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I. Mgr Pie : Entretiens avec le clergé, etc., août

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pouvait rien, elle n'était qu'un simple morceau de bois. Quand ce morceau de bois était à terre, il était inerte ; mais quand il était entre les mains de Moïse, par la vertu de Dieu, il pouvait même opérer des prodiges. De moi-même, je ne puis rien; mais, comme vicaire de Jésus-Christ, entre les mains de Dieu, je puis tout, même faire des miracles. »

Quelqu'un lui faisant remarquer combien le mouvement des pèlerinages relevait et exaltait le pape au regard du monde, Pie IX répondit en souriant: i La papauté est relevée et exaltée, oui, mais voyez, le pauvre pape ne peut plus même se tenir debout. »

Discourant sur la nécessité de l'humilité, il a dit aussi qu'il fallait se défier des louanges et des applaudissements des hommes. Lui-même a entendu souvent les bruits de la foule, mais il en sait l'inanité.

« Je suis le dernier de tous, le serviteur des serviteurs, mais Dieu m'a appelé et m'a placé où je suis ; et parce qu'il m'a appelé, il ne m'a pas refusé les grâces dont il est généreux envers tous les états de la vie... Bien que le dernier de tous, bien qu'indigne, cependant, je suis le vicaire de Jésus-Christ et, comme tel, je parle et je dois parler.

« Soyons humbles. C'est dans l'humilité que nous devons chercher la gloire de Jésus-Christ, la gloire de l'Eglise et le salut des peuples, ainsi que le nôtre. »

Cette humilité de Pie IX se manifestait dans toutes ses actions. Quel souverain eut le commandement plus facile et plus doux? Quel prince se montra plus accessible aux grands et aux petits ? ses préférences sem-

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blaient même se diriger vers les pauvres et les humbles. Il pouvait, en vérité, redire à ceux qui l'entouraient, ces paroles de Notre-Seigneur : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. ;> C'est avec raison que son panégyriste a célébré la grâce de l'affabilité que la dignité de son visage et l'expression suave de ses yeux augmentaient encore, et cette force qu'il avait sur les autres et sur lui, comme le roi d'un empire que l'iniquité des hommes ne pouvait lui enlever.

Dans tout le cours de cette histoire, le lecteur a eu constamment sous les yeux le spectacle de cette fermeté et de cette douceur qui font comme le merveilleux composé du caractère de Pie IX. On peut lui appliquer ce que les historiens ont dit de saint François de Sales. '-'< Son visage était toujours souriant et ses paroles douces comme le miel, » dit la sœur Marie Pichet dans le procès de canonisation du saint évêque de Genève. « Il était plein de grâces et d'affabilité avec toute sorte de personnes, raconte sainte Jeanne de Chantai, et il faisait quelquefois de petits contes de récréation: Jamais il ne faisait les choses brusquement..., il aimait tendrement les pauvres ; ; il était & doux et facile envers les petits enfants, » et cependant « c'était l'âme la plus hardie > montrant « un courage invincible, » rapporte le P. de La Rivière. Ce portrait de saint François de Sales, tracé par ses historiens, n'est-il pas également celui de Pie IX ?

Il avait, du reste, pour le saint évêque de Genève une dévotion toute particulière: chaque jour, il lisait une maxime tirée de ses écrits. Le 19 juillet 1877,

il le proclamait docteur de l'Eglise et, le 21 novembre suivant, il le donnait comme protecteur à la presse catholique.

La charité était la source qui alimentait cette grande âme. Il aimait Dieu plus que lui-même. «Je suis prêta tout, disait-il : si les ennemis de l'Eglise veulent faire de moi un martyr, je suis prêt. Mais ils n'auront qu'une victime de plus, et non pas un pape de moins (I). »

Reproduisant dans ses mœurs la pureté de saint Jean, l'apôtre virginal, son patron, il a passé sa vie, avant son élévation, comme depuis, à donner Dieu aux âmes et les âmes à Dieu.

Sa piété paraissait d'une manière éclatante dans la ferveur de ses longues prières, dans l'ardente dévotion avec laquelle il remplissait les saintes fonctions, dans les gémissements et les larmes qui ne venaient point d'une douleur particulière, mais que les outrages faits à la divinité tiraient fréquemment de sa bouche et de ses yeux (2).

Pie IX avait reçu du ciel le don des larmes. Bien souvent, pendant ses oraisons, quand il célébrait la sainte messe, il versait d'abondantes et précieuses larmes.

