PIE IX ET L'AMÉRIQUE
Les États-Unis- — Pie IX nomme un cardinal américain. — — Des marins américains et protestants viennent rendre leurs hommages à Pie IX. — Les Américains au jubilé épiscopal de Pie IX. — L'Amérique du Sud. — Les républiques de Venezuela, Argentine. — Le Chili. — Le Brésil. — L'empereur du Brésil. — Ses excentricités à Rome. — Les francs-maçons et les confréries. — L'évêque d'Olinda, Mgr de Oliveira. — Il jette l'interdit sur les chapelles des confréries. — Son arrestation et sa prison. — Pie IX juge la situation. — Mise en liberté des évêques de Para et d'Olinda. — Ils viennent à Rome. — Garcia Moreno.
E 21 juin 1 871, une nombreuse députation des Etats-Unis d'Amérique se présentait devant le trône du saint père et lui offrait, au nom des habitants de presque tous les diocèses de cette partie du nouveau monde, des adresses de félicitations, à l'occasion du jubilé pontifical.
Pie IX, dans un admirable discours, félicita les pèlerins et leur rappela que l'Amérique « avait été l'un des objets les plus spéciaux de sa sollicitude du pape. . . Pendant les longues années de mon ministère apostolique, dit-il, rien n'a été négligé... Si nous comparons l'état actuel de l'Eglise catholique en Amérique avec ce qu'elle était, il y a un quart de siècle, la différence est si grande qu'elle tient du prodige. »
Pie IX, en tournant ses regards vers les Etats-Unis
JL
258 histoire De IPte ix.
d'Amérique, pouvait avec raison se réjouir des progrès qu'y faisait l'Eglise de Dieu. Il voyait le nombre des sièges épiscopaux et métropolitains considérablement accru sous son pontificat ; les écoles catholiques, les institutions religieuses se multipliaient, et le nombre des catholiques, depuis le commencement dece siècle, s'était augmenté de plusieurs millions. Pie IX voulut alors donner à cette grande Église du nouveau monde une preuve de sa sollicitude pastorale et, le 25 mars 1875, il créait cardinal de la sainte Eglise romaine Mgr John Mac Closkey, archevêque de New- York.
En agissant ainsi, Pie IX donnait satisfaction à un désir exprimé, depuis longtemps, par l'Amérique ellemême. On raconte, en effet, que le président Lincoln avait déjà sollicité cette faveur. Lorsque son envoyé exposa au cardinal Antonelli l'objet de sa mission, celui-ci se récria et répondit que cela ne s'était jamais fait.
« C'est une raison pour le faire, répondit le diplomate.
— Mais l'Amérique est trop loin, reprit à son tour le secrétaire d'État : les cardinaux forment le conseil du pape et, à sa mort, ils nomment son successeur. Comment des cardinaux américains pourraient-ils faire partie du conseil du pape ? Comment pourraient-ils arriver à temps pour le conclave ?
— Votre Éminence est-elle allée en Amérique ? .
— Non, certes.
— Moi, j'en viens ; j'en suis à mon septième voyage en Europe. Cette fois, j'ai mis neuf jours pour venir de New- York à Southampton, et cinq jours de Southamp-
IPie ix et Amérique. 259
ton à Rome. Le voyage lut long ; mais nous irons plus vite. Rappelez-vous, Eminence, qu'autrefois un cardinal mettait plusieurs semaines pour arriver de Séville, de Dublin, à Rome. Ne dites donc pas que l'Amérique est trop loin. »
Le cardinal ne fut qu'à moitié convaincu, il promit néanmoins de communiquer au saint père les désirs du président Lincoln.
