Aux clames romaines, le 8 décembre
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sottement prononcées autrefois à un autre propos: L Eglise fera par elle-même. L'Eglise pourra faire; elle saura faire par elle-même. Mais cela ne veut pas dire que ceux qui devraient la protéger et ne le font pas, soient moins coupables (x).
« Combattons, chers enfants, et ne craignons rien. Rappelez-vous que les ennemis de Dieu disparaissent, et que l'Eglise reste. L'Enfant Jésus fuit en Egypte pour éviter la colère d'Hérode; mais voilà qu'une nuit Joseph est averti de s'en retourner avec lui : defuncti stint ënim qui quœrebant animam pueri. Oh! que de persécuteurs de l'Eglise ne sont plus de ce monde ! Combien d'entre eux, après avoir assouvi leur rage, après avoir perverti des âmes fidèlement attachées au service de Dieu, sont morts tandis que l'Eglise reste !
« Oui, ipsi peribunt; mais vous, épouse chérie de Jésus-Christ (le saint père était très ému et des larmes abondantes s'échappèrent de ses yeux), Église fondée par Dieu, vous restez et vous resterez toujours. Ipsi feribunt, tuautem permanebis. Vous demeurez jeune, forte et constante en face des persécutions qui ne servent qu'à vous purifier, à faire disparaître certaines taches et à vous communiquer une plus grande vigueur... Vous demeurez avec l'enseignement de la vérité, avec l'enseignement de la morale; vous restez avec l'administration des sacrements; vous restez en tant de manières, sous tant de rapports, tandis que vos ennemis disparaissent (2). »
1. A une députation des nations catholiques, le 24 janvier 1872.
2. Aux députations des diocèses et de la jeunesse d'Italie, le 6 janvier 1873.
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La guerre entreprise contre l'Eglise et le saint siège est générale et odieuse, et son caractère perfide et vraiment satanique exige de la part de ceux qui soutiennent la lutte, une énergie et une perspicacité peu communes. « Certains gouvernements, disait Pie IX, attaquent l'Église en la dépouillant de ses propriétés, en l'insultant dans ses ministres, en chassant les religieux de leurs retraites pacifiques, en arrachant des larmes aux vierges consacrées à Jésus-Christ, lorsqu'ils les obligent par la violence à sortir de leur cloître ; les sectes, enfin, attaquent l'Eglise par tous les moyens à la fois. Et il n'est que trop vrai que l'Eglise est attaquée quelquefois par certains catholiques qui croient tout arranger des deux côtés; qui supposent que nous attirerions à nous certains égarés en leur cédant quelques droits, oubliant ainsi la sentence de Jésus-Christ: Nemo pot est duo bus dominis servir e ('). »
Aujourd'hui encore, malgré les leçons du passé, il est des esprits abusés qui ne cessent de prêcher la conciliation entre le pape et l'Italie. Ils consacrent à cette œuvre irréalisable un talent employé autrefois à soutenir l'Eglise entière; ils n'ont pas craint de s'adresser à l'auguste pontife lui-même, le suppliant de se déjuger par une réconciliation sans honneur comme sans profit. Pie IX répond à ces avances en renouvelant ses protestations et ses anathèmes contre les usurpateurs des biens de l'Eglise. « Depuis quelque temps, dit-il aux cardinaux, le ij juin 1874, il m'est parvenu certains désirs, exprimés tantôt de vive voix,
1. Députation catholique de toutes les nations, le 7 mars 1871.
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tantôt par écrit, qui tendent à nous rapprocher des nouveaux venus. La dernière lettre, que j'ai encore sur mon bureau, est écrite avec beaucoup de calme et un grand respect. On me dit, dans cette lettre, qu'étant vicaire du Dieu de paix, je veuille pardonner à tous les ennemis de l'Église, et lever toutes les excommunications dont nous avons chargé leur conscience.
« Je ferai remarquer ici que les révolutionnaires sont de deux sortes; les uns ont imaginé et conduit à terme la Révolution ; les autres y ont fait adhésion, en rêvant la prospérité, le progrès, et je ne sais quel paradis terrestre, sans avoir su prévoir qu'ils n'auraient, au contraire, recueilli que des tribulations, des épines et la misère.