Sa vie entière fut d'ailleurs une prière continue ; la pensée de Dieu ne le quittait jamais ; et plusieurs fois dans la journée il se retirait pour prier dans sa chapelle. Nul ne connut comme lui la puissance de l'oraison. Il ne fit aucune action, ne rendit aucune décision dans les affaires, soit de l'Eglise, soit de l'Etat, sans implorer

1. Paroles adressées à Mgr Mermillod. — 2. O raison fitnèbrc^ etc.

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avant les lumières et les secours de l'Esprit-Saint. Il n'attendait rien des hommes ; son espérance était en Dieu et en Dieu seul.

« Dans ce temps de tribulations où nous nous trouvons livrés au pouvoir de nos ennemis, disait-il aux dames romaines (*), vous pouvez me dire : Nous aussi, nous avons travaillé, nos prières sont montées vers le ciel, on a répandu tant de larmes, et jusqu'à présent tout cela a été inutile

« Le fait est que tota nocte laborantes nihil cœpimus. Les Romains ont vraiment prié, et ils ont prouvé leur fidélité et leur piété pendant l'obscurité de la nuit actuelle ; malgré cela, ils n'ont encore rien obtenu. Mais dites-moi, n'est-ce pas un triomphe que ces témoignages d'affection qu'on ne cesse de donner au saint siège ? N'est-ce pas un triomphe que cet esprit de prière qui se manifeste à Rome et partout? Il n'y a pas de plage si déserte, pas de rivage si lointain, d'où l'on n'élève des vœux pour notre délivrance; vos communions, vos prières ont été comme autant de suppliques que vous avez déposées aux pieds des autels et qui n'ont pas manqué d'atteindre leur but. »

La prière de Pie IX était aussi un grand sujet d'édification pour ceux qui le voyaient prier. Il disait la messe chaque matin à sept heures et demie. Il arrivait dans sa chapelle quelques instants avant l'heure fixée pour réciter les prières de la préparation. Il prononçait lentement et distinctement les paroles liturgiques : on

lT Le 12 avril 1874.

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pouvait facilement le suivre et, aux inflexions de sa voix, on devinait les émotions de son âme.

Il nous souvient particulièrement d'une circonstance dans laquelle nous assistâmes à la messe du saint père : c'était le 6 juillet 1876, jour où l'Église célébrait l'octave de la fête du prince des apôtres. La liturgie de la messe et, l'évangile en particulier, se prêtaient aux plus heureux, comme aux plus saisissants rapprochements. Pierre, avec les disciples, était monté sur sa barque, vers le soir, et ils avaient gagné le large, car le vent était contraire. Vers la quatrième heure de la nuit, Jésus vint vers eux, en marchant sur les flots. A sa vue, les disciples furent troublés, ils crurent voir un fantôme. La crainte leur fit pousser des cris ; mais Jésus les entendant leur dit : « Ayez confiance ! c'est moi.» Pierre n'écoutant plus alors que sa foi dans le maître, s'écria : « Maître, si c'est vous, ordonnez-moi d'aller vers vous, à travers ies flots !» Et Jésus répondit : « Viens ! :> Et Pierre descendit de la barque et se mit à marcher sur les flots au-devant de son maître. Mais bientôt il eut peur et, se sentant près d'être submergé, il s'écria : « Domine, salvum me fac ! '» Jésus lui tendit la main, lui disant : <{ Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ?» Et quand Jésus fut monté dans la barque, le vent cessa. Ceux qui se trouvaient dans la barque l'entourèrent et l'adorèrent disant : « Vous êtes vraiment le fils de Dieu ! »

Quel moment et quelle heure pour entendre, dans l'oratoire du pape, la lecture de cette scène émouvante, faite par le successeur même de Pierre !

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On sentait, à l'accent de Pie IX, combien sa confiance était grande et sa foi entière ; sa voix attendrie en prononçant ces dernières paroles : Vere filius Dei es, en disait plus que tous les discours. On devinait les sentiments qui dominaient son âme et la maintenaient tranquille dans des sphères célestes, pendant qu'au bas la tempête grondait. Il était vraiment beau ce vieillard, pauvre, désarmé, courbé sous le poids des années et des douleurs, et cependant toujours debout, effrayant ses ennemis par sa sérénité,les terrassant par sa parole et en triomphant par son patient amour.