Pie IX fut loin de partager les répugnances de son secrétaire d'Etat. « Le président Lincoln, dit-il, est un homme sage et avisé. Pourquoi n'y aurait-il pas des cardinaux américains ? Il a parfaitement raison. J'ai toujours pensé que Dieu me réservait la consolation de doter l'Amérique de princes de l'Eglise. Je voudrais voir un nègre faire partie du sacré-collège. Sachez d'ailleurs, Eminence, que je suis le premier pape, assis sur la chaire de saint Pierre, qui soit allé en Amérique, et je recevrai avec plaisir l'envoyé du président Lincoln. »
Pie IX reçut avec bienveillance le diplomate américain, le chargea de complimenter le président de la République, de lui remettre de sa part un magnifique présent, et il promit de donner satisfaction' à son désir. Les circonstances ne permirent pas au souverain pontife de réaliser aussi promptement qu'il l'eût voulu la promesse qu'il avait faite ; mais, quand il honora de la pourpre l'archevêque de New-York, le président Grant fît remercier officiellement le pape de cette distinction, qui rejaillissait sur la République elle-même.
Le nom de Pie IX, dans l'Amérique, est entouré d'à-
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mour et de respect; les catholiques de ces contrées éloignées n'hésitent pas à franchir les mers, uniquement pour venir le voir, l'entendre et recevoir ses bénédictions. Les protestants eux-mêmes s'inclinent devant la majesté de son malheur. L'année dernière (1877), le capitaine et les officiers d'une frégate américaine, la Gritrisburg, ancrée dans les eaux de Civita-Vecchia, accoururent à Rome pour voir le saint père. Le cardinal Howard les conduisit au Vatican, et le capitaine, parlant au nom de son équipage, dit au pape :
« Nous sommes protestants, mais nous voyons en Votre Sainteté la plus haute et la plus noble représentation de la justice et de l'honneur sur la terre. Nous nous inclinons respectueusement devant vous ; nous admirons vos vertus, votre constance, votre sérénité et votre courage sublime au milieu des vicissitudes qui vous atteignent sans vous faire fléchir.
« Nous sommes protestants, mais nous adorons le Christ, dont vous êtes le vicaire, et nous vous prions de nous bénir en son nom. »
Profondément ému de cette démarche et de ces paroles, dites en français, Pie IX remercia, bénit les marins protestants, les appelant figli mei cari, et demandant à Dieu de les faire tous un avec Lui et son Vicaire.
Le 24 mai et le 15 juin 1877, Pie IX recevait de nombreux fils des Etats-Unis. Quand ils défilèrent devant lui, déposant à ses pieds de l'or, des objets précieux, de riches tissus travaillés par les sauvages, des gants fabriqués par de jeunes orphelines de l'Inde,
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Pie IX, profondément touché de ces témoignages de foi, leur adressa des paroles affectueuses.
Nous ne reproduisons ici que la substance de ce beau discours, le texte officiel n'ayant point encore été publié.
« Les peuples, dit-il aux Américains du Nord, sont comme les individus. Ils ont leur jeunesse, ils font preuve de maturité, et parfois ils arrivent à la vieillesse. Pour vous, vous êtes plus près encore de la jeunesse que de la maturité, et quand on est jeune, on n'est pas toujours exempt de certains défauts. Le premier sur lequel il faut que le peuple américain s'examine, c'est l'amour immodéré des prospérités matérielles, auxquelles on sacrifie parfois les soins que réclament l'intelligence et cette âme qui n'est jointe à notre corps que pour lui donner la vie et la lui donner éternellement. Vous avez les richesses en abondance, et le travail, chez vous, les fait surgir facilement de la terre ; il faut prendre garde d'avoir pour unique souci de les acquérir.
« Le second défaut, c'est un trop grand amour de l'indépendance. Il faut savoir obéir et être soumis. Soyez donc soumis, courbez-vous sous la douce autorité de la sainte Vierge et sous celle de l'Église, pour en apprendre le respect et l'autorité. » Et, comme au mot d'indépendance un sourire avait traversé l'assistance, le pape reprit, avec un accent d'autorité que rien ne peut rendre : « Oui, ce que j'ai dit je n'en retire rien et j'y souscris des deux mains (utroque pollice). Veillez donc à ces deux choses, mes très chers fils, et que la bénédiction de Dieu soit sur vous, sur vos familles, sur votre épiscopat, sur votre patrie. »
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Il se réjouit avec les Irlandais du Canada qui, abandonnés au milieu de l'Atlantique, ont eu à leur secours les anges gardiens, pour souffler dans les voiles de leur vaisseau et les conduire au port (J). Aux pèlerins de Buenos- Ayres et du Brésil, et particulièrement à tous ceux d'origine espagnole et portugaise, il a rappelé les torts dont cette race s'était rendue coupable, mais il a reconnu le mérite et la gloire qu'elle avait eus de planter la croix en Amérique et d'y avoir répandu le christianisme.
