MALADIE ET MORT DE PIE IX
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Maladie et rétablissement de Pie IX. — Ses derniers actes. — Consistoire du 28 décembre 1877. — Cardinaux créés par Pie IX. — Évêchés fondés. — Évêques préconisés. — Le 2 février. — Discours de Pie IX. — Audience du 6 février 1878. — Nuit du 6 au 7 février. — La journée du 7 février. — Derniers moments de Pie IX. — Dernières paroles. — Sa mort. — Sa notification à Rome. — Douleur et manifestations. — Le corps à Saint-Pierre. — Sépulture de Pie IX. — Son futur tombeau. — Touchante humilité. — Espérances des catholiques. — Sentiments populaires sur la sainteté de Pie IX. — Translation de sa dépouille à Saint-Laurent. - - La nuit du 13 juillet 1881. — Tombe de Pie IX. — Translation de son cœur dans l'église souterraine de Saint-Pierre.
E 21 novembre 1877, Pie IX, après avoir reçu un pèlerinage conduit par l'évêque de Carcassonne, éprouva un refroidissement ; il fut obligé de garder le lit. Depuis plusieurs mois du reste, il ne pouvait plus faire usage de ses jambes et il célébrait la sainte messe assis sur son fauteuil. Pendant quelques jours, sa santé inspira de sérieuses inquiétudes. La vigueur de son tempérament, les soins qui lui furent prodigués, la protection de la sainte Vierge contribuèrent à un rétablissement qui sans être complet, ramena l'espérance.
On avait remarqué d'ailleurs que l'amélioration datait du jour de la fête de l'Immaculée Conception, le 8 décembre, et les catholiques d'Italie, par un appel adressé à la catholicité, se disposaient à célébrer, en juin
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1878, l'époque mémorable où Pie IX devait atteindre les années du pontificat du prince des Apôtres, saint Pierre, à Antioche et à Rome. Afin de répondre aux intentions connues du saint père et pour satisfaire aux besoins de l'heure présente, le conseil de la Fédération des sociétés catholiques de Rome, proposa, à cette occasion, des distributions abondantes de secours aux écoles et aux établissements d'éducation de la ville. On espérait ainsi opposer une barrière à l'impiété qui pervertit la jeunesse, dans les écoles athées ou protestantes.
Mais le monde catholique ne devait point recevoir cette nouvelle joie et Dieu réservait à son serviteur une meilleure et plus durable félicité.
Pie IX néanmoins se rétablissait, il pouvait s'occuper des affaires de l'Eglise, recevoir les cardinaux et les évêques. Le 15 décembre, l'évêque d'Annecy, avec une députation de son clergé, était admis à lui offrir les sentiments de reconnaissance de son diocèse pour l'élévation de saint François de Sales au rang des docteurs de l'Eglise et lui présenter, au nom des filles de la Visitation, un magnifique reliquaire contenant des reliques de saint François de Sales et de sainte Jeanne de Chantai.
Le 28 décembre 1877, il pouvait tenir un consistoire, créer deux cardinaux et préconiser six évêques. Il prononça une courte allocution, que nous devons conserver, comme les derniers et précieux enseignements d'un père mourant.
« Vénérables frères, « Votre concours et le spectacle que nous donne
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votre présence nous offrent l'occasion que nous avons si vivement désirée, à savoir de rendre grâces à chacun de vous pour les marques d'affection dont vous nous avez comblé avec tant de charité en ce temps où nous avons été affligé par la maladie.
« Nous sommes heureux d'accomplir aujourd'hui ce devoir de reconnaissance, vénérables frères ; nous nous réjouissons dans le Seigneur d'avoir éprouvé combien vous êtes de fidèles appuis pour soutenir la charge du ministère apostolique, et nous le remercions aussi d'avoir ressenti cette douce consolation de voir les nombreuses tristesses de notre âme adoucies par votre vertu et par la constante affection de votre chanté.
« Mais, en nous réjouissant ainsi de votre tendresse et de votre zèle pour nous, nous le reconnaissons très bien, chaque jour, nous avons un plus grand besoin de votre coopération et de celle de tous nos vénérables frères et des fidèles, afin que le secours de Dieu nous soit toujours présent dans les besoins si grands que nous éprouvons avec l'Eglise, en notre temps.
