ou séquestres de papiers, documents, livres ou registres dans les offices ou congrégations pontificales investis d'attributions purement spirituelles. — Le souverain pontife est pleinement libre de remplir toutes les fonctions de son ministère spirituel et de faire afficher à la porte des basiliques et églises de Rome tous les actes du susdit ministère. — Les envoyés des gouvernements étrangers près de Sa Sainteté jouissent, dans le royaume, de toutes les prérogatives et immunités accordées aux agents diplomatiques selon le droit international. —
« Le souverain pontife correspond librement avec l'épiscopat et avec tout le monde catholique, sans aucune ingérence du gouvernement italien. » Les télégrammes adressés au souverain pontife seront exempts des taxes mises à la charge des destinataires. — « Dans la ville de Rome et dans les sièges suburbicaires, les séminaires, les académies, les collèges et les autres institutions catholiques, fondés pour l'éducation et la formation des ecclésiastiques, continueront à dépendre uniquement du saint siège, sans aucune ingérence des autorités scolastiques du royaume. »
En ce qui concerne les relations de l Etat avec l'Église, la loi abolit toute restriction spéciale à l'exercice du droit de réunion des membres du clergé catholique, l'exequatur, le placet royal et toute autre forme d'autorisation gouvernementale pour la publication et l'exécution des actes des autorités ecclésiastiques,
En matière spirituelle et disciplinaire, la loi n'admet ni réclamation ni appel contre les actes des autorités ecclésiastiques, et il ne leur est accordé ni réconnu aucune exécution par force publique etc., etc.
Cette loi, inique en elle-même et injurieuse dans la forme, ne pouvait être reconnue par le pape. Le gouvernement, du reste, l'avait. à peine promulguée qu'il ne se gênait pas pour en violer les dispositions, selon les circonstances. Malgré l'article second, qui punit les offenses, les injures par des discours ou des éci'its dirigés contre la personne du saint père, les journaux n'ont jamais cessé d'enfreindre cette loi. Les caricatures les plus ignobles, les allusions les plus infâmes, les hypocrisies les plus honteuses, les railleries les plus grossières sont constamment dirigées soit contre le souverain pontife, soit contre les princes de l'Eglise. Nous en citerons bientôt un exemple.
Redirons-nous maintenant les attentats commis contre les individus, en plein jour, dans les lieux les plus fréquentés, sous ce gouvernement qui ne cessait de crier contre l'insuffisance de la police pontificale, contre l'administration du saint père, qu'il accusait de favoriser le brigandage ? Les journaux contiennent depuis longtemps et presque chaque jour le récit des assassinats et des vols commis dans toutes les villes du royaume italien. Nous nous contenterons de citer à ce propos les paroles que le saint père adressait, le 20 juillet 1872, aux anciens officiers de la police pontificale qui lui sont demeurés fidèles.
«Je sais ce que je lis dans les journaux, je lis qu'un
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receveur s'est enfui avec la caisse, et vigiles non invcnerunt eum ; je lis qu'un autre s'est enfui avec une somme d'argent escroquée, et vigiles non invenerunt eum ; je lis qu'une troupe de voleurs enfoncent une boutique, et vigiles non invenerunt eum. Moi, je lis tout cela ; mais vous, vous le voyez, parce que vous vivez au milieu de cela. »
Le mois de mars 1876 apportait à Pie IX deux nouveaux outrages : l'inauguration solennelle de la Bibliothèque Victor-Emmanuel, établie par M. Bonghi, ministre de l'Instruction publique, dans les dépendances du collège romain et formée des collections enlevées à 46 monastères, et la suppression de « l'Université, dite Vaticane ou pontificale, ainsi que de l'institut scientifique existant dans le palais Altemps». Cet établissement dû à l'initiative privée, soutenu par le saint père, s'appelait simplement Association Scientifique, et les professeurs, se disant modestement répétiteurs, appartenaient à l'ancienne université pontificale de la Sapience. Ils n'avaient pas voulu prêter le serment exigé par le nouveau maître de Rome, ils enseignaient dans une maison privée, se conformant d'ailleurs au programme de l'université royale et leur enseignement était gratuit. Il y avait quatre ans que cet institut vivait tranquille, se croyant à l'abri de toute persécution sous la garantie même des lois du royaume.