Au mémento des vivants, Pie IX s'arrêta longtemps. Sa pensée faisant le tour du monde catholique, dont il a la sollicitude, y découvrait bien des faiblesses, bien des besoins pour lesquels il demandait la force et la grâce divines, bien des crimes et des ingratitudes pour lesquels il implorait le pardon.

Le moment de la communion venu, nous ne saurions exprimer avec quel accent de foi, d'amour et d'humilité, en se frappant la poitrine, il redit le Domine, non sum dignus. Nous en fûmes ému jusqu'aux larmes.

Après sa messe, Pie IX se rendit à son prie-Dieu pour entendre la messe dite par un de ses chapelains : l'auguste vieillard ne pouvait plus rester à genoux ; assis sur son fauteuil, il médita ou fît de pieuses lectures, et quand la messe fut terminée, il bénit les assistants et rentra dans ses appartements.

Sa dévotion envers la divine eucharistie était ardente : il favorisait et approuvait toutes les œuvres ayant pour but de l'honorer et de la faire aimer. Lorsque le

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vénérable et bon père Eymard voulut fonder sa société des prêtres du saint sacrement, il trouva auprès du pape de puissants encouragements. « L'Eglise a besoin de ce secours, disait-il, qu'on se hâte de l'établir. » En 1859, il signait le bref d'éloges et, le 8 mai 1863, le décret d'approbation.

« Ah ! le saint sacrement, ajoutait-il, c'est le grand confort de l'Eglise en ces temps si malheureux ! »

Personne n'ignore ce que lui doit la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus : La béatification de la vierge Marguerite- Marie, ses indulgences accordées aux pèlerins de Paray-le-Monial, ses lettres à l'archevêque de Paris et aux députés de la France ont donné à cette dévotion un accroissement considérable, même dans ce cher pays de France où elle est née.

Le 21 juillet 1875, Pie IX recevait une députation de la pieuse association des gardes d'honneur du Sacré- Cœur de Jésus, établie dans le but de se partager la journée pour consacrer à Notre-Seigneur une heure d'amende honorable. Le pape consentit à accepter le titre de premier « garde d'honneur, comme une de ses plus douces gloires, » puis il dit :

« Nous n'avons ni fusils, ni canons à la manière des armées de ce monde ; mais nous avons l'arme de la prière, et avec elle l'assistance de Celui qui a dit: Je suis avec vous, tous les jours, jusqu'à la consommation des siècles.

« Voyez ce qui vient de se passer dans une localité des Etats de l' Eglise, à Frascati. Tandis qu'on y célébrait la fête du Sacré-Cœur, un malheureux jeune homme

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s'est permis de troubler la cérémonie par les actes les plus inconvenants.

« Huit jours après, un orage épouvantable a éclaté sur ce même village, et la foudre est venue frapper de mort ce jeune impie, qui se trouvait dans une maison d'iniquité. »

Lorsque Pie IX annonçait le triomphe de l'Église, il affirmait une espérance ferme ; mais jamais il n'a parlé en homme connaissant le jour et l'heure de la délivrance, comme certains journaux et quelques écrivains se sont plu à le dire. Il n'avait pas la prétention d'être prophète et il ne se laissait guider par les inspirations ou les prophéties de personne, dans les résolutions à prendre ou la conduite à tenir. Il ne se donnait pas pour un voyant : quant aux prédictions qui lui arrivaient de part et d'autre, s'il ne les repoussait pas toutes d'une façon absolue, il les accueillait avec une grande réserve et sous bénéfice d'inventaire.

« Depuis que je suis pape, dit-il un jour à ses familiers, beaucoup de béates ont prétendu m'avoir vu surnaturellement dans telle ou telle situation. Je n'y crois guère. Il y en a une cependant dont le récit m'a fait impression. C'était une fort sainte âme ; elle prétendait qu'un jour, étant en oraison, elle m'avait vu dans la main de Dieu comme un petit enfant. Je ne sais si c'est vrai : en tout cas, c'est ce que je voudrais être. »

Il acceptait tout, en effet, de cette main divine: les joies et les épreuves, les consolations et les tristesses et il la bénissait dans les unes comme dans les autres.

Les chagrins ne lui ont pas manqué et il les a supportés avec une grande égalité d'âme. Il savait maîtriser toutes ses douleurs.