« Aussi nous vous exhortons puissamment, vénérables frères, surtout ceux d'entre vous qui exercent le ministère épiscopal dans le diocèse qui leur est confié, vous et chacun des pasteurs qui dirigent le troupeau du Seigneur dans l'univers catholique tout entier, à répandre pour nous et pour l'Eglise, devant la divine clémence, des prières assidues.
« Oui, que ces prières lui soient offertes, afin qu'Elle nous donne, malgré la faiblesse de notre corps, la force de l'âme nécessaire pour soutenir vaillamment le con>
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bat qui presse, qu'Elle jette un regard sur les difficultés et les injures auxquelles l'Eglise est soumise ; que, remettant toutes nos fautes, Elle donne la gloire à son très saint nom, et qu'elle nous accorde, avec le don de la bonne volonté, le fruit de cette paix que les chœurs des anges annoncèrent aux hommes lors de la naissance du Seigneur. »
Il nous paraît utile de consigner ici, à l'occasion du dernier consistoire tenu par l'immortel pontife, le nombre des cardinaux qu'il a créés, des diocèses qu'il a établis, des évêques qu'il a préconisés. Cette statistique suffirait pour donner une idée de tout ce que Pie IX a fait pour étendre le règne de Jésus-Christ sur la terre, en multipliant d'une part les ouvriers évangéliques, et de l'autre, en admettant toutes les nationalités au cardinalat. Il a même choisi pour résider auprès de lui, faisant partie de la curie romaine, des cardinaux de diverses nations et il a introduit un prélat du nouveau monde dans le sacré collège. Pendant son long pontificat, il a créé cent vingt-trois cardinaux.
L'institution des évêques a toujours été regardée comme un des actes les plus glorieux et les plus méritants des pontifes romains. Les anciens historiens, et la sainte liturgie elle-même, n'omettent jamais de mentionner le nombre des évêques créés par le pape dont ils retracent la vie ou célèbrent les louanges. Pie IX a élevé vingt-quatre diocèses au rang de métropoles ; il a créé cinq nouveaux diocèses métropolitains. Cent trente-deux diocèses lui doivent leur existence. Nous ne comptons pas ici les délégations et les
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vicariats apostoliques dont nous avons parlé ailleurs. Il a préconisé, pendant son long pontificat, deux mille cent archevêques ou évêques, et aujourd'hui, il n'y a plus dans le monde catholique que 74 évêques qui n'ont pas reçu de lui la juridiction épiscopale. Les annales de l'Eglise n'ont jamais enregistré un pontificat aussi fécond.
Il est inutile de revenir sur les événements qui précédèrent la mort de Pie IX: nous avons raconté en leurs temps la mort de Victor-Emmanuel, l'avènement du roi Humbert et la protestation de l'auguste pontife. Le 2 février, la ville de Rome célébrait, par de nombreuses communions et par un pieux concours de la jeunesse et de l'enfance dans les églises du Gesu et de Saint- Ignace, le soixante-quinzième anniversaire de la première communion de Pie IX. Presque à la même heure, le souverain pontife recevait dans la salle du Trône, les délégués des chapitres, des paroisses, des couvents et des confréries de Rome qui venaient, selon l'usage, lui offrir les cierges de la Chandeleur. Pie IX les reçut et trouva assez de forces pour leur adresser de touchantes paroles qui furent comme son testament.
« C'est, dit-il, une consolation de vous voir réunis, « formant autour de moi une agréable couronne de fils « dévoués. Je vous remercie du zèle que vous manifestez « pour le salut des âmes.
« Je vous dirai une seule chose dans cette circons- « tance et je vous congédierai ensuite. Je sais qu'il « y a, dans les diverses paroisses, des ignorants qui,
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« ne savent pas même les choses les plus nécessaires « de la religion. Je sais bien encore que les parents « sont coupables de laisser leurs enfants grandir dans « cette ignorance religieuse; mais je sais aussi que « nous devons courir après les pécheurs pour les con- « vertir et les ignorants pour les éclairer.