Le nouveau monde, en effet, n'apporta pas à Pie IX que des consolations ; l'Amérique du Sud en particulier, abreuva plus d'une fois son âme d'amères douleurs. Sur cette terre féconde, sous ce ciel ardent, la francmaçonnerie s'est depuis longtemps implantée : plus perfide, peut-être, qu'en Europe, elle règne en maîtresse dans les conseils des différents chefs de ses gouvernements.
C'est d'abord la république de Venezuela qui exile l'archevêque de Caracas, et veut, de sa propre autorité, lui substituer l'évêque de Guyana, croyant que ce vieillard ambitieux n'apportera aucun obstacle à la réalisation de ses desseins. Pie IX, avec une énergie que tempère toujours sa douceur paternelle, exhorte l'évêque prêt à prévariquer à racheter sa faiblesse regrettable par une fermeté d'âme tout apostolique et
i. Le vapeur City-of-Brussels, se trouvant à 4,000 milles de Oueenstown et ayant brisé sa machine a dû continuer sa route à la voile et employer trente-neuf jours au lieu de douze à son voyage. Pendant la traversée, les officiers et l'équipage protestants ont comblé d'attentions les pèlerins. Le salon du borda été converti en chapelle et orné par les marins.
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une défense intrépide des droits de l'Église. Sa parole et sa bénédiction inspirent au trop faible prélat la vigueur céleste dont il avait besoin.
Au Chili, la paix religieuse semble menacée par une majorité impie qui s'est manifestée tout à coup dans les chambres : elle réclame la séparation de l'Église et de l'État, dans le but, en réalité, de soumettre la première au second.
Pie IX avait envoyé des missionnaires dans la république Argentine, sur l'appel du gouvernement luimême. Pourtant, les missionnaires étaient à peine arrivés que déjà la persécution s'annonçait. Furieux de ne pouvoir imposer leurs proscriptions et leur doctrine, les francs-maçons soulevèrent une émeute dans la ville de Buenos- Ayres; en un instant le collège des jésuites fut pillé, incendié et rasé jusqu'au sol. Plusieurs de ces religieux reçurent la couronne du martyre.
Un horrible incendie, ayant, dans la suite, détruit l'église des jésuites, dédiée au Sauveur, ces religieux songèrent à la faire reconstruire.
Leur architecte, se trouvant à Rome, en 1877, raconta en détail cet événement au saint père, et lui exposa l'état de pénurie dans lequel se trouvaient ces généreux confesseurs de la foi.
Pie IX se mit alors à chercher dans son appartement quelque chose : ne trouvant pas ce qu'il désirait, il alla jusqu'à son oratoire, d'où il tira le calice à son propre usage. Il le remit à l'architecte.
— « Prenez, mon fils, lui dit-il, mettez-le en loterie, parmi les personnes pieuses et charitables de Buenos-
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Ayres, et puisse-t-il vous produire quelque chose pour le temple !
— Saint Père, répondit l'architecte, en remerciant Pie IX du riche présent, cet objet est magnifique, mais notre détresse est si grande. »
Pie IX chercha encore quelque chose, et, portant la main dans sa poche, il tira sa tabatière.
« Ajoutez aussi cela, s'écria-t-il. »
De son côté, le gouvernement de la république d'Haïti, jaloux de se mettre à la hauteur des gouvernements de l'Europe, vient de rompre (1875) le concordat conclu, en 1860, avec le saint siège, il s'attribue le droit de fixer les circonscriptions territoriales des paroisses et des évêchés et de nommer les administrateurs de l'Église à Haïti, lesquels, à l'avenir, devront être haïtiens.