En 1863, au mois d'Avril, lorsqu'il visita les provinces de Velletri et de Frosinonejl reçut à Ferentino les élèves du séminaire qui, en présence de toute la cour et d'un nombreux entourage de personnes, lui offrirent une corbeille remplie des médailles d'argent qu'ils avaient gagnées en prix, depuis plusieurs années. Pie IX les regarda avec un air de tendresse profonde : la vue de leurs frais visages, de leur costume ecclésiastique et de leur pieux recueillement amena dans son esprit un retour de tristesse. En les voyant devant lui, eux pauvres enfants, pauvres lévites, si jeunes, si purs, il a dit qu'il ne pouvait s'empêcher de songer à l'avenir qui leur était préparé par les méchants... qu'il ne pouvait, à cette pensée, maîtriser ni son émotion, ni ses larmes. Puis il s'est arrêté pour pleurer. Tous les assistants, voyant les sanglots soulever sa poitrine, et de grosses larmes couler de ses yeux, ont été irrésistiblement entraînés par un même mouvement de sensibilité... Cette scène a duré quelques minutes ; puis le pape, faisant un effort sur lui-même, a paru prier... Un doux sourire a éclairé son regard : « Questa parente si non cera, a-t-il dit, ma Iddio l'ha voluto : Cette parenthèse n'était pas le discours, mais Dieu l'a voulu. Puis il continua son petit discours et remercia ces jeunes gens.

Aux douleurs dont les maux de l'Église remplissaient son âme, vinrent souvent s'ajouter de grandes

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souffrances physiques : elles ne furent jamais capables d'altérer sa patience ni de troubler la paix de son âme. Après une très douloureuse opération, son médecin, étonné du courage qu'il avait montré, lui demanda s'il n'avait pas souffert. « Oh ! reprit-il en riant, vous m'avez fait voir plus d'étoiles que le père Secchi. »

Dans les derniers temps de sa vie, ses médecins le suppliaient d'éviter les grandes émotions des audiences et lui en représentaient les dangers pour sa santé : « Croyez-vous, dit-il, que je regretterais de mourir au milieu de mes enfants, en leur parlant, en les bénissant ? »

Nulle épreuve ne lui fut épargnée. Nous ne parlons pas seulement des infirmités qui affligèrent sa vieillesse ; mais la disparition de ses familiers, de ses conseillers les plus intimes, de plusieurs membres de sa famille vint attrister ses dernières années. Mgr de Mérode, celui qui approcha le plus près de son cœur et dont les vertus et le dévouement sans réserve méritaient une telle prédilection, le devança dans la tombe. En 1876, le ministre, qui pendant vingt-huit ans avait été son conseiller le plus intime et l'exécuteur de ses volontés, succombait les armes à la main. Le cardinal Antonelli aura nécessairement sa part, devant la postérité, des gloires incomparables de ce long et immortel pontificat : la politique, la haine et la révolution ont amoncelé autour de sa tombe de nombreuses calomnies, suscité bien des doutes qui ne permettent pas de le juger aujourd'hui avec impartialité. Pie IX le regretta sans doute ; mais il ne le pleura point comme il pleura,

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quelques semaines plus tard, le bon et vertueux cardinal Patrizi, père des pauvres, administrateur spirituel du diocèse de Rome, pendant toute la durée du pontificat de Pie IX.

En 1869, son frère aîné, le comte Gabriel Mastaï, vieillard nonagénaire, fit une chute très grave à son âge. Pie IX ayant appris son état se rendit à la Scala sauta et gravit avec peine les degrés de ce saint escalier, pour obtenir le rétablissement de la santé de son frère.

Quand il apprit sa mort, il resta plusieurs heures enfermé dans ses appartements, puis il descendit à Saint-Pierre pour prier.

Dans les premiers jours de janvier 1877, le comte Louis Mastaï, fils de ce frère aîné, mourait à l'âge de 63 ans à San Benedetto del Tronto. La résignation de Pie IX en présence de ces deuils fut admirable.

Autant Pie IX était ferme quand il s'agissait des principes de la vérité, autant il était indulgent et bon vis-à-vis des personnes.

