‹ Histoire de Pie IX le Grand et de son pontificatChapitre 3 sur 81 · I . Du Concile général et de la paix religieuse^ en 2 vol · texte numérisé non relu

I . Du Concile général et de la paix religieuse^ en 2 vol

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imprudemment au milieu de la société chrétienne, livrée en pâture à la presse de tous les pays, attaquée par les amis de la révolution, à la veille même de la réunion du Concile, devait nécessairement devenir l'objet des délibérations de cette auguste assemblée. Les âmes chrétiennes, en effet, troublées par ces discussions intempestives, avaient droit de demander à l'Eglise réunie de calmer leurs consciences. « Ce qu'ils ont proclamé inopportun, disait avec raison Mgr Cousseau, évêque d'Angoulême, ils l'ont rendu nécessaire. Quod ' inopportunum dixerunt necessarium fecerunti^). »

Cette division affligeait vivement le cœur de Pie IX. Le deux décembre, il tenait dans la chapelle Sixtine une réunion préparatoire au Concile et laissant déborder la joie dont son âme était inondée en voyant autour de lui l'épiscopat catholique, il lui recommandait l'union. <L Cette union nous est d'autant plus précieuse, disait-il, qu'en la gardant nous marchons sur les traces des apôtres, qui nous ont laissé de grands exemples de leur union unanime et constante avec le divin maître. »

Cette touchante allocution est un chef-d'œuvre de douce et paternelle bonté. Pie IX n'oublie point qu'il est le vicaire de Jésus-Christ, le chef des évêques et qu'en cette qualité, il doit les confirmer dans la foi, les paître, les avertir ; mais il le fait en enveloppant ses avis sous une délicatesse pleine de tendresse et avec «des paroles sorties du fond de son cœur. » Que Dieu, vénérables frères, dit-il, « tourne sa face vers vous et

1. Paroles de Mgr Cousseau, évêque d'Angoulême, adressées à Pie IX.

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qu'il comble vos. âmes et aussi vos corps de la grâce de ses bénédictions : vos corps, afin que vous ayez la force de supporter courageusement et joyeusement les fatigues inséparables de votre ministère sacré ; vos âmes, afin que, remplis des secours célestes, vous donniez le glorieux exemple de lavraie vie sacerdotale et de toutes les vertus, pour le salut du troupeau du Christ.»

Pie IX, s'adressant au cardinal Schwartzemberg, qui insistait pour que le Concile n'agitât pas la question de l'infaillibilité, répondait: « Moi, Jean Mastaï, je crois à l'infaillibilité. Pape, je n'ai rien à demander au Concile, le Saint-Esprit l'éclairera. Seulement, je vous rappellerai que, avant la définition du dogme de l'Immaculée Conception, il y eut deux ou trois prélats qui, contrairement au vœu de l'épiscopat et du peuple chrétien, agitèrent la question de l'opportunité, vous savez ce qui est advenu. »

Le 8 décembre arriva : le matin, dès huit heures, le défilé des évêques commença dans la basilique vaticane, envahie par la foule désireuse d'être témoin de l'ouverture du Concile. La procession dura plus d'une heure. Pie IX, porté sur la sediagestatoria, était précédé de sept cents évêques. Jamais on n'avait vu une réunion d'évêques aussi nombreuse et aussi imposante. La foule les voyait passer avec respect ; il y avait parmi ces prélats des martyrs, des confesseurs, des docteurs, des apôtres, qui avaient arrosé de leurs sueurs des pays barbares ou émerveillé les peuples civilisés par la profondeur de leur savoir ou l'éclat de leur éloquence. Ils se réunissaient sous l'œil de Dieu, à l'ombre du

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tombeau de St Pierre, afin, sous la direction de l'Esprit-Saint, de proclamer la vérité pour laquelle plusieurs d'entre eux avaient porté des chaînes et subi des persécutions.

