‹ Histoire de Pie IX le Grand et de son pontificatChapitre 38 sur 81 · I. Tertull., Apolog. Cap · texte numérisé non relu

I. Tertull., Apolog. Cap

244 Ç>t0toire De l]3ic ix.

ces catholiques et ces saints pasteurs à l'obéissance de ces lois, ce qui revient à nous proposer de travailler nous-même à opprimer et à disperser le troupeau de Jésus-Christ. Mais, appuyé sur Dieu, nous avons confiance que le sérénissime empereur, après avoir mieux compris et pesé les choses, repoussera un soupçon si incroyable et si mal fondé, conçu contre ses plus fidèles sujets... Tous ces attentats que nous venons d'énumérer sont devant les yeux de tous. Aussi quand les cénobites et les vierges vouées à Dieu sont privés de la liberté commune à tous les citoyens et chassés avec une brutalité inhumaine ; quand les écoles publiques, où l'on instruit la jeunesse catholique, sont soustraites de plus en plus chaque jour à la salutaire direction et à la vigilance de l'Eglise ; quand les noviciats institués pour exciter la piété, et quand les séminaires euxmêmes sont fermés ; quand la liberté de la prédication évangélique est interdite ; quand, en certaines parties du royaume, on défend de donner les éléments de l'instruction religieuse dans la langue maternelle ; quand on arrache aux paroisses les curés qu'y avaient placés les évêques ; quand ces évêques eux-mêmes sont privés de leurs revenus ; quand ils sont chargés d'amendes et menacés de prison ; quand les catholiques sont persécutés par toute sorte de vexations, est-il possible de renfermer dans notre âme tout ce qui s'offre à nous et de ne pas appeler en cause la religion de Jésus-Christ et la vérité ? »

Le pontife prévoit bien d'autres maux et de plus redoutables injustices, il voit naître la secte des vieux

IPte tr et les goimetnementg De l'Œurope- 245

catholicités « sous le patronage ouvert » du gouvernement prussien et des autres gouvernements de l'Allemagne. Il condamne donc cette nouvelle hérésie et il déclare <i vaine, illicite et absolument nulle la consécration sacrilège » de l'évêque Reinkens (*).

Loin de s'arrêter, la persécution redoubla. De 1874 à 1875, dix-sept cents ecclésiastiques furent condamnés en Allemagne à la prison ou à diverses autres peines. L'archevêque de Posen, Mgr Ledochowski, était arrêté le 2 février 1874 et jeté dans la prison centrale d'Ostrovo ; son coadjuteur le suivait de quelques mois dans la prison de Kosmin. Les évêques de Paderborn et de Cologne éprouvaient bientôt le même sort (2). Les laïques n'échappaient point à cette persécution et plus de mille personnes furent victimes de condamnations aussi arbitraires et aussi injustes que celles subies par les évêques et les prêtres.

Mais Pie IX par sa parole soutenait tous les courages. « Ces vénérables frères, dit-il, en parlant des évêques d'Allemagne, n'ont pas eu peur du danger

imminent, ni des peines dont les lois les menaçaient

Quoique nous leur devions plutôt d'éclatantes louanges que des larmes de compassion, cependant l'abaissement de la dignité épiscopale, l'atteinte portée à la liberté et aux droits de l'Eglise, les persécutions dont sont vic-

1. Pie IX condamna de nouveau solennellement la secte des vieux catholiques, par ses lettres du 6 décembre 1876, adressées aux évêques de la Suisse. Il déclara nulle l'élection du pseudo-évêque Edouard Herzog, il excommunia et anathématisa tous ceux qui font partie de cette secte, qu'il condamna comme schismatique et entièrement séparée de la communion de l'Église.

2. L'Évêque de Trêves avait déjà subi 257 jours de prison en 187 1.

246 histoire lie Ipte ix.

times en Prusse les évêques dénommés et tous leurs frères, exigent que nous, en vertu de notre pouvoir apostolique donné par Dieu, nous élevions une voix accusatrice contre ces lois et contre les mauvaises actions qu'elles feront commettre, et que nous défendions contre la force impie, avec toute l'énergie et l'autorité divines, la liberté de l'Eglise foulée aux pieds. »