Nous devons retracer ici avec quelques détails la guerre faite au Brésil à l'Eglise du Christ, et comment le chef de cet empire, don Pedro d'Alcantara, se fit persécuteur. Esprit bizarre, caractère absolu, il ne peut supporter la résistance de quelque côté qu'elle lui vienne et quel que soit le motif qui l'inspire. Sa joie est de faire plier les volontés, ou plutôt, de les courber sous son caprice.
Dans ses derniers voyages à Rome, il s'est signalé par des excentricités de mauvais goût. En 1872, il se présente un jour au Vatican, vers sept heures du matin. Pie IX disait la messe. Quand il fut rentré dans ses appartements, on lui annonça la visite de l'empereur du Brésil. Le saint père ordonna aussitôt de l'introduire.
Pie ix et raméttque.
« Majesté, dit le pape en le voyant entrer, que désirezvous ?
— Sainteté, je vous en prie, ne m'appelez pas Majesté. Je suis ici le comte d'Alcantara.
— Eh bien! mon cher comte, reprit Pie IX, que désirez-vous ?
— Je suis venu demander à Votre Sainteté l'autorisation de lui présenter Sa Majesté le roi d'Italie. »
A ces mots, Pie IX se leva et adressa de sévères reproches à don Pedro qui insultait, d'une manière si inconsidérée, à ses malheurs et à sa dignité :
« Il est étrange que vous me teniez ce langage, dit-il. Que le roi de Piémont abjure ses méfaits, qu'il me restitue mes Etats et alors je consentirai à le voir; mais pas avant. »
En 1877, l'empereur revint à Rome: cette fois, il n'osa pas proposer au saint père de recevoir l'usurpateur de son royaume, mais il tenta un autre rapprochement. Il fit inviter, à l'insu des uns et des autres, les membres du corps diplomatique près le saint père et près le roi d'Italie, les ministres italiens, les grands fonctionnaires de la cour du Quirinal, les anciens serviteurs de FrançoisII, du grand duc de Toscane et plusieurs personnages dévoués au saint père. Lorsque ces hommes se virent réunis dans son salon, leur indignation fut grande, et plusieurs, dit-on, ne dissimulèrent pas leur sentiment.
Pie IX, ayant appris cette déloyale et ridicule façon d'agir, fut indigné et il. défendit au cardinal Simeoni, son secrétaire d'Etat, de rendre à don Pedro la visite qu'il en avait reçue ; mais il voulut en même temps
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que l'empereur n'ignorât point que le cardinal s'était abstenu par ordre de Sa Sainteté.
L'empereur du Brésil avait accepté d'être témoin au baptême de l'enfant du prince royal de Prusse. Puis, comme s'il eût été pris de remords, il s'adressa à Sa Sainteté pour la prier de l'absoudre des censures qu'il avait encourues, en prenant ainsi part à un acte religieux défendu par l'Eglise. Pie IX se montra satisfait de cet acte de soumission aux lois ecclésiastiques, mais il ajouta :
« L'empereur eût été mieux avisé d'y penser avant; mais mieux vaut tard que jamais. »
Tel était le chef de cet empire : il ne semblait guère fait pour comprendre et protéger l'Eglise. Loin donc d'arrêter les francs-maçons dans leurs tentatives de persécution, il les favorisa. Jusqu'en 1872, la francmaçonnerie au Brésil était restée une chose secrète et inoffensive. Elle ne semblait pas du moins se montrer hostile à la foi catholique; elle avait même réussi, sous le manteau de la religion, à s'introduire dans le clergé, dans les séminaires, dans les couvents, dans les chapitres et dans les confréries religieuses. Son Grand- Maître étant parvenu à la tête du gouvernement national, elle se sentit alors assez puissante pour la lutte, elle leva le masque et jeta à l'Église un orgueilleux défi. Les loges maçonniques de Rio-de-Janeiro célébrèrent, le 3 mars 1872, une grande fête en l'honneur de leur chef devenu président du ministère. Un prêtre prit part à cette solennité, prononça un discours en style maçonnique, le fit imprimer avec sa signature et sa
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qualité de prêtre. L'évêque de Rio-de-Janeiro ne put laisser ce scandale sans essayer au moins de le réprimer: ses paternelles exhortations ayant été inutiles, il se vit obligé de suspendre le prêtre infidèle de l'exercice des ordres sacrés. Les francs-maçons se crurent offensés : ce fut le signal de la guerre qui suivit. Toute la presse fut unanime à attaquer les dogmes catholiques,à calomnier le clergé et à jeter aux évêques les défis les plus injurieux et les plus provocateurs. A Rio-de-Janeiro, malgré l'interdit de l'évêque, la secte fit célébrer une messe à l'église du Bon- Jésus et les francs-maçons y assistèrent revêtus de leurs insignes. Le prêtre officiant ne fut pas inquiété par son évêque ; la franc-maçonnerie, profitant de cette tolérance, chanta bien haut ce qu'elle appelait son triomphe, elle continua ses menées et, l'un des grands-maîtres s'étant fait élire président de la confrérie de la paroisse où se trouve l'évêché, défia solennellement l'évêque de l'en faire sortir.
