‹ Histoire de Pie IX le Grand et de son pontificatChapitre 19 sur 81 · PIE IX, LES ROMAINS ET LES ITA- LIENS · texte numérisé non relu

PIE IX, LES ROMAINS ET LES ITA- LIENS

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Les Romains ont-ils accepté le gouvernement italien? — Les mendiants.— La classe ouvrière — La bourgeoisie. — L'aristocratie.— Le caractère romain. — Pie IX toujours populaire. — L'ouverture de la chambre des députés à Rome. — Pie IX aux Romains qui l'entourent. — Les habitants du Transtevère. — Pie IX et la palme des petites filles de l'école des sœurs de Saint- Joseph. — La coquille et le denier de saint Pierre. — La vision de Zacharie et la ville de Rome. — Mémoire de Pie IX. — Le dimanche du Bon-Pasteur et les paroisses suburbaines de Rome. — Les brebis et Pio il Grande. — Les bergers de la campagne romaine. — Les orphelins de Vigna Pia. — Les femmes du Transtevère et les souvenirs de 1848. — <J Ici, parmi vous, il y en a un qui me trahit. » — Les jeunes gens de Bologne.— Le patrimoine de saint Pierre. — Centenaire de la bataille de Legnano. — Les élections politiques. — Ni électeurs, ni élus. — Les municipalités romaines. — Leur influence future sur les destinées de l'Italie. — Action des catholiques dans les élections municipales.

E gouvernement italien espère détacher le peuple romain de son souverain légitime et s'implanter dans Rome. Réussira-t-il ? Le peuple romain en particulier a-t-il adhéré de cœur à l'unité de l'Italie ? N a-t-il enfin aucun regret pour le régime pontifical ? Questions délicates et complexes qui, étant donnée la nature si mobile, si impressionnable et si prudente des Romains, sont difficiles à résoudre d'une façon nette et précise.

De nombreux faits permettent néanmoins d'affirmer que les Romains regrettent, pour la plupart, le régime si

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paternel du gouvernement papal: le renchérissement des denrées les plus nécessaires à la vie, le prix élevé des loyers, le manque d'ouvrage pour cette partie si nombreuse de la population qui ne vit que des travaux artistiques, ont rendu le joug insupportable. Si les rues sont plus propres, si la police est plus minutieuse, sinon mieux faite, les vols se multiplient, et l'on a plus d'une fois relevé dans les rues des pauvres mourant de faim. Les voyageurs, les ennemis du saint siège ont souvent crié contre le nombre des mendiants de la ville éternelle, mais la mendicité, qui ne pouvait être interdite dans les Ltats du vicaire de celui qui a proféré cette parole : « Vous aurez toujours des pauvres parmi vous,)} était réglée par de sages et prudentes mesures de police : le vrai pauvre recevait l'autorisation de tendre la main dans les rues qui lui étaient assignées. Les couvents étaient littéralement assiégés chaque jour par des nuées de pauvres qui recevaient, avec la nourriture, l'aumône d'une bonne parole. Les couvents supprimés, les malheureux qu'ils soulageaient furent contraints d'avoir recours à la charité publique,et les rues de Rome en furent encombrées ; jamais les voyageurs et les passants ne furent plus assiégés. Les choses en vinrent à ce point, que les plaintes des étrangers, en 1877 surtout, firent ouvrir les yeux à la police et le gouvernement créa des dépôts de mendicité.

Cette classe, nombreuse à Rome, n'a assurément aucune sympathie pour le gouvernement actuel.

La classe ouvrière se plaint (J) : ceux que les doc-

1. L'ouvrage, malgré l'abaissement des collines, les fouilles et la cons-

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trines modernes ont séduits vont grossir le nombre des républicains ; mais ils applaudiraient certainement à la restauration du pouvoir temporel. Les artistes et ceux qui vivent des beaux-arts ont peut-être plus souffert que les autres. Les événements politiques, la captivité du pape, l'absence de ces grandes solennités religieuses qui attiraient tant d'étrangers, ont complètement changé la physionomie de la ville sainte et diminué le concours des pèlerins riches qui, par leurs achats, faisaient vivre cette partie de la population. Les Euzzuri sont trop positifs pour rien comprendre aux beaux-arts, et la plupart des nouveaux habitants de Rome sont de mo destes employés dont le mince traitement est à peine suffisant pour les premières nécessités de la vie.