« Cherchez donc les ignorants, éclairez-les avec « zèle, pour qu'il ne puisse pas être dit qu'il y a dans « ce centre du monde des âmes qui ignorent les prin- « cipaux mystères de notre sainte religion. Employez « tous vos efforts à ôter de Rome cette honte et, que « moyennant votre zèle et vos prières pour la conver- « sion des âmes, la lumière de la vérité brille partout « dans cette ville sainte.
« Voilà les seules paroles que je tenais à vous « adresser dans cette circonstance, mon état de fai- « blesse ne me permettant pas d'en dire davantage. « Et maintenant je vous bénis. Je bénis vos person- « nés, vos maisons religieuses, toutes les âmes qui « vous sont confiées. Que cette bénédiction vous ac- « compagne tous les jours de votre vie, et qu'elle « soit le thème de vos prières et de vos louanges, « quand il plaira à Dieu de vous appeler dans la gloire « du paradis. »
Le 6 février, Pie IX donnait audience au conseil de direction de la société romaine pour les intérêts , catholiques. Le duc Scipione Salviati, président de la société, le prince Camillo Rospigliosi, le chevalier Tongiorgi, qui étaient à la tête de cette députation offrirent à Sa Sainteté cinq gros volumes contenant
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les innombrables adhésions des catholiques italiens à la protestation contre le projet de loi sur les abus du clergé.
Pie IX leur exprima sa satisfaction, les bénit, eux et tous les membres de la société qu'ils représentaient. Le saint père semblait bien portant, il était calme et enjoué comme à l'ordinaire. Le soir, son médecin avait remarqué les premiers symptômes d'une fièvre légère; mais il n'en conçut aucune inquiétude.
Pendant la nuit, son sommeil fut plusieurs fois interrompu et, à trois heures du matin, il appela son camérier de service, qui lui donna quelque fortifiant. Pie IX se rendormit, il semblait revenu à son état ordinaire.
Un peu avant cinq heures du matin, une grande agitation, des frissons, une respiration inquiète et fréquente, inspirèrent de nouveau des inquiétudes. A huit heures et demie, le pouls était pressé, mais bas, et les voies respiratoires paraissaient embarrassées par un fort catarrhe. Malgré la gravité de ces symptômes, le pape conservait la plus parfaite lucidité d'esprit, et, quand Mgr Marinelli, son confesseur, se présenta, il lui dit: « èjinito, c'est fini! » puis il demanda le saint Viatique. A neuf heures, le prélat lui administrait le sacrement de l'extrême-onction. A dix heures, le pouls était à peine sensible. Le cardinal-vicaire ordonna d'exposer le saint sacrement dans toutes les paroisses.
Cette nouvelle, tombée comme un coup de foudre, produisit parmi la population romaine une émotion difficile à décrire. En un instant la place de Saint-
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Pierre fut envahie par la foule qui allait sans cesse en grossissant : les piétons et les voitures arrivaient par les rues adjacentes. Toute la ville de Rome était sur pied. L'inquiétude et la douleur étaient écrites sur les visages. On était atterré par la perspective de l'incomparable malheur qui menaçait Rome, l'Église et le monde. On interrogeait les gardiens du Vatican; mais ceux-ci restaient muets ; on se rendait dans la basilique de Saint- Pierre. Qui pourrait dire les ferventes prières qui montèrent vers Dieu et les larmes qui furent versées devant le saint sacrement exposé? Mais le ciel se montra sourd à ces supplications et le mal continuait ses progrès rapides: le froid et la lividité de la mort envahissaient déjà les extrémités du corps de l'auguste vieillard, et un râle, de sinistre augure, se faisait entendre. L'esprit du saint père restait toujours calme et lucide.
Les antichambres se remplissaient de toutes les personnes appartenant à la cour pontificale. Les cardinaux, les membres du corps diplomatique, les gardesnobles, les princes et autres personnages s'y trouvaient confondus, animés d'un même sentiment, celui d'une profonde douleur mêlée d'une mortelle inquiétude.
