Ezéchiel, XIX
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enfants, l'image de la révolution dans son principe, dans son développement et dans son triomphe ? Oh ! combien de mères versent d'abondantes larmes en se voyant arracher des bras leurs enfants pour être lancés dans une profession périlleuse, qui met en danger leur âme et leur corps !
« Mais les périls de la profession militaire ne sont pas les seuls qui fassent trembler les parents. Ce qui est pour eux un nouveau sujet de larmes, c'est de voir leurs enfants entourés de certains corrupteurs du cœur humain, comme le lion qui circuit quœrens quem devoret, et de s'apercevoir, aux expressions qui sortent des lèvres de leurs fils, que leur âme a été empoisonnée et que parfois ils rougissent de se montrer chrétiens. Or, la révolution continue toujours impunément toutes ces œuvres d'iniquité, parce que les lions sont tous d'accord pour le but à atteindre, bien qu'ils ne s'entendent pas toujours sur les moyens. Un jour, nous verrons les effets de cette discorde.
« En attendant, je viens à vous, chers jeunes gens, soit que vous soyez à Rome ou hors de Rome, à vous surtout à qui Dieu a accordé le privilège d'une noble naissance. Vous dites peut-être que jusqu'ici vous avez attendu pour voir venir les événements, que votre attente a duré assez pour donner satisfaction à certains conseils ; enfin, qu'il est temps désormais de prendre une résolution et de commencer une carrière conforme à vos inclinations.
« Je le sais bien, chers enfants, certains lions rugissent autour de vous et voudraient arracher vos per-
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sonnes du sein de vos familles, afin d'arracher plus aisément la foi de votre cœur. La carrière diplomatique ou des armes vous sourit, mais non, assurément, celle de la toge ; car dans l'agitation d'esprit où vous vous trouvez — et j'entends parler ici de ceux qui sont agités, — vous manquez du calme nécessaire pour vous livrer à de sérieuses études, condition indispensable pour endosser la toge ; eh bien ! je vous dirai, moi, que je connais certain jeune homme de famille noble qui, après avoir embrassé la carrière diplomatique, l'a bientôt après abandonnée.
« Laissez-moi vous donner, moi aussi, un conseil salutaire. Veuillez ne pas être un sujet de larmes pour vos familles ; repoussez loin de vous les perfides insinuations des lions. Ne soyez pas un sujet d'angoisses pour vos parents, car la malédiction des pères renverse les maisons. Que Dieu ne le permette jamais ! Pour le moment, ne demandez rien autre chose au Seigneur. Ce qui vous est nécessaire, ce sont les occupations domestiques et la patience ; et un jour, soyez-en certains, vous direz, vous aussi : Transivi et ecce non erat.
« Toutefois, votre faiblesse a besoin d'être retrempée dans la fermeté et le courage. Où trouverez-vous ces secours salutaires ? Venez avec moi, et, tous ensemble, rendons-nous aux pieds du céleste enfant Jésus. Il est là dans l'obscurité d'une grotte, au milieu de la pauvreté, sur la paille. Mais ce triste appareil ne diminue en rien la noblesse de son aspect, l'amabilité de son visage, et toutes les prérogatives qui ornent un enfant céleste. Je dirai donc avec saint François de Sales : Si l'ajm^nt
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attire le fer, si l'ambre attire la paille, cet enfant a la force, par ses propres charmes, de briser les cœurs aussi durs que le fer, qui en sont arrivés là par leur obstination dans les faux principes, et de les rendre dociles à la voix de tout ce qui est vrai, juste et honnête. De même aussi il peut fortifier les cœurs devenus fragiles par l'influence des passions basses, et les rendre purs, de manière à retirer leurs affections de la fange et les rendre à Dieu »
A côté de ces paroles si graves et si solennelles, Pie IX savait prononcer des discours d'une simplicité pleine de suavité, de finesse et de bonhomie. Quand il était entouré des enfants des écoles, son langage était celui d'une mère ; il avait des mots heureux, des tendresses ineffables pour charmer ces jeunes cœurs et éveiller ces jeunes intelligences.
Le 14 juillet 1872, les sœurs de Saint-Joseph, au Forum rornanum, lui amenèrent 175 petites filles : plus de cinquante étaient vêtues de blanc et ornées de rubans jaunes. L'une d'elles présente au saint père une jolie palme en or à laquelle était attachée, avec beaucoup d'habileté, une offrande de 400 fr. Pie IX, en recevant ce gracieux présent, se prit à dire : « Est-ce la palme du martyre ou de la victoire que vous me présentez ? » Et tous ces enfants, comme inspirées par un même mouvement, s'écrient : « De la victoire, Très Saint Père ! » Une petite fille de huit ans lui présenta une bourse avec le fruit de ses économies ; mais quand elle voulut réciter sa poésie, son petit cœur éclata et elle se mit à pleurer. Pie IX la rassura, et, à force de caresses et de
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bonté, il parvint à arracher le reste du compliment, qui fut plus d'une fois interrompu par les sanglots de la timide enfant.