Les commerçants gémissent sous le poids des impôts, et le nombre des faillites, depuis 1870, est incalculable. La bourgeoisie, dont quelques membres, les avocats sans cause, les médecins sans clients, sont plus accessibles aux idées nouvelles, s'est cependant conservée fidèle et dévouée au pape-roi (0. Quant à l'aristocratie romaine, on compte peu de traîtres dans ses rangs : à

truction de nombreuses maisons, manque souvent. Cela tient à plusieurs causes : il est venu de toutes les parties de l'Italie des ouvriers en grand nombre, et la plupart n'ont pu trouver d'ouvrage ; il a fallu l'année dernière, 1877, en renvoyer un grand nombre dans leur pays. Leur présence devenait un danger pour la sécurité des particuliers et du gouvernement.

1. Nous pourrions citer comme preuve la garde palatine. Cette milice du pape se composait de soldats volontaires pris dans la bourgeoisie et le haut commerce. Sous le gouvernement pontifical ils ne recevaient aucune paie ; mais ils jouissaient de certains privilèges,étaient exemptés de quelques impôts, etc. Sous le régime actuel ces privilèges ne furent plus possibles ; néanmoins plus du tiers de la garde palatine continuait son service au Vatican volontairement et sans autre rétribution que quelques rares et petits présents de Pie IX.

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l'exception de trois ou quatre familles, le patriciat tout entier est resté papalin et se tient à distance de la cour italienne.

En somme, tous les Romains se plaignent, déplorent la dure, loi de la conscription militaire et, tout en subissant un état de choses qu'ils sont impuissants à combattre, ils font des vœux pour revoir les jours heureux du gouvernement pontifical. Sans doute, quand il était debout, ils ne se privaient pas de le censurer, d'exercer leur verve satirique contre les cardinaux, les prélats de la cour, quelquefois contre le pape lui-même, mais les Romains n'auraient jamais renversé le pouvoir temporel. On dit peut-être qu'ils ne l'ont pas défendu avec assez d'énergie. Cela peut être vrai, et l'on ne doit pas demander aux gens plus qu'ils ne peuvent donner. Les Italiens en général, et les Romains en particulier sont peu énergiques ; ils vivent plus par l'imagination que par la raison : ce sont des natures sentimentales plutôt que vigoureuses.

Le peuple romain, du reste, est sincèrement attaché aux papes ; avec son grand bon sens, il comprend que nul gouvernement ne pourra jamais lui donner l'éclat et la félicité du gouvernement papal. Il n'a jamais ménagé l'expression de ses sympathies à Pie IX ; il l'a visité dans sa prison et consolé par des preuves non équivoques de sa fidélité et de son amour.

Des députations du peuple et de la noblesse, les députés des paroisses, les représentants des différents quartiers, les associations pieuses, les écoles, les conservatoires venaient les uns après les autres vénérer

l'auguste captif et recevoir ses conseils et ses bénédictions.

En suivant ces audiences dans l'ordre chronologique, on pourrait jour par jour tracer l'histoire de l'occupation italienne.

A l'époque des douloureux anniversaires qui rappelaient la prise de Rome ou le plébiscite, pendant que les Italiens, sans égard pour la douleur du vieux pontife, les célébraient avec bruit, les Romains remplissaient les salles du Vatican, se pressaient autour de leur roi et cherchaient à le consoler. Quand, le 20 septembre 187 1, les Italiens faisaient, en signe de joie, avant même l'aube du jour, retentir leurs canons, les Romains allaient prier dans les églises, communiaient à l'intention du saint père et, pour témoigner de leur tristesse» ils sortirent peu de leurs maisons.

Dans la journée,une députation, composée de toutes les classes de la société, noblesse, bourgeoisie, peuple et enfants, se rendit près du saint père. Pie IX, profondément ému de cette manifestation, laissa son cœur parler en ces termes :

« Pour qualifier les hommes dénaturés qui nous ont déclaré une persécution si atroce, je ne vois pas d'expressions plus propres que les paroles mêmes dont se servait Jésus-Christ, à l'égard des pharisiens. Je ne sais quel autre nom leur donner que celui de génération perverse et adultère qui opprime les bons, exalte les impies... Toutefois, les sentiments magnanimes de mon peuple si dévoué et si fidèle ne peuvent pas ne pas être chers à mon cœur affligé et plein d'amer

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tume, et le remplissent de consolation... Espérons! et moi, dans cette espérance, je remercie le Seigneur qui donne à mon peuple tant de fidélité et de constance. Je l'en remercie d'autant plus qu'à la vue de ces sentiments de mon peuple, je me sens moi-même plus fort et plus résolu à soutenirjusqu'audernier souffle, dût-il m'en coûter la vie, tout ce que j'ai soutenu jusqu'à cette heure : les droits sacrés de l'Eglise qui sont ceux

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