Puis le pontife, après avoir déclaré « ces lois nulles et entièrement contraires à la divine constitution de l'Église », ajoute : « Ces lois sont excessivement sévères et menacent des peines les plus graves ceux qui n'obéissent pas; elles ont pour appui la force armée, et mettent de paisibles et inoffensifs citoyens dans la malheureuse et pitoyable situation d'hommes opprimés par la force contre laquelle ils ne peuvent pas lutter, uniquement parce que leur conscience leur ordonne de s'opposer à ces lois. On dirait qu'elles sont faites, non pour des citoyens libres dont on a le droit d'exiger une obéissance raisonnable, mais pour des esclaves que l'on fait obéir par la terreur (T). »

Quelques jeunes élèves du collège germanique étant venus se prosterner aux pieds du saint père, avant de retourner dans leur pays, Pie IX leur dit ces paroles : « Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups ; » puis il les anima en termes émus à soutenir la lutte qui les attendait et à mettre toute leur confiance en celui qui a vaincu le monde. Pour guide et pour devise, il leur répéta cette parole du Sauveur à

1. Encyclique adressée aux archevêques et évêques de Prusse, le 5 février 1875.

IPte ix et les goutiemements De r<£utope. 247

ses disciples : « Soyez simples comme des colombes et prudents comme des serpents ! »

L'évêque de Posen apprit en prison que Pie IX, voulant récompenser son courage et aussi en sa personne la vaillance apostolique de l'épiscopat allemand, lui avait décerné les honneurs du cardinalat. Et quand, délivré de ses chaînes, le nouveau prince de l'Eglise, obligé de s'éloigner de son troupeau, vint chercher un abri et un refuge à Rome, Pie IX le reçut avec des honneurs exceptionnels et le garda près de lui dans son palais du Vatican où les vengeances et les haines de Bismarck cherchèrent vainement à l'atteindre.

Pie IX avait pour tous les évêques persécutés des paroles et des consolations d'une douceur ineffable. Dans ces circonstances, son grand cœur lui inspirait parfois des actes sublimes. En 1873, le dimanche delà Sexagésime, en lisant l'épître si émouvante de la messe, dans laquelle l'apôtre S. Paul raconte ses persécutions et les grâces dont le Seigneur l'avait comblé pour les supporter, il eut comme une intuition divine des persécutions qui menaçaient quelques évêques de la Suisse. Aussitôt après la messe, il écrivit à Mgr Mermillod, vicaire apostolique de Genève, une lettre autographe, en italien, dans laquelle il lui disait : «J'admire le Docteur des nations nous traçant, en peu de lignes, l'abrégé de sa vie : elle fut un tissu de tribulations et de zèle actif de la part du saint apôtre, et de secours et de faveurs extraordinaires de la part de Dieu. Voilà donc l'exemple placé devant vos yeux, imité par vous-même de la meilleure manière possible. Que Dieu vous assiste tou-

$>t0totrc De Pie ix.

jours ! » Puis il députa aussitôt un gentilhomme de sa cour verscetévêqueaveclamission de lui remettre sa lettre. A cette heure, Pie IX ignorait absolument le sort qui était réservé au vicaire apostolique de Genève et l'on pourrait vraiment croire qu'il agit, en cette circonstance, sous une inspiration du ciel. L'envoyé pontifical arriva dans cette ville, le jeudi soir, 20 février ; mais le prélat n'était plus dans son évêché et le messager de Pie IX dut aller lui remettre les encouragements du pape sur la terre d'exil. Mgr Lâchât fut l'objet de la même faveur et son exil suivit de près celui de Mgr Mermillod.

Pie IX savait adoucir les plus cruelles douleurs des évêques par ses tendresses, j'allais presque dire ses caresses paternelles. Quand ils arrivaient à lui, il se levait aussitôt de son siège, s'avançait vers eux, leur ouvrait ses bras, les pressait tendrement sur son cœur, les faisait asseoir à ses côtés et écoutait, en versant des larmes de joie, le récit de leurs luttes et de leurs combats.

Le 15 novembre 1875, à la suite d'une de ces entrevues douloureuses et pleines d'une ineffable douceur, Mgr Lâchât lui présentait quelques-uns de ses prêtres.

« Très Saint Père, lui dit l'évêque exilé, ces messieurs ne parlent pas l'italien, mais le français, et c'est dans cette langue qu'ils désirent exprimer à Votre Sainteté leur affection filiale et leur dévouement.