A Pernambuco, diocèse d'Olinda, et à Para les choses devinrent plus graves. Le nouvel évêque d'Olinda, âgé de vingt-sept ans à peine, quittait son couvent des capucins, pour se rendre à Saint- Paul recevoir la consécration épiscopale, lorsque cette question commençait.
Les francs-maçons espérèrent peut-être intimider le jeune prélat ; il avait à peine pris possession de son siège que les provocations partaient de tous côtés, et des journaux et des loges. Mgr d'Olinda se contenta d'adresser une lettre confidentielle à son clergé pour lui défendre de paraître dans aucune cérémonie annoncée par la franc-maçonnerie. La rage des sectaires n'eut
plus de bornes: leurs journaux retentirent d'horribles blasphèmes, et leur organe officiel déclara qu'il y avait des francs-maçons dans le clergé, dans le chapitre et dans les confréries de Pernambuco. Ils publièrent plus tard les noms de tous les affiliés, afin, dirent-ils que l'évêque les connût et fît son devoir. Mgr d'Oliveira garda le silence, fit faire des prières publiques, en réparation des blasphèmes répandus chaque jour dans la presse, et il attendit l'heure d'agir. A Para, à Cearà et dans plusieurs autres endroits, la secte fit les mêmes provocations, se livra aux mêmes insultes et aux mêmes outrages contre la religion et le clergé. Elle posait audacieusement ce dilemme aux évêques: ou faites votre devoir et préparez-vous alors à la lutte avec toutes ses difficultés et ses souffrances; ou soumettez-vous
à la volonté des francs-macons et laissez-les maîtres dans la maison du Dieu vivant. Les évêques n'hésitèrent pas ; ils firent leur devoir et ils affrontèrent courageusement la persécution.
Le vaillant évêque d'Olinda fit preuve d'une prudence et d'une fermeté qui rendront son nom à tout jamais illustre dans les fastes de l'Eglise du Brésil. Il essaya d'abord, par la persuasion, de détacher de la franc-maçonnerie les membres du clergé et des confréries qui en faisaient partie, et il eut la consolation de voir tous ses prêtres, à l'exception de deux, abjurer publiquement. Quant aux laïques, plusieurs firent leur abjuration entre ses mains et leur nombre augmenta, surtout quand le pontife devenu confesseur de la foi, fut enfermé dans la prison de Rio- de- Janeiro,
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Pie IX, par sa lettre Quanquam dolores du 29 mai 1873, loua l'évêque d'Olinda et l'exhorta à continuer. Mais les chefs des confréries répondirent aux charitables avances de l'évêque par de grossières injures et, après trois admonitions officielles restées inutiles, il se vit contraint de les suspendre, de leur défendre de paraître aux offices divins comme associations religieuses, de recevoir de nouveaux membres, et enfin il jeta l'interdit sur les chapelles exclusivement dirigées par les confréries dont les francs-maçons faisaient partie.