Vers midi, Pie IX, prenant son crucifix, placé sous son oreiller, le baisa et s'en servit pour bénir ceux qui l'entouraient. Les médecins constatèrent alors que la respiration du pontife était devenue plus embarrassée. Tous les membres du sacré collège étaient dans la chambre du saint père et, à ses côtés se tenaient le cardinal Bilio, grand pénitencier, et Mgr Marinelli.
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Les prières de la recommandation de l'âme furent alors récitées et souvent interrompues par les sanglots de l'assistance. Quand le cardinal-pénitencier récita l'acte de contrition, on vit Pie IX recueillir ses forces et on l'entendit proférer ces paroles : « Avec votre sainte assistance... Colvostro santo ajuto. »
Puis, comme si ce dernier acte de repentir avait suffi pour effacer les taches légères qui pouvaient encore ternir l'éclat de sa belle âme, on l'entendit réciter ces autres paroles: <Lln domum Domini ibimus : Nous irons dans la maison du Seigneur. »
Le cardinal continua la récitation des prières; mais lorsqu'il fut arrivé à cesadmirales paroles : Partez, âme chrétienne..., la voix s'arrêta sur ses lèvres et l'émotion l'empêcha de continuer; alors Pie IX, par un extrême et sublime effort, lui dit: « Si! si! Proficiscere... Oui, oui, pars, mon âme! ... »
La respiration se fit de plus en plus pénible et le râle devint de plus en plus fort. Le vénérable mourant conservait néanmoins la liberté de son esprit, et il fit comprendre à plusieurs reprises combien il lui était pénible de ne pouvoir exprimer ses pensées. Le cardinal Bilio lui demanda de bénir le sacré collège, et Sa Sainteté levant la main droite l'étendit pour donner sa dernière bénédiction.
Vers les quatre heures, ses yeux commencèrent à se voiler: l'agonie commença. On ne saurait donner une idée des souffrances de cette longue agonie qui dura deux heures.
A cinq heures et demie, le cardinal Bilio récita les
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mystères douloureux du Saint-Rosaire, auquel répondirent tous les assistants. Il en était à la récitation du quatrième mystère, lorsque ceux qui étaient près du lit aperçurent une dernière larme qui effleurait les cils du saint pontife; le râle diminuait sensiblement, les paroles de l'absolution furent alors répétées une dernière fois, à haute voix, et les cloches de Rome sonnant l'heure de Y Ave Maria, Pie IX rendit le dernier soupir. Il était cinq heures trois quarts, le jeudi 7 février 1878. Il semblait que la Vierge sainte avait choisi l'heure où la terre la salue comme la femme bénie entre toutes les femmes, pour appeler à elle l'âme immortelle et pure de son serviteur.
Ce fut un moment de suprême douleur!
Le cardinal grand pénitencier récita le Requiem œternam, et tous les cardinaux, prélats, gardes, familiers s'approchèrent de ce lit et voulurent encore baiser cette main qui ne s'était jamais levée que pour bénir. Le souverain pontife à peine expiré, les médecins rédigèrent l'acte de décès suivant :
« Nous soussignés, certifions que Sa Sainteté le pape Pie IX, atteinte depuis longtemps d'une lente bronchite, a cessé de vivre, à la suite d'une paralysie pulmonaire, aujourd'hui 7 février 1878, à cinq heures quarante de
l'après-midi.
« Dr Antonini, médecin ; Dr Ceccarelli, chirurgien ; Dr Petacci, assistant ; Dr Tapai, assistant. »
Dès le lendemain, à la première heure, les Romains
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lisaient aux portes des églises la notification de la mort de Pie IX, par le cardinal-vicaire. L'éminence rappelait en peu de mots que la vie du regretté pontife « avait été une série de bienfaits abondants, dans l'ordre spirituel, comme dans l'ordre temporel. »
Le vendredi 8 février, à huit heures du matin, le cardinal camerlingue, revêtu du costume violet, en signe de deuil, se rendit accompagné du Tribunal et des clercs de la Chambre apostolique, dans l'appartement mortuaire. Les pénitenciers de la basilique de Saint-Pierre gardaient le corps du pontife défunt dont le visage avait été recouvert d'un voile.