— Oh ! nous nous entendrons bien, reprit aussitôt Pie IX; s'ils étaient allemands, je ne pourrais pas leur parler, car je ne sais pas la langue allemande; mais puisqu'ils sont français, je vais leur parler français,

IPte ix et les gouvernements De l'Europe, 249

quoique je ne connaisse pas parfaitement cette langue.

« Vous avez donc à souffrir, mes enfants ; vous souffrez et nous souffrons tous ; mais c'est comme il est écrit : Quos amo perçut io, quos amo castigo. Je frappe et je châtie ceux que j'aime. Vous savez d'ailleurs que partout on fait la guerre à l'Eglise. Voyez en Prusse, en Allemagne, et ici, et au Brésil. Oui, il n'est pas jusqu'aux républiques de l'Amérique où l'Eglise ne soit persécutée, et dans votre Suisse, dans votre république Helvétique aussi, il y a la persécution. En Allemagne vous savez mieux que moi ce qui se passe. Cependant, je reçois moi-même chaque jour des lettres de cette contrée, qui m'apportent en même temps le récit de nouvelles tribulations et de nouveaux et magnanimes exemples de constance de la part des catholiques. Il y a encore la Russie où l'on veut détruire entièrement la religion catholique. On y va lentement, mais sans relâche. Quoi d'étonnant d'ailleurs dans tout cela? L'Eglise a toujours été persécutée, et quand on a plus de 80 ans comme moi, on ne s'étonne guère des tribulations de ce monde ni des attaques des méchants. »

Le saint père, levant alors les yeux et les bras au ciel, ajouta : « Dieu aura certainement pitié de nous : Omnia inpatientia ! » Puis il les bénit, en les exhortant à demeurer fermes.

Quelques semaines plus tard, l'évêque prenait congé de Pie IX : « Oh ! mes pauvres catholiques du Jura ! dit alors le saint père, que je souffre en songeant à l'oppression vraiment tyrannique et brutale qu'ils endurent, eux sujets inoffensifs d'un pouvoir qui se dit

250 histoire De Ipte ix.

libéral. Dites-leur, mon cher évêque, combien je suis peiné de leurs épreuves et combien je voudrais apprendre la fin des violences dont ils sont victimes ! »

Mgr Lâchât lui présenta alors deux laïques et Pie IX les encouragea, en ces termes, à demeurer fermes et à ne point se décourager : « La persécution actuelle passera ; mais tant qu'il plaira à Dieu de la permettre, demeurons fermes, inébranlables dans la pratique de nos devoirs. Souvenons-nous d'ailleurs que nous appartenons à l'Eglise militante, qu'il nous faut lutter sans cesse et qu'il n'est point ici-bas de tranquillité absolue. Souvenons-nous aussi qu'il ne sera donné à aucune puissance de vaincre la sainte Eglise, car elle est fondée sur le roc. Oui, Notre-Seigneur Jésus-Christ a établi son Église super formant petram, et rien ne saurait l'ébranler. »

A toutes ces douleurs Pie IX dut ajouter celle de voir un gouvernement catholique entrer dans une voie nouvelle, opposée à la liberté de l'Eglise. Le gouvernement autrichien avait présenté des lois au Reichsrath, dont le but était ouvertement « de soumettre l'Eglise catholique à la servitude la plus funeste, au bon plaisir du pouvoir séculier. »

Dans une encyclique, adressée à l'épiscopat de cette nation, le saint père déclare que :

« Ces lois sont certainement de la même nature,

et ont le même caractère que les lois prussiennes, et elles préparent à l'Eglise catholique, dans l'empire d'Autriche, les mêmes désastres, bien qu'au premier abord elles semblent offrir le cachet d'une certaine mo-

IPte ix et les gouvernements De TCurope. 251

dération, lorsqu'on les compare aux mêmes lois prussiennes

« Le concordat passé en l'année 1855 entre nous et

l'illustre empereur , est maintenant présenté à la

Chambre des députés et déclaré complètement privé de valeur, annulé, comme s'il n'avait pas été préalablement traité avec le saint siège Contre une telle

violation publique du concordat, nous protestons de nouveau devant vous, bien-aimés fils et vénérables frères. »

Le gouvernement autrichien, pour annuler le concordat, s'appuyait sur la prétendue nouveauté des décrets du Concile du Vatican et Pie IX se plaint, avec raison, qu'on a déchiré ce contrat à son insu et sans sa volonté. Après avoir appelé l'attention des évêques sur les nouvelles lois et les dangers qu'elles font courir à la liberté de l'Eglise, il les engage à se réunir, à se concerter afin de prendre ensemble les moyens les plus propres à écarter les dangers.