Ainsi frappées, les confréries en appelèrent au gouvernement de la sentence de l'évêque. Deux mois après cet appel, le 12 juin 1873, le ministre donnait, au nom de l'empereur, ordre à l'évêque de faire lever, dans l'espace d'un mois, la suspense des confréries et l'interdit des chapelles. Le 6 juillet, Mgr d'Olinda répondit avec dignité aux sommations du ministre : « Dès que, pour obéir aux ordres de Sa Majesté impériale, disaitil, il me sera nécessaire de faire le sacrifice de ma conscience d'évêque catholique et de désobéir à l'auguste vicaire de Jésus-Christ, je n'hésiterai pas un seul instant à répondre comme le saint et grand évêque de Milan : si Sa Majesté l'empereur me demande mes biens, ma vie même, je mets tout à sa disposition ; mais quant au sacré dépôt qui m'a été confié, et qui appartient à Dieu et à son Eglise, je ne le puis pas céder, je ne le céderai jamais. »
Comme s'il en avait eu le droit, le gouvernement fit lire devant les confréries et dans les chapelles interdites par l'évêque un décret par lequel Sa Majesté levait
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l'interdit lancé contre elles. Il chercha à soulever le clergé contre l'évêque, il fit des procès aux curés, et pendant qu'il supprimait le traitement des prêtres fidèles, il subventionnait les prêtres interdits. Enfin les évêques d'Olinda et de Para furent déférés aux tribunaux et jetés en prison.
Mgr d'Olinda voulut qu'il fût bien constaté qu'il ne cédait qu'à la violence. Quand ils vinrent pour l'arrêter, le 2 janvier 1874, les officiers du gouvernement le trouvèrent dans la chapelle de son palais, revêtu de ses ornements pontificaux et entouré de ses prêtres. D'un geste plein d'autorité il les arrêta sur le seuil de la maison du Seigneur et, avec calme, la mitre en tête et le bâton pastoral à la main, il leur adressa ces paroles de Jésus-Christ aux juifs, accourus au jardin des Oliviers pour s'emparer de sa personne: « Quem quœritis? Qui cherchez-vous? »
A cette parole, ces hommes se troublent, ils hésitent un instant, puis d'une voix tremblante ils lisent à l'évêque l'ordre de son arrestation, émané du tribunal suprême. En présence de son clergé, le prélat protesta, ordonna à son chancelier de prendre acte de sa protestation et de constater qu'il ne cédait qu'à la force. Au tribunal, l'évêque garda la même dignité; il se présenta devant les juges revêtu du rochet, de la mozette et de la croix épiscopale et il garda le plus profond silence, en présence de l'interrogatoire qu'on voulut lui faire subir: des tribunes réservées au public on applaudissait à la noble attitude de l'évêque, et quand il sortit, il fut couvert de fleurs.
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Condamné à quatre ans de travaux forcés, l'évêque d'Olinda refusa de se dépouiller lui-même de ses habits ecclésiastiques; aucun des gardiens ne consentit à lui enlever sa soutane, à lui couper la barbe et les cheveux: nul n'osa porter les mains sur l'oint du Seigneur. Le gouvernement, vaincu par cette constance héroïque, commua la peine prononcée par le tribunal en une simple détention et, après deux ans de captivité, cédant enfin à la pression de l'opinion publique, l'empereur gracia les deux évêques et leur rendit la liberté (I).
Ces deux confesseurs de la foi, avaient fait leur théologie en France: Mgr Maceda, évêque de Para, étudia au Séminaire de Saint-Sulpice, et Mgr d'Oliveira fit son noviciat et ses études chez les capucins de Toulouse.
D'un autre côté, le gouvernement hypocrite du Brésil envoyait à Rome M. le baron de Pénédo, dans le but de tromper la cour pontificale sur la véritable situation des choses et de faire désapprouver par le saint siège la conduite des évêques de Para et d'Olinda.
Pie IX n'accorda aucun crédit aux insinuations malveillantes et aux plaintes de l'ambassadeur et, le 24 juillet 1873, il s'exprimait ainsi sur les agissements de cet empereur, catholique de nom, et de fait persécuteur.
