‹ Histoire de Pie IX le Grand et de son pontificatChapitre 22 sur 81 · Août · texte numérisé non relu

Août

Pie ix, les iRomains et les italiens. 159

se rangèrent autour du saint père. Une lettre était suspendue au cou de chacune de ces innocentes bêtes qu'elles tenaient sur leurs bras, de manière à former cette belle devise : APio il grande ! Pie IX fut vivement ému de cette délicate surprise.

« Toutes les paroisses suburbaines, dit-il, ont voulu se présenter aujourd'hui devant le vicaire de Jésus- Christ, et avec beaucoup d'à-propos, car c'est aujourd'hui le dimanche du Bon Pasteur. C'est aujourd'hui que l'Eglise soumet à nos méditations les qualités éminentes, divines et paternelles du Bon Pasteur, Jésus- Christ, qui tout seul peut dire de lui-même : Ego sum Pastor bonus. Lui seul peut tenir ce langage, parce que lui tout seul peut dire: Je ne suis pas un pasteur mercenaire qui fuit à l'approche du loup; je donne ma vie pour garder avec soin les brebis qui m'ont été confiées. Bien plus, même celles qui ne lui ont pas été confiées; car celles-ci lui appartiennent aussi: c'est lui qui les a créées, les a rachetées et les conserve.

« C'est donc avec la plus grande consolation que nous tous catholiques, nous pouvons dire que nous sommes les agneaux et les brebis de Jésus-Christ. C'est pour imiter, autant que possible, le divin Pasteur que je ne vous ai pas abandonnés, malgré tous les dangers qu'il y a encore ; je suis toujours resté ici au milieu de vous. Mais, hélas! je n'ai pu faire ce que je faisais d'abord; il m'a été impossible de remplir mes fonctions.

« En effet, je ne suis pas sorti de chez moi; je ne suis point allé à Monte- Mario interroger les petites

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filles; je ne suis point allé à Saint-Laurent dire un requiem pour les défunts; je n'ai pas pu aller à Sainte- Agnès, comme j'en avais l'habitude tous les ans, pour remercier le Seigneur des bienfaits qu'il nous a accordés autrefois. Je suis toujours resté ici, mais mon cœur a toujours été au milieu de vous.

€ Je ne suis point sorti, parce que je ne voudrais pas rencontrer sur ma route un gendarme pontifical qu'on aurait tué, un ecclésiastique à qui on lancerait des pierres, un autre à qui on donnerait des coups de bâton. C'est tout cela qui m'a obligé à rester ici; mais je ne vous ai point oubliés, et d'ici j'ai adressé des prières au ciel pour vous tous. »

Puis le pontife, faisant véritablement l'office du Bon Pasteur, termina son allocution par les conseils les plus adaptés aux besoins de leurs âmes et aux nécessités de la situation.

Dans une autre circonstance, Pie IX se vit entouré des bergers de la*campagne romaine. Après avoir donné de nombreuses audiences, il s'était rendu, avec plusieurs cardinaux, faire sa promenade ordinaire dans les jardins du Vatican. Au détour d'une des allées du jardin, il rencontra vingt-cinq bergers de la campagne romaine agenouillés, tenant chacun dans leurs bras un bel agneau, gracieusement enrubané aux couleurs de l'Eglise, pourpre et or. Ces bergers venaient du hameau de Prima-Porta avec leur curé. C'étaient de beaux hommes de la forte race du Latium, au teint bronzé, aux traits énergiques, à la démarche fière ; mais devant le pape ils avaient le regard plein de tendresse, et, comme

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l'a fait remarquer Sa Sainteté, « ils avaient l'air aussi doux que leurs agneaux. »

Après la lecture d'une adresse, présentée par le curé, un des bergers, tenant toujours son agneau dans ses bras, s'avança vers le saint père et lui récita un compliment dans son dialecte. Pie IX, appuyé sur sa canne, regardait avec émotion ce fier jeune homme, vêtu de sa peau de mouton, chaussé de ses bottes de cuir montant au dessus du genoux. Quand le petit discours fut achevé, il remercia avec bonté et, se tournant vers les prélats de sa cour, il dit avec enjouement: « On nous donne ces petits agneaux, nous les donnerons à ceux qui n'ont pas à manger. Ainsi ils béniront ces bons bergers. »

Le curé fit observer au saint père que les fermières étaient venues avec les bergers et qu'elles étaient désireuses de recevoir la bénédiction apostolique. «Qu'elles viennent! qu'elles viennent! s'est écrié Pie IX. »

Elles apportaient des fleurs.

Avant de bénir cette touchante ambassade de contadini romains, Pie IX distribua à chacun d'eux une médaille d'argent. « Voici, mes enfants, dit-il en riant, ce que vous ne voyez plus depuis bientôt quatre ans.., de l'argent ! »

Les paysans comprirent cette allusion du saint père à la situation financière de l'Italie, où l'on ne voit plus circuler qu'un affreux papier. « Ce gouvernement, disait un jour Pie IX (*), est couvert de dettes, il n'a ni or, ni argent, mais du papier, rien que du papier; et, si quel-

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