« Nous vous exhortons donc à vous réunir le plus tôt possible, et à fixer dans une délibération commune une ligne de conduite, sûre et approuvée par vous tous, qui vous permette, conformément aux devoirs que vos obligations vous imposent, de combattre d'un commun accord les maux qui vous menacent et de protéger avec énergie la liberté de l'Eglise. »

Il annonce enfin qu'il écrit le jour même à l'empereur d'Autriche, « pour le conjurer de ne jamais permettre que, dans son vaste empire, l'Eglise soit soumise à une ignominieuse servitude, et ses sujets

252 fetetotte De pie tr.

catholiques assujettis aux plus grandes afflictions (I). » Nous avons déjà tracé le tableau des persécutions dont le gouvernement russe s'est rendu coupable envers l'Église catholique ; il devient évident que ce gouvernement ne rêve pas autre chose que l'extermination du catholicisme. Il a supprimé arbitrairement trois diocèses : ceux de Podlachie, dans le royaume de Pologne, de Minsk, en Russie blanche, et de Kameniek en Podolie. Une longue série d'évêques catholiques gémissent, depuis 1863, dans les neiges de la Russie septentrionale, et nous devons ici consigner les noms de ces vénérables confesseurs de la foi: Mgr Felinski, archevêque de Varsovie, exilé à Jaroslaw; Mgr Krasinski, évêque de Vilna, exilé à Viatka; Mgr Brzecouski, suffragant de Varsovie, exilé à Astrakan ; Mgr Szczygielski, administrateur de Varsovie, déporté après Mgr Brzecouski, dans le fond de la Russie ; Mgr Borouski, évêque de Zytomir, administrateur du diocèse de Kameniek, après la suppression par le gouvernement de ce diocèse, exilé à Perma ; l'abbé Kvriszynski, administrateur de Zytomir et de Kameniek, exilé à Samara. Presque tous les bons prêtres sont allés partager le sort de leurs évêques; il y en a des milliers qui languissent dans les régions les plus inhospitalières de la Russie, où littéralement ils meurent de faim. Des centaines d'églises ont été supprimées par le gouvernement ou livrées au culte schismatique.

La libre communication de toute une Eglise avec le saint siège se trouve empêchée par la terrible peine

I. Encyclique aux évêques d'Autriche, à la date du 7 mars 1874.

Pie tr et les gouvernements oeroEutopc. 253

de l'exil infligée à ceux qui correspondent avec la cour de Rome; l'éducation du clergé, l'enseignement de la religion elle-même, la prédication du saint Evangile, l'administration des sacrements, les cérémonies mêmes de l'Eglise et la juridiction des pasteurs sont soumis à la volonté du pouvoir laïque ou de gens qui n'ont aucune mission pour en déterminer la notion et les règles. Des diocèses entiers se voient entraînés au schisme par tous les moyens de la séduction et de la violence.

Le saint père a mis tout en œuvre pour remédier à ces souffrances. Mais ses instances réitérées auprès du gouvernement russe étant restées sans résultats, il résolut de protester alors, d'une manière publique, contre cet état de choses et de transmettre ainsi aux évêques, au clergé et aux fidèles opprimés les paroles d'encouragement, de louange et de consolation dont ils avaient besoin. Ce devoir, il avait résolu de le remplir dans le Consistoire du mois de juin 1877; ma-is il voulut avant en donner avis au chargé d'affaires officieux de Russie près le saint siège, résidant alors à Rome. Il espérait par ce procédé délicat amener le gouvernement russe à remédier aux maux les plus grands et s'épargner à lui-même la douloureuse nécessité de recourir à des moyens aussi extrêmes. A l'époque des nombreux pèlerinages qui se rendirent à Rome, à l'occasion du Jubilé épiscopal de Pie IX, on put remarquer une nombreuse députation accourue des provinces de la Pologne qui ne sont pas soumises à la Russie, pour unir leurs hommages et leurs vœux à ceux

254 histoire De IPie ix.

de l'univers catholique. Dans ces circonstances, le prince Ouroussofï, chargé d'affaires de Russie, manifesta, à plusieurs reprises, au secrétaire d'Etat le désir que le saint père n'exprimât aucune plainte publique contre le gouvernement impérial. Dans le but d'atteindre ce résultat, il fit entrevoir au cardinal Siméoni (*), la possibilité pour le saint siège d'obtenir par la voie diplomatique plusieurs avantages en faveur de l'Eglise catholique de Russie.