Humainement parlant, quelle assemblée pouvait offrir plus de garanties ? Si l'on croit volontiers des témoins qui se laissent égorger, tous ces hommes étaient prêts à mourir pour les vérités qu'ils allaient, dans le Concile, dégager de toute erreur et faire resplendir d'un nouvel éclat.

Le cortège s'avançait majestueux à travers la nef de la vaste basilique : quand il franchit le seuil de la salle du Concile, semblable elle-même à un temple élevé dans un autre, on entendit comme le frémissement de l'émotion dont tous les cœurs étaient pénétrés. Le pape prit place sur un trône élevé au-dessus de l'assemblée, sous un dais de pourpre, lamé d'argent ; les cardinaux et les évêques occupèrent les bancs disposés sur les bas-côtés autour du saint père : le Concile commença.

Les chevaliers de Malte et la garde noble furent chargés de sa garde.

Le saint sacrifice de la messe fut célébré par le cardinal Patrizi ; Pie IX prononça une allocution dans laquelle il exposa de nouveau le but du Concile, en exhortant les évêques à travailler vaillamment, en union avec lui, à enseigner aux peuples la voie, la vérité et la vie.

Le Concile commença ses travaux sous les auspices delà Vierge Immaculée dont l'image, placée au-dessus du trône du souverain pontife, dominait l'enceinte con-

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ciliaire. « Daignez être présente au milieu de nous, nous être propice, disait l'inscription gravée au-dessous de cette belle peinture, vous l'ornement et le soutien de l'Eglise: Accomplissez l'espérance que nous avons mise en votre secours, vous qui, seule, avez vaincu toutes les hérésies (I). »

L'œuvre que les évêques entreprenaient était grave et importante et elle dut, comme toutes les œuvres de Dieu, rencontrer des obstacles. Ils n'étaient pas réunis que déjà l'opposition commençait et nous la verrons bientôt devenir redoutable.

«Dans un concile, disait Pie IX, il y a trois périodes : la période du diable qui est courte ; la période de l'homme qui est plus ou moins longue ; enfin, la période de l'Esprit-Saint qui a le dernier mot, et termine tout pacifiquement. »

Les périodes du démon et de l'homme furent manifestes dans les premiers mois du Concile. Satan comprenant le coup terrible qu'il allait recevoir chercha vainement à le détourner, en soulevant contre l'Eglise les politiques et le journalisme dont la puissance est aujourd'hui si terrible et s'exerce d'une façon si universelle.

Le Monitum (2) annonçant que, conformément aux vœux de beaucoup d'évêques, la question de l'infaillibilité du souverain pontife allait être soumise à l'examen du Concile devint l'occasion d'un déchaînement sans nom.

i. Adsis. volens. propitia. Ecclesiae. decus. ac. lirmamentum. Impie, spem. in. tuo. prresidio. positam. quae. cunctas. hcereses. sola. interemisti.

2. Ce Monitum 'fut adressé le 7 mars 1870 par le secrétaire du Concile.

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Dans ce concert d'attaques et d'outrages contre le pape et le Concile, on n'entendit pas seulement les voix des apostats ou des mécréants ; mais des libéraux se disant catholiques y mêlèrent leurs insinuations perfides, leurs coupables indiscrétions et leurs hypocrites frayeurs. Sous ce rapport, les choses en vinrent à un tel point que le Jownal de Rome crut devoir publier, le 7 avril, une note officielle « pour mettre en garde les catholiques fidèles contre certains journaux, lesquels prétendent être dévoués à l'Eglise et dont les correspondances falsifiaient les comptes rendus des séances dans le but d'affaiblir l'autorité de la sainte assemblée.»

Le comte de Montalembert mourut à Paris le 13 mars. Ce grand serviteur de l'Eglise, voulant réagir contre ce qu'il appelait les exagérations des ultramontains, avait un jour appelé le pape « l'idole du Vatican.» Il n'en fallait pas davantage pour le glorifier d'une façon exceptionnelle, il fut décidé qu'on lui ferait de solennelles funérailles dans l'église de XAra cœli au Capitole ; mais Pie IX s'y opposa en faisant célébrer à ses frais, à Santa-Mai'ia Traspontina, un service auquel il assista dans une tribune grillée.

Plus tard on chercha à jeter le discrédit sur les décisions futures en déclarant que les pères n'étaient pas libres : mensonge réfuté par les faits, au témoignage même d'un prêtre allemand et apostat, nommé Pichler, que la Russie avait envoyé à Rome pour organiser un bureau de mensonge ; la police pontificale le connaissait, elle le laissa dire et agir. De retour en Russie, il fut nommé premier bibliothécaire impérial et peu de

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temps après, il écrivait de Saint-Pétersbourg à la Presse de Vienne : « Quant au reproche fait au Concile de manquer de liberté, nous nous sommes formé à Rome une opinion totalement opposée. Il nous a semblé que jamais aucun Concile n'a été plus libre et plus indépendant. »

Le dissentiment des Pères au sein du Concile était connu du monde entier «par l'indiscrétion de quelquesuns de ses membres, qui, au mépris du règlement et par la violation du secret rigoureux dont les assemblées synodales se sont toujours fait une loi, livraient chaque soir aux correspondants et affiliés de la presse les détails intimes des sessions, détails souvent dénaturés et travestis (:) ».

La presse protestante anglaise se distinguait par ses inventions, si bien que Mgr Manning disait : « Lisez avec soin les correspondances de Rome publiées en Angleterre, prenez le contre-pied et vous serez près de la vérité. » Et le même prélat, écrivant plus tard l'histoire même du Concile, put dire : « Les récits des événements qui se passaient jour par jour sous mes yeux, étaient si près de la vérité, ils en étaient en même temps si éloignés, ils étaient si littéralement exacts et si faux matériellement, que j'ai pour la première fois compris comment Paolo Sarpi a pu écrire son histoire du Concile de Trente. >

La presse catholique était impuissante, au milieu de ce feu croisé de mensonges, à rétablir la vérité. Néanmoins ses affirmations étaient une protestation utile et

i. Mgr Pie : Instruction synodale du 17 juillet 1871.

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même nécessaire. L'opposition, à un moment donné, fut si vive, qu'elle alla jusqu'à demander au souverain pontife d'imposer silence à une certaine presse catholique^). « Ces messieurs, disait Pie IX à cette occasion, voudraient bâillonner la. bouche des autres pour être seuls les maîtres de la conversation. » Puis, reconnaissant que, dans l'ardeur de la lutte et pris à l'improviste, les écrivains ne gardent pas toujours la tempérance de la plume, il ajoutait : « Mais à notre époque ces journaux sontvraimentnécessairesetfont ungrandbien(2).»

Nous n'insisterons pas davantage sur les oppositions qui furent faites au Concile et sur les difficultés qu'il rencontra, ces détails trouveraient plus justement leur place dans une histoire spéciale de cette auguste assemblée. Pie IX ne pouvait assurément rester indifférent à toutes ces luttes et aux divisions qu'il voyait naître ; mais, en toute occasion, il exprimait la certitude que le Concile prendrait des résolutions avantageuses pour l'Eglise et le monde.

Aux évêques, il recommandait l'union. Le 28 février, il s'était rendu au Gesu pour y adorer le saint sacrement exposé pour les quarante heures : il y avait un assez grand nombre d'évêques; le saint père se retournant vers eux prononça ces paroles :

« Qnam bonum et quam jtccundum habitare fratres in unum. » Puis, après une petite pause, il reprit en élevant la voix et en appuyant : « In unum ! »

1. Ces attaques avaient généralement en vue le journal \ Univers dont le rédacteur en chef était à Rome. Mais Pie IX lui adressa un bref pour le féliciter du courage qu'il déployait dans la lutte.

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