‹ Histoire de Pie IX le Grand et de son pontificatChapitre 4 sur 81 · A une députation de Vénitiens, avril · texte numérisé non relu

A une députation de Vénitiens, avril

iz histoire De Pie ir-

Cette unanimité allait se manifester dans la première décision du Concile. Après avoir tenu quarantecinq congrégations générales, le Concile fixa sa troisième session (!) au 24 avril, dimanche de l'octave de Pâques. A l'issue de la messe célébrée par le cardinal Bilio, Mgr Valenziani monta à l'ambon et, après avoir demandé l'autorisation du saint père, il lut à haute voix la constitution dogmatique De fide catholica.

Le Concile commençait son œuvre de réparation et de salut . Cette première constitution dogmatique redira aux siècles futurs à quel degré d'ignorance et d'incrédulité est descendue notre société moderne si fière de ses progrès matériels et de ses découvertes scientifiques. Aujourd'hui, en effet, la raison paraît encore plus en danger que la foi et le Concile est obligé de mettre en tête du code qu'il prépare pour le salut du monde, l'affirmation des vérités premières, admises même par les barbares, telles que l'existence de Dieu et sa puissance créatrice.

Après la lecture de cette constitution, tous les pères interrogés l'un après l'autre répondirent qu'ils l'acceptaient. Il y avait 667 évêques, tous furent unanimes dans leur acceptation. Le saint père se leva alors de son trône et prononça ces solennelles paroles :

« Tous les pères du Concile ayant, sans exception aucune, répondu Placet aux décrets et aux canons que l'on vient de lire, Nous-même, nous définissons dans

1. La seconde session eut lieu le jour de Y Epiphanie : elle fut consacrée à la récitation de la profession de foi de Pie IV.

tz concile Ou (Battcan. 13

le même sens les vérités contenues dans ces décrets et canons, que nous confirmons de notre autorité apostolique. »

Puis se tournant vers les pères du Concile, il ajouta : • Vous voyez, très chers frères, combien il est doux et bon de marcher d'accord dans la maison du Seigneur, de marcher dans la paix. Marchez toujours ainsi. Et parce que, à pareil jour, Notre-Seigneur Jésus-Christ donna la paix à ses apôtres, moi aussi, qui suis son vicaire indigne, en son nom, je vous donne la paix.

« Cette paix, vous le savez, chasse la crainte. Cette paix, vous le savez encore, fait fermer les oreilles aux discours du dehors. Oh ! que cette paix vous accompagne tous les jours de votre vie ! Qu'elle soit votre consolation ! Qu'elle soit votre force au moment de la mort ! Qu'elle soit votre joie éternelle dans les cieux ! »

Amen ! Amen ! répondirent d'une seule voix les évêques. Pie IX entonna le Te Deitm que la foule qui remplissait la basilique continua avec les pères du Concile.

Le 29 avril, les travaux du Concile reprirent leur cours et les pères commencèrent la discussion du schéma de l'Infaillibilité du pontife romain : les objections furent nombreuses, mais les réfutations péremptoires. Cette question n'était d'ailleurs douteuse pour aucun des pères du Concile, quelques-uns déclaraient seulement cette définition inopportune.

Pie IX ordonna des prières pour le Concile: elles

commencèrent le lundi de la Pentecôte à Saint-Pierre, et se terminèrent le samedi dans l'église de Sainte- Marie ad martyres, au Panthéon. Durant cette semaine, Rome fut parcourue, en tous sens, par les différentes processions des paroisses qui se rendaient aux églises désignées par le saint père ; la population répondit à l'invitation du pape, elle remplit les églises et fit monter vers le ciel ses vœux et ses prières.

Le pape toutefois ne dissimulait point l'impression que lui causaient ces discussions démesurément prolongées. Le t 7 juin, lorsque le sacré collège lui présenta ses félicitations à l'occasion de l'anniversaire de son élection, il s'en plaignit paternellement, indiquant la voie et les moyens à suivre.