Il n'avait qu'un désir, en effet, celui de pardonner et de réconcilier avec Dieu ceux qui persécutaient l'Eglise. Sa manière d'agir le prouva plus d'une fois. On a pu dire avec raison : « Pie IX aurait pu n'être qu'un grand pape, ses ennemis en feront un grand saint. »

Le président des Etats confédérés d'Amérique, Jefferson Davis, fait prisonnier après la guerre civile de 1866, gémissait, abandonné de tous, victime de la calomnie et des mauvais traitements de ses ennemis. Au milieu de ses cruelles angoisses, « une voix amie, ra-

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conta-t-il lui-même, vint me réjouir et me consoler dans ma cellule solitaire. Le saint père m'envoya son portrait, sous lequel il avait écrit, de sa propre main, la douce invitation que Notre-Seigneur fait à tous ceux qui sont oppressés par la souffrance : Venez à moi vous tous qui souffrez et je vous soulagerai. » Touchante invitation, en effet, qui s'adressait non seulement au prince humilié et vaincu, mais encore au protestant.

Jefferson Davis en fut ému et lui-même, après la mort du pape, a fait connaître ce trait de délicate charité.

Pie IX était un saint : tel fut le sentiment unanime de tous ceux qui l'ont connu. Sa vie fut véritablement une succession de faits étonnants et surnaturalisés par la grâce.

Il écrivait lui-même un jour àl'évêque de Lanciano: « Si nous repassons en esprit l'âpre sentier que nous avons parcouru, nous ne pouvons nous empêcher d'y voir une suite continuelle de prodiges ; nous pouvons à bon droit augurer que ce qui nous reste à parcourir nous promet des merveilles encore plus éclatantes C'est pourquoi nous devons espérer contre toute espérance. »

L'évêque de Versailles disait dans un de ses mandements : Il est aisé de reconnaître dans l'histoire de Pie IX une multitude de faits qui supposent une intervention spéciale du ciel. Son élection, son exil, son retour à Rome, le dévouement des catholiques, le denier de saint Pierre, l'armée pontificale, la proclamation du dogme de l'Immaculée Conception, le concile

histoire fce pe ïx.

du Vatican, tous ces événements sont autant de faits de Tordre divin.

Sa belle vieillesse ne fut-elle pas surprenante ? L'âge n'affaiblit point en lui la mémoire, la vieillesse n'émoussa point son esprit toujours vif, et les rides ne rendirent pas dur et sévère son visage.

Sans doute, il avait droit à une protection spéciale de la Mère de Dieu, ce pontife qui l'avait tant honorée sur la terre! Il ne cessait de l'invoquer et de la prier de sauver Rome, il en parlait dans presque tous ses discours, il se mettait, lui et son peuple, sous sa maternelle protection, et il se proposait de se rendre au pied de son autel, dans la basilique libérienne, si Dieu lui accordait la délivrance, comme, en 1850, il s'y était rendu, le lendemain de son retour de Gaëte.

En 1874, l'évêque de Tarbes, dans le diocèse duquel se trouve la grotte miraculeuse de Lourdes, lui présenta un magnifique cadre au milieu duquel était un émail cloisonné, du plus beau dessin, représentant la très sainte Vierge, telle qu'elle apparut à la petite Bernadette. Nous ne décrirons point cette œuvre d'art digne en tout point de celui auquel on l'offrait. Un chevalet de bronze permettait de dresser ce cadre sur le bureau même du souverain pontife. Pie IX considéra attentivement chacun des émaux, lut les inscriptions, puis son regard et son cœur se reportèrent vers la douce Vierge, et joignant les mains sur sa poitrine, il dit : « Sainte Mère, écoutez mes vœux ; pénétrez profondément mon cœur des plaies du Crucifié. » En même temps que les lèvres du pontife prononçaient ces paroles, sa j

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main s'appuyait avec plus de force sur sa poitrine ; il semblait qu'il voulût lui-même enfoncer dans son cœur le glaive des souffrances. L'évêque reprit les strophes du Stabat : « Partagez avec moi les peines de votre Fils blessé et sanglant, qui pour moi a daigné souffrir. »

Le pape disait ensuite une nouvelle strophe, et ainsi, dans ce délicieux entretien, la prière sublime qui célèbre la compassion de Marie fut récitée presque entièrement.

De nouveau, Pie IX tourna un regard de confiance vers l'image de Marie : « Voici, dit-il, toute mon espérance, car des espérances humaines, il n'y en a pas. Salut donc, étoile de la mer ! salut donc, Mère de notre Dieu, Marie toujours Vierge, Marie, Porte heureuse du ciel ! »

Joignant une seconde fois les mains, le pape récita avec l'évêque de Tarbes l'hymne Ave Maris Stella.