Après une courte prière, le cardinal ordonna de lever ce voile, il frappa trois légers coups sur le front du mort, avec un marteau d'argent, en l'appelant chaque fois par son nom. Puis il se tourna vers les assistants, et leur dit : « Papa vere mortuus est, le pape est vraiment mort. »
Après avoir récité le deProfundis, il aspergea d'eau bénite le cadavre, et il se fit remettre l'anneau du pêcheur qui fut brisé dans la première réunion des cardinaux.
La mort de Pie IX produisit une douloureuse impression. Dès que la nouvelle en fut officiellement connue, les magasins se fermèrent, et le peuple se rendit comme la veille aux abords du Vatican et dans la basilique de Saint-Pierre. Chacun semblait se rendre compte des complications redoutables que cette mort pouvait amener dans les affaires d'Italie, de l'Europe et de l'Église. Ces manifestations muettes avaient leur éloquence.
Après avoir été embaumé, le corps du saint père fut exposé dans une des salles du Vatican, où la noblesse
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et la bourgeoisie romaines vinrent le visiter. Le samedi soir, 9 février, vers les cinq heures, le corps de Pie IX, revêtu de ses habits pontificaux et de la chasuble rouge, fut placé sur un lit de repos, tendu de soie rouge. La tête fut couverte de la mitre d'or, et, dans ses mains croisées sur sa poitrine, on plaça un modeste crucifix. Il était six heures et demie quand les porteurs pontificaux soulevèrent le lit funèbre, pour le transporter dans la chapelle du Saint-Sacrement de la basilique vaticane.
Le cortège fut imposant : il s'ouvrait par les gardes suisses placés sur deux rangs, \vs> palafrenieri et le clergé tenant des torches allumées. Les massiers et un autre détachement de la garde suisse précédaient immédiatement les dépouilles vénérées du chef de l'Eglise. Les gardes nobles et les pénitenciers de Saint-Pierre entouraient le lit funèbre, que suivait la famille du saint père, composée de leurs Excellences Révérendissimes Mgr Ricci, majordome ; Mgr Macchi, maître de chambre ; Mmr Samminiatelli, aumônier, et les illustrissimes Monsignori Negrotto, Casali del Drago, di Bisogno et Délia Volpe, camériers secrets participants, ainsi que Mgr Vannutelli, substitut de la secrétairerie d'Etat. On voyait encore à leur suite le marquis Sacchetti, grand fourrier, le marquis Serlupi, grand écuyer, et le commandeur Flippani, maître d'hôtel.
Le duc de Castelvecchio, commandant des gardes nobles ; le prince Altieri, capitaine, et plusieurs autres officiers du même corps d'élite faisaient partie du cortège.
Les cardinaux en très grand nombre suivaient deux
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à deux, psalmodiant l'office des morts, et portant à la main des cierges.
Les princes Philippe Orsini, assistant au trône pontifical, Marc Chigi, maréchal du Conclave, Ruspoli, maître des Sacrés- Hospices ; le marquis Cavaletti, sénateur de Rome avant 1 870, beaucoup de princes et autres membres du patriciat romain, les camériers secrets de Sa Sainteté et un détachement de la garde palatine d'honneur terminaient le triste et solennel cortège.
Il avança majestueusement à travers les vastes salles du Vatican, les immortelles Loges de Raphaël, la salle ducale et les escaliers, monuments impérissables de la magnificence des Pontifes romains. Quelques privilégiés se tenaient sur le passage, adossés à la muraille. Bien des fois j'avais vu le bien-aimé pontife traverser les mêmes salles et descendre dans l'éclat de sa triple majesté de Roi, de Pontife et de Père, l'escalier royal ! . .