« Espérons que tout ce que vous m'avez exprimé dans votre adresse comme dans vos poésies, dit le saint père, se vérifiera bientôt, c'est-à-dire, la délivrance de l'Eglise et sa victoire sur ses ennemis. Déjà vous m'avez donné un présage de cette victoire par la palme que vous m'avez offerte.
(( Cette troupe choisie de jeunes filles me représente une troupe d'anges qui m'environne. J'aime à croire que toutes sont encore dans le bel état d'innocence, et c'est dans cette espérance que je puis bien dire que vous êtes ma joie et ma couronne. »
Quelques semaines plus tard, les Dames de la société des Intérêts catholiques conduisirent au saint père les petites filles de Sainte-Marie du Transtevère et de Saint-Celse. Elles étaient au nombre de huit cents et appartenaient à la classe la plus infime du peuple. En apercevant le pape tout rayonnant de joie, ces petites filles manifestèrent leur contentement par de bruyantes manifestations. Pie IX semblait heureux de se trouver au milieu d'elles :« Quand vous rentrerez dans vos maisons, leur dit-il, vous annoncerez à vos parents que vous avez vu le pape, qu'il se porte très bien et qu'il vous a bénies. Il bénit aussi votre maman, votre papa et vos sœurs plus âgées. Quant à vos frères..., sont-ils toujours fidèles et bons ? Peut-être y en a-t-il parmi eux qui ne veulent pas de ma bénédiction, mais elle ira à ceux qui aiment le bon Dieu. j>
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Le 9 novembre 1871, la congrégation des filles de Marie de Sainte-Lucie-des-Gymnases présenta au saint père son offrande pour le denier de saint Pierre dans une gracieuse coquille. « Vous avez fait comme saint Pierre, dit Pie IX en souriant, qui s'approcha de la mer et trouva l'obole dans la gueule d'un poisson. Vous avez sans doute voulu rappeler ce miracle en me présentant votre offrande dans cette coquille, n'est-ce pas?»
Le 2 octobre 1871, jour anniversaire du fameux plébiscite en faveur de la monarchie italienne, la noblesse et les jeunes gens romains, âgés de 18 à 30 ans, au nombre de deux mille, vinrent entourer le saint père et protester de nouveau de leur dévouement et de leur fidélité. Aux premiers, il exprima sa joie et sa consolation « de voir une si grande partie de la noblesse et du peuple romain rester attachée au droit, à la justice et à la vérité. »
Aux jeunes Romains, il dit qu'il a prié l'archange St Michel de montrer à Dieu les plaies qui affligent sa ville, centre du catholicisme, donnée à ses vicaires pour la régler et la gouverner, et pour régler et gouverner
tout le monde catholique «J'espère que le bon Dieu
jettera un regard de compassion sur Rome, qu'il ouvrira ses mains pour la remplir des effets de sa miséricorde, la délivrer de l'oppression et des scandales »
Puis le pontife leva ses mains pour bénir ces jeunes gens, espérant par cette bénédiction les raffermir dans le service de Dieu et dans le soutien plus énergique qu'ils devront prêter dans la suite aux droits de la vérité, de la justice et de la religion : « Qu'elle vous don-
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ne, ajouta- t-il, cette gaieté d'esprit qui se perd quelquefois au milieu des assauts et des persécutions que livre l'enfer; cette paix qui est le propre des âmes fidèles à Dieu, etc »
Pie IX est doué d'une mémoire prodigieuse. Dans l'audience qu'il accorda à la société romaine des Intérêts catholiques, il remarqua le joaillier M. Brugo, qui avait fait la magnifique agrafe destinée à attacher la chape qui lui était offerte dans cette même audience^). S'adressant alors à lui, le pape lui dit: «Je vous ai toujours su gré d'avoir pris, parmi vos ouvriers, des enfants de Tata-Giovanni. En avez- vous encore que j'aie connus ? »
M. Brugo hésitait à répondre et cherchait dans ses souvenirs : « Vous devez avoir un tel ? reprit le Pape.
— Oui, saint père!
— Etes-vous content de lui? A-t-il de la famille? Se trouve-t-il à l'aise? » Et Pie IX se mit alors à raconter des faits relatifs à cet ouvrier qu'il avait connu tout
enfant.
Le 14 avril 1872, le dimanche appelé dans la liturgie catholique le dimanche du Bon Pasteur, une nombreuse députation de six paroisses suburbaines de Rome se présenta à l'audience du saint père. Elle était composée de laboureurs, de vignerons et de bergers. Au milieu de ces braves gens, se tenait un groupe de douze petites bergères, vêtues de blanc, couronnées de roses et gracieusement ornées de rubans jaunes. Chacune d'elles portait entre ses bras un petit agneau. Elles