« Les premiers, au cœur obstiné, sont les Pharaons de notre époque, durs comme l'enclume, et aucun acte de suprême bonté ne parviendrait à les attendrir. Mais les autres (et c'est à eux qu'appartiennent ceux qui me parlent à voix basse et m'écrivent avec des sentiments de modération), voyant que le paradis terrestre s'est éloigné, voyant que ces biens, ces richesses, cette prospérité qu'ils avaient rêvés, sont remplacés par un véritable déluge de maux, accompagnés d'impôts et de charges énormes, sentent leur conscience troublée et dans l'angoisse, pour avoir donné leur coopération à la Révolution ; ils m'appellent à des sentiments de paix. Mais quelle paix puis-je faire avec eux ? Ils ressentent des angoisses. A quoi cela leur sert- il ? Saiil en ressentait aussi quand, frappé à mort et désirant un terme à ses souffrances, il suppliait le soldat amalécite
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de l'achever : Sta supei' me et interjîce me, quoniam tenent me angustiœ. Et le soldat eut la coupable faiblesse d'obéir et de lui ôter le peu de vie qui lui restait ; mais ensuite sa faute fut punie par David, qui le fit mettre à mort. Qu'est-ce donc que l'on prétendrait ? Que je devinsse pour eux un soldat amalécite, ou que le pape imitât l'infortuné Satil ? Oh ! conseils insensés ! Mais si l'amalécite n'a pu échapper à la terrible punition à laquelle David l'a condamné, le vicaire de l'Evêque éternel de nos âmes pourrait-il échapper aux châtiments que Dieu lui infligerait?
« On demande la paix, on demande une trêve, on cherche, pour dire le mot, un modus vivendi ! Tout cela pourrait-il nous conduire à bien avec un adversaire qui tient continuellement en main le modus nocendi, le modus auferendi, le modus destruendi, le modus occidendi? Est-il possible que le calme fasse alliance avec la tempête, pendant que celle-ci mugit et frémit, renversant, déracinant, détruisant tout ce qu'elle trouve devant elle ?
« Que ferons-nous donc, vénérables frères, nous à qui il est dit : Statis in domo Deiet in atriis Deinostri. Nous resterons unis avec l'épiscopat qui, en Allemagne, au Brésil et dans toute l'Eglise catholique, donne des preuves éclatantes de constance et de fermeté.
« Armez-vous donc de courage. La très sainte vierge Marie, dont on célèbre aujourd'hui la fête sous le titre de Auxilium ckristianorum, vous le communiquera elle-même au fond du cœur. Le 24 mai, destiné pour la célébration de cette fête, a été occupé cette
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année par la fête de F Esprit-Saint, le divin époux de Marie. Que cette circonstance augmente notre confiance. Comme Marie a protégé un Pie pour briser l'orgueil des Turcs, comme elle a protégé un autre Pie pour abattre l'arrogance d'un grand empereur, qu'elle protège aujourd'hui le plus humble Pie et son siège, assailli par des ennemis nombreux et variés. De même qu'elle vainquit apud Echinadas insu las, de même qu'elle vainquit apud Savonam, qu'elle fasse encore luire le jour où elle vaincra aussi apud Sanctum Petrum. »
La confiance, nous pouvons même dire l'assurance du triomphe final de l'Eglise, est la pensée dominante de tous les discours de Pie IX. Le jour de Noël, en 1875, il fit remarquer aux cardinaux que le siècle venait d'achever son troisième quart ; l'élection de Pie VII, qui en a marqué les premiers jours, est un gage de la protection divine sur l'Église. « Cet événement, dit-il, fait connaître au monde entier que Dieu n'a jamais abandonné son Eglise, et qu'en tout temps, au milieu des tempêtes et des plus grands périls, il a toujours étendu sa droite toute-puissante pour la soutenir et la défendre contre tous ses ennemis. » Aussi, Pie IX ne veut-il pas qu'on se laisse dominer par la crainte, à moins qu'elle ne soit accompagnée de la confiance. « Les bons, ajouta-t-il, sont plus nombreux qu'on ne pense et, par leur constance, ils sauront vaincre les deux genres de persécuteurs qu'on rencontre de nos jours, les séducteurs et les tyrans, les joueurs de lyre et les manieurs de fer. »
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Toutefois, loin de se bercer d'espérances illusoires, il sait bien « que la divine Providence a permis le mal actuel qui, tout en purgeant la société catholique dans tous ses rangs, ranime l'esprit de foi, qui languissait dans beaucoup d'endroits et semblait même éteint dans certaines contrées (*). » Il constate, du reste, que les hommes n'ont pas encore profité de cette leçon providentielle. Le 10 mars 1875, les élèves du séminaire lui offrirent un calice ; il l'accepta comme le symbole des amertumes et des tribulations qui, non seulement ne sont pas terminées, mais qui doivent se prolonger et devenir encore beaucoup plus intenses et plus grandes : verumtamen fœx ejus non est exinanita (2). « Et, ajouta le saint père, nous ne serons pas seuls à boire ce calice ; mais les persécuteurs de l'Eglise devront y participer. Bibent omnes peccatores terrœ. »
Pie IX réprime les impatiences des esprits inquiets et ardents, qui voudraient voir détruire les méchants afin d'amener le triomphe de l'Eglise : « Est-ce que la conversion au catholicisme d'un personnage qui occupe un haut rang, dit-il, et d'un grand nombre d'autres qui en ont suivi l'exemple, ne serait pas un triomphe (3) ? Est-ce que la conversion de plusieurs milliers de schismatiques de l'Orient, lesquels, après avoir abandonné les erreurs de Photius et de ses successeurs, se font maintenant une gloire d'être catholiques, ne serait pas un triomphe partiel ? Toutes ces chères âmes ont été