C'était en
« Eh bien! répond le pape, c'est un désagrément, j'en conviens, mais qui ne peutnuiresérieusementàl'exercice des fonctions épiscopales. Savez-vous ce qu'il en peut résulter ? C'est qu'on ne pourra écrire sur votre tombe: Evêque d'heureuse mémoire, et c'est tout. »
Le bon moine ne put rien répliquer; mais son chagrin était profond et, Pie IX s'en apercevant, lui dit avec bonté: « Moi, aussi, j'ai craint un jour de perdre la mémoire et voici le moyen dont j'ai usé pour la conserver: tous les jours j'ai récité un de profundis pour les âmes du purgatoire, dans le but de conserver cette précieuse faculté. Faites de même et Dieu vous exaucera. »
Après sa promenade au jardin, Pie IX se retirait souvent dans la bibliothèque, il s'asseyait et les cardinaux et sa cour faisaient couronne autour de lui. La conversation devenait souvent générale et le pape y prenait toujours part. Au mois de juillet 1872, on parlait devant lui des folles élucubrations des journaux qui devisaient déjà sur le futur conclave. Pie IX, au milieu de l'entretien jeta, en riant, ces quelques mots caractéristiques : « Mon frère Gaétan va entrer dans sa quatre-vingtdixième année et, grâce à Dieu, il se porte bien. >>
Quelques mois après cet entretien, le comte de Tauffkirchen, ministre de Bavière, étant reçu en audience, complimentait le pape sur sa bonne santé, en lui disant: « Votre Sainteté a l'air de rajeunir.
— L'air, seulement? Vous vous trompez, M. le comte. Je rajeunis véritablement. Ne savez-vous pas qu'on vient de m'inscrire dans la Société de la jeunesse catholique d' } Italie/ »
Oie intime ne Pie ix. 315
Pie IX riait volontiers et franchement des calculs que les ennemis de l'Église faisaient sur sa mort. Ce qui ne l'empêchait pas de plaisanter sur les souhaits d'une longévité merveilleuse qu'on lui adressait quelquefois. Un jour, une petite fille du pensionnat Santo Spirito, dans un compliment rimé, lui souhaita d'atteindre les années de Mathusalem. Le saint père, se tournant vers son entourage, lui dit en souriant : « J'espère bien que non ! »
Pie IX avait souvent des mots où la plaisanterie s'unissait à la bonne grâce. Mgr Vannutelli, était, à la mort d'Antonelli,/;^ substitut de la secrétairerie d'Etat. Le saint père, voulant récompenser son mérite, lui annonça en ces termes l'élévation qu'il avait résolu de lui donner: « Je vous enlève le pro, afin qu'il n'y ait pas de qui pro quo possible entre nous. »
-« Quant à vous, mon cher général, ajouta-t-il, en se tournant vers le général Kanzler qui était présent, je n'ose vous enlever votrepro (r); vous resterez fidèlement près de moi pour l'archange saint Michel, qui est le grand ministre des armes de l'Eglise. Soyez donc fier de votre pro. »
A l'occasion du jubilé pontifical de Pie IX, un évêque d'Irlande, offrit au saint père un présent d'une pauvre femme de l'île qui l'émut profondément : c'était un joli petit panier garni de fleurs et contenant quatre œufs. En prenant ce petit panier dans ses mains, Pie IX dit : « Je les accepte d'autant plus volontiers que c'est aujourd'hui vendredi mous en ferons une belle omelette. »