‹ Histoire de Pie IX le Grand et de son pontificatChapitre 20 sur 81 · DE LA VÉRITÉ ET DE LA JUSTICE · texte numérisé non relu

DE LA VÉRITÉ ET DE LA JUSTICE

Et Pie IX accentua ces derniers mots avec une force et une énergie incomparables.

Les années suivantes, les Italiens continuèrent leurs démonstrations : ils ne respectèrent pas même le deuil personnel de Pie IX qui, le 20 septembre 1872; pleurait sur la mort de son frère Gaétan. Assurément lame du grand pontife était au-dessus de ces outrages. « J'avoue en toute vérité, disait-il en 1873, qu'après les bombes de Bixio et de Cadorna, ces coups de canon m'ont semblé un tel excès d'impiété puérile que je n'ai su faire autre chose que fermer ma fenêtre et m'écrier, en regardant le crucifix : Seigneur, ouvrez à ces hommes la fenêtre de leur cœur, convertissez-les ! Mais je crains bien qu'ils ne soient endurcis à un tel point qu'ils ne se convertissent plus jamais. »

Le 27 novembre 1871, le gouvernement mettait le comble à son invasion sacrilège par l'ouverture de la chambre italienne à Rome. A l'heure où eut lieu cette cérémonie, un grand nombre de Romains et de catholiques étrangers se réunirent au Vatican pour protester contre l'acte qui se consommait à Monte-Citorio.

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Dans une réponse, pleine d'une majestueuse éloquence, Pie IX retraça à grands traits l'histoire de l'Église toujours persécutée et jamais vaincue. La première victoire qu'elle remporta fut au Calvaire, « quand la foule même des curieux accourus à ce grand spectacle ne put, dit-il, résister à l'évidence, et tous descendaient de la vsxorxXz^rv^.percutientes pectora sua, et confessant à leur tour que le Crucifié était vraiment le Fils de Dieu !...

« Aujourd'hui, continua le pontife, l'Eglise n'a pas à combattre contre l'hérésie, contre le martyre du sang ; c'est contre le martyre intellectuel et moral qu'il faut se déclarer. On ne fait plus aujourd'hui la guerre seulement à une partie de l'Église, à un article de sa foi, à l'un de ses dogmes : c'est à l'Église universelle qu'on déclare aujourd'hui la guerre. C'est contre l'incrédulité, l'athéisme, le matérialisme que l'Église doit lutter. Aujourd'hui, il faut le répéter, l'Église n'a pas à combattre contre les hérésies qui n'existent plus, ou qui n'ont aucune importance : c'est contre cette indifférence, cette impiété qui voudrait déraciner la foi du cœur chrétien, qui ne cherche qu'à saper les fondements de l'Église de Jésus-Christ; et cette chère Rome, empourprée du sang de tant de martyrs, on voudrait de nouveau la jeter dans la fange des vieilles corruptions, en la faisant retourner aux temps des Nérons, ou plus encore des Juliens apostats ; et cette chère Rome enfin, centre sacré de la vérité, on voudrait qu'elle devînt encore une fois le centre de toutes les erreurs.

« Mais ils n'y réussiront pas : Dieu combat pour son

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Église. Ils n'y réussiront pas, parce que l'Église de Jésus-Christ, étant bâtie sur la pierre, ne sera jamais ébranlée, quelle que soitla violence de la tempête. . .. Les témoignages infinis de fidélité que je reçois chaque jour de toutes les parties du monde catholique, dans ces temps terribles d'épreuves, en sont pour moi un nouveau garant : les témoignages surtout de cette chère jeunesse, prête à donner son sang !... »

Le saint père recommanda ensuite l'union et la persévérance pour obtenir la victoire. « Oui, mes enfants, ajouta-t-il, soyez de plus en plus unis ; et que les voix mensongères d'une conciliation impossible ne vous arrêtent pas.

« Il est inutile de parler de conciliation. Il est impossible que l'Église puisse se concilier avec l'erreur, et le pape ne peut se séparer de l'Église. Il n'est pas moins inutile d'exposer au public d'abominables images qui vous trompent et dont le premier but est de déshonorer le pape ; mais qui, en réalité, ne font injure qu'à ceux pour le plaisir de qui elles sont faites (*). Non, jamais aucune conciliation ne sera possible entre le Christ et Bélial, la lumière et les ténèbres, la vérité et le mensonge, entre la justice et l'usurpation ! »

Pie IX prononça ces paroles d'un ton élevé et avec un geste vif et animé ; puis, levant les yeux et les bras vers le ciel, il laissa tomber de ses lèvres cette émouvante prière :

« O mon Dieu! proportionnez vous-même les forces

I. Pie IX faisait allusion aux gravures qui représentaient le Pape et Victor-Emmanuel se donnant le bras.

de votre vicaire à cette dure lutte qu'ils lui font soutenir ; fortifiez ma constance par votre secours tout-puissant, afin que je puisse résister toujours, dût-il même m'en coûter le sacrifice de la vie, et ne jamais céder d'un pas à la faveur des impies, comme j'espère que vous me l'accorderez dans votre miséricorde ! »