Je me souvenais encore de l'avoir vu, il y avait quelques mois à peine, à l'époque de son jubilé épiscopal, parcourir les rangs pressés des pèlerins qui remplissaient ces mêmes loges : on le portait alors sur sa Sedia gestatoria, nous nous prosternions avec amour sous sa main bénissante, et nous ne pouvions détacher nos regards de cette physionomie si noble et si bonne ! ... Hélas ! ces yeux si brillants étaient maintenant fermés et cette main immobile ne pouvait plus se lever pour nous donner, avec les bénédictions divines, la force dont nous avions besoin ! ... Emotion profonde dont je ne saurais donner une idée !
A 7 heures, la dépouille du saint pontife faisait son
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entrée dans la basilique, témoin si souvent des triomphesuniques et incomparables de Pie IX vivant. Le chapitre l'attendait sur le seuil, ce ne sont plus des chants de gloire qui l'accueillirent : depuis sept ans, il n'était venu dans l'immense basilique que deux fois, et les portes en étaient closes. Il y rentrait alors pour ne plus la quitter, il v était reçu par les chanoines en pleurs : les lumières qu'ils portaient à la main, les chants qu'ils faisaient entendre ne me rappelèrent les grandes solennités d'autrefois, que pour en faire mieux ressortir les contrastes avec celle de l'heure présente ! Pie IX était mort, et l'Église était en deuil. Ce deuil toutefois me semblait plein d'espérance et d'immortalité : en voyantsadépouille pénétrer dans ce temple où il a glorifié la Vierge immaculée, dressé des autels à tant de saints et de bienheureux, mon esprit s'élevait plus haut, mon cœur faisait un instant trêve à sa douleur et je me représentais l'entrée de Pie IX au ciel. Marie, à la tête de tous les saints qu'il a canonisés, a dû venir à la rencontre de ce grand pontife, le conduire elle-même au pied du trône de son Fils, où saint Pierre et ses successeurs l'attendaient pour célébrer ses vertus, exalter sa constance et récompenser son héroïsme dans l'épreuve.
Le corps de Pie IX fut placé dans la chapelle du Saint-Sacrement: les cardinaux l'entourèrent, les chantres de la chapelle Giulia entonnèrent les prières d'usage et Mgr Folicaldi, chanoine-évêque, donna l'absoute.
Les fidèles se retirèrent et lecorps fut confié à la garde noble. Pendant quatre jours il resta exposé à la véné-
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ration publique : le lit funèbre était rapproché de la grille qui ferme la chapelle, de façon à ce que les fidèles, en s'approchant, pouvaient baiser le pied du saint père. La physionomie du pape avait cette expression de douce bonté et d'angélique sérénité qui lui était habituelle : un céleste sourire semblait encore effleurer seslèvres. L'embaumement d'ailleurs avait très bien réussi. L'empressement des Romains à se rendre à Saint-Pierre pour contempler une dernière fois les traits du souverain pontife fut grand. Le matin, bien avant le jour, les gradins de la basilique étaient envahis par la foule. Ce concours continua pendant les quatre jours que dura l'exposition de la vénérée dépouille ; Rome payait un dernier tribut de vénération et d'amour à celui qui fut son pape et son roi. On y portait des malades, on y allait demandera Dieu par les mérites et l'intercession de son grand serviteur les grâces dont on avait besoin.
Le mercredi, 13 février, au soir, le corps de Sa Sainteté fut déposé dans la sépulture provisoire destinée à tous les papes, placée au-dessus de la porte qui conduit aux tribunes de la chapelle du chapitre de Saint- Pierre. Vers les 6 heures du soir, les cardinaux réunis dans la salle du Consistoire descendirent dans la basilique par l'escalier secret du Vatican. Arrivés dans la chapelle du Saint-Sacrement, ils s'approchèrent du lit où reposaient les restes du souverain pontife et pour la dernière fois ils baisèrent ses pieds.
Le chapitre de Saint- Pierre se rendit alors dans la chapelle du Saint-Sacrement. Mgr Folicaldi, archevêque d'Ephèse et chanoine, revêtu de la chape noire et de la
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mitre d'argent, aspergea le corps du pontife, récita les prières d'usage, puis entonna le Miserere qui fut poursuivi par les chantres.