L'évêque demanda que le présent du sanctuaire de Lourdes fût sans cesse sous les yeux du souverain pontife, sur le bureau même où il travaillait. Pie IX choisit une place meilleure encore : « Non, dit-il, je mettrai ce tableau dans mon oratoire, là où je vais plusieurs fois chaque jour adorer le divin sacrement. Et si mon âme est désolée, s'il me semble que Dieu est sourd à notre voix, je lèverai mes yeux vers l'Immaculée : Elle priera avec nous, Elle priera pour nous. »

Le pape exprima ensuite toute la joie qu'il éprouvait à la vue des miracles de grâce qui s'opèrent à Lourdes, à la vue surtout de tant de conversions, de prières si ferventes pour l'Eglise et pour la France.

Pie IX donna également un grand développement à la dévotion envers saint Joseph, l'époux de la Vierge immaculée. Il le choisit pour patron de l'Église universelle, il approuva de nombreuses prières en son honneur, il les enrichit d'indulgences.

Tel était Pie IX.

Bien des fois, dans notre vie, nous avons eu le bonheur et la joie de le voir ; toujours sa vue nous a causé une profonde et vive émotion. Nous l'avons vu dans tout l'éclat et toute la majesté des fonctions sacrées, à Saint- Pierre, porté sur la Sedia ge stator ia, au milieu des lumineuses vapeurs de l'encens, bénissant la foule ou lançant l'anathème contre les usurpateurs du pouvoir temporel ; nous l'avons contemplé, au milieu des sept cents évêques, présidant les solennelles assises du Concile du Vatican ; nous l'avons vu dans la simplicité et l'affabilité d'une audience particulière ; nous l'avons entendu parlant avec la double autorité de son caractère et de son génie, s'adressant aux pèlerins accourus de toutes les parties de la terre ; nous nous sommes prosterné avec lui, près du tombeau de saint Pierre, devant l'auguste sacrement de l'autel ; nous l'avons suivi dans quelques-unes de ses promenades, alors qu'en dehors des portes de la ville éternelle, il mettait pied à terre et s'avançait d'un pas ferme et noble, entouré de ses prélats domestiques ; nous l'avons revu prisonnier dans son Vatican, courbé sous le poids de l'âge et des épreuves, appuyé sur son bâton, mais marchant le visage calme, souriant et plein d'une majesté et d'une sérénité inexprimables, et toujours nous

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nous sommes dit : Celui-ci est véritablement le vicaire de Jésus-Christ. Nous nous rappelions le Sauveur luimême parcourant la Judée, attirant et séduisant tous les peuples par sa douce bonté, l'autorité de sa parole et la vertu divine qui s'exhalait de toute sa personne.

Aussi « le monde entier le vénérait : il le sentait et il le proclamait plus grand que ses ennemis, plus grand que leur haine et leur hostilité. Une seule chose a paru manquer à l'éminente gloire du très regretté père : il n'a pas vu le jour où l'Eglise recouvrerait ses droits et sa liberté. Dieu a jugé sans doute qu'il valait mieux, en délivrant son âme des tempêtes du siècle et ses yeux des larmes, lui accorder cette gloire et cette félicité qui ne connaissent point de limites dans le temps ni de bornes dans la jouissance. Il est allé, ce saint prince, recevoir un empire qu'il n'a point abdiqué, mais qu'il a échangé, en vertu des droits de la foi, pour cette Jérusalem céleste, où placé maintenant, il dit : Ce que nous avions entendu dire, nous l'avons vu dans la cité du Dieu des vertus, dans la cité de notre Dieu qu'il a bâtie lui-même.

« Quand viendra à briller le jour de cette paix si désirée pour l'Eglise, notre grand pontife aura aussi sa gloire ; car, tous ceux qui en jouiront reconnaîtront qu'ils la doivent en grande partie à sa constance, à ses travaux, à ses prières.

« Pour toi, âme bienheureuse, ornement insigne et honneur du suprême pontificat, jouis de la couronne immortelle de tes mérites. Dieu t'a donné de quitter

histoire De Pic ix.

cette terre en illustre triomphatrice de ces temps d'iniquité ; il a donné à ta vertu l'affection, le regret, la louange du monde, et peut-être il donnera un jour à ta mémoire d'être consacrée par le culte des Saints (I). »

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