Quelques jours plus tard, le ministère Minghetti tombait sous un vote de défiance de la Chambre des députés et sous le mépris public. Il emportait avec lui la responsabilité des faits que nous avons énumérés
et ses deux derniers actes furent la présentation de la loi qui oblige tout le clergé au service militaire et de celle qui restreint la liberté d'enseignement.
Le ministère Depretis-Nicotera ne resta pas inactif et il donna prompte satisfaction aux hommes qui l'avaient porté au pouvoir. On vit se succéder rapidement les circulaires contre l' Église. Nous mentionnerons celles destinées à encourager les prêtres schismatiques de Naples et à aider par des secours en argent ceux de Mantoue ; les circulaires contre les œuvres pies et l'abolition des legs de messes attachés à ces œuvres; celle sur les dots distribuées aux jeunes filles dont les
dispositions tendent à altérer essentiellement le carac-
tère de leur fondation : vinrent ensuite les ordonnances contre les processions et les associations religieuses. Le 9 décembre 1876, le ministre de la justice soumit au parlement un projet de loi destiné à réprimer les abus du clergé. La discussion fut l'occasion de discours passionnés. Les députés, parmi lesquels plusieurs prêtres apostats, proférèrent d'horribles blasphèmes : « II faut combattre le prêtre, s'écriait Martini. L'Église du Vatican trouble nos co7isciences, non seulement dans l'ordre religieux, mais aussi dans l'ordre civil; — réagissons, ajoutait le prêtre apostat Abignente ; — il faudrait, poursuit Mezzario, l'interdit, il faudrait « une loi organisatrice du clergé une loi émancipatrice contre la
tyrannie du pape. » — « L'Église a toujours été subversive, dit le député Petruccelli délia Gattina ; après le Concile elle est devenue agressive ; après le 28 septembre 1870 elle est devenue hydrophobe... Il n'y a pas
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huit jours que le jaboteur pontifical du Vatican attaquait le royaume d'Italie et ses institutions... Eh bien! de Monte-Citorio, qui est notre Vatican à nous, où régnent la justice, la vérité et la liberté, nous disons au calife d'Occident : Tu mens ! comme ton prédécesseur saint Pierre, tu mens ! tu mens! Saint Pierre renia son maître, toi tu as renié ta patrie ! »
Ce langage convenait à l'homme qui a écrit un livre pour chercher à réhabiliter Judas !
Un seul orateur, le député Bartolucci, osa prendre la parole pour défendre l'Église et le pape, malgré les interruptions, les trépignements et les fureurs d'une assemblée qui ressemblait plutôt à une réunion de démons que de législateurs.
La chambre des députés vota cette loi qui n'avait pas d'autre but que d'atteindre le pape lui-même, en punissant de la prison ou de l'amende ceux qui publieraient sa parole ou exécuteraient ses ordres.
Le sénat, il est vrai, rejeta la loi ; mais qui dira dans quelle mesure la crainte de l'intervention des puissances catholiques, invoquée par Pie IX dans son allocution du 12 mars, entra dans cette décision tardive et prudente? Des protestations s'élevèrent aussidel'Italie,etl'on peut croire qu'elles ne furent pas sans influence sur la détermination du sénat. Les Italiens procèdent lentement, ils sont généralement ennemis de la violence ; pour arriver à leurs fins ils se servent, dit un jour Pie IX « de la lime sourde qui ronge plus lentement, et ils mettent un mois à détruire ce que d'autres briseraient en un jour (*). »