Le funèbre cortège se mit alors en marche : les massiers du chapitre l'ouvraient ; derrière la croix marchaient le séminaire du Vatican, le chapitre et le cardinal Borrornée, archiprêtre de la Basilique. Les restes clu saint père, portés par les chapelains et par les exempts des gardes nobles qui ont réclamé cet honneur exceptionnel, suivaient immédiatement. La garde suisse, les gardes nobles, les frères de l'archiconfrérie de Saint- Michel in Borgo, la cour pontificale, les camériers, et plusieurs personnes de distinction complétaient le cortège, terminé par un détachement de la garde palatine
La procession se dirigea vers la confession de Saint- Pierre, en rasant la statue de bronze du prince des apôtres, puis elle se rendit dans la chapelle du chapitre.
Tous regardaient émus et pour la dernière fois le visage de Pie IX dont la mort n'avait point troublé la suave expression.
Lorsque le corps fut déposé au milieu du chœur, la tête tournée vers l'autel, on récita les prières liturgiques, puis Mgr Fclicakli bénit la bière en bois de cyprès dans laquelle devait être renfermée la précieuse dépouille. Alors Mgr Ricci, majordome, couvrit le visage d'un voile blanc. C'en était fait ; nous ne devions plus revoir sur la terre les traits aimés de Pie IX !
Les chapelains du saint père, aidés des gardes nobles, soulevèrent alors le corps, encore revêtu de ses habits pontificaux, et ils le placèrent ainsi dans la première
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bière en bois de cyprès dont l'intérieur était doublé de velours cramoisi. On y déposa trois bourses de soie rouge dans lesquelles étaient trente-deux médailles d'or, trente deux d'argent et trente-deux en bronze, nombre correspondant à celui des années du pontificat de Pie IX. Un tube en métal fermé, contenant un parchemin qui relatait les faits les plus saillants de cet incomparable pontificat, fut déposé sur ses pieds. Puis après avoir recouvert le corps d'une étoffe de soie rouge, le cercueil fut fermé avec un ruban violet, disposé en forme de croix ; aux deux extrémités le majordome plaça son sceau en cire, le cardinal camerlingue et le chapitre de Saint-Pierre placèrentle leurauxdeuxautres extrémités.
Mgr Folicaldi prononça alors une dernière absoute, pendant que les notaires du chapitre dressaient l'acte mortuaire. Dans cette pièce officielle, on fait mention des ordres, donnés par le cardinal camerlingue, de l'embaumement et de l'exposition publique du corps. Les ornements avec lesquels il fut enseveli sont décrits et nommés avec précision, et la cérémonie funèbre est racontée dans les plus minutieux détails.
La bière de cyprès fut ensuite déposée dans une seconde en plomb, qui fut fermée de six sceaux : deux du carmerlingue, deux du majordome, un de l'archiprêtre de la basilique, et le sixième, du chapitre. Sur cette bière on a gravé l'inscription suivante en latin.
Corps de Pie IX, souverain-pontife. Il a vécu 83 ans, S mois, 26 jour s, il a gouverné l 'Église catholique 31 ans, / mois, 23 jours.
Il mourut le y février i8jS,
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Ces deux bières furent enfermées dans une troisième faite avec du bois de châtaignier, puis le corps fut déposé à l'endroit que nous avons dit.
La pierre fut alors scellée ; elle portait cette simple inscription :
« Pius IX. P. M. »
Les ossements du grand pape ne resteront pas dans l'église de Saint-Pierre à côté de ses illustres prédécesseurs. Lui-même a choisi le lieu de sa sépulture définitive, tracé à l'avance l'inscription qu'on y devra graver, désigné le seul ornement qui décorera le modeste monument, et en a fixé le prix.
Il faut citer en entier ce passage de son testament ; il honore autant sa mémoire que les grandes actions qui ont illustré son pontificat.
« Mon corps, devenu cadavre, devra être enseveli dans l'église Saint- Laurent-hors-les-murs, précisément sous l'arc qui s'élève en face de la pierre appelée gril, où apparaissent encore les taches provenant du martyre de l'illustre lévite. La dépense du monument ne devra pas excéder quatre cents écus.
€ On y devra graver l'inscription suivante :