« Une forte lutte vient de se déclarer ces derniers jours, entre quelques évêques et un gouvernement catholique d'Amérique. Les francs-maçons sont parvenus jusque-là, ils pénètrent partout: non contents de
1. Mgr de Para fut condamné aux mêmes peines que l'évêque d'Olinda et l'on suivit pour lui absolument la même procédure que pour son collègue.
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siéger parmi les conseillers du souverain, ils cherchent encore à se faufiler jusque dans les associations pieuses, pour tâcher d'en faire partie. Ils veulent s'introduire dans les confréries, sous le prétexte que les francsmaçons de cette partie de l'Amérique ne sont pas condamnés : ils ne sont pas, disent-ils, comme ceux de l'Europe, hostiles à la religion, mais ils forment plutôt une société qui s'occupe d'œuvres de charité. Ce qu'ils disent là est faux : ils sont tout aussi bien excommuniés et anathématisés que les autres.
« En attendant, ils ont avancé jusqu'au point qu'ils avaient déterminé, et maintenant que les évêques disent avec saint Jean-Baptiste: Non licet, ils crient, ils menacent, ils soulèvent le peuple et compromettent l'Église et le trône. »
Au mois de juillet 1875, un nouveau ministère arrivait au pouvoir et, le 1 7 septembre, il mettait en liberté les évêques et les administrateurs des diocèses de Para et d'Olinda, sans aucune condition. Pie IX consentit alors à user d'indulgence et à lever les interdits lancés par les évêques. Les difficultés néanmoins n'étaient pas encore aplanies. Les francs-maçons disaient hautement que la faveur accordée par le saint siège l'avait été sans condition aucune, et qu'elle était par conséquent une condamnation de la conduite des évêques et un triomphe pour la maçonnerie. Les catholiques* avec raison, soutinrent que le saint siège n'avait pu lever les interdits qu'aux conditions voulues par le droit, et que cette faveur emportait avec elle, pour avoir son effet, l'expulsion des francs-maçons des confréries religieuses. Pie IX
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le déclara formellement dans l'encyclique qu'il adressa aux évêques du Brésil, le 20 avril 1876, dans laquelle il rappelait les termes mêmes de la lettre écrite en ce sens à l'empereur du Brésil, le 9 février 1875. Le saint père, dans cette même encyclique, déclara que cette grave et importante question se traiterait directement avec le gouvernement impérial, par l'intermédiaire de son secrétaire d'Etat.
Les deux évêques confesseurs sont venus successivement à Rome : Pie IX lésa comblés des marques de son affectueuse estime ; il a su trouver pour eux des paroles dignes de leur courage et leur témoigner de ces attentions paternelles, bien faites pour adoucir les plus dures souffrances.
Garcia Moreno gouvernait la république de l'Equateur. Ce chef d'Etat, par ses sentiments religieux et son obéissance aux lois de l'Eglise, semblait vraiment attardé au milieu de notre époque sceptique et révolutionnaire : il était digne de vivre aux temps des Charlemagne et des saint Louis.
Pendant les six années qu'il gouverna sa patrie, il lui donna la paix, la grandeur et la prospérité matérielle ; mais ces bienfaits n'étaient pas suffisants aux ennemis de l'Eglise pour lui pardonner ses sentiments si nobles et si catholiques. Au moment où, le 6 août 1875, il se rendait au Congrès pour y lire son message, il tomba assassiné par des sicaires étrangers qui n'avaient contre lui aucun grief personnel. En mourant, il prononça ces belles paroles : « Je meurs, mais Dieu ne meurt pas. »
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Le pape pleura Garcia Moreno : dans plusieurs de ses allocutions et de ses discours, il en fît un éloge public. Il ordonna de célébrer un service solennel pour le repos de son âme, et une souscription étant ouverte pour honorer la mémoire « de ce respectable président tombé sous le fer des assassins, victime de sa foi et de sa charité chrétienne envers sa patrie (l) », il envoya une offrande de deux mille francs et décréta que son buste serait placé dans la salle de la bibliothèque vaticane.
i. Discours de Pie IX, du 8 septembre 1875, aux pèlerins du diocèse de Laval.
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