Pie IX épanchait son âme au milieu de son peuple. Aux habitants du Transtevère, qui lui offraient une étole, le 27 juillet 1872, il disait : « J'accepte le don de l'étole et je l'agrée d'autant plus que l'étole est le symbole de la consolation et de l'allégresse : c'est pour cela qu'on l'appelle stola jucunditatis. C'est bien, en effet, lorsqu'on est au milieu des vicissitudes et des amertumes, comme nous nous trouvons aujourd'hui, qu'il faut désirer les consolations. Quel changement ! quel douloureux changement ! Autrefois tout le monde admirait le bonheur de la ville de Rome et en jouissait : plusieurs fois les étrangers m'ont dit à moi-même que dès qu'ils entraient par la porte du Peuple ou par celle de Saint-Jean, ou bien dès qu'ils arrivaient à la station du chemin de fer, il leur semblait qu'ils se trouvaient dans un paradis terrestre, en comparaison de ce qu'ils voyaient dans leur propre pays. On ne peut plus en dire autant aujourd'hui, l'aspect si imposant de la sainte cité a presque entièrement disparu...

« Je sais bien aussi, ajouta-t-il dans une autre circonstance (*), qu'il y a peu d'espoir de voir revenir à de meilleurs sentiments ceux qui disent que le fait le

1. Discours à cinq mille habitants des Monti,le 27 octobre 1872,

Ipte tr, les IRomains et les Jtalieng- 151

plus important des temps actuels, c'est la chute du pouvoir temporel du pape. Je sais bien, moi aussi, qu'il est difficile de voir revenir ceux qui disent : Nous sommes à Rome, et nous y resterons (I).

« Oh ! je répondrais, moi, à celui qui parle de la sorte : Que nous soyons à RorneycesX. un fait que Dieu a permis et que tout le monde confesse ; mais quant au nous y resterons... »

Tous les hommes des Monti interrompirent alors le saint père en criant : « Vous seul êtes notre roi ! »

« Mais quant au futur, je dirai que le futur est entre les mains de Dieu, et que les châtiments de Dieu sur cette terre, ne sont certes point d'une éternelle durée... »

De nouvelles et chaleureuses acclamations accueillirent ces paroles.

Au patriciat et à la noblesse il donne de paternels conseils. Il sait tous les efforts tentés par la révolution et le gouvernement qui la sert pour les attirer à eux,

les tromper et les arracher à la vérité et à l'Église. Il faudrait citer en entier l'admirable discours qu'il leur adressa, en réponse à leurs félicitations du 26 décembre

« Dans son principe, dit-il, la révolution naquit timide, en apparence, obséquieuse et flatteuse. Elle se montra aussi avec le masque de l'hypocrisie, trompa et surprit la bonne foi d'un grand nombre et s'unit à eux jusqu'aux pieds des autels ; tandis que ceux-ci se nour-

1. Paroles de Victor-Emmanuel. On apprit au jeune prince de Naples à peine âgé de quatre ans à les répéter.

histoire De Ipie ix.

rissaient du Pain de vie, elle et les siens dévoraient leur propre condamnation (x).

« Ils demandèrent et obtinrent tout ce qui pouvait leur être licitement accordé. Aux concessions ils rirent succéder les applaudissements et à ceux-ci de nouvelles exigences : ils en vinrent jusqu'à vouloir faire du pape un batailleur et un agresseur (2) ; mais le pape, ne voulant et ne pouvant être batailleur et militaire, comme ils le désiraient, se retira de Rome sous le coup de brutales menaces qui étaient sur le point de se réaliser.

« Et ici je trouve une grande ressemblance entre la révolution et ce que nous rapporte le prophète Ezéchiel. Un jeune lionceau, dit le prophète, est tout joyeux ; il grandit plein de vivacité et d'allégresse, tellement qu'il semble avoir oublié sa férocité naturelle. Mais bientôt il se mêle aux gros lions, il parcourt avec eux les champs et les forêts, il pénètre jusque dans les lieux habités. Pendant ce tempsrlà, il croît et se fortifie, et lui aussi, il commence à rugir, à mordre et à déchirer.

« Il a déjà appris à porter la désolation chez les pères, à faire pleurer les mères et à rendre orphelins les enfants. Ses griffes sont ensanglantées du sang humain, et déjà il atteint toute sa force extérieure et sa férocité intérieure (3).

« Ne découvrez-vous pas dans ce lion, bien chers

i. Pie IX fait allusion ici à la communion que firent solennellement les amnistiés de 1846 et qui devaient ensuite le trahir.

2. Allusion aux instances faites par les révolutionnaires de 1848 pour amener Fie IX à déclarer la guerre à l'Autriche. .

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