Discours aux pèlerins de Nantes, en octobre
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pour l'encouragement des faibles et pour la confusion des impies. Est-ce que, par exemple, en matière de révolution, nous ne voyons pas les mêmes iniquités se renouveler sans cesse ? Sans parler des autres, jetons seulement un coup d'œil sur celle de 1789 et sur celle de cette année 1874. Pendant la révolution du siècle dernier, on adorait la raison, et l'on déraisonnait de la manière la plus barbare. Les biens ecclésiastiques étaient usurpés, le clergé et toutes les personnes honnêtes persécutées, les Etats et les royaumes injustement occupés, les échafauds ensanglantés ; en un mot, la raison, que l'on prétendait adorer, avait disparu, et des hommes animés d'une haine brutale contre tout ce qu'il y a de raisonnable, dirigeaient tout le mouvement de cette malheureuse époque.
« Sous la révolution dont nous sommes les témoins, et qui s'avance, elle aussi, sur le chemin de la terreur, on adore la matière, et on répète la spoliation des églises, la persécution contre le clergé et contre tout ce qu'il y a d'honnête ; on jette de nouveau les évêques dans des prisons, on répand le sang par le fusil, on multiplie partout le nombre des morts.
« Et, après cette répétition d'iniquités, l'Eglise devra se taire ? L'Eglise ne devra pas à son tour répéter les principes sacrés de lajustice, proclamant bien haut et déclarant à tout le monde que certaines révolutions ne peuvent enfanter que l'impiété, le sacrilège et l'injustice ?...
« Et ici, il me semble voir renouvelé un fait extraordinaire raconté par les saintes Ecritures, dans l'histoire
(Herfmm Dei non est alligatum* 197
de Job. Dieu ayant accordé à Satan la liberté de parcourir la terre, Satan s'en vanta lui-même, et répondit à la question que Dieu lui avait faite: Circuivi terram et perambulavi eam (I). Dieu voulut dans cette circonstance faire de Job un grand modèle de patience pour toutes les générations futures. Il permit donc au démon et à ses satellites d'éprouver Job de toutes manières ; mais il voulut en même temps qu'on respectât sa vie : Verumtarnen animant illius serva (2). Un torrent d'afflictions, de malheurs, d'infirmités, fondit soudain sur le patient de H us; mais, après avoir traversé cette mer orageuse, cette mer de tant d'afflictions et de si grandes douleurs, Job recouvra une santé plus florissante et fut comblé des plus grandes bénédictions.
« Faisons donc reposer toute notre confiance dans la bonté de Dieu. Un jour viendra où il dira aussi, et il l'a peut-être déjà dit à cette fille de Satan qui s'appelle la Révolution : je te permets pour le moment de dépouiller l'Eglise et ses ministres : verumtarnen animam illius serva.
« Nous avons donc tout lieu d'espérer, et les paroles mêmes de Jésus-Christ que je lisais il n'y a pas longtemps, en célébrant le saint sacrifice, nous invitent à l'espérance : Si guis sitit, veniat adme et bibat (3). Oui, mon Jésus (4), nous avons tous soif de paix, et vous êtes le Roi pacifique ; nous avons tous soif d'ordre, et c'est vous qui avez établi et qui maintenez encore l'ordre
i. Job, I, 7. — 2. Job, II, 6. — 3. Joan., VII, 37.
4. Le pape était alors tellement ému que les larmes coulaient de ses yeux.
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histoire De Pie ir.
dans l'univers. Tous nous désirons la fin d'un grand fléau dont vous vous servez pour punir justement notre ingratitude. Que votre bénédiction soit le gage de cette paix que nous désirons ardemment !
« Ah ! mon doux Jésus, l'Église, qui est votre œuvre, est sortie de votre côté comme d'un bain salutaire et tout empourprée de votre précieux sang. Ne permettez pas que cette Eglise, qui est aussi votre épouse, devienne jamais la servante de ceux qui s'efforcent, mais en vain, de la détruire. Déliez-la des entraves qui la tiennent enchaînée, et revêtez-la de ses vêtements de gloire. Je sais bien qu'elle est militante, mais je ne sais pas moins qu'elle doit triompher. Qu'une abondante bénédiction descende du haut des cieux sur cette Eglise, pendant que vous, ô Jésus, vous soutiendrez le bras faible, accablé par la vieillesse, de votre indigne vicaire qui fait encore une fois le sacrifice de sa vie, si ce sacrifice peut vous être agréable et apaiser votre courroux; mais, quelque misérable que soit ce sacrifice, il ne pourra manquer d'obtenir son effet, parce que je l'unis au prix infini de votre sang précieux (T). »
1 . Ce remarquable discours fut adressé par le saint père, le 23 mars 1874, à la noblesse romaine, qui s;était empresse'e d'accourir autour de lui, au moment où les Italiens fêtaient le 25e anniversaire du règne de Victor- Emmanuel II.
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