Les désirs de l'agent du gouvernement russe obtinrent satisfaction, et, conformément aux ordres reçus du saint père, un mémoire fut rédigé, contenant les principaux points relatifs aux souffrances de l'Eglise dans l'empire de Russie et dans le royaume de Pologne. Ce mémoire, adressé au prince Gortschakoff, fut remis au chargé d'affaires de Russie près le saint siège, avec une note confidentielle du cardinal Siméoni. Le but de cette note était de faire comprendre au gouvernement de Saint-Pétersbourg que « si le souverain pontife, par un dernier égard pour l'empereur, avait consenti à ne pas recourir, en ce moment, à des mesures si douloureuses, il devrait irrémissiblement le faire dans le cas où Sa Majesté n'apprécierait pas ce trait de délicatesse, et j'ajouterai ici, de longanimité de la part du chef suprême de l'Eglise (2). »

Le mémoire du cardinal était conçu dans les termes les plus modérés. Il y avait tout lieu de croire que le gou-

i. Nommé secrétaire d'Etat à la mort du cardinal Antonelli, arrivée le 6 novembre 1876.

2. Lettre circulaire de l'Éminent Secrétaire d'État à S. E. Mgr le nonce apostolique près... en date du 20 octobre 1877.

Ipte tr et les gouvernements oe l'€utope. 255

vernement répondrait à ce procédé généreux et délicat par quelque adoucissement aux rigueurs exercées contre l'Eglise, ou au moins, qu'il l'accueillerait avec courtoisie et reconnaissance. Il n'en fut rien. L'agent russe n'accusa pas même réception des pièces diplomatiques qui lui furent adressées et, deux semaines après leur remise, il les rapportait lui-même au cardinal secrétaire d'Etat. « Son gouvernement n'était pas habitué, dit-il, à subir la censure de qui que ce soit, et il ne se croyait pas autorisé à transmettre les pièces en question à la chancellerie impériale. »

Ce procédé inqualifiable n'avait pas de précédent dans l'histoire de la diplomatie. Le cardinal Siméoni le fit observer au prince russe : ce dernier fut inflexible, ajoutant qu'il prenait sur lui toute la responsabilité de sa démarche et que, du reste, « si le saint siège voulait la guerre, il l'aurait. »

— « La guerre, répondit avec raison le cardinal, l'Église ne la soulève, ni ne la commence contre personne ; mais, du moment que cette même guerre est depuis longtemps déclarée et poursuivie par le gouvernement impérial et qu'aujourd'hui on y ajoute de nouvelles menaces, le saint père, confiant dans l'assistance de Dieu, saura défendre vigoureusement et par tous les moyens en son pouvoir ses droits, ceux du saint siège et de l'Eglise. »

La réponse de Pie IX ne se fît pas attendre. Le 19 août 1877, il donnait ordre à son ministre d'Etat de rompre tous rapports officiels avec le prince Ouroussoff.

« Prince, écrivait le cardinal au diplomate russe, par

histoire De Ipie ix.

suite de l'outrage fait au saint siège par votre Excellence, outrage dont il ne se trouve pas d'autre exemple dans l'histoire des rapports du saint siège avec les gouvernements étrangers... le saint père, après mûre réflexion, a résolu de vous faire connaître par mon intermédiaire, qu'en se refusant à la simple transmission à son gouvernement des documents susdits, Votre Excellence a rendu inutile la continuation des rapports qu'elle a jusqu'ici entretenus avec la secrétairerie d'État. »

Par la même lettre, le cardinal annonçait que ni le pape ni lui ne pourraient le recevoir, s'il ne faisait avant tout une réparation convenable, et il lui donnait avis que son gouvernement serait avisé des faits et mis ainsi en mesure de se prononcer.

La chancellerie de Saint-Pétersbourg accepta la rupture de toutes relations avec le saint siège.

Telle était l'attitude des gouvernements européens vis-à-vis de l'Eglise. L'un après l'autre, ils semblaient se plaire à remplir la coupe d'amertume, ajoutant ainsi aux douleurs et aux tristesses de l'auguste et courageux prisonnier du Vatican.

Page 1