« Vous êtes, dit-il, les sentinelles établies de Dieu, pour veiller au salut du peuple. Mais parmi ces sentinelles, — je le dis avec douleur, — il en est qui oublient la grandeur de leur devoir, jusqu'à laisser les livrées dont l'Eglise les honora pour prendre celles du siècle et vivre comme lui. D'autres transigent et pactisent avec le monde, chassant de leur souvenir la parole d'or de St Léon : Pacem cuni mundo non nisi amatores mundi habere possunt, et ne voulant plus savoir que le monde est ennemi de Jésus-Christ, ce qui a dicté à St Jean ces paroles terribles : Mundiim non cognovit. Eh ! de grâce, est-ce le monde qui les a élevés à leur auguste dignité ? Est-ce donc du monde qu'ils ont reçu et les sentiments et les dons de sagesse, d'intelligence, de conseil, de force, de science et de piété ? La troisième classe des sentinelles se compose

iLe concile Du ©attcan. 15

de ces fervents et zélés pasteurs qui consument toute leur vie dans l'accomplissement de leur ministère auguste.

« J'invoque sur tous la bénédiction du Seigneur! Pour les premiers, j'implore de Dieu la lumière ! ... Pour les seconds, j'implore l'esprit de force et de décision, afin que cesse leur perpétuelle vacillation in duas partes, et qu'ils sachent s'émanciper de certains principes peu sûrs et de certaines vaines considérations. Quant aux troisièmes, qui sont le grand nombre, je n'ai qu'une seule grâce à demander pour eux, c'est la persévérance... Persévérons tous dans cette voie d'unanime accord. Oui , le Seigneur nous demande d'être d'accord à désirer et à vouloir le salut de l'Église et de la société. »

Ces tendres reproches impressionnaient ; mais la période de l'Esprit-Saint ne semblait point encore arrivée ; c'était toujours celle de l'homme, de l'homme dont la volonté se laisse arrêter par des obstacles que la prudence humaine lui présente comme insurmontables.

Ces oppositions, en prolongeant inutilement les discussions du Concile, pouvaient créer à Pie IX de sérieux embarras financiers, car il logeait et nourrissait à ses frais un grand nombre d'évêq^es missionnaires. — Aussi il disait en souriant :

« Ils craignent de déclarer le pape infaillible ; mais ils n'ont pas peur de le mettre en faillite. »

Dans les premiers jours d'avril, l'évêque de Coutances, Mgr Bravard, qui avait signé le Positdatum

j&tstoire De Pie u\

dirigé contre l'opportunité d'une définition de l'infaillibilité pontificale, vint solliciter de Pie IX la permission de retourner dans son diocèse pour rétablir sa santé.

Pie IX, le lendemain de cette audience, envoya à 1 evêque un magnifique calice pour l'église du mont Saint-Michel, il y ajoutait, comme présent particulier pour le prélat, un petit livre de prières et de méditations ecclésiastiques intitulé : Veni mecum. Sur la première page, Pie IX avait écrit de sa main :

« A Monseigneur Févêque de Coutances, « Veni mecum !

« Pius, P. P. IX. »

C'est ainsi qu'il exhortait et pressait, avec autant de bonté que d'à propos, les évêques timides à se montrer pleins de courage dans l'accomplissement de leur devoir surnaturel.

Le dix-huit juillet, après quarante nouvelles congrégations des pères du Concile, eut lieu la quatrième session. La messe fut célébrée par le cardinal Barili, puis Mgr Valenziani lut du haut de l'ambon la constitution dogmatique de Ecclesia Dei clans laquelle il était dit : € Nous enseignons et nous définissons, sacro approbante concilie*, que c'est un dogme divinement révélé : Que le pontife romain, lorsqu'il parle ex cathedra, c'est-à-dire , lorsque, remplissant la charge de pasteur et docteur de tous les chrétiens, en vertu de sa suprême autorité apostolique, il définit qu'une doctrine sur la foi ou les mœurs doit être tenue par l'Eglise universelle , jouit pleinement , par l'assistance

le concile Du Vatican. 17

divine qui lui a été promise dans la personne du bienheureux Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que son Église fût pourvue, en définissant sa doctrine, touchant la foi ou les mœurs ; et, par conséquent, que de telles définitions du pontife romain sont irréformables par elles-mêmes, et non en vertu du consentement de l'Eglise. »

Cinq cent quarante-six évêques étaient présents ; les autres qui avaient assisté à la congrégation préparatoire, au nombre de cinquante-cinq, avaient quitté Rome, ou s'étaient abstenus de paraître à la session. Tous les pères du Concile, à l'exception de deux, répondirent : P lacet. Quand Pie IX eut confirmé de son autorité souveraine les décisions du Concile, l'évêque de Cajazzo (Deux-Siciles), l'un des évêques opposants, se jeta à genoux, et les yeux pleins de larmes, s'écria : Credo ! De son côté, l'évêque de Little-Rock (États- Unis d'Amérique), prenant sa croix pastorale sur sa poitrine, rétractait publiquement son vote, en disant : « Nunc credo et ego; nunc et ego fir miter credo /Et moi aussi, maintenant je crois ; et moi aussi, maintenant, je crois fermement. »

Un orage qui, depuis le matin, planait sur la ville de Rome, éclata au moment où la messe s'achevait, et l'infaillibilité du pape fut proclamée au milieu des éclairs et du tonnerre : l'enfer semblait déchaîner une dernière fois ses foudres impuissantes contre la vérité. Les pères du Concile et le peuple accueillirent cette proclamation avec un enthousiasme dont l'histoire n'a pas vu d'exemple, depuis le concile d'Éphèse qui ven-

gea la maternité divine des attaques de Nestorius. Les cris de Vive Pie IX ! Vive le pape infaillible ! retentirent avec un accent indéfinissable sous les voûtes de Saint-Pierre ; les évêques s'embrassaient, en pleurant de joie, dans l'enceinte conciliaire : Pie IX, avant de pouvoir prendre la parole, fut obligé d'attendre que le silence et le calme fussent rétablis, puis, d'une voix pleine d'émotion, il dit :

« L'autorité du souverain pontife est grande, mais elle ne détruit pas, elle édifie. Elle n'opprime pas, elle soutient, et très souvent elle confirme dans la dignité, elle unit dans la charité, elle défend et consolide les droits de nos frères, c'est-à-dire, les droits des évêques. Si quelques-uns ont voté dans le trouble, qu'ils se rappellent que le Seigneur n'est pas dans le trouble. Qu'ils se souviennent aussi qu'il y a peu d'années, ils abondaient dans notre sens et dans le sens de cette vaste assemblée. Ouoi donc ? Ont-ils deux consciences et deux volontés sur le même point? A Dieu ne plaise! Nous prions donc le Dieu, qui seul fait les grandes merveilles, d'illuminer leurs esprits et leurs cœurs, afin qu'ils reviennent au sein de leur père, le vicaire indigne de Jésus-Christ, qui les aime et désire les voir ne faire qu'un avec lui, afin que, tous unis dans le même lien de la charité, nous puissions ensemble combattre les combats du Seigneur; afin que nous ne devenions pas pour nos ennemis un sujet de risée, mais plutôt un sujet de crainte, et qu'en présence de la vérité, ils déposent les armes de leur malice. Fasse Dieu que tous puissent dire avec saint Augustin : « Mon Dieu, vous

le concile Du Vatican.

nous avez appelés à votre admirable lumière, et voici que je vois. Que Dieu répande sur vous sa bénédiction ! »

La session se termina par le chant du Te Deum.

Le vœu du saint et grand pontife se réalisa : tous les évêques qui s'étaient dérobés pour ne pas donner à la session un vote négatif, firent acte de soumission et déposèrent entre ses mains, dans de pieuses lettres, l'expression de leur foi, de leur obéissance absolue. Pas un seul évêque ne résista à la voix de l' Esprit-Saint et, pour la première fois, depuis deux mille ans, l'Église eut la consolation de voir l'épiscopat tout entier accepter dans leur plénitude les décisions d'un Concile œcuménique.

Le cardinal Antonelli, dès le n août 1870, écrivait aux nonces que les constitutions dogmatiques du Concile, lues solennellement dans l'enceinte conciliaire, et affichées aux lieux ordinaires de Rome, avaient reçu une promulgation suffisante pour obliger en conscience tous les catholiques.

Après la quatrième session, la plupart des évêques, rappelés dans leurs diocèses par les événements, quittèrent Rome. Le petit nombre de ceux qui restèrent dans la ville, continuèrent à se réunir en congrégations générales jusqu'au 20 octobre, époque à laquelle Pie IX prorogea le Concile.

Pour ne pas interrompre notre rapide récit du Concile, nous avons négligé de montrer Pie IX entouré des députations des catholiques, accourus de toutes les parties du monde, pour être témoins des solennités

Ïj)i0toirc Hé Pie ix.

incomparables dont Rome était le théâtre. Le pontife accordait de nombreuses audiences, recevait les membres du Concile, visitait les évêques malades: il déployait une activité vraiment extraordinaire. Il étonnait souvent par ses saillies pleines de grâce et d'enjouement : d'un mot il savait raffermir tous les esprits et détruire toutes les objections.

On accusait le gouvernement des papes d'être l'ennemi du progrès et des inventions modernes, Pie IX répondit à ces accusations en ouvrant pendant la tenue du Concile deux expositions. La première fut artistique et elle eut lieu dans le beau cloître de Michel Ange, au couvent des Chartreux, dans les anciens thermes de Dioclétien;il fut admirablement disposé pour recevoir tous les objets d'art servant au culte qui furent envoyés par toutes les nations qui voulurent y prendre part.

Une exposition agricole s'ouvrit en même temps à la villa Borghèse : les produits de l'agriculture, les machines perfectionnées et tout ce qui constitue l'objet des expositions de nos comices agricoles français fut réuni sous les beaux arbres et dans les prairies de cette villa. Pie IX la visita, encouragea les exposants par les paroles bienveillantes et les questions qu'il leur adressa. Une autre exposition, moins importante, complémentaire en quelque sorte de celle-ci et, à coup sûr, plus digne d'intérêt, appela encore l'attention et la visite du souverain pontife dans la villa Gabrielli où l'on avait accumulé les travaux manuels et agricoles des aliénés. Leur nombre et leur perfection étaient la meilleure preuve des heureux résultats obtenus par

SO.1.1 »IVl il *■

le concile Du Vatican»

les médecins et les religieux sur ces malheureux.

Pie IX ouvrit l'exposition artistique le 17 février et il prononça un discours qui eut un grand retentissement.

« Le but que je me suis proposé, dit-il, en faisant cette exposition, fut de montrer tout ce que peut la religion pour inspirer les beaux-arts. Si un pinceau a représenté un grand docteur de l'Eglise recevant la communion, si un ciseau a pu tailler une statue de façon à la rendre vivante, si un compas a pu tracer le plan du temple le plus magnifique et le plus vaste de l'univers, c'est toujours la religion qui les a inspirés... Non, il n'est pas vrai que cette religion ait besoin d'être réformée et d'avoir son 89, comme le dit le grand démagogue de l'Italie... Mais laissons ce sujet qui m'entraînerait trop loin. Je me propose une autre fin dans cette exposition, car vous y voyez beaucoup d'objets destinés au culte catholique, c'est d'obtenir une plus grande unité dans le rit extérieur. Entendons-nous. Je vois ici beaucoup d'évêques orientaux, je ne vous parle pas du rit oriental. Quoi qu'en disent beaucoup, qui en parlent mal sans rien savoir, moi, j'ai en estime le rit oriental et il doit rester comme il est... La religion de J. C, dit-il en terminant, n'est point une idée, mais un principe; elle ne repose pas sur le sable mouvant, mais sur la pierre solide... Je condamne tous les principes contraires à la religion, mais je suis disposé à embrasser tous les ennemis de la religion. Je les bénis et je prie pour eux. »

Le 17 mai t868, Pie IX, entouré d'un grand nombre

Ç)i0toire De Pie ix.

de cardinaux revêtus de la pourpre et d'évêques en mantelletta, présidait à la distribution des récompenses accordées aux exposants et, de nouveau, dans une éloquente allocution, il affirmait que la « religion catholique n'est point opposée au progrès et à la culture des sciences et des arts : elle n'est ni stationnaire ni immobile. Oui, il est une immobilité à laquelle elle ne peut, en aucun cas, renoncer : c'est celle des principes et des doctrines divinement révélés. Ces choses ne peuvent jamais changer, parce que le Christ était hier et il est aujourd'hui : Jesus-Christus heri et hodie. Ce que ces vérités furent, elles le seront toujours. Mais pour tout le reste, et la présente exposition le démontre d'une façon évidente, la religion et l'Eglise catholique favorisent le progrès dans l'industrie, dans les beaux-arts, dans les sciences, et tout ce qui fut entrepris dans l'Etat pontifical, pour procurer aux citoyens tous les avantages intellectuels et moraux qu'on trouve ailleurs, le démontre également. Oui, dans cet Etat, quoique maintenant bien petit, le commerce est favorisé de toutes manières, les pensées se communiquent avec la rapidité de la foudre, on possède tout ce qu'on peut désirer pour le bien de tous.... »

Le 25 avril, les antiquaires romains, réunis au Palatin, célébraient par un festin le Natale di Roma. Le saint père, qui leur avait envoyé quelques bouteilles de son vin, vint en Médicis leur dire bonjour et visiter les fouilles que dirigeait le savant baron Visconti. 11 y avait, au milieu des ruines de l'ancienne demeure des

ïLe concile Du Vatican. 23

Césars, beaucoup d'évêques et quelques centaines de personnes. A peine entré, le pape s'est trouvé entouré, pressé, sans que ses gardes et ses prélats l'aient pu isoler. D'ardentes supplications se sont élevées vers lui ; des femmes élégantes, des hommes d'une condition élevée mêlés aux gens du peuple, baisaient ses mains, se traînaient à ses pieds, retenaient ses vêtements. Pie IX, moitié souriant, moitié sévère, dit au baron Visconti :

« Mais tout ceci, baron, n'est plus de l'archéologie.

— Non, Saint Père : c'est l'amour de vos enfants que rien ne peut empêcher de se manifester. »

Des voix de femmes crièrent : « Très Saint Père, nous sommes de Bologne qui est toujours votre ville et nous sommes vos sujettes : bénissez-nous ! »

Au milieu de ces manifestations, Pie IX gagna le trône qu'on lui avait préparé en face de la Palestra des anciens maîtres du monde. M. Visconti lui adressa un discours, on lui lut un sonnet : après avoir admis au baisement des pieds tous les membres de l'académie, Pie IX visita les travaux et les fouilles.

Dans le courant du même mois, les deux frères Lehmann, juifs convertis, adressèrent un postulatum au Concile, le sollicitant de faire appel au peuple juif afin qu'il reconnût le Messie dans la personne de Jésus- Christ. Ils firent signer ce postulatum par cinq cent six évêques, puis ils l'apportèrent au saint père.

Pie IX, en les voyant, leur dit : « Voilà les deux frères israélites. les deux prêtres qui ont beaucoup de zèle pour le salut de leur peuple. Oui, mes enfants,

histoire De Ipte ir.

vous êtes fils d'Abraham, et moi aussi. Ah ! pour recueillir toutes ces signatures vous avez dû bien marcher, bien vous fatiguer...

— Très Saint Père, oui, nous avons bien marché : personnifiant en nous tout notre peuple, nous étions le juif errant, et le juif errant a terminé ses courses en montant les escaliers de tous les évêques du monde, réunis à Rome. A Rome, nous avons fait une dernière fois le tour du monde. »

Et Pie IX reprit avec tendresse :

« Mes enfants, j'accepte votre posttdatum. Je le remettrai moi-même au secrétaire du Concile. Oui, il est bon d'adresser aux Israélites quelques paroles d'exhortation et d'encouragement. Votre nation a dans les Ecritures des promesses certaines de retour. Si la vendange ne peut pas se faire encore tout entière, que le ciel nous accorde au moins quelques grappes. »

Puis il bénit affectueusement les deux frères, en leur adressant ce précieux encouragement: « Vous travaillez pour votre peuple, c'est votre vocation. Vous voulez faire pour lui ce qu'a fait Moïse : le délivrer. »

Un autre postulatum fut adressé à Pie IX par. les pères du Concile : ils demandaient au saint père de déclarer saint Joseph, l'époux de la B. vierge Marie, patron de l'Eglise universelle. Le saint père accueillit plus tard ce désir : le 8 décembre 1870, le préfet de la congrégation des rites adressait un décret « à la ville et au monde » qui donnait satisfaction aux désirs de l'épiscopat, et « Pie IX déclarait solennellement saint Joseph patron de l'Eglise catholique, ordonnant que

Le concile Du îîatican.

sa fête, qui tombe le 19 mars, soit dorénavant célébrée sous le rite de première classe. »

Pie IX, voulant élever un monument qui rappelât aux siècles futurs le Concile du Vatican, l'un des principaux événements de son pontificat, résolut d'ériger une colonne sur le sommet du Janicule. Une tradition rapporte que saint Pierre fut crucifié sur le point le plus culminant de cette colline. La statue du prince des apôtres, en bronze, devait être placée sur une antique colonne de granit rouge trouvée près de l'église clell Anima, et dominer ainsi la ville de Rome. Ce désir du souverain pontife n'a pu être accompli : en attendant des temps meilleurs la statue est placée dans les jardins du Vatican et la colonne repose sous un hangar élevé sur les flancs de Montorio.

Page 1