‹ Histoire de Pie IX le Grand et de son pontificatChapitre 18 sur 81 · A la fédération Pie, le u avril · texte numérisé non relu

A la fédération Pie, le u avril

histoire De Ipîe ix.

Le nouveau ministère continuait à marcher dans cette voie de persécution et, pendant qu'il présentait cette loi odieuse, « il montrait son dessein bien arrêté de diminuer peu à peu le nombre des églises et des sanctuaires de Rome. Les églises de St-Caius, de Ste- Thérèse et de l'Incarnation, voisines l'une de l'autre, étaient jetées à bas, et sur leurs ruines on élève le ministère de la guerre. L'année suivante, le 13 août 1877, deux autres églises étaient arrachées à leur destination sans aucun motif d'utilité publique. Le secrétaire de la Junte liquidatrice s'emparait de celle de St-Antoine, sur TEsquilin, et mettait les scellés sur les portes, alors que le saint Sacrement était encore dans le tabernacle. Celle de Sainte-Marthe, sur la place du Collège Romain, était prise par l'autorité militaire pour en faire un magasin de chaussures. Pie IX fît protester auprès des puissances parson cardinal vicaire.

Depuis l'occupation italienne, Rome n'a plus revu ses imposantes solennités pontificales. Les cardinaux eux-mêmes, qui sont comme le prolongement de l'autorité pontificale, ne se réunissent plus en chapelle cardinalice pour honorer la mémoire des grands serviteurs de Dieu.

« Il y a des gens, disait le saint père à de nombreux étrangers, le 31 décembre 1872, qui croient qu'une grande paix règne à Rome, et que les choses ne vont pas si mal qu'on le dit. Il y a même des étrangers qui, à peine arrivés dans cette ville, viennent demander des billets pour assister aux fonctions religieuses! Mais ces fonctions religieuses ne recommenceront jamais

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tant que durera l'état de choses actuel. Ceux d'entre vous qui ont assisté aux cérémonies de la semaine sainte doivent se rappeler que le vendredi saint les autels sont en deuil. C'est actuellement l'état où nous nous trouvons, et je ne pourrais pas moi-même célébrer les fonctions saintes, sans m'exposer à des irrévérences probables et presque certaines. »

Les ricevimenti solennels qui accompagnaient la réception du chapeau cardinalice et la prise de possession par les cardinaux de leur église titulaire ont été supprimés. Du reste, depuis 1870, le saint père ne remettait plus aux membres du sacré collège le principal insigne de leur haute dignité. En mars 1877, le pape résolut cependant de donner le chapeau aux trente-deux cardinaux qui en étaient dépourvus; mais la congrégation du cérémonial dut prendre de nouvelles dispositions et dispenser les princes de l'Église des règles et des usages observés jusqu'alors. Pie IX, en rappelant les motifs qui rendaient impossibles les réjouissances d'autrefois, se plut à décrire ces anciennes fêtes. Quand il fut créé cardinal, il dut lui-même donner des ricevimenti qui durèrent trois jours. On avait élevé des estrades devant le palais Ruspoli, sa demeure alors, et la musique joua toute la soirée. A cette occasion, Pie IX, il s'en souvenait, fit observer qu'il serait plus profitable de donner aux pauvres l'argent qu'on distribuait aux musiciens ; mais quelqu'un répondit que les musiciens étaient eux-mêmes besogneux et se trouvaient bien de ces fêtes. Le cardinal Mastaï n'eut rien à redire et les

musiciens ne furent pas privés de cette ressource.

Les cardinaux prennent aujourd'hui possession de leur titre cardinalice, les portes de l'église closes, en présence de quelques rares invités.

Pie IX avait déjà protesté bien des fois, soit par ses lettres à l'épiscopat, soit dans les discours qu'il adressait aux pèlerins, soit enfin par l'organe de son secrétaire d'État ; mais en présence de nouvelles et plus redoutables attaques, il profita du consistoire du 12 mars 1877, pour élever la voix avec plus de solennité. Après avoir tracé le douloureux tableau des violences, des hypocrisies dont nous avons fait nousmême un rapide et sommaire récit, Pie IX ajouta : « Jamais, assurément, non jamais le pontife romain n'est et ne sera pleinement maître de sa liberté et de son pouvoir, tant qu'il sera soumis à des dominateurs dans sa capitale. Il n'y a plus pour lui d'autre destinée possible à Rome que celle d'être ou vrai souverain ou captif ; et il ne pourra jamais y avoir de paix, de sécurité et de tranquillité pour l'Église catholique tout entière, tant que l'exercice du suprême ministère ecclésiastique sera soumis aux passions des partis, au caprice des gouvernants, aux vicissitudes des élections politiques, aux projets et aux actes d'hommes perfides qui n'hésiteront pas à sacrifier la justice à leur propre intérêt...

« Ce que nous souhaitons, c'est que tous les pasteurs des Églises, qui sont répandues au loin sur la terre, en recevant nos paroles, en prennent encouragement pour faire connaître à leurs fidèles les périls, les atta-

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ques et les préjudices de plus en plus nombreux que nous subissons ; certainement, nous ne cesserons jamais, quelle que doive être l'issue de cette situation, de condamner les iniquités qui se commettent contre nous ; il faut aussi qu'ils sachent qu'il pourra bien arriver un jour où notre parole ne leur parviendra plus que rarement et fort difficilement par suite des difficultés qui pourront survenir, soit à cause des lois citées plus haut, soit à cause d'autres plus cruelles encore dont on annonce la présentation... Nous pouvons réellement définir en peu de mots notre situation en disant que l'Église de Dieu souffre violence et persécution en Italie, que le vicaire de Jésus-Christ ne jouit ni de la liberté, ni du plein et entier usage de son indépendance.

« Dans cet état de choses, nous ne croyons rien de plus opportun et nous ne désirons rien avec plus d'ardeur, que de voir ces mêmes pasteurs... exhorter les fidèles qui leur sont confiés à se servir de tous les moyens que les lois de chaque pays mettent à leur disposition pour agir avec empressement auprès de ceux qui gouvernent, afin que ceux-ci considèrent avec plus d'attention la pénible situation faite au chef de l'Église et prennent des résolutions efficaces pour écarter les obstacles qui s'opposent à sa pleine indépendance. »

Ce cri d'alarme, poussé par le saint vieillard, émut profondément les consciences catholiques : mais, hélas ! l'état de l'Europe était tel qu'il y avait peu d'espoir qu'il fût écouté des souverains et des pouvoirs publics. Le gouvernement italien s'irrita ; néanmoins Mancini,

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voulant sans doute donner une preuve de plus de l'indépendance du pape, adressa, à la date du 1 7 mars, une circulaire aux procureurs généraux, pour leur dire de ne pas poursuivre les journaux qui reproduiront l'encyclique, « à moins qu'ils ne l'accompagnent de commentaires approbatifs et louangeurs ».

Cette prétendue générosité du ministre attestait une fois de plus la dépendance du saint père, puisque la liberté de reproduire sa parole était à la merci des caprices d'un ministre.

A Rome, on laissa publiquement outrager le saint père ; le 30 mars, jour du vendredi saint, des crieurs publics parcouraient la ville en criant : « Un sou ! un sou ! la parodie de V allocution papale avec accompagnement des fifres de la garde-noble, des tambours de la garde suisse et de la garde palatine. »

Cette parodie de l'allocution traduite en vers à la vapeur était une infâme grossièreté.

Une méchante feuille à images représenta le saint père debout, tirant à la cible. Derrière lui, les cardinaux Bilio et Monaco étaient occupés à charger et à tirer des pistolets. Pie IX visait la statue de l'Italie ; mais ses balles venaient frapper le portique d'une église. La légende disait : « Sainteté ! quand le pistolet est trop chargé, les balles dévient du but et ruinent l'Eglise. » L'article qui accompagnait cette gravure était ignoble, et si l'histoire doit mentionner de semblables turpitudes, elle ne peut se résigner à les reproduire (*).

1. En France, M. Jules Simon, alors ministre, osa à la suite de cette allocution, en pleine chambre des députés, accuser le pape de mensonge.

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Il sembla, du reste, que le ministère Depretis prenait à tâche de confirmer la parole du Pape en augmentant ses persécutions et ses violences contre l'Église. Les finances de l'Italie étaient dans un état désespéré ; le ministre était aux abois. Il s'en tira en annonçant qu'il allait proposer un projet de spoliation des paroisses et des œuvres laïques ou confréries. Il avait calculé que cette spoliation ferait entrer un milliard et demi dans les caisses de l'Etat. Ces promesses produisirent leur effet, elles furent reçues par de frénétiques applaudissements. Ce projet de loi fut, en effet, déposé : le parlement italien pourra le voter ; mais le proverbe populaire sera toujours vrai : bien mal acquis ne profite guère. Les biens des ordres religieux, des basiliques et des chapitres ont été vendus et l'Italie a été obligée de lancer un milliard de papiers à cours forcé. Mais peu importe aux sectaires ; l'Eglise reçoit un coup de plus et les chefs pourront acheter ces biens à vil prix, même sans le payer. N'est-ce pas l'histoire de toutes les révolutions ?

Pie IX, à cause des circonstances exceptionnelles, fut amené à déclarer que les évêques pouvaient exhiber au pouvoir laïque les actes de leur institution canonique. Il ne s'agissait plus, en effet, delà possession des biens temporels des églises : les évêques n'avaient plus rien et Pie IX était obligé de les nourrir. Il donnait de 700 à 1 ,000 francs par mois à la plupart des archevêques et 500 aux évêques d'Italie. Le gouvernement a soumis cette aumône du pape à l'impôt !!! En présence des exigences et des entraves que le gouvernement

apportait à la prise de possession des évêchés par les titulaires, comme à l'exercice de leurs fonctions, la paix des consciences et le salut des âmes étaient en danger. Cet état pouvait difficilement continuer. Fallait-il demander au gouvernement usurpateur la permission de pouvoir exercer le ministère apostolique? Sans approuver aucune démarche des évêques, Pie IX les laissa faire. Le ministre Mancini refusa alors de donner Xexequatur ; il ne lui suffisait pas de voir les évêques accepter l'humiliation d'une démarche qui, à tout prendre, portait la preuve du parjure de l'Italie, puisque l'Italie, en prenant le pouvoir temporel de l'Eglise, s'était engagée à respecter le spirituel ; mais il aurait voulu qu'ils acceptassent avec joie et reconnaissance l'ordre de choses établi.

Presque tous les évêques demandèrent X exequatur en ces termes : « Sans reconnaître aucunement le nouvel ordre de choses, et protestant au contraire contre l'usurpation des biens de l'Eglise, le soussigné, en hommage seulement et en obéissance aux ordres de Sa Sainteté.... demande etc. »

L'année 1878 ne s'ouvrait pas sans inquiétude, peutêtre, pour la monarchie de Savoie ; les idées républicaines s'accentuaient, et une crise ministérielle leur avait fait faire un pas de plus. Mais nul ne pouvait supposer que Victor-Emmanuel, plein d'une santé robuste et exubérante, était à la veille de paraître devant le tribunal de Dieu. Il venait de régler avec ses ministres le cérémonial des funérailles du pape et les mesures à prendre en vue d'un futur et prochain conclave. Le

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général de La Marmora, celui qui avait pris possession de Rome, au nom du roi, et ouvert les portes du Quirinal avec de fausses clefs, venait de mourir. Le 5 janvier, Florence lui faisait de solennelles funérailles, et au même moment Victor-Emmanuel était saisi par une maladie impitoyable dont les progrès rapides le conduisaient en quelques jours au tombeau. Le 9 janvier 1878, à deux heures et demie du soir, Victor-Emmanuel rendait le dernier soupir.

Nous écrivons ces mots, quelques heures à peine après ce grand événement et à quelques pas du Quirinal où dort d'un sommeil éternel celui au nom duquel se sont faites toutes les usurpations qui ont amené l'unité italienne, qui a apposé sa signature à toutes les lois spoliatrices de l'Eglise, à tous les décrets persécuteurs, et sous le règne duquel le vicaire de Jésus-Christ a été abreuvé d'amertumes inouïes ! Quelle fut la responsabilité de Victor-Emmanuel dans tous ces événements ? Elle sera grande, croyons-nous, devant Dieu et devant l'histoire. Nous avons redit les faits et il en ressort que si Victor-Emmanuel'n'a point eu l'initiative de tous ces événements, lui seul pouvait les empêcher. Il n'a point eu la force ou la volonté de le faire et il assume ainsi sur sa tête la responsabilité de tout ce qui a été fait en son nom.

Lorsque, le 6 janvier 1878, Pie IX apprit la maladie du roi, il en fut profondément affligé, il songea surtout à son âme, et aux moyens de la sauver. Il envoya donc au Quirinal, Msr Marinelli, évêque de Porphyre, avec tous les pouvoirs nécessaires pour absoudre le roi

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des censures et excommunications qu'il avait encourues : l'évêque se présenta deux fois à la porte du palais, et deux fois on lui en refusa l'entrée.

« Les malheureux, s'écria le saint père, en apprenant ce refus, ils vont le laisser mourir sans confession. Si la bonne princesse Clotilde était ici, elle m'aiderait à sauver son père. » Pie IX, non content de cette parole, télégraphia lui-même à la princesse, pour l'informer du danger qui menaçait le roi ; mais la mort fut si prompte, que la nouvelle du dénouement fatal arriva presque aussitôt que celle de la maladie. La princesse Clotilde était déjà en route pour Rome, lorsque l'annonce de la mort de son père la persuada de l'inutilité de son voyage ; elle rebroussa chemin, n'ayant plus aucune raison de franchir le seuil du Quirinal. Elle protesta ainsi, à sa manière, contre la prise de possession sacrilège de Rome et du palais apostolique. Pourtant le saint père, ne limitant pas sa bonté pastorale aux traits que nous venons de rapporter, ordonna également qu'à quelque heure que le malade requît les secours de la religion, ils lui fussent administrés, pourvu que le prêtre, qui aurait entendu sa confession, en eût obtenu un acte de réparation pour le mal qu'il avait commis.

Les ministres italiens n'ignoraient point que le roi avait parfois des remords, et que, malgré tout, il craignait les jugements de Dieu. Ils se souvenaient sans doute qu'en 1869, dans une circonstance semblable, au château de San-Rossore, Victor-Emmanuel avait signé un acte de repentir et de soumission au saint père. Ils redoutaient donc une rétractation officielle et écrite

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qui compromettrait, disaient-ils, l'existence même du royaume, et ils avaient pris leurs mesures pour la rendre impossible. Les membres de la famille royale qui auraient pu faciliter au roi l'accomplissement de ce qu'exigeait sa conscience, ne furent prévenus qu'à la dernière extrémité, quoique dès la première heure, on sût qu'il n'y avait aucun espoir. Le 9 janvier, au matin, on appela le chanoine Anzino, chapelain du monarque; il le confessa, et il lui donna le saint viatique.

Tout d'abord, M. Anzino, s'étant rendu à l'église des Saints-Vincent-et-Anastase, paroisse du Quirinal, pour prendre le saint viatique, le curé lui rappela les décrets de la Sainte Pénitencerie, enjoignant aux desservants des églises de Rome, de ne point administrer les sacrements aux personnages qui avaient pris part aux spoliations de l'Eglise, sans avoir au préalable obtenu une rétractation certaine et publique. Le chapelain du roi, accompagné du curé, se rendit alors chez le cardinalvicaire; mais celui-ci présidait une congrégation au Vatican. En son absence, M. Anzino vit le vice-gérant du diocèse de Rome qui autorisa la délivrance des sacrements sur l'affirmation du chapelain, confesseur du roi, de la rétractation de son pénitent. Ceux qui veillaient autour du monarque avaient enlevé de la chambre du malade ce qui aurait pu faciliter une rétractation écrite: il n'y avait ni papier, ni plumes, ni encre, et le confesseur fut obligé de se contenter des regrets et des rétractations verbales du mourant.

Les Italiens profitèrent de la mort du roi pour faire une manifestation en faveur de l'unité italienne. De

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toutes les villes de la Péninsule, les municipalités, les associations ouvrières et maçonniques envoyèrent des députations, les chemins 'de fer firent des remises considérables, et la ville de Rome fut pendant quelques jours envahie par une foule immense. Cette démonstration plus officielle que spontanée' ne trompa que ceux qui voulurent bien l'être: la curiosité, l'obéissance aux ordres des sociétés secrètes, les agissements peu dissimulés de l'autorité, entrèrent pour la majeure partie dans cette manifestation d'amour, éclose spontanément, pour un souverain que le peuple ne saluait même pas, de son vivant, quand il le rencontrait dans les rues de Rome. On décréta que le Panthéon d' Agrippa était le seul lieu qui fût digne de recevoir les restes du monarque défunt. L'autorité ecclésiastique, rassurée par les serments du chanoine Anzino sur les sentiments du roi mourant, consentit à ce qu'on célébrât les funérailles, à la condition toutefois, qu'elles ne se feraient dans aucune des grandes basiliques de Rome, et qu'il ne serait fait nulle mention, ni dans les inscriptions, ni dans les prières liturgiques du roi d' Italie. On célébra les funérailles à l'église, et on pria pour 1 ame d'un roi mort à Rome (J).

« Assuré de la décision prise par le saint père d'après l'acte de réparation qui lui avait été soumis, le gouvernement aurait voulu que cette décision eût pour effet

i. Nous nous en tenons aux documents officiels sur les circonstances mêmes de la mort de Victor-Emmanuel, toutefois, nous ne devons pas dissimuler que les faits ont été racontés bien différemment, et que ces récits n'ont reçu aucun démenti. Nous laissons au temps le soin de faire la lumière sur ce grave événement.

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d'autoriser non seulement les pompes funèbres accordées à tout homme privé qui, sur le point de mourir, s'est réconcilié avec l'Eglise, mais encore celles qui se trouvent dues à un roi catholique mort dans ses États et dans son propre royaume. Tous les efforts possibles furent tentés pour obtenir cela, mais en vain, l'autorité ecclésiastique ayant tenu fermement à n'accorder que ce qui pouvait être demandé par un pécheur quelconque mort pénitent, et à refuser tout le reste. Et c'est pour cette raison que le défunt ne put être accompagné à sa sépulture que du curé et du clergé de sa paroisse, composé d'une dizaine de simples ecclésiastiques. Pas un prélat, pas un évêque, ni aucun de ceux qui restent des membres des ordres religieux supprimés par la Révolution, pas même les confréries, ne furent autorisés à prendre part au convoi funèbre. Malgré qu'on se fût abaissé à plusieurs reprises aux plus pressantes sollicitations, l'autorité ecclésiastique ne permit pas davantage qu'une messe fût célébrée au palais pontifical du Quirinal usurpé, et elle refusa sans cesse le privilège royal, plus souvent encore réclamé, de célébrer les funérailles dans une des trois basiliques patriarcales de Rome (l). » Le fils de Victor-Emmanuel, Humbert, fut proclamé roi d'Italie. Quoiqu'il fût le quatrième du nom dans la lignée des rois de Sardaigne et de Piémont, il prit le nom d' Humbert Ier, renonçant ainsi à l'héritage de ses ancêtres pour devenir uniquement le roi d'Italie par la volonté, dite nationale,

I. Circulaire du Cardinal Simeoni, Secrétaire d'État, aux puissances de l'Europe.

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qu'on pourrait plus justement appeler révolutionnaire. Le cadavre de Victor-Emmanuel était à peine refroidi, que le gouvernement italien faisait annoncer par ses agents que Pie IX avait béni la dépouille du roi, qu'il se disposait à lui faire célébrer un service funèbre dans sa cathédrale, à Saint-Jean-de-Latran, et l'on représentait l'Italie et la papauté, se donnant la main sur le tombeau de Victor- Emmanuel. La révolution continuait son rôle, elle trompait et mentait. Pie IX laissa dire, et il attendit l'heure de parler: elle ne tarda pas. Le 17 janvier 1878, il dictait à son secrétaire d'État la vigoureuse protestation suivante :

« Palais du Vatican, 1 7 janvier 1878.

« Le souverain pontife, n'oubliant pas le devoir sacré qui lui incombe de défendre les droits imprescriptibles du saint siège, a toujours eu soin de réclamer contre les sacrilèges entreprises successivement consommées par le gouvernement subalpin contre le pouvoir temporel de ce saint siège.

« Parmi les réclamations de ce genre, nous devons spécialement rappeler, à cause de la gravité des circonstances qui les provoquèrent, les notes adressées, par ordre de Sa Sainteté, au corps diplomatique, le 24 mars 1860, contre l'annexion des Romagnes au Piémont; les 12 et 18 septembre de la même année, lors de la violente invasion des Marches et de l'Ombrie ;le 15 avril 1861, alors que le défunt roi Victor-Emmanuel prit le titre de roi d'Italie, et finalement le 20 septembre 1870, date de la criminelle occupation de Rome.

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« Ces solennelles protestations conservent toujours leur pleine vigueur, et les années qui se sont écoulées, loin de leur enlever de leur force, en ont, au contraire, davantage démontré toute la sagesse et la nécessité, une triste expérience ayant manifesté les nombreux obstacles que le saint père a dû rencontrer dans l'accomplissement de son ministère apostolique,' du moment où il a été dépouillé de ses Etats.

« C'est pourquoi, maintenant que, après la mort dudit roi, son fils aîné, dans un manifeste solennel et public, prenant le titre de roi d'Italie, a prétendu sanctionner la spoliation consommée, je ne puis, au nom du saint siège, garder un silence dont certaines personnes pourraient peut-être conclure de fausses déductions en lui attribuant une signification erronée.

« Par ces motifs, et voulant en outre appeler l'attention des puissances sur les conditions très dures dans lesquelles l'Eglise continue à se trouver, Sa Sainteté a ordonné au soussigné cardinal secrétaire d'Etat de protester et de réclamer de nouveau pour maintenir intact, contre une inique spoliation, le droit de l'Église elle-même sur ses antiques domaines, destinés par la divine Providence à assurer l'indépendance des pontifes romains, la pleine liberté de leur ministère apostolique, la paix et la tranquillité des catholiques répandus dans le monde entier.

« En exécution des ordres de Sa Sainteté, l'auteur de cet écrit émet donc les protestations les plus complètes et les plus formelles contre le fait dont il s'agit etc.

« Jean, cardinal